PLANCHE XXIII
1. Pan. — Il est debout, à peu près nu, avec une peau de bête sur l’épaule; de la main gauche il serre contre sa poitrine le lagobolon, dans la droite il tient une corne de chèvre, dont il veut sans doute faire un rhyton. Le torse est robuste , la barbe pointue , les jambes couvertes de poils drus et courts jusqu’aux sabots qui sont fendus; sur la tête deux cornes de chèvre. Base ovale. — Hauteur : o m. ai.
Ses yeux grands ouverts, son front plissé lui donnent un air d’inquiétude et d’étonnement; lors même qu’il est immobile, Pan, toujours en suspens, l’oreille ouverte aux moindres bruits de la nature, est toujours prêt à s’élancer parmi les roches pour courir les aventures.
Un exemplaire très analogue, mais différent d’expression, a figuré dans la première Collection Lecuyer *.
2. Pan et Dionysos. — Dionysos enfant, couronné de feuilles et de baies de lierre, est assis les jambes croisées sur une chèvre; son himation agrafé par devant pend derrière son dos et lui sert à adoucir le contact avec sa monture. Dans sa main gauche, un canthare à anses très hautes. Pan a les cuisses couvertes de poils longs et frisés, le torse et les épaules d’une largeur qui indique une force extraordinaire. Derrière son dos flotte une draperie qui est la peau d’un animal — chèvre ou bouc — dont on voit les pieds; sa barbe à double pointe s’étale sur sa poitrine; sur sa tête une couronne en bourrelet. La syrinx, son instrument favori, est suspendue à son côté par une courroie; il porte sur l’épaule une massue noueuse. La partie inférieure du groupe est traitée en relief. Base rectangulaire avec rainure horizontale. — Hauteur : o m. aa5.
On sait que le lagôbolon était l’arme légère des bergers; leur arme de résistance était la massue, koryné. Dans Y Anthologie Palatine 1 un berger fait à Pan offrande « de sa massue robuste au sommet recourbé avec laquelle il assommait jadis les loups à l’œil sanglant » . La massue de notre Pan a justement cette forme recourbée qui la distingue de la massue d’Hercule.
11 s’avance sur la pointe de ses sabots fendus, les jambes à demi pliées, comme il convient à un être bondissant dont l’élasticité était renommée. Il remplit presque ici les fonctions ordinairement dévolues à Silène et guide le jeune Dionysos ; il paraît que la chèvre ne marche pas à son gré ; car il l’a saisie par la corne et se retourne vers elle en fronçant le nez d’un air furieux. L’animal, la bouche entrouverte, paraît bêler.
La similitude entre Pan et la chèvre est rendue ici d’une façon pittoresque ; les anciens ont souvent souligné avec esprit ses rapports avec les animaux de cette espèce. Une épigramme de Y Anthologie Palatine nous dit/' :
« Pan, deux fois cornu, aux cuisses velues, bondissant, qui parcourt les taillis, a reçu en offrande de Chariklès, près de la colline buissonneuse, ce bouc à deux cornes, aux poils épais, impétueux, ami des fourrés; au dieu barbu l’animal fauve ».
Que Pan et la chèvre, qui se ressemblent tant, s’accordent ou se disputent, le jeune Dionysos n’en a cure; il détourne son visage chiffonné par ce commencement d’ivresse souriante qu’on remarque si souvent chez les personnages bachiques*.
Notre «roupe est à rapprocher du Dionysos sur la lionne de la première Collection Lecuyer \
1 PI. ps, (ig. 3. T. I, ch. VI, 35, V. 3 sq. — 3. T. I, ch. vi, 3a. - 4- Voir première Collection Lecuyer, pl. G. — 5. PI. P5.
TERRES CUITES ANTIQUES TROUVÉES EN GRÈCE ET EN ASIE MINEURE