‹ Deuxième expédition antarctique francaise (1908-1910) (volume 2)Chapitre 4 sur 9 · DOSAGE DE L'ACIDE CARHONIOI E DANS L'AIR · texte numérisé non relu

DOSAGE DE L'ACIDE CARHONIOI E DANS L'AIR

Depuis plus d'un demi-siècle, la détermination des proportions de l'acide carlionicpie contenu dans l'ai)', ci des variations qu'elles subissent sous diverses influences, a préoccupé l'esprit du monde savant. De Saussure, Thénard, Gny-Lussac, Dumas, Roussingault, Reiset, (>t un grand nombre d'autres ex[)érimenfateurs y ont consacré des études. H y a une trentaine d'années, à l'occasion de l'envoi de missions chargées d'obsefveren des points très divers du globe le passage de Vénus sur le Soleil, et du séjour prolongé d'une mission spéciale au cap Horn, MM. Miintz et Aubin ont effectué, sous le patronage de Dumas, des séries d'analyses de l'air sous des latitudes très différentes.

Ces recherches ont montré que la teneur en acide carbonique de l'air en un point déterminé subissait des variations, mais relativement peu importantes. Elle est influencée par la saison, par l'état du ciel et la

vitesse du vent, par riictirc h laquelle on r.'cueille les échantillons, le taux d'acide rai'bouique étant généralement plus (Mcvi' la nuit que le joui', (loinnie Ta reniar(|ué Dumas, ce qu'il est surtout intéressant d'étudier, ce sont les variations de la teneur de lair en acide car|joni(iue, non par des causes locales, ce qui est de peu d'inq)ortance, mais par des causes générales se rattachant aux grands mouvements de l'atmosphère. Or les recherches de MM. Mi'intz et Aubin ont montré (|ue l'acide carbonique n'est pas uniformément répandu à la surface du globe terrestre, et que l'air de riiémisphère noi'd est |)Ius riche en ce gaz que celui de l'hémisphère sud. La moyenne, pour lluMnisplière noixl, a ('té trouvée égale à 2,82 d'acide carl)oni(|ue pour 10 OOOdair, en volumes, chiffre extrêmement-voisin de celui cpii avait é((' oblenii pour la Kraiice. IN)ui' l'hémisphère sud, la moyenne s'est tronvi'e égale à 2,657 et s'est même abaissée à 2,56 au capllorn, dans la baie Orange.

Ces faits s'explicfuent, d'après M. Schlœsing (1), par l'hypothèse que la mer est le grand régulateur de la teneur de l'atmosphère en acide carbonique. L'eau de la mer tient en suspension du carbonate de chaux. Kn présence d'une atmosphère plus ou moins riche en acide carbonique, une certaine quantité de ce gaz est fixée pur le carbonate pour former du bicarbonate. Inversement, si l'on dépouille l'atmosphère d'acide carbonique, du carbonate nentrese précipite et de l'acide carbonique se dégage.

M. Schlcosing a montré qu'une loi mathématique préside cà ces phénomèn(>s (2). La teneur de l'atmosphère en acide carbonique correspond donc à une richesse déterminée de l'eau de mer en bicarbonate, et inversemeni, le bicarbonate varie jusqu'à ce que l'acide carbonique atteigne une tension, bien déterminée pour chaque température, qui est la tension de dissociation du bicarbonate pour cette température. M. Schlœsing a calculé que la quantité d'acide carbonique, tenu en réserve par les eaux marines et pouvant s'en exhaler en vertude la dissociation, est dix fois supérieure k celle qui existe dans l'air. Reprenant la même hypothèse et effectuant des calculs analogues, M. Krogh (3)

(1) Comptes Rendus, t. CX, p. 1410

(2) Ihid., t. LXXIV, p. 1552.

(3) Ibid., t. CXXXIX, p. 896.

admet que l'Océan contient 6.55 x \0^^ kilogrammes d'acide carbonique dissocialile, soit27 foisla quanlité cont('nuedansratmosphère,et que, pour une variation do 0,1 p. 10000 dans la teneur de l'atmosphère en acide carbonicpie, la mer est capable d'absorber 3,85x10^^ kilogrammes d'acide carbonique en un an, ce qui équivaut à une t'ois et demie la consommation de charbon actuellement faite par l'industrie. Ces faits expliquent que la mer. secondée par les vents qui brassent constamment l'atmosphère, estcapable d'empêcher les variations brusques de la teneur de l'air en acide carbonique sous l'influence de causes momentanées ou locales. Ils rendent compte également de la pauvreté relative de l'hémisphère sud, en raison du grand développement de la surface des mers et de la basse température des eaux, due à l'extension des glaces polaires.

L'Expédition de M. le D"".!. Charcot dans les régions australes nous a fourni l'occasion de vérifier cette hypothèse et d'en contrôler la généralisation. Elle avait l'avantage d'une latitude beaucoup plus élevée, 64° à 70°, au lieu de 58° 31' au cap Horn, de l'absence totale de toute végétation et de toute vie animale qui eussent pu troubler les résultats, et permettait d'espérer des données encore plus accentuées.

M. l'enseigne de vaisseau Godfroy a bien voulu recueillir les échantillons d'air dans les conditions que nous lui avions indiquées.

Il n'a pas été possible de se servir des procédés que MM. Mûntz et Aubin avaient adoptés pour leurs recherches antérieures, (^ette méthode (1) consistait à faire passer, sur les lieux mêmes, dans des tubes contenant delà pierre ponce mouillée de potasse, de grands volumes d'air, près de 300 litres. De ces tubes, scellés à la lampe et rapportés au laboratoire, on dégageait l'acide carbonique pour en mesurer le volume. Ce mode opératoire aurait exigé l'emploi d'un gazomètre trop encombrant et dont l'eau se serait congelée aux très basses températures que l'Expédition devait alfronter.

Dans nos recherches actuelles, nous avons dû adopter un mode différent de prélèvement des échantillons et une autre méthode de dosage, mais reposant sur le même principe.

(1) Annales de chimie et de physique, 5» série, t. XXVI, 1882, p. 222, et t. XXX, 18S3, p. 238.

Mode de prélèvement des échantillons.

On a prélevé sur les lioux des éoliaiitillons de lair dans des ampoules de 3 litres (Mivirnn de capacité, semblables à celle qui est représentée en A par la figure i. Avant le dépari de l'expédition, ces ampoules, souillées encristal,ont été soigneusement lavées, pour en détruirt; touleTalcalinité, avec de l'acide chlorhydrique concentré qui y a séjourné dix jours ; puis

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Fig. 4. — Prélèvoiiienl <lc'S éclianlillons d'air.

