PLANCHE LXXIV
1. Jeune Ûlle appuyée contre un cippe. — Le cippe est, bas et elle y pose la paume de la main droite. La main gauche, ramenée sur la poitrine, tient un éventail. Elle regarde à terre vers sa gauche avec un air de douceur et de mélancolie. Tanagre. — Hauteur : o m. 2 5.
2. Fillette drapée en marche. — Comme une de nos figurines précédentes, elle tient dans la main droite un pan flottant de l’Iiimation qu’elle n’a pas encore rejeté sur son épaule. Elle incline légèrement la tête. Tanagre. — Hauteur : o m. 19.
3. Jeune Ûlle assise sur un rocher. — Les cheveux en torsades ne sont indiqués que jusqu’à la couronne qui paraît faite d’un foulard chiffonné. La jeune fille tient avec la main la pointe du rocher de forme assez singulière qui lui sert de siège. Elle regarde devant elle dans une attitude calme. Tanagre. — Hauteur : o m. 18.
1. Elle a été publiée dans la première Collection Lecuycr, pl. II*, lig. 4-
4. Jeune femme drapée en marche. — Elle tient soulevé un pan de son himation sur son poing gauche percé et où était sans cloute piqué un éventail. Ce qui fait 1 originalité de la figurine, ce sont ces deux boucles en tire-bouchon cpii accompagnent le bas du visage, le traitement de 1 himation d où le cou émerge comme d’une collerette et qui est collé sur le corps en larges plans séparés par quelques plis peu nombreux. Base ovale. — Hauteur : o m. 325.
PLANCHE LXXY
1 et 3. Jeune échanson. — Il est debout, vêtu d’un himation à franges jeté sur son épaule et sur son bras gauche, et qui laisse le bras droit et une partie du torse à découvert. Sur sa tête, une coiffure en turban actuellement, brisée, dont les trous- paraissent avoir été destinés à recevoir des pierres précieuses. D’une main il tient une coupe, de l’autre une prochous. Son visage rond a les formes pleines et encore indécises de l’enfance. Il s’avance en souriant; tout le poids du corps porte sur la jambe gauche et le pied droit est sur le point de quitter le sol; la cambrure des reins et le rythme de la marche sont très visibles lorsqu’on le regarde de dos; aussi l’a-t-on fait reproduire sous deux aspects. Les pieds sont réunis par une sorte de tenon; la base manque. — Hauteur : o m. 21.
Les poètes de l’époque impériale font souvent mention des pueri delicati dont s’entouraient les riches Romains; choisis parmi les jeunes esclaves les mieux faits et les plus beaux, ils étaient 1 objet de soins tout particuliers et avaient pour principale fonction de présenter la coupe a leur maître dans les festins. Ils jouaient un rôle analogue à celui de Ganymède dans l’Olympe et c’était un nom qu on devait être tenté de leur donner, surtout à ceux qui approchaient les empereurs. J’imagine que notre échanson doit ressembler à cet Éarinus dont le nom grec fait allusion au printemps et que Stace' nous montre tendant le nectar de sa main blanche dans les vases myrrhins et dans le cristal au Jupiter terrestre, c’est-à-dire à Domitien.
2. Niobé et deux de ses Ûlles. — C’était une légende très répandue chez les Grecs que celje de Niobé qui, ayant offensé Létô par son orgueil, vit tous ses enfants massacrés par Apollon et par Artémis. D’après Ylliade* Niobé restait après le meurtre pendant neuf jours sans vouloir prendre de nourriture. Dans la tragédie d’Eschyle, elle demeurait pendant une partie de la pièce abîmée dans sa douleur, enfouie sous ses voiles et ne montrant pas son visage. Le silence douloureux de Niobé était devenu un lieu commun5; la tradition rapporte qu’elle fut changée en pierre au sommet du Sipyle et qu’alors même elle versait encore des larmes. Cette pose de mater dolorosa , assise immobile et plongée dans son deuil, nous a été conservée sur les monuments : dans le célèbre relief du Sipyle, où les Grecs avaient vu l’image de Niobé, puis sur les tombeaux, par exemple celui de Lozano-Argoli au Latran4, — la mort des enfants de Niobé étant devenu un sujet sépulcral, — dans une statuette en plâtre ayant servi à décorer un sarcophage de Kertch et qui nous montre la mère effrayée tenant sur ses genoux le corps d’une de ses filles, comme dans les Pietà italiennes la Vierge tient le Christ sur ses genoux5. Une autre attitude non moins célèbre est celle où la mère debout essaye au milieu même du carnage de protéger quelqu’un de ses enfants en le pressant contre son sein; c’est, ainsi que Niobé est figurée, défendant la plus jeune de ses filles, dans le récit d’Ovide et dans le magnifique groupe de Florence0. Sur le sarcophage Lozano-Argoli, c’est son plus jeune fils et sa plus jeune fille quelle serre contre elle en levant douloureusement les bras au ciel.
La tradition la plus ancienne faisait périr tous les enfants de Niobé sans exception ; mais de bonne heure la légende devint moins cruelle. Déjà au vi’ siècle av. J.-C. Télésilla laissait épargner par les dieux un fils et une fille, Amyklas et Melibœa. D’après une autre version, les deux survivants s’appelaient Amphion et Chloris7 et, suivant Hygin, Chloris seule aurait conservé la vie.
Notre terre cuite se rattache à la forme adoucie de la légende dont elle présente un aspect qui est
1. Silves, III, 4, V. 13 sq., 56 sq. — 3. XXIV, 611 sq. — 3 Lucien, De saltationc, 4i. — 4. Stark, Niobé..., pl. XIX, fig. 3. — 5. Ibid., pi. V. — 6. Ibid., pl. X. — 7. Apollodore, III, 5, 6, 4; Pausan., II, ai, 10.
TERRES CUITES ANTIQUES TROUVÉES EN GRÈCE ET EN ASIE MINEURE
nouveau, si, comme il me paraît très vraisemblable, elle représente bien Niobé. La mère a conservé deux de ses filles : la plus jeune s’appuie sur ses genoux, la joue dans la main droite, les jambes croisées, dans une pose qui traduit l’insouciance de l’enfance; l’aînée penche sa tête sur l’épaule de sa mère qui de son bras gauche la serre affectueusement contre elle. Assise sur un rocher et reconnaissable à ses formes matronales, Niobé a les cheveux dénoués; elle tient de la main droite son himation posé sur sa tête comme si elle allait s’en envelopper elle et ses filles. La scène est trop calme pour que nous supposions qu’elle a lieu pendant la catastrophe ou même immédiatement après; ce qu’a voulu représenter le coroplaste, c’est cette mélancolie dans laquelle s’assoupissent peu à peu les grandes douleurs. Les trois personnages ont encore les yeux tournés vers le ciel d’où sont venues les flèches meurtrières; Niobé est. comme immobilisée dans le geste traditionnel protecteur de ses enfants, mais le danger est passé; stupéfaits, accablés, les vivants respirent en pleurant leurs morts.
La fable de Niobé avait, occupé les coroplastes; on connaît les terres cuites de Fasano1, les séries trouvées en Crimée’, le fronton des Niobides au temple de Luni*; notre groupe est original et ne se rattache directement à aucun des monuments connus. — Hauteur : o m. 26.