‹ Deuxième collection Camille LecuyerChapitre 74 sur 77 · PLANCHE LXXV · texte numérisé non relu

PLANCHE LXXV

1- AjâX et Achille. — Lorsque, dans Y Iliade, la colère d’Achille a mis les Achéens dans une situation périlleuse, une ambassade, composée de Phoenix, d’Ajax, d’Ulysse et de deux hérauts, va trouver le guerrier irrité pour le supplier de porter secours à ses compagnons d’armes. J’ai déjà remarqué que les coroplastes qui empruntaient leurs sujets aux poèmes homériques ne se proposaient pas d’en illustrer le texte, mais traduisaient la scène à leur façon en substituant le motif plastique au motif littéraire. C’est le cas de rappeler cette observation. Près d’un navire à acrostole recourbé tiré à sec sur le rivage selon l’usage hellénique, Achille, reconnaissable à sa jeunesse, est debout. 11 est sur la défensive et paraît peu disposé à écouter les objurgations d’un guerrier barbu, sans doute Ajax, qui lui tient un discours véhément, et, le bras étendu, lui montre où est sa place de combat et le somme d’y courir. Mais, comme dans X Iliade, l’attitude indifférente d’Achille nous montre qu’il perd sa peine et. que le jeune homme offensé dans son amour se refuse à tirer Agamemnon de l’embarras où l’a mis son orgueil.

Les deux héros portent le casque à haut cimier, la chlamyde très ample, la cuirasse à lambrequins modelée sur le torse et historiée, la tunique à franges et les demi-bottes. Pour arme offensive, ils ont l’épée courte placée dans le fourreau. La scène à deux personnages est parfaitement claire et le coroplaste a rendu à sa façon un épisode qui était présent à tous les esprits habitués dès l’école à la lecture des poèmes d’Homère. Base rectangulaire à moulures. — Hauteur : o m. 26.

2. Hermès et Câlypsô. — C’est ainsi que j’ai intitulé ce groupe en le publiant pour la première fois*. Il se pourrait qu’il fallût y voir simplement Hermès, dans son rôle de psychopompe, venant chercher une mortelle pour la conduire chez Hadès. Pourtant le fait que les coroplastes se sont plu à traiter un certain nombre de sujets homériques me semble confirmer ma première hypothèse.

La femme diadémée lève le bras gauche vers le visage du messager des dieux : c’est là la supplication par le menton qui était en usage chez les Grecs. Elle est rendue ici avec une intensité d’émotion tout à fait remarquable. Le visage incliné et pensif de la jeune femme, la figure ronde et indifférente d’Hermès forment un tableau d’une invention saisissante. En revanche les jambes grêles du dieu sont modelées à la hâte et sans grand soin. Un artiste qui regardait un jour avec moi ce groupe me disait : « Il y a là des négligences que ne se permettrait pas un moderne; mais il y a aussi des beautés simples qu’il serait incapable de trouver. » L’ensemble est traité en relief. — Hauteur : o m. 27.

1. Stark, Niobé..., pl. VIII. — a. C. R. /•. l863 , pl. III cl IV ; C. R. />■ 1868, pl. II. — 3. Masco Italiano di Antichità classica, t. I, i885, p. gç)-llo. — 4. Première Collection Lecuycr, pl. L'.

PLANCHE LXXYII

1. Amazone renversée. — Elle est sans doute blessée, bien que le eoroplaste n’ait, point figuré la blessure, et elle vient d’être projetée sur le sol qu’elle saisit de sa main crispée. Toutefois ce n’est pas la violence du combat ni les dernières convulsions d’une mourante que l’artiste a voulu rendre, mais une gracieuse attitude plastique qu’il a étudiée pour elle-même. En effet, l’amazone a croisé les jambes avec une certaine nonchalance; son bras levé semble implorer la pitié plutôt que repousser un adversaire menaçant, et les bouillonnements de la draperie étalée sur le sol ont été traités avec une grande recherche de l’élégance. — Longueur de la base : o m. 27. Hauteur : o m. 17.

On sait que l’art hellénique de la grande époque avait créé un type d’amazone qui était l’idéalisation du corps féminin dans le sens de la force ; il ne s’agissait point d’en altérer les contours pour lui prêter les formes plus carrées et les muscles plus solides de l’homme, mais, tout en lui conservant sa grâce, de donner par la belle proportion des membres, par la plénitude du développement des os et des chairs, l’impression d’une nature amenée à son plus haut degré d’énergie, grâce aux exercices de la gymnastique et à la vie en plein air. C’est à ces traditions que se rattache notre terre cuite : les seins, les bras, les jambes sont robustes et, dans l’ensemble, la souplesse s’unit à la solidité.

Quant au costume, il a conservé des traces de la conception asiatique qui domine dans la peinture; la tête est coiffée d’un bonnet phrygien à brides et à large couvre-nuque. Indépendamment de la chlamyde, l’amazone porte une tunique courte qui la laisse en grande partie nue et qui est rabattue de façon à former un diploïdion. Les bouillonnements qui en résultent autour de la taille sont classiques sur les sarcophages dans les représentations d’amazone.

2. Ulysse S’ accrochant au rocher. — En publiant pour la première fois1 cette admirable statuette, j’ai fait remarquer que l’artiste avait extrait comme la quintessence du récit homérique et trouvé le moment plastique de l’aventure. J’ai appelé l’attention sur la vigueur de ce grand corps allongé contre le rocher et que les flots semblent poursuivre pour le ressaisir; la joue est collée contre la pierre que les deux bras vigoureux enlacent d’une invincible étreinte; tous les muscles du dos sont en action; la jambe gauche trouve un point d’appui sur le sol, la droite flotte encore, mais les muscles de la cuisse et du mollet tendus montrent avec quelle intensité elle participe à l’effort général. Cette jambe est un beau morceau de sculpture. — Longueur de la base : o m. 22. Hauteur : o m. 196.

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