011 les a rincées à l'eau distillée et séchées. On a alors soudé sur leur col un tiilie de sûreté t, étiré aux points e vi c . On a t'ait le vide au moyen de la pompe à mercure et scellé à la flamme au niveau de l'étirure e' .

Pour faire un prélèvement d'air, on plaçait l'ampoule A sur un support en bois démontable et très léger. Après avoir tracé au couteau à verre un trait au voisinage de la pointe z^', on coifTait celle-ci d'un tube en caoutcliouc épais, portant un tube T formé de quatre cannes de verre de 1 mètre de longueur ajustées bout à bout, en ayant soin de le diriger sous le vent, de façon à éviter l'influence du voisinage de l'opérateur sur la composition de l'air. En prenant sous le caoutchouc, entre les mâchoires delà pince P, la pointe f\ on en opérait la rupture. Aussitôt (ju'avait cessé le sifflement indiquant que l'ampoule se remplissait d'air, on scellait au niveaude l'étirure <•, en y portant la flamme delà lanqje éolipyle E à alcool. L'ampoule portait un<' étiquette où l'on inscrivait les conditions de la prise d'échantillon, situation géographique, pression barométri(|ue, température de l'air et de l'eau de la mer, état hygrométrique di' l'iiir, direction et force du vent, nébulosité. Il ne restait plus alors qu'à emballer soigneusement dans une caisse l'échantillon, en attendant le retour.

Au laboratoire, on a utilisé, pour la détermination de l'acide carboni<iue.

imc métliode analogue à celle que MM. Miuilz et Auhin avaient établie pour leurs recherches i.ntf'i'ioures. Elle est basée sur l'absorption |)ar la potasse de l'acide carbonique, qui, ainsi fixé, est de nouveau dégagé et mesuré en volume, (le procédé, qui opère la mesure directe des gaz, pcruirt nue précision trèsgrande, mais il présentait à l'applicalion des difficultés particulières tenant aux volumes très réduits du gaz sur lesquels il lallait opérer. Le volume d'air voisin de 1 litre duquel on était tenu de partir ne contenait en elï"et qu'envii'on 0^'^,2 de gaz carbonique, qu'il n'était pas possible de mesurer exactement par les méthodes gazométriques courantes. 11 nous a donc fallu apporter au mode opératoire primitif d'importantes modifications de détail.

Préparation des tubes à potasse.

L'absorption de l'acide carbonique se fait au moyen de potasse décarbonatée. Quelque soin que l'on apporte à la purification de ce réactif, il est tout à fait impossible de le priver des dernières traces de gaz carbonique. Pour que la correction qui en résulte ne soit pas dune importance exagérée, il fallait réduire à un très petit volume la potasse employée et, d'autre part, réaliser lu constance de ce volume afin de l'endre constante la correction à eilectuer.

Le tube laveur à potasse est constitué (iîg. 5) par un tube /.■ presque capillaire de l™ni^;; de diamètre intérieur et de 1 mètre de longueur. On a soudé, à chacune de ses extrémités, des tubes de sûreté ordinaires sur lesquels on a souillé des petites boules h et //. A l'une de ses extrémités, le tube capillaire a été courbé deux fois à angle droit au voisinage de la boule A', et le tube de sûreté porte, à 8 ou 10 centimèti'es de cette boule, un étranglement e'. A l'autre extrémité, le tube de sûreté se termine par upe étirure fernu'e à la lampe en pointefine. Latéralement on a soudé sur la boule // un tubede sûreté étranglé en^ à 2 centimètres de b. Cette tubulure est destinée à l'introduction de la potasse. L'examen de la iigure 5 fera comprendre les détails de cette opération. Le fiacon A contient une lessive de potasse pesant 42° à l'aéromètre Beaumé, qu'on a additionnée de baryte caustique ; après un contact prolongé et décantation, il surnage un liquide parfaitement limpide débairassé de carbonate et de sulfate.

Le flacon A est fermé par un bouchon do caoutchouc à deux trous traversé par deux tubes. L'un m est destiné à amener de l'air j»uri(i('' par son passage dans un flacon B rempli de ponce potassée. L'autre .M est \m tiii)e ca|)ilhiir»' destiné à puiser cl à mesurer la potasse. A l'intérieui-

'■|l|i(ll|llfilll|ill|li|i|nii'i'liiiii|;(iriMiniM'iMl i ii i| 1 1 li'M 'ii 1 1 1 m lilMi ii:''l|||l 1 1 | ||I i II 1 1 i| m I i;l / h\TTi Fi<». :i. — l'i'i'paralinn îles tubes à potasse.

(lu ll;icon, ce tube plonge au sein de la lessive de potasse, puis se recourbe vers le haut et se termine au voisinage de la surface du liquide par une partie élargie formant une sorte de capsule c ayant Occ,2;) de capacité. A l'autre extréniih', b^ tube capillaire se termine par une partie eftilée et pénètre dans un tube M plus large portant nue tubulure latérale réunie par le tube de caoutchouc n au flacon B à ponce potassée. Le luije M est tîxé par des caoutchoucs en haut au tube capillaire, en bas ;i la tubulure latérale du tube à potasse /.-.

L'appareil étant ainsi disposé et la lessive de potasse étant parfaitement limpide, pour remplir une série de tubes absorbeurs, on ajuste la tubulure latérale t de l'un d'eux au tube M, de façon à y faire pénétrer l'extrémité etrdée du tube capillaire. On fait glisser celui-ci dans son bouchon de caoutchouc de façon à plonger dans la potasse la cupule c et à la remplir, puis à la remonter à quelques centimètres au-dessus du liquide. Ou met en communication l'extrémité e' du tube à potasse avec une trompe à eau par un caoutchouc fermé par la pince /). On ouvre la pince p. Un courant d'air puritié par le passage dans le flacon B traverse )vS\t et balaie le tube K en entraînant les traces d'acide carbonique qu'il peut contenir. Au bout d'une ou deux minutes, on pince avec les doigts b' tube de caoutchouc ti. La dépression exerce alors son action sur le

Expédition Charcot. — MiJNïz et Laine. — Kluilcs sur les eaux rnéléoriiiues, 1

tube capilliiii'e, et la potasse contenue dans la cupule c est brusquement déversée dans la tubulure / et coule dans la boule h. On cesse alors de pincer en ?r, on ferme la pince yv et on scelle avec une flamme de gaz en mince languette au niveau des étranglements e et c'. L'opération a demandé au total quatre à cinq minutes, et l'appareil se trouve prêt pour le remplissage d'un nouveau tube. Il est bon de remarcjuer que la potasse a été transvasée tout en la maintenant rigoureusement à l'abri de l'atmosphère ambiante, et qu'à aucun moment elle n'a été en contact avec aucun joint de caoutchouc. Il est, en eflet, très important d'éviter l'action d'une matière organique, quelle qu'elle soit, qui serait partiellement dissoute et ultérieurement décomposée en donnant naissance à de l'acide carbonique.

