‹ Deuxième collection Camille LecuyerChapitre 30 sur 77 · PLANCHE XXVII · texte numérisé non relu

PLANCHE XXVII

1 et 2. Éros sur un char traîné par des cygnes. — Vêtu d’une petite chlamyde agrafée sur la poitrine et fouettée par le vent, Éros a les cheveux massés en bourrelet autour du front. Il est debout sur un char traîné par deux cygnes attelés au timon au moyen d’un collier. Les deux oiseaux, ployant sur les pattes, le cou ondulé, la queue retroussée, les ailes dressées comme s’ils voulaient s’en servir pour accélérer leur marche, s’avancent d’un mouvement vivement indiqué, qui nécessite de leur part un vigoureux effort, car ils sont sur le sol et non dans l’air ou sur l’eau, leur élément favori, et l’artiste a rendu leur allure avec beaucoup de vérité. Le char est orné sur ses flancs de deux têtes aux cheveux ébouriffés, les roues traversées par quatre rayons doubles qui se croisent à angle droit; au point où ils rejoignent la circonférence, de petites boules creusées en leur milieu rappellent la saillie centrale qui termine l’essieu. Penché dans une pose très naturelle sur son attelage qu’il excite, le bras droit tendu comme s’il tenait les guides, Éros maintient de la main gauche, sur le rebord du char, un grand masque bachique aux traits réguliers, dont la bouche et les pupilles sont évidées, et que surmontent une couronne pointillée entourée d’une ténie et deux bouquets de trois feuilles chacun avec un fruit rond incisé en croix. Le groupe était destiné à être vu du côté où il a été reproduit sur cette planche,

P ata

H. Hcydemann, Plilyakendaislellungcn..., dans le Jahrbuch d. k. d. arch. fris lit., t. I, 1886, p. a6 o sq. — 2. Arch. Zeit., 187a; pl. 70. — 3. Anthol. T. I, ch. vu, 167, 387, 464 et 465. — 4. The American Journal of Arclueology, t. IT, 1886, pl. XII-X1II, £ig. 2.

nu 2, car de l’autre les ailes des cygnes ne sont pas terminées. Base plate. — Hauteur : o m. 24. Longueur de la base : o m. 20.

Le cygne, animal particulièrement consacré à Vénus, est, ainsi que l’oie, assez souvent groupé avec Éros : les monuments nous montrent Éros à cheval sur des cygnes, se faisant traîner par eux, essayant de leur mettre un frein, leur donnant à manger, leur témoignant une tendre alTection, ou au contraire soutenant contre eux de violentes hostilités. Ces oiseaux figurent aussi dans le cycle de Dionysos. Éros réuni au cygne ou à l’oie revêt parfois un caractère bachique ; le cygne est d’ailleurs associé aux personnages du thiase, Satyres, Silenes, etc .

Parmi les terres cuites récemment découvertes qui sont à rapprocher de la nôtre, je citerai un joli groupe de Tanagre représentant Éros assis sur un cygne qui nage à la surface des flots ; le bambin ouvrant les bras parait écarter les rênes de sa monture". De Myrina provient un Éros, debout sur un char attelé de deux oies, et qui maintient sur le rebord un masque de Silène". Dans un autre groupe, inédit, auquel j’ai fait allusion p. 20, le char est traîné par un seul cygne qui marche d’une allure paisible ; le masque, comme ici, est de proportions relativement colossales ; mais au lieu de la noblesse des traits du nôtre, il présente un nez court et camus, un front sillonné de rides, des cheveux hérissés.

On connaît donc déjà le gracieux motif qui représente Éros, non seulement en relation avec les oiseaux consacrés à sa mère, mais affectant aussi un caractère bachique, grâce à l’attribut mis entre ses mains; ce qui est nouveau c’est le mouvement très vif et très accentué de l’ensemble, invention d’un artiste qui n’était pas médiocre. On dirait qu’Éros fait partie de la pompe Dionysiaque et qu’il essaye d’en suivre la marche souvent très rapide.

