PLANCHE XXII
1. Pan portant une femme et précédé d’Éros. — Sa figure naturellement bestiale est animée d’une expression grotesque. Sous ses sourcils arrondis il roule des yeux écarquillés; sa bouche est fermée et ses joues sont bouffies; sur son front deux petites cornes; il porte debout sur sa cuisse droite une femme vêtue d’une tunique talaire serrée par une ceinture, et, penché en avant, il marche vers sa gauche avec une grande vivacité, comme l’indique l’effet du vent sur sa barbe ramenée en arrière et sur la tunique de la femme. Il tient celle-ci par la taille et par la main et elle se laisse faire, suivant le mouvement et inclinant sa tête à droite. Devant le groupe s’avance un petit Amour avec deux flambeaux dans les mains; il en élève un d’un geste triomphal.
Un relief d’une boîte à miroir en bronze provenant de Corinthe présente une scène très analogue1. Pan, marchant vers sa gauche, porte sur son dos une jeune femme vêtue dont le genou est passé dans le creux formé par son bras; devant, un génie ailé au vol, tenant un flambeau; au-dessus de lepaule de la femme, une étoile. M. K. Dilthey a vu là Pan emmenant Séléné et précédé de Phosphoros. Ici ce sont sans doute les flambeaux d’hyménée que tient le petit Éros; quant à la femme, elle reste indéterminée. J’ai publié dans la première Collection Lecuyer un certain nombre de groupes représentant les amours de Pan avec une nymphe ou bacchante; d’autres sont connus. Le groupe actuel est d’une facture toute différente, mais il paraît se rattacher au même ordre d’idées. Base rectangulaire à degrés. — Hauteur : o m. 175.
2. Vieux Satyre. — Sur son front chauve se dressent deux petites cornes, et de larges oreilles décollées encadrent son visage barbu. U est bossu; son ventre est proéminent et pointu; il marche à grands pas vers sa gauche en détournant la tête à droite et en tenant précieusement dans ses deux mains une amphore à d'eux anses, attribut tout naturel d’un suivant de Dionysos. Il tient debout, bien que la plinthe manque. — Hauteur : o m. 1 1 5.
3. Trois Satyres ivres. — Les peintures de vases nous ont accoutumés à voir des Satyres et des Silènes dansant et bondissant sous l’excitation du vin, ou chancelant, se soutenant, roulant et s’endormant sur le sol, vaincus par l’ivresse. Mais la scène actuelle a quelque chose d’original que je ne me rappelle pas avoir rencontré ailleurs. Trois gais compagnons semblent revenir d’une partie fine dans un état d’ébriété prononcée. L’un d’eux s’est laissé choir ; le dos appuyé contre une paroi rocheuse, les deux bras arcboutés sur le sol, la tête renversée en arrière, il est hors d’état de se relever; du reste, ses jambes molles seraient incapables de le porter. II a les yeux fermés, la figure contractée et comme le sentiment de sa situation pénible. Moins atteints que lui, mais envahis par le vague de l’ivresse, ses deux camarades se sont assis, ne voulant pas l’abandonner et ne pouvant lui porter secours. Celui de droite semble le montrer du doigt avec compassion, et son visage attristé est tout bouleversé par ce fâcheux accident; l’autre plus indifférent regarde devant lui en se tenant le pied dans la main, et l’on ne sait s’il rit ou s’il pleure.
Ce groupe, si spirituellement conçu et exécuté, est en outre fort intéressant à un point de vue spécial. Les petits reliefs en marbre qu’on appelle hellénistiques encadrent volontiers les scènes qu’ils représentent dans un paysage indiqué par des rochers et des arbres et accentuent le motif pittoresque. Les terres cuites connues jusqu’à présent n’entrent que timidement dans cette voie; c’est une paroi rocheuse, une grotte