Le remplissage du tube K étant elTectué, on le tient verticalement et on lui imprime de vives secousses. On parvient ainsi à faire descendre la potasse jusqu'à sa partie inférieure. On a eu soin, pour faciliter le mouillage de sa surface intérieure, de remplir le tube capillaire, avant qu'il soit façonné, d'acide fluorhydrique étendu, qui l'a légèrement dépoli. Il a été ensuite mis en digestion, ainsi que les tubes de sûreté qui devaient y être soudés, dans de l'acide sulfurique concentré qui a dissous toute trace de matière organique adhérente, puis rincé à l'eau distillée et séché dans un courant d'air sec.

Toujours dans le but d'éviter le contact de la potasse et des joints de caoutchouc, on a effectué le remplissage par une tubulure latérale spéciale et non par les étirures des extrémités, qui, ultérieurement, doivent être raccordées à des tubes de caoutchouc.

Fixation de l'acide carbonique et mesure de l'air.

Pour la détermination de l'acide carbonique de l'air contenu dans l'ampoule A, on réunit, comme l'indique la figure 6, cette ampoule au tube à potasse K par un joint e' de fort caoutchouc à vide, puis le tube à potasse à une trompe à mercure T par l'intermédiaire d'un antre joint de caoutchou (' et d'un tube capillaire sur lequel on a souillé plusieurs boules a. Les pointes étirées fermant l'ampoule et le tube à potasse n'ont pas été ouvertes, mais on y a tracé au préalable un trait au couteau à verre

pour les rompre facilement au momeiil convenable. Le bàli sui' iequi-l est fixée la trompe à mercure supporte ou uirnie temps uu voluménomètre de iM. Schlœsing. Ou sait que cet ap[)areil permet de mesurer des volumes fi;azeux considérables, avec une très grande précision, atteignant le l/lOOOOe. La capacité de l'ampoule du voluménomètre dont nous nous souHiies servis, déterminée par un jaugeage préalable au mercure, est de l 230<^°,37 à la tempéralure de l.")°. (hi peut donc y mesurer des volumes gazeux dépassant 1 litre.

On commence par mettre en conmiunicalion, pai' un Tort tube de caoutchouc à vide (], II' lube à dégagement de la trompe avec le voluménomètre, la pince 1* elaul desserrée. On l'ait roiicliouncr la trompe à mercure ([ui envoie dans le voluménomètre l'air extrait. On fait ainsi le vide jusqu'en c. Ce résultat atteint, en saidant d'une pince à mâchoires plates, on brise sous les joints de caoutchouc e et c' les pointes étirées du tube à potasse, les pinces c et <^' étant maintenues desserrées. On obtient rapidement le vide jusqu'en f'. Lorsque la ti'onq)e à mercui-e ne l'ourniL plus aucune bulle de gaz, ou l'arrête, on ferme la pince P, <ui ouvre la pince 1*' et. soulevant le flacon tubulé F, on fait dégager sous la cuve 11, par II- lube capillaire r, tout l'aii' contenu dans le volumcMiomètre. On laisse s'écouler par c quelques gouttes de mercure, ([ui, en tombant, l'ont entendre le bruit caractéristique du marteau d'eau et montrent ainsi que lesdernières tr-aces degaz sont bien éliminées. On ferme alors la jjince l*'; on fait descendre le llacon F sur l'étagère mobile (|ui le supporte jusqu'au bas de sa course. Lorsque le mercure a repris son état d'écpiilibre, on desserre la pince P ; tout se trouve alors en état pour commencer à iixer l'acide carbonique dans le tube K.

On ferme la pince r, la pince e' étant maintenue desserrée. On brise sous le joint de caoutchouc e' la pointe étirée de l'ampoule. On s'est assuré au préalable que la potasse contenue dans le tube K a bien mouille le tulx; K jusqu'à sa partie inférieure ^''. Elle se rassemble généralement en quebpies gouttes réparties le long du tube et maintenues |)ar la capillarité. On desserre doucement la pince e pour laisser l'air (le l'ampoule A se détendre tr-ès lentement, ce que l'on constate [)ar le mouvement des gouttelettes de potasse. Lorsque celles-ci sont

redevenues immobiles, on ouvre en grand la pince r, et on fait fonctionner la trompe à mercure ; celle-ci doit être réglée de façon que le mercure tombe goutte à goutte, très régulièrement, et opère un courant de vitesse telle qu'un litre d'air mette au moins une heure et demie pour traverser le tube K.

Le passage de l'air au travers de ce tube n'est pas absolument continu, mais a lieu par petites saccades qui aident à l'absorption de l'acide carbonique. La potasse, réunie en gouttelettes, est remontée jusque dans la boule // ; là, les gouttelettes se détruisent, et le liquide alcalin redescend en mouillant les parois du tube capillaire, de sorte que d'autres gouttelettes

„ -- Séparation de l'acide carboniinic et mesure de l'air.

se reforment continuellement vers l'extrémité //. Les surfaces absorliantes sont ainsi constamment renouvelées, et aucune trace de gaz carbonique n(> peut

échapper à la fixation. Des expériences de contrôle oui (raillnus di''montréqu'il en était bien ainsi.

Lois(jue la pression intérieure du voinménomètre es[ presque voisine de la pression atmosphérique, c'est-à-dire lorsqu'il est passé environ 1 litre d'air, on arrête lebarbotage. Dans ce hul, on ferme la pince /'', et, la trompe à mercure continuant à lonctionncr, on l'ail le vide dans le tube à potasse pour extraire les dernières traces d'air ayant subi son action. Ca' résultat alleint, on procède à la mesure du volume d'air liaih'. On arrrle la lroni|M', on ferme la pince P. On remonte rélai;ère supportant le llacon 1" jiis(|n à une hanteui- convenable pour obtenir l'alllenrement exact du mei'cure au trait de jauge / <[ui limite la clunnbre de mesure du voinménomètre. Il ne reste [)lns qu'à lire la dépression (lu mercure et à faire tontes les corrections d'usage pour déterminer avec précision le volume de l'air sur lecpiel on a opéré.