PLANCHE XXYIII

1. Femme assise montrant un masque. — Elle est assise sur un rocher, les jambes croisées, et porte le costume usuel. De la main gauche elle tient un pan de son himation, de 1 autre un masque quelle soulève pour le montrer. Les cheveux épais et drus, séparés par une raie médiane, portent la trace de trois ténies, et sont réunis derrière la tête en chignon. — Hauteur : o m. 235.

En parcourant la Collection Lecuyer , on ne peut se défendre de remarquer avec quelle diversité de facture la draperie est traitée, à quels effets variés, inattendus elle donne lieu, quelle maîtrise d’exécution possédaient ces anciens Grecs qui tiraient de l’étoffe tant de motifs pittoresques. Ici le bord supérieur de la tunique ne pose pas sur la chair et forme un joli pli au-dessus des seins ; tirée au-dessus des deux ceintures, l’étoffe ondule toute frisée et vivante ; l’ovale formé par les longues manches, les cassures de l’himation sur les jambes sont bien justes et bien gracieux.

Le masque que tient la jeune femme me paraît un masque de Gorgone ; les cheveux ondulent autour des joues et du front suivant des sinuosités qui rappellent les serpents primitifs. La figure est d’une grande beauté et les yeux évidés ont ce regard qui pétrifiait les etres vivants. La façon dont il est tenu montre qu’il est dirigé vers quelque ennemi invisible. La jeune femme, elle aussi, regarde bien en face ; elle a la pupille de l’œil également évidée, et le rapprochement des deux visages, qui ne sont pas sans analogie, est tout à fait charmant.

On connaît l’emploi du Gorgoneion sur les sarcophages. On a trouvé dans les tombeaux des médaillons en terre cuite dorée qui le représentent et qui étaient destines a etre cousus sur les vêtements du mort , le musée de l’Hermitage en possède des centaines. Notre statuette pourrait bien être occupée à conjurer les esprits malfaisants.

2 et 3. Femme assise regardant un masque ‘. — Elle a été reproduite sous deux aspects pour

i. Stepbani, C. R. p. i863, p. .7 sq. - a. Catalogue U. Hoffmann, .886, n» 5. - 3. La nécropole..., pl. XXXIII, n» a. - 4- Déjà publiée dans mes Terres cuites grecques , pl. XIX.

TERRES CUITES ANTIQUES TROUVÉES EN GRÈCE ET EN ASIE MINEURE

permettre de bien voir le masque de Silène au front chauve accompagné de deux touffes de cheveux, aux sourcils arqués, au nez écrasé, à la moustache tourmentée.

Elle a les pieds chaussés, le droit portant sur un tabouret. L’himation forme voile au-dessus de la tête, et la tunique qui a glissé sur l’épaule laisse voir le sein gauche modelé avec beaucoup de moelleux. Petit trou dans la tête qui est creuse. — Hauteur : o m. ai.

Les accessoires qui accompagnent nos statuettes mériteraient parfois une étude particulière. 11 convient ici d’arrêter son attention sur le siège qui est d’une belle facture. Le dossier est surmonté d une large bande d’appui circulaire sur laquelle la femme a passé le bras droit. Les pieds arqués ont été creusés à l’outil en leur milieu. Ils sont réunis par une barre horizontale et par deux traverses croisées, à la jointure desquelles s’épanouit une rosace. C’est une œuvre qui, de nos jours, ferait honneur à un artiste. Un coussin rembourré le rend très confortable.

La jeune femme — dont le visage est aussi doux que celui de sa voisine, sur la même planche, est sévère — contemple le masque avec une attention souriante. Au delà de cette face grotesque, qui suffît à écarter les influences funestes, elle entrevoit sans doute 1 extase mystique que Dionysos reserve à ses initiés et dont jouissent les bienheureux.

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