‹ Deuxième expédition antarctique francaiseChapitre 10 sur 15 · TERRE CHARCOT · texte numérisé non relu

TERRE CHARCOT

La Terre Charcot, que nous n'avons pu voir que quelques heures et à grande distance, n'est placée qu'approximativement en latitude sur nos cartes. Du nid de corbeau du « Pourquoi l*as? », la falaise de glace qui termine sa côte Nord était visible et affleurait l'horizon. En supposant à cette falaise la hauteur normale moyenne de 30 à 40 mètres (côte de l'île Adélaïde), la Terre Charcot se trouvait entre 30 et 40 milles de nous.

Deux sommets très nets, dont la base était noyée dans une calotte glaciaire, les sommets .Monique et Marion, pouvaient atteindre une altitude de 1 800 à 2 000 mètres. Un troisième sommet se trouve plus à l'Est : c'est le sommet Martine.

L'extrémité Ouest de cette terre restait indécise, mais, si l'on se reporte à la carte d'itinéraire du '< Pourquoi Pas? », on constatera qu'elle ne peut s'étendre bien loin vers l'Ouest.

ILE PIERRE-ler

Moins favorisés que Bellingshausen, nous n'avons pu qu'entrevoir à travers un rideau de brume le puissant relief de cette île, qui semble bien un accident perdu au milieu de l'Océan glacial antarctique.

In sondage efTectué à 3 milles de ses côtes n'a pas donné de fond avec I 400 mètres de ligne filée. De plus, la ligne des fonds de 1 000 mètres tracée d'après les sondages de la « R(>lgica » porte le plateau continental à 2° de latitude |)lus au Sud.

Nous signalerons un fait extrêmement curieux et inexpliqué, à savoir la présence d'une nuée d'icebergs sur la côte Est et vers le Nord de l'île.

BANQLISE DE L'ANTARCTIDE SUD-AMÉRICAINE

Au mois de janvier 1000, lors de notre première campagne d'été, toutes les côtes extérieures de la partie Ouest de l'Antarctide Sud-Américaine étaient libres de glace jusqu'au 68® degré de latitude Sud.

Seuls les détroits et les baies étaient plus ou moins engorgés de pack et, derrière le pack, de banquise côtière. Au delà du ôS^degré, l'influence de la grande banquise de la mer de la » Relgica » se fait sentir, et les terres sont englobées dans un pack épais appuyé sur une banquise côtière de vaste étendue.

Cette banquise côtière, large de 20 à 30 milb^s le long de la Terre Fallières, remplissait tous les fjords de la côte, soudant l'île Adélaïde à la Terre Loubet et paraissant même prendre appui sur la Terre Alexandre. Elle était semée d'icebergs prisonniers.

Le pack était généralement constitué de plaques dune superlicie très variable, de 50 à 70 centimètres d'épaisseur au-dessus de l'eau et présentant sous l'eau une teinte verdàtre. De nombreux icebergs, en général de petites dimensions, et des ice-blocs parsemaient le pack.

Un banc d'énormes plaques fut rencontré près de la Terre Alexandre, et nous navigàmes au milieu d'elles pendant plus d'une heure.

Ces plaques, d'une superficie de plusieurs centaines de mètres carrés, étaient élevées de 2 à 4 mètres au-dessus du niveau de la mer. Leur bordure était très nette et semblait provenir d'une cassure récente; leur teinte était bleutée sous l'eau. Nous pensons que ces plaques provenaient d'une banquise côtière non débaclée depuis plusieurs années.

Les grands icebergs ne se rencontraient guère qu'au large et sur les côtes extérieures de la Terre Alexandre, de l'île Adélaïde et de l'île Biscoë.

Il nous reste un mot à ajouter sur la possibilité de la navigation dans ces glaces.

Il ne faudrait pas croire que le long des côtes et en particulier dans les baies le hasard seul guide les mouvements de la banquise. Pour une banquise donnée, deux éléments peuvent influer sur sa navigabilité, les vents

pt les courants de marée. Les vents en général resserrent la banquise contre les côtes qu'ils ont battues, mais ils peuvent aussi ouvrir des brèches dans le sens de leur direction, partout où la banquise est lâche et compressible.

Les courants de marée, souvent très intenses dans les baies, produiront alternativement un resserrement ou une relâche dans les packs côtiers, laissant au jusant de gi-ands lacs d'eau libre devant les bancjuises solides. Autour de file Jenny et dans la baie Matha, nous avons eu fré(|uemment ce spectacle sous les yeux pendantles périodes de calme atmosphérique. Dans nos tentatives vers la Terre Alexandre, nous avons fait les mêmes constatations, sans pouvoir en profiter, dans l'ignorance que nous étions du régime des marées.

Nous conseillons donc, pour la navigation dans ces glaces, de tenir un très grand compte de l'état de la marée, notion maintenant connue et dont on trouvera toutes les données dans le travail sur les marées de M. Godfroy.