Soulevant ensuite le llacon F, on peut recueillir sur la cnve il deséchantillons de cet air destinés à d'autres déterminations.

Mise en liberté et mesure de l'acide carbonique.

Le volume de l'acide carbonique contenu dans un litre d'air est voisin de O^'^,"!. Pour le mesurer exactement, nous avons l'ail usage d'un mesureur spécialement établi pour atteindre ce but et représenté |iar la ligure 7. 11 est construit d'après le même princi[)e (juc celui qui a servi à MM. Th. Schlœsing lils et Laurent pour leurs recherches sur la fixation de l'àzole libre par les plantes (1). H r;,), pelle également, mais avec beaucoup plus d*' simplicité, l'iippareil de Leclerc, utilisé par .MM. lîonnier et Mangin pour leurs recherches sur la respiration des végétaux (2).

Ce mesureur- est constitué par un tube caj)illaire aussi bien calibré que possible, recourbé comme l'indique la figure 7. Sa paitie horizontale oa a 95 centimètres environ de longueur. Klle [)orte une graduation en millimètres h partir d'un zéro arbitrairement choisi en 0

il) Annales de l'Inslilul l'asleur, 1802. p. 78.

(2) Annales de la science aiponomique, 1806, t. I, \>. 28.

près de rime des extrémités. Vers celle-ci, il se recourbe verticalement et se termine par une petite chambre-laboratoire r ayant une capacité de 7 à S centimètres cubes. Cette branche verticale porte égalenienl sur la partie capillaire, en />, un trait de jauge. A l'autre extrémité, il est réuni par un caoutchouc à vide à une petite allonge d, qu'on peut élever ou abaisser à la main.

Fig. 7. — Mesure de l'acide cai'ljonii|iie.

On l'a au préalable jaugé avec précision. Dans ce but, on y a introduit un(> gouttelette de mercure, exactement pesée et capable d'y occuper un volume correspondant à environ îiO divisions. On a promené cet index sur toute la longueur du tube, en lisant, chaque 5 centimètres, le nombre de divisions qu'il occupait, ce qui a permis de calculer exactement le volume de chaque division en ces différents points. Un jaugeage général du tube depuis le 0 de la graduation jusqu'à l'une des dernières divisions a permis de vérifier cette détermination. La capacité de notre mesureur a été ainsi trouvée égale à 1^0^2527 depuis la division 0 jusqu'à 877 div. 8.

l'our faire une mesure, on commence par remplir le mesureur de mercure : on fait plonger la chambre-laboratoire dans le mercure contenu dans le cristallisoir C. On t'ait à la bouche une aspiration par l'allonge a que l'on abaisse en même temps. La pesanteur fait couler le mercure dans cette allonge. En l'iMevaiil (>t en la rabaissant à plusieurs reprises, on s'assure (ju'il n'y reste aucune ti'ace d'air. ( hi ferme le caoutchouc au moyen de la pince y). En s'aidani (l(( lacuilleren fer/, (pie l'on passe sous la chambr'e-laboratoire r, on transporte le mesureur sur la cuve à mer-

cui'o l[ (lifi;. 6) pour y recueillii' l'acide carbonique, qu'il s'agit maintenant (le (l<''i;ai;(M' du lulic à potasse K.

On sépare IcfiilH' de cadiilcliouc (](ki tube à dégagenienl tW la li'ompe. On se rappelle que le vide a ét('' l'ail dans le tube capillaire K ; au besoin, on le pai'lail en faisant fonctionner pendant quelques minutes la trompe à mercure. On |)eul aloi's collfer li' iid)e à dégagement de celle-ci du ttibelaboraloire du mesureur. D'autre part, on sépare l'ampoule A du joint de caoutchouc '■'. (lu iuliuduil dans celui-ci quelques gouttes d'acide sulfurique étendu au cinquième, en chassant l'air qu'il contient au-dessus de la pince; puis on ajuste, au lieu et |)lace de l'ampoule, une pipette /> de 10 centimètres cubes remplie d'acide sulfuri(pie au cinquième. La tronqie à mercure n'ayant pas cessé de fonctionner, on ouvre doucement la pince '•'. L'acide sulfurique pénètre lentement dans le tube K, décompose le carbonate formé et pousse devant lui l'acide carbonique mis en liberté. La trompe à mercure l'aspire et l'envoie dans le tube mesureur.

Avec quelques précautions, on arrive à introduire l'acide sulfurique sans entraîner d'air. Si cependant on ne pouvait en éviter ([uelque trace, la précision du dosage n'en serait pas aft'ectée. D'autre part, il reste dans la boule /> une petite quantité de gaz qui ne peut être enlevée par le jeu de la trompe en raison de la résistance opposée par le liquide contenu dans le tul)e capillaire K. On le dégage par l'artifice suivant :

Prolitant de la flexibilité de raccord de caoutchouc e, et tenant le tube K à la main, on soulève celui-ci jusqu'à lui faire prendre une position liorizontale. Le petit résidu gazeux qui restait en b se détend, pousse l'acide sulfurique jusque dans les boules a et se dégage dans la trompe à mercure. Lorsqu'on remet le tube Kdans sa position primitive, on voit l'acide descendre et remplir la boule />, où il ne reste plus de bulle gazeuse si la manœuvre a été bien efléctuée.

Malgré cette précaution, et à cause du volume extrêmement réduit de gaz à extraire, on ne serait pas bien sur de ne pas avoir laissé subsister dans le tube K quelques traces d'acide carbonique. Pour en entraîner les dernières, il faut procéder à des balayages. La pipette fj étant séparée du joint de caoutchouc, on introduit dans celui-ci un obturateur en verre que l'on enfonce de façon à emprisonner une petite quantité d'air, environ

Occ^ I . On desserre lu pince e' un instant, pour l'aire pénétrer cet air dans le tube K, et, par la manœuvre déjà décrite, on fait passer cet air, aspiré parla trompe à mercure, dans le mesureur. On répète ce lavage trois fois, ce qui est plus que suiïisant pour qu'on soit assuré quaucime trace de gaz carbonique n'ait été retenue.

