PLANCHE XVIII
1 et 2. Niké. — J’ai signalé ailleurs les plus belles parmi les nombreuses Nikés qui sont sorties de terre depuis que les figurines grecques ont pris tant d’importance. Celle-ci vient s’ajouter à la série.
Elle a été reproduite de face et de trois quarts, et, sous ce dernier aspect, on se rend bien compte de son mouvement. Elle vient de descendre du ciel et de toucher terre ; elle est encore portée en avant, sa tunique flottant derrière elle. Cette inclinaison, dernier terme d’un élan qui s’arrête, est caractéristique et se retrouve par exemple dans la jolie Niké d’Épidaure découverte il y a quelques années*.
De la main droite levée elle tient une œnochoé côtelée dont elle verse le contenu dans une phialé plate ; ses cheveux, massés autour de la tête et formant une sorte d’édifice conique, sont serrés dans une double ténie dont les bouts flottent sur les épaules. Elle porte aux pieds des sandales retenues par une coun-oie; entre les deux premiers doigts, un bouton rond; derrière, de grandes ailes; aux deux bras, des armilles en forme de serpents. — Hauteur : o m. 25.
La déesse accomplit avec une attention souriante la libation habituelle ; le rythme des bras est gracieux ; le corps élancé charme l’œil par sa souplesse et sa vigueur ; mais , ce qui est surtout caractéristique, c’est la façon dont est traitée la draperie. Attachée sur les épaules par des boutons ronds, la tunique est recouverte d’un diploïdion à pans triangulaires dont les bords sont plissés suivant la mode archaïque. C’est ainsi qu’est vêtue la célèbre Niké du relief de la villa Albani5, où sont réunis Apollon, Artémis et Létô ; mais là l’archaïsme s’étend à toutes les parties du vêtement, ici nous n’avons qu’une indication sommaire et partielle, le reste de la draperie étant exécuté de la façon la plus libre. Aux endroits où l’étoffe est collée sur la peau, elle laisse transparaître le nu ; ailleurs elle se développe en plis épais et sinueux et vient s’étaler sur le sol.
PLANCHE XVIII bis
1. Déesse ailée groupée avec Éros. — Une jeune femme, au corps svelte, aux membres délicats,
aux grandes ailes dressées dont les plumes frissonnent, se tient debout le corps légèrement ployé.
I . Cf. un exemplaire analogue daus La nécropole..., pl. XLI, fig. I. — a. Stephani, C. R. p. l863, p. 17 sq. — 3 Cf. Collection J. Gréau, 188G, pl. 35. —
4. ’Eçjjpsp'iî âfyatoXoYixjj, i885, pl. 1, 3, 3* et 3*. — 5. Th. Schreiber, Die hcllenistisclen Reliefbilder, pl. 34; cf. la réplique du Musée de Berlin, pl. 35
Entièrement drapée clans une étoffe qui flotte au vent, elle porte une couronne radiée et retient son voile de la main droite, tandis que la gauche pose sur la tête d’un petit Éros qui chancelle et n’a pour tout vêtement qu'une clilamyde réduite à l'état de ruban et fouettée par la brise. Nul doute que la déesse ne vienne de descendre du ciel; car son pied droit est légèrement plus élevé que le gauche, indication d’un mouvement de haut en bas qui se termine. Base quadrangulaire. — Hauteur : o m. a45.
Le corps de la déesse est d’une grâce juvénile et tendre qui défie toute expression. Quant à la draperie transparente, elle est plissée sur la peau avec un art infini ; elle ondule à droite du corps en sinuosités abondantes et riches magistralement traitées.
Ouel est le sens de ce groupe? A côté des monuments qui nous montrent Psyché torturée par Éros, 'nous en avons d’autres où c’est Éros qui paraît tourmenté par Psyché. Stepham s’est élevé contre cette’ interprétation et à Psyché a substitué Némésis : selon lui, on comprend que l’âme ait à souffrir de l’amour, on ne voit pas comment l’amour aurait à souffrir de l’âme. J’avoue que je ne trouve point là d’absurdité. Du moment que l’âme et l’amour personnifiés prennent les traits d’une jeune fille et d un jeune dieu, les révoltes de l’âme après avoir souffert peuvent se traduire par des essais de vengeance, par un châtiment qu’elle inflige à son persécuteur. Nous avons vu plus haut’ une jeune femme qui, en posant un peu lourdement sa main sur la tête d’un petit Éros, semble vouloir lui faire sentir qu’il est le plus faible; ne pourrions-nous supposer ici que Psyché prend à son tour sa revanche et tourmente Éros qui, sans défense et les bras ouverts, s avoue vaincu? , ^
Toutefois l’explication reste incertaine. 11 faut se rappeler que d’après une tradition, dont Alcee s est fait le premier l’écho, Iris s’était unie à Zéphyros et quelle avait eu de lui pour enfant Éros. Cette légende, au fond de laquelle paraît se cacher l’idée de la fécondation de la nature par la brise et la pluie, avait un caractère gracieux qui devait plaire à la poésie alexandrine ; aussi se répand-elle à l’époque hellénistique, et elle nous a été conservée par diverses allusions. Aurions-nous ici sous les yeux Iris groupée avec son fils Éros ? Zéphyros est absent ; mais le coup de vent qui enveloppe les personnages et qui, peut-être, est la cause de l’attitude chancelante d’Éros, n'était-il pas un rappel suffisant pour des esprits éveillés et subtils?
2. Buste d’Aphrodite. — Les yeux sont archaïques et au-dessus du front les boucles de cheveux sont traitées avec un archaïsme approximatif, à moins qu’il ne faille y voir des roses. Sur la tête un voile qui pend de chaque côté. La poitrine a beaucoup souffert et a été restaurée : on distingue sur l’original le haut de la tunique ornée d’une grecque. C était une applique.
3. Éros rattachant son endromide. — Il est entièrement nu et a sur le dos deux grandes ailes dressées. Les formes du corps sont lisses et coulantes, les bras ont le moelleux de ceux de la deesse ailee de la même planche. Coiffure compliquée déjà décrite. — Hauteur : o m. 175.
Éros a posé le pied sur un rocher ; il a tout le corps plié en avant et tient des deux mains les cordons de ses demi-bottes qu'il est en train de rajuster. Le petit accident qu’il répare n’a rien qui doive nous surprendre, étant données ses courses errantes à travers la campagne; ce sont là de petites mésaventures qui arrivent à un pêcheur, à un archer, à un chasseur de papillons.
La statuette n’a pas de trou d’évent ; pendant la cuisson, l’évaporation a eu lieu par en bas, car le roeher est creux et communique avec l’intérieur du corps. 11 en est de même des Éros des planches 9 n" 3, 10 n- 3, et de la Psyché de la planche 11, n’ 5. Sous l’Éros pêcheur de la planche 9, n" 1, une ouverture correspond au rocher dans la plinthe; mais l’ouvrier l’a sans doute trouvée trop petite, car il a pratiqué un trou d’évent à côté dans le rocher même’. Nos quatre Eros et notre Psyché, finis avec autant de soin par derrière que par devant, sont de la même facture et de la même provenance. Il existe dans une collection parisienne un cinquième Éros arrivé avec les précédents et qui est de la même main.