HECIIEHCIIE DES ORGANISMES NITUIFIANTS DANS LES TEI{RES
AVOISINANT LE l'OLE SUD
Il a semblé intéressant de rechercher si les terres des régions arctiques, spécialement (('Iles ([ui ne dégèlent jamais, contiennent à l'état vivant les bactéries de la nitritication. A ces basses températures, qui se maintiennent depuis tant de siècles, ces bactéries ne peuvent pas se développer ni se multiplier. Si l'on en avait trouvé, elles auraient dû remonter à une période antérieure à la formation glacière actuelle, où la vie était possible, else conserver ainsiintactes et vivantes. Déjà, M. Mùntz en avait constaté, [tarfaitement vivantes et aptes à se développer dans des milieux nitrifiables, dans les terres prises sous les glaciers des Alpes, où la température ne s'élève jamais au-dessus de 0° et qui devaient exister là depuis des temps très reculés. Cependant, dans ce dernier cas, ces bactéries auraient pu provenir des poussières terreuses apportées par les vents à la surface des glaciers et descendre parla fusion de la glace jusqu'aux couches profondes.
Un pareil fait ne pouvait pas se produire aux hautes latitudes atteintes par la Mission Charcot, où il n'y a pas de terres nues pouvant engendrer des poussières. La question de la survivance illimitée de ces organismes pouvait donc se poser.
Malheureusement, il n'a pas été possible de prélever des échantillons de terre, comme le relate M. l'enseigne de vaisseau Godfroy dans une lettre du 22 avril 1910, dans les termes suivants :
« Pour la troisième partie de ma tâche, qui consistait à prélever des échantillons du sol, je n'ai pas eu de succès. Nulle part, en effet, je n'ai pu trouver de terre ne dégelant jamais, le sol étant partout recouvert d'une couche de glace de plusieurs dizaines de mètres d'où émergent seulement quelques têtes de roches où les oiseaux font leurs nids. La côte, presque partout inaccessible, est bordée de falaises de glace d'une cinquantaine de mètres au-dessus du niveau de la mer, dont le pied repose sur des rochers
sous los cîuix. I);ins l(>s îlots qui bordoul la côte, uiômo carapace de f;laces, don! sont scuIcMin'ut dépourvus les écueils battus par les Ilots. « Cepeudant, ayaul vu passer uu jour uu petit icebergretourné contenant des inclusions de terr(> au milieu de la glace, jo nie suis rendu auprès de lui et ai pu rerueillir un peu de cette terre ou plutôt de celte l)nue glacière (|u'il contenait, .le ne sais si vous pouvez en tirer parti. »
Sir/n^' : R.-E. Gobfhov.
Cet échantillon, prélevé aseptiquement, a été ensemencé dans des milieux nitriliables le 18 octobre 1010. Le 21 mars 1911, on a constaté qu'il n'y avait eu aucune nitrificatiou.
In nouvel ensemencement a été fait le 26 mars 11)1 1 . Le 19 octobre 19 H, on n'a pas non plus trouvé de nitre formé. Il n'y avait donc pas de bactéries nitrifiantes fi l'état vivant dans cette boue recueillie dans l'iceberg. Tout en faisant penser que ces bactéries n'existent pas dans ces régions glacées, où leur développement est impossible en raison de la basse température ([ui y règne, cette constatation unique laisse la question pendante, et de nouvelles recherches seront nécessaires pour la résoudre définitivement.