L'acide carbonique, mélangé de l'air ayant servi aux lavages, est réuni dans le tube-laboratoire du mesureur. On transporte celui-ci, en s'aidant delà cuiller de fer, sur le cristallisoire C (fig. 7). En manœuvrant l'allonger/ et la pince /y, on fait passer le gaz dans la partie capillaire du tube, et on fait alïleurer exactement le mercure dans la partie verticale au trait de jauge //. On lit alors la division de la graduation horizontale qui limite la colonne gazeuse. On note en même temps la dépression mercurielle entre h et le niveau du mercure en G, corrigée de l'erreur due à la capillarité, la température, la pression atmosphérique. On fait passer le gaz dans le tube-laboratoire G. On introduit dans celui-ci une petite balle de terre glaise, pétrie au bout d'un fil de platine, cuite au four, ayant laforme d'une olive et la taille d'un petit pois, et humectée de potasse concentrée. L'acide carbonique est très rapidement absorbé. On attend quelques minutes pour en être bien sûr. On fait passer le résidu gazeux dans la partie graduée et on en mesure le volume. La différence entre les 2 lectures représente le gaz carbonique. On la traduit en centimètres cubes et on fait sur ce volume les corrections d'usage. En particulier, on n'oublie colle qui est due à la présence de la vapeur d'eau. De l'eau se condense en effet sous forme d'une très petite goutte, qui, entraînée par le mercure, mouille le tube capillaire, et qui suffit encore, après le traitement par la potasse, à saturer de vapeur le résidu d'air.

La potasse, décarbonatée avec le plus grand soin au moyen de la baryte, contient encore des traces de gaz carbonique qui se dégage en même temps que celui qui était réellement contenu dans l'air analysé et (pii viennent ainsi fausser les résultats. La proportion de potasse étant constante, cette erreur est également constante. On la détermine en effectuant une opération à blanc sur l'un des tubes. Le tube mesureur permet des mesures très exactes, mais à condition qu'il soit entretenu, ainsi c|ue le mercure qui le garnit, dans un rigoureux état de propreté. Grâce à

sa simplicité extrême, on y arrive très facilement. Après chaque mesure, le mercure est lavé à l'acide sulluriiiue. Dans le mesureur lui-même, on J'ail passer de l'acide suifuriciue étendu, puis, à de nombreuses reprises, de l'eau distillée, et enfin on le sèche dans un courant d'air chaud.

Prélèvement des échantillons d'air.

M. ["enseigne de vaisseau Godfroy a bien voulu se charger du prélèvement des échantillons d'air. Il a suivi strictement le mode opératoire que nous avons indiqué, en notant le détail des circonstances dans lesquelles s'est effectuée chacune des opérations. Nous reproduisons ci-dessous les notes qu'il a rédigées au cours de l'expédition et qui exposent toutes les conditions dans lesquelles il a opéré poui' effectuer les prises.

Notes accompagnant les échantillons.

Les chiffres que nous donnons ont été, pour la plupart, empruntés aux registres d'observations tenus par M. l'enseigne de vaisseau J. Rouch, chargé des études météorologiques.

Les positions géographiques sont celles qui ont été fournies par les observations de M. l'enseigne de vaisseau M. Bongrain, hydrographe et astronome do l'expédition.

Au moment où s'effectuait chaque prise d'air, nous notions :

1° L'heure;

2° La hauteur barométrique, et la température du baromètre, pour ramener cette hauteur à 0° ;

3° La température di' l'air, mesurée au point de |)rise à l'aide d'un thermomètre-fronde, le plus généralement;

4° La température de l'eau de mer;

Ho La direction du vent;

0° La direction des nuages, leur l'orme;

7° La nébulosité.

Ces chiffres, corrigés ensuite des différentes erreurs instrumentales, étaient complétés par une évaluation, tirée des registres d'observations météorologiques :

Expédition Clinrrol. — MiiNrz pI Laink. — Kluiles sui' les eaux nn'li'OEiiiucs. .5

8° De l'état hygrométrique;

9° De la vitesse du vent ;

10° De la tension de la vapeur d'eau.

Enfin l'altitude du point de prise était mesurée quand elle n'était pas déjà connue.

Les renseignements divers accompagnant chaque observation proviennent des notes que nous [)renions pour cet usage.

Indications sur les notations employées.

JJenres cl dates. — Elles sont exprimées en temps moyen astronomique local {tmg.).

Posifions fjro(//a/t/ii(/i(es. — Elles sont déterminées par leur latitude et leur longitude, celle-ci toujours rapportée au méridien de Paris.

Altitude. — L'altitude donnée est celle du gaillard d'avant, pour les observations faites à bord; pour les observations faites à terre, elle est calculée aussi exactement que possible.

Pression atmosphérique. — La pression atmosphérique donnée est la pression exacte. La lecture était faite au baromètre marin, puis corrigée de l'erreur instrumentale et de l'erreur duc à la dilatation de la colonne de mercure en fonction de la température de la chambre des baromètres, pour être ramenée à 0°. Quand la prise d'air se faisait à terre, la pression atmosphérique était en outre ramenée à l'altitude de la prise.

Température de Vair. — Elle est donnée en degrés centigrades. Nous la prenions au thermomètre-fronde ou au thermomètre de l'abri météorologique.

Température de l'eau de mer. — Elle est notée en degrés centigrades et prise à la surface de ICau.

Étathij<]rométrique. — Le chilVre donné était fourni par un hygromètre enregistreur étalonné. 11 est compté de 0 à 100, exprimant 100 fois la fraction de saturation ou humidité relative.

Tensio)i de la rapeur d'eau. — Le chill're donné est déduit des tables, où il est inscrit en fonction de l'état hygrométrique et de la température.

État (la tit'I. — La direction des nuages est donn»M' en aires de vent vraies. La ntMnilosité est comptée de 0 à 10, 0 représentant un cid complètement pur, 10 un ciel complètement couvert.

Vont. — La direction du vent, donnée en aires de vent vraies, est celle d'où venait le vent.

La vitesse du vent est exprimée en mètres à la seconde et prise h l'enregistrement d'un anémomètre étalonné.

Puise d'aih no I .

Le 2ï^ décembre 1908, à JS heures 30 du soir, sur l'ilol (loutlicrpar 6io 40' 33" de latitude sud, Oo» W 16" de longitude ouest.

Altitadp. — 10 mètres.

Preasian atiaosi)Itéri(jap. — 740,8.

Teiiijtf'ralaro de l'air. 2°.

Tenipt'rataro de l'eau de mer. 1- 1°.

État liyfiroaiètriqae. —78.

