PLANCHE I
1 et 3'. Aphrodite âgenouillée. — La déesse, entièrement nue, a le genou droit en terre, la jambe gauche relevée, le torse légèrement infléchi. Elle tourne vers le spectateur son visage empreint d’une douceur pénétrante. La tête, portée sur un cou flexible, est chargée d’une abondante chevelure ondulée nouée sur le front en double corymhe, et dont la main gauche soutient et partage une longue mèche sinueuse, tandis que le bras droit cache les seins par un geste pudique. — Hauteur : o m. 16.
La figurine a été reproduite sous deux aspects, pour permettre d’apprécier toute l’élégance de ce corps svelte et délicat. La ligne du dos, le rythme des bras et des jambes sont particulièrement remarquables. Certaines parties joignent, à la noblesse des formes toute la fraîcheur de l’épiderme du modèle vivant.
Nous n’avons point affaire à une simple baigneuse, telle que la représentent un certain nombre de vases peints1 et de gemmes, les cheveux dénoués et tombant par-devant le visage, qu’elle laisse sécher ou qu’un autre personnage arrose avec le contenu d’une prochous. La déesse se révèle par le double corymbe qui surmonte le front, par le mouvement pudique du bras droit, qui est celui de la Vénus du Capitole et de la Vénus de Médicis, par le geste de la main gauche, qui est celui de l’Anadyomène d’Apelle. Notre statuette se rattache donc au type de la Vénus accroupie, qu’on a fait remonter à un certain Dædalos, sans pouvoir déterminer définitivement s’il fallait entendre par là l’artiste de Sicyone du commencement du ivB siècle ou celui de Bithynie du milieu du niB. De cette œuvre dérivent la statue Pio-Clémentine du Vatican, les statues de Vienne, du Louvre, et bien d’autres répliques, parmi lesquelles J. -J. Bernoulli3 a reconnu deux variantes d’après la pose des bras. Notre terre cuite diffère de l’une et de l’autre par un trait essentiel. L’original en marbre reposait sur la jambe gauche, le genou droit très rapproché du sol, mais sans le toucher; aussi, dans la majeure partie des répliques le bras gauche s’appuie-t-il sur la jambe correspondante, le haut du corps étant très courbé en avant, sans quoi la pose serait trop fatigante et trop instable. Du moment que le genou droit touche la terre — attitude qui s’est récemment trouvée sur une terre cuite de Myrina* — tout le poids du corps porte à droite et l’équilibre de la figure est changé. Comprenant toute la valeur plastique de cette modification essentielle, notre coroplaste a redressé le torse et relevé hardiment le bras gauche devenu mobile et dont le geste prend une importance capitale. Nous sommes donc en présence non pas d’une reproduction mécanique du type usuel, mais d’une libre interprétation faite par un artiste qui a médité son œuvre et l’a pondérée d’après des conditions nouvelles.
i. Ces chilTres servent à désigner, en commençant par la gauche pour les planches en largeur, par le haut pour les planches en hauteur, la place occupée par les figurines. — a. Par exemple un fond de coupe grecque publié dans les Monumenti anlichi piMlicati per rura delta Renie Accademia dei tincei, Volume 1°, Puntata a", 1891, PI. IX, 19. — 3. Aphrodite , p. 3i3 sq. — 4- Nécropole de Myrina , pnr MM. Pottier et Rcinach, pl. III.
2. Aphrodite à la coquille. — Elle est. assise dans une grande coquille suffisamment profonde et d’où son pied droit déborde. Celle-ci est posée verticalement sur un rocher, le point d’attache en bas, et se termine par une volute qui rendrait impossible l’adjonction d’une seconde valve. L’artiste n’a donc point songé à représenter la naissance d’Aphrodite sortant d’un coquillage qui s’entrouvre ; il a simplement voulu donner à son relief un fond qui rappelât de loin la légende. La face interne est striée de rainures pressées les unes contre les autres et la circonférence présente une série de dentelures. — Hauteur : o m. 17.
La déesse a les jambes couvertes de l’himation qu’elle élève au-dessus de l’épaule par le geste habituel de la Vénus Genetrix. Une espèce de foulard, très usité dans la vie ordinaire, emprisonne ses cheveux et donne à la scène quelque chose de familier. Aphrodite étend le bras gauche et ramène vers elle un petit Éros posé sur sa main. Déjà dans des monuments archaïques Eros est placé sur le bras de sa mère; mais sur ces monuments le geste n’a pas la signification de celui de notre figurine, geste qui exprime ici une tendresse toute particulière, accentuée par le regard que la déesse attache sur son fils. L’enfant, nu sauf une chlamyde roulée autour de ses hanches et qui flotte derrière lui, accourt de toute la force de ses petites ailes et déjà sa main droite touche le cou de sa mère.
Il semble que les représentations d’Aphrodite à la coquille, qu’on a voulu faire remonter jusqu’à Phidias, puissent dans les monuments conservés se diviser en trois séries. Dans la première, à laquelle se rapportent deux figurines en forme de vases, l’une de Saint-Pétersbourg', l’autre de Berlin2, le buste de la déesse apparaît entre les deux valves verticales d’une coquille entrouverte. C’est une représentation directe de cette forme de la légende mentionnée pour la première fois par Plaute3, d’après laquelle Aphrodite n’aurait pas seulement été formée de l’écume de la mer, mais serait sortie d’une coquille.
La seconde nous montre Aphrodite accroupie, comme dans un bel exemplaire de la première Collection Lccuyer\ ou debout sur une coquille horizontale. Dans la plupart des cas, on peut supposer cette coquille portée sur la surface de la mer et, comme une des variantes de la légende nous présente la déesse abordant ainsi au rivage après sa naissance , nous sommes encore très voisins , malgré le mélange d’idées de coquetterie, du mythe qui la fait sortir des eaux. A cette série se rattachent les voyages d’Aphrodite sur la mer dans une coquille quelquefois soutenue par des Tritons ou des monstres marins.
Dans la troisième — et c’est à celle-là qu’appartient notre statuette — la figure se détache simplement sur une coquille verticale servant de fond et n’ayant point de rapport avec l’attitude représentée, comme par exemple lorsque Aphrodite chevauche un bouc ou quelle est couchée sur une kliné. De cette série dérive le symbole funéraire fréquent à l’époque romaine et qui paraît comporter l’idée d’une nouvelle naissance après la mort, celui de la coquille contenant les bustes de personnages humains.