Tension de la vapeur d'eau. — 3,0.

Kidt (lu c'u'l . — Ciel complètement couvert de stratus épais chassant de Iduest-sud-ouest à l'est-nord-est.

Nèhuhmté. — 10.

Veid. — Le vent souillait de l'ouest-quart-sud-ouest à une vitesse de 3 mètres à la seconde.

La prise d'échantillon dair a été faite sur le rocher le plus élevé de l'ilot Goudier. Venu seul en embarcation, nous nous y trouvions au veiil de tout lieu habité, le mouillage du " Pourquoi Pas? » étant à (100 mètres sous le vent. L'ampoule a été placée sur un rocher, à I mètre environ du sol, et toutes les précautions nécf^ssairos ont été prises |)(iur o|M''rei' dans de bonnes conditions.

L'îlot Goudier est un petit îlot bas et rocheux, situé enlrr I ilc ItMiiineiet Port-Lockroy, qu'il contribue à fermer du côté du chenal Pelliei-, de hautes montagnes glacées s'élèvent tout autour de l'hori/on, el la ciiteesl formée par une falaise de glace (|ui est l'aboutissenuMit des glaciers (|ui en descendent. Il n'v a là naturellement aucune trace de végétation,

mais on trouve une grande quantité d'oiseaux, pingouins et cormorans, qui sur quelques rochers dénudés en été ont établi leurs colonies. Sur lîlot Goudier même, nous n'avons pas vu d'oiseau au moment de la prise d'air, mais on y remarquait des traces nombreuses (plumes, déjections) d'un séjour antérieur de ces animaux; les colonies établies à 500 mètres de là étaient sous le vent.

A cette époque de l'année, il n'y a pas de nuit, et la température varie peu, restant près de 0°. Le large est encore occupé par la banquise, et dans les environs de Port-Lockroy on rencontre du pack-ice assez serré.

Le temps, parfaitement beau depuis le 24 décembre, s'est couvert dans la matinée du 27 avec des vents de la partie sud.

Prise d'air n» 2.

Le 16 janvier 1909, à 10 heures du matin en mer, par 08^20' de latitude sud, 72° 04' de longitude ouest.

Altitude. — 3°^, 50 (gaillard d'avant).

Pression barométrique. — 733,8.

Température de l'air. 2^,5 .

Température de l'eau de mer. lo,3.

État lujgrométinque. — 89.

Tension de la vapeur d'eau. — 3°, 3.

Etat du ciel. -*- Temps clair; cirro-stratus légers et immobiles.

Nébulosité. — 4.

Vent. — Le vent soufflait du sud à une vitesse de 2*^,50 à la seconde.

La prise d'air n» 2 a été faite à l)ord, sur le gaillard d'avant, le bâtiment ayant une petite vitesse en avant contre la brise; le « Pourquoi Pas? » se trouvait alors en mer, au nord du massif principal de la Terre Alexandre-I^, à une distance d'environ 20 milles des hautes montagnes de celte terre inaccessible ; il était entouré de glaces formant un pack serré dans lequel il naviguait depuis la veille au soir, où le temps, après avoir été fort beau, s'était couvert vers cinq heures, amenant une chute abondante de neige jusqu'à minuit. A paitir de ce moment, le vent du sud-est a passé au sud et le ciel s'est dégagé.

Lo soleil est resté au-dessus de l'horizon pendant tous ces (Iciiiicrs jours.

PlilSK 1)'a1I{ no IÎ.

Le 22 janvier 1900, ;i I heure {."i du soir, en mer, par 68° 34' de latitude sud, 72° 37' de longitude ouest.

Altitude. — 3ns50 (gaillard d'avant).

Pression lidroniétrique. — • 740,2.

Teinpéruture (Ir l'air. — • + lo,9.

Température de Ceaa de mer. lo,2.

État lujfjromt'trique. — 84.

Tension de la vapeur d'eau. — 4,2.

Etat du ciel. — Temps hrumeux, clair dans le nord. Alto-stratus en voile chassant de Test-sud-est, à travers les(|uels on aperçoit le soleil.

Nébulosité. — (').

Vent. — -Le vent souillait del'est-sud-est à une vitesse d'environ 3"i,.")0 à la seconde.

La prise d'air a été faite à bord au vent, le ( I*ouj'i|uoi Pas ? » étant accosté à la hanquise côtière de la 'i'erre Ale\andre-ler^ -i environ 3 milles de la falaise de glace qui termine la large calotte glaciaire au milieu de la(|uelle émergent les hauts sommets de celte terre ; il était entouré d'un pack serré formé de grandes plaques de glace, s'élendant à perte de vue.

Dans la semaine qui a précédé, le temps est resté en partie couvert, le plus souvent avec des vents assez froids de la partie nord. Le soleil s'est couché pendant une demi-heure.

Prises d'air faites à la station d'hivernage.

Pendant le séjour de l'expédition française au Pôle Sud à Port-Circoncisidii, dans l'ile Petermann, où elle hiverna, toutes les prises d'air ont été faites au même point. Le lieu choisi était le sommet de la colline des Mégalestris, élevé de 3o mètres au-dessus du niveau d(> la mer, où était établi l'observaloire météorologique pi'incip.il.

Nous avions percé les quatre faces de la cabane météorologique de trous, par lesquels nous faisions passer du côté du vent le long tube de verre amenant l'air à l'ampoule ; cette disposition nous permit de nous abriter convenablement pendant chaque opération, pouvant ainsi la mener à bien chaque fois sans incident.

L'île Petermann (ou Lundi, située par (:)5°10'40" de latitude sud, 66° 34' 34" de longitude ouest, est la plus sud des îles de l'archipel Kaiser Wilhem, qui s'allonge le long de la Terre de Graham, dont elle n'est séparée que par un chenal de 3 milles de largeur. Cette île est complètement ensevelie sous la glace, et seuls quelques rochers dénudés ou quelquefois couverts de lichens émergent de la croûte de glace qui la couvre ; en hiver tout disparaît sous la neige.

Vers le large, de nombreux îlots et des écueils l'entourent; du côté de la terre, le chenal de Lemaire la sépare des massifs montagneux et glacés de cette partie de la côte de Graham. Nulle part aucune trace de végétation; cependant quelques rochers portent en été des mousses et des lichens, mais ils sont fort peu nombreux.

Le « Pourquoi Pas? » était amarré dans le Port-Circoncision situé sur la côte estde l'île. L'observatoire météorologique, où se faisaient les prises d'air, en était distant d'environ 500 mètres ; cet observatoire, très bien placé, n'était abrité des vents régnants que vers le nord par la colline culminante de l'île qui s'élève à 126 mètres; l'île elle-même est de peu d'étendue.

L'hiver que subit l'expédition à ce mouillage ne fut pas rigoureux, le minimum de température n'ayant pas dépassé 25^ ; mais il fut particulièrementtempétueux, le vent ayant presque constamment soufllé du nordnord-est ou du nord-est, le plus souvent en coup de vent, atteignant jusqu'à 115 kilomètres à l'heure, avec quelques rares accalmies, tandis (jue les oscillations barométriques importantes et continuelles faisaient, dans la même semaine, varier le niveau du mercure de (30 millimètres, d<' 705 à 7()5.

Dans les rares jours de calme et de beau temps, M. l'enseigne de vaisseau liouch a constaté quelquefois un phénomène d'inversion de température entre l'observatoire de la colline des Mégalestris et celui du

bord de la mer. Nous avons noté ces dillV'rcnces quand elles ont coïncide avec une prise d";ur.

Il ne nous a l'ié donné d'assister à aucun phénomène d'aurore australe, et les perturbations magnétiques importantes n'ont été (ju'au nombre de quatre ou cin(| (M. Scnouque).

Le jour le plus coui-t de l'hivernage, le soleil se leva à 10 heures 30 pour se coucher à 1 heure 30, n'atteignant pas tout à fait nu degré en hauteur au moment de la culmination.

Prise n'AUi no 4.

Le 2i mars 1909, à 10 heures 30 (hi matin, à la stalioii dhivernage.

Pression atfnos/thêri//(ie. — 727,1.

TempérotniP do rair. \- 1°.

Températurr (h- r mil de mer . 1°.

Etat hj/grninétriqiie. — 79.

Tension dp In ra/iei/r d'eau. — 4,5.

Etat du ciel. — Temps bouché ; des nimbus bas chassent du nord-est.

Néhuhmtp. — 10.

Vent. ■ — Soufflait en tempête du nord-est-quart-est à la vitesse de 1 3™,o0 à la seconde.

Au moment de la prise d'air, une colonie de pingouins se trouvait à environ 800 mètres au vent, mais, étant au bord de l'eau, se trouvait en , outre à 35 mètres plus bas que le point de prise.

La mer était complètement libre de floes de banquise, mais encombrée de très nombreux icebergs.

Depuis le 25 février , les coups de vent de nord-est se sont succédés pendant un mois presque sans intervalle, amenant quelquefois une forte élévation de température (+ 4°), qui a causé un dégel très prononcé; en particulier, depuis le 19 mars, la tempête n'a pas cessé, et du ciel toujours couvert tombe souvent de la neige fondue ou de la pluie.

PmsK d'aik n° 5, Le 10 juin 1909, à 10 heures du soir, à la station d'hivernage.

Pression at/jws/)/iérir/t(r. — ■ 728,7.

Tempéfature de l'air. 0°,"l.

Tenipé rature de l'eau de nier. 1*',8.

Etat hygrométrique. — 7|}.

Tens'wn de la vapeur d'eau. — 1,5.

État du eiel. — Très beau temps ; ciel pur et étoile.

Nébulosité. — 0.

Vent. — Soufflait très peu de l'ouest-sud-ouest, do 0 à2 mètres à la seconde.

Au moment où nous prenions la température au point de prise ( — 0°,;)), le thermomètre de l'abri météorologique du bord de la mer marquait — 10°, 4, manifestant une inversion de température assez considérable, étant donnée la faible diflerence d'altitude entre les deux observatoires.

Depuis une semaine, régnaient des vents de nord-est soufflant en tempête violente. Le tem[)S a embelli ce matin ; la In'ise a passé au sud, a soufflé un moment de cette direction, puis le calme s'est fait.

La mer s'est prise en banquise dès le début d'avril, mais les derniers mauvais temps ont fini par rompre et écarter la glace, qui se déplace maintenant autour de l'île au gré des vents et des courants; la mer libre est visible à quelques milles dans l'ouest.

Il fait actuellement nuit pendant presque toute la journée; le soleil ne dépasse pas un degré de hauteur au moment de la culmination, et le ciel, toujours couvert d'épais nuages, ne laisse pas passer ses rayons.

Il n'y a plus trace d'animal sur l'Ile.

Puise d'aik .n° 6.

Le 27 août 1909, aune heure du soir, à la station d'hivernage. Pressioti atmosphérique. — 742.

Tempéra I u rc dr l'air. — — 9°.

Tempérai ure de l'eau de nier. 1°,S.

Etat hy(jriniiétri(iin\ — 80.

Tension de la vapeur d'eau. — 2,5.

État du ciel. — Stratus et alto-stratus.

Néhtdositè. — !t.

Vent. — Sout'llail du sud-ouest à 2 mètres de vitesse à la seconde.

Depuis la dernif're prise d'air, le mauvais temps n'a presque pas cessé ; ces derniers jours, nous avons eu un temps troublé et mal établi avec brises alternant du nord-est au sud-ouest.

L'île est complètement prise dans les glaces, qui s'étendent au large à perte de vue. Du sommet de l'île, on n'aperçoit la mer nulle part, ce qui indique que la banquise a une largeur minima de 'M) inilb's; étant donné que la houle ne se fait plus sentir jusqu'à nous, il est vraisemblable que la glace s'étend à peu près au double de cette distance.

Le soleil s'est levé à 7 h. 30 du matin et s'est couché à 4 h. 'M) du soir.

Pkisk d'air n° 7.

Le 4 novembre 1009, à deux heures du soir, à la station d'hivernage.

Pression atmosphérique. — 731,8.

Température de Pair. \- 0°,8.

Température de C eau de mer. lo,3.

État liij(jroinétriiiue. — 91.

Te7ision de la vapeur d'eau. — 4,3.

État du eiel. — Couvert, pluvieux et brumeux ; nimbus bas venant de l'ouest.

Nébulosité. — 10.

Vent. — Soufflait très faiblement de l'ouest à environ 1 niètm à la seconde.

Le vent s'est calmé ce matin, après avoir soufflé du nord-est violemment depuis trois jours ; des rafales, tourbillonnant sans direction fixe, lui ont succédé qui durent encore.

La banquise s'étend vers le large à perte de vue ; la glace du chenal de Lemaire est fragmentée.

Les oiseaux sont revenus en assez grand nombre depuis une dizaine de jours.

E'pédilion tJkarcol. — MrNTZ et Laink. — Klmlcs sur 1rs eaux méléoiiques. <>

Prises d'air faites pendant la seconde campagne d'été.

PlilSli u'AlIt N° 8.

Le 2 décembre 1909, à 2 heures du soir, à Port-Foster, île Déception, par 63° de latitude sud, 02o53' de longitude ouest.

Altitude. — 1 mètre.

Pression atinosphéri(jue. — 738,2.

Teiiipéidliire de l'air. 1- 3°, 2.

Température de l' eau demer. — 0°.

Etat InjfjrOHiètrique. — 78.

Tension de la vapear d'eau. — 4,9.

Etat du eiel. — Couvert de nuages bas, stratus et nimbus, cirro-cumulus du nord-ouest.

i\èhulosité. — 9.

Vent. — Vent léger du nord, soufflant à 2 mètres à la seconde.

Le Port-Foster occupe tout l'intérieur de File Déception, qui l'entoure d'une bande de terre ne laissant de communication entre lui et la mer que par un passage étroit ouvrant au sud-est. L'île est un ancien volcan, et sa côte est en majeure partie iormée de cendres agglomérées recouvertes presque partout de neige ou de glace; elle culmine à 500 mètres environ. En différentes places, des fumerolles nombreuses sortent du sol à une température très élevée.

Le port était occupé, au moment de notre passage, par plusieurs compagnies de baleiniers qui viennent en été y installerleurs usines flottantes. Cinq grands vapeurs occupaient la rade, et trois baleiniers à vapeur s y trouvaient également au moment de la prise d'air ; les autres chassaient autour de l'île. De nombreux cadavres dépecés de baleines étaient échoués sur les plages où flottaient encore sur l'eau du port, attirant des bandes d'oiseaux qui vivent en très grand nombre sur File.

Pour efi'ectuer la prise dair, nous sommes allés en embarcation nous placer à environ un mille et demi dans Fouest-sud-ouest- de la station des baleiniers, afm de ne pas nous trouver sous leur vent.

Le temps est assez beau depuis quelques jours. Il n'y a pas de glace en vue au large de l'île.

Piusi-: u'aiii n° \).

Le 13 janvier l'.llO, à i heures du soir, en mer, par69o30' de latilude sud; S7o22' de longitude ouest.

\llilude. —3™, 50.

Pressmi atmospliéruiKC. — 741,o.

Temitéralure de l'air. h 2°, 2.

Ti'iiijii'iahiif' deVeau do mer. -[-Oo,0.

Étal lt!i(jrométi'i(iae. — 1)2.

Tpitsidii de la fdiicar d l'an . — • o.

Etui (In c'iol . — (Couvert de nimbus épais, chassant du nord.

jSéhalmilô. — 10. Neige et brume.

Vciil . — Du nord-est, soufflant à 2 mètres à la'seconde.

Au moment de la prise d'air, le « Pourquoi Pas? » suivait sous peu de voiles la lisière de la ban({iiise, (|ui s'étendait dans le sud depuis l'ouest jusqu'à l'est, tout à t'ait compacte. Depuis plusieurs jours, le temps était couvert et neigeux ; la brume était par moments 1res dense et ne se dissipait jamais complètement.

La température de l'eun de mer venait de passer brusquement, une heure avant l'opération, de — 1^,2 à + Oo,0. La prise a été faite au vent dans d'excellentes conditions.

PlUSK I.'aIU N» 10.

Le 21 janvier 1910, à 2 heures 30 du soir, à bord en mer par 7(1° 0)'»' de latitude sud, 121° 20' de longitude ouest. AltUadr. — '.\ mètres.

Pressioit aliiii)f<iilit''r'niap. — 742,2.

Tem])éraU(re de l'air. io,2.

Ti'iiipèratin'e de l'raa di- mer. 1°,2.

Etat liijyniiiii'trniai'. — !)(».

Tension de la rajinir d' raii. — 4,2.

Etal du ri/d. — Ninduis bas, venant tlu sud-sud-ouest.

.\rlndn.silr. — 10.

Vent. — Do 4 mètres à la seconde, soutllcint du sud-quart-sud-ouest.

La prise d'air a été faite à bord sur la passerelle, du côté du vent, dans de très bonnes conditions, le « Pourquoi Pas ? » étant à la lisière d'une épaisse banquise qui occupait l'borizon du nord-est au nord-ouest en passant par le sud. Le temps était brumeux, et il neigeait par intervalles.

Outre la banquise, un grand nombre d'icebergs occupaient la partie libre de la mer.

A cette époque, le soleil est toujours au-dessus de l'horizon.

Prise d'air n^ H .

Le 23 janvier 1910, à midi, à bord en mer, par 06» 22' de latitude sud, 121° 47' de longitude ouest.

Altitude. — 3 mètres.

Pression atmosphérique . — 739,7,

Température de Vair. Oo,l .

Température de Veau de mer. 1- Oo,5.

Etat hygrométrique. — 87.

Tension de la impeur d'eau. — 4,2.

État du ciel. — Nimbus venant de l'ouest-sud-ouest ; couche supérieure de cirro-cumulus immobiles.

Nébidosité. — 8.

Vent. — De 5 mètres de vitesse à la seconde soufflant de l'ouest-sudouest.

Le vent venant de l'arrière, la prise d'air a été faite à l'extrémité arrière du bateau. Un embrun ayant atteint le verre pendant la fermeture de l'ampoule, la partie amincie du col de celle-ci s'est cassée un instant avant que la fermeture soit achevée ; il se peut, par suite, qu'il y ait eu contact entre la flamme de la lampe à souder et lair recueilli dans l'ampoule.

Résultat de l'analyse des échantillons d'air.

M. Godfroy avait emporté 12 ampoules, et il a pu réussir à prélever dans d'excellentes conditions 1 1 échantillons d'air. De notre côté, nous

avons, par suite d'une fausse niaïueuvrc, perdu l'un d'eux, mais nous avons réussi à mener à bien l'analyse des 10 autres échantillons. Nous avons obtenu U^s résultats suivants :

Nuiiu'rns Volume d'air Acide carltoniqiif Acide carlionit|UU

des Iraité extrait puur tOUOO volunx-s

échantillons. ramené ù U et 760. rnnienè à 0 i-t 7t!0. d'air.

1 l()7r)«c,8C. O^MOTa i,833

•2 1 0!li«,-J7 0«<=,2502 2,291

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