Nous devons aussi remarquerque,lelong de la côte de l'Antarctide Sud- Américaine, il semble que la banquise ne produit aucune pression appréciable. Nous n'avons pas rencontré sur notre route un seul /namnocA de pression; il est vrai d'ajouter que le vent du Nord-Est qui souffle le plus fré([uemment est à peu près tangent à la lisière de la banquise jusqu'à la Terre Alexandre et qu(^ les îles et les terres offrent au pack un abri presque complet.

BANQUISE DES MEFiS DE LA « RELGIGA »

ET Dl .. POLRQl'Ol PAS? »

Le '( Pourquoi Pas? » venant du Noid rencontra la banquise par 08°. "iO' de latitude et 77° de longitude Ouest de Paris, le 10 janvier 1910.

Au Nord de cette position, la mer était complètement libre, et de ti'ès rares icebergs furent rencontrés.

Sur |ode longitude, la banquise proprement dite, à lisière très nette, était précédée de plusieurs milles de glaces de dérive très fragmentées. La banquise nous a paru dans cette région constituée de plaques beaucoup

moins solides que l'année précédente; leur hauteur variait de 30 à 50 centimètres au-dessus de l'eau. Elles avaient l'aspect jaunâtre et étaient constituées de neige agglomérée par les infiltrations d'eau de mer. Très peu d'entre elles avaient la teinte verte des plaques solides. T-àet là, quelques plaques élevées de coloration bleuâtre, débris de terrasses côtirres.

Le « Pourquoi Pas? » s'engagea dans la glace pour tenter d'atteindre la Terre Charcot, mais, malgré le peu de résistance des plaques, nous ne pûmes avancer de plus de i mille en quatre heure dans une bouillie glaciaire, tellement serrée qu'elle paralysait les mouvements du bateau.

Sortis à grand'peine de la banquise, nous longeâmes sa lisière, qui s'inclinait progressivement vers le Sud, semblant former une ceinture régulière à la Terre Charcot. Par 70» 12' Sud, nous fûmes arrêtés dans un cul-de-sac formé par une grande dent d'eau libre.

Danscette encoche, la température superficielle de l'eau de mer reste au-dessus de 0°, alors que partout ailleurs le long de la banquise elle est au-dessous de 0°.

La banquise, tout en conservant une lisière très nette, présente entre les méridiens 80° et 85° Ouest de Paris de nombreuses indentations semblant accomplir son travail de désagrégation en rejetant de vastes étendues de plaques vers le Nord, où les tempêtes achèvent leur destruclion complète.

La lisière remonte un peu vers le Nord et court à l'Ouest jusqu'au 90e degré de longitude, semée de quelques icebergs.

A partir du !>0e degré de longitude, d'énormes accumulations d'icebergs se montrent, si serrées parfois qu'elles constituent un mur infranchissable ; la banquise remonte en même temps vers le Nord.

Près de l'île Pierre-ler, c'est dans un véritabl'e dédale d'icebergs que nous naviguons. Sur la côte Est de l'ile, ils sont en si grand nombre et si serrés qu'ils semblent former un véritable mur déglace. La banquise, très fragmentée et sans épaisseur, les réunit.

Pendant 30 milles en remontant vers le Nord pour nous dégager, nous naviguons dans un labyrinthe dicebergs ; plus de GOOO furent comptés dans l'espace de quatre heures.

Puis, vers le 08^ degré de latitude, après avoir traversé une banquise

de glace de dérive cU- iilusicuis milles de largeur, nous Irouvons l'horizon 1res dégagé.

Nous redescendons alors au Sud-Ouest, rencontrant de place en place des éperons de banquise et encore pas mal iPicebergs; nous longeons de nouveau la lisière eniro (»!lo el 70" de latitude, sans pouvoir trouver un seul endroit où la banquise soit navigable. Par 107° de longitude, nous côtoyons une banquise assez lâche, qui nous ramène vers le Nord et derrière laquelle un wa(ers/,-i/ très prononcé est visible. Vers 00° de latitude, nous apercevons la mer libre de l'autre côté de ce pack, eu même temps que notre route se trouve barrée vers le Nord.

Nous gagnons la mer libre et redescendons au Sud le long de la lisière, jusqu'à 70° 23' de latitude. La lisière Kst est très lâche ; de grandes étendues d'eau libre se profilent vers le Sud-Est. x\u Sud et à l'Ouest, la banquise reprend au contraire très dense et remonte jusqu'à 69o :{()' de latitude, où nous la perdons de vue en [)renaut le plus près pour étaler un coup de vent de Nord-Est.

Reprenant notre route à l'Ouest, nous nous heurtons par 08° 30' de latitude à un pack de dérive assez lâche, que nous contournons pour reprendre notre route au Sud-Ouest.

Les icebergs redeviennent très nombreux, et nous gagnons 70° 03' de latitude par 121° de buigitude. Dans cette indentation, la banquise est moins dense que précédemment et semble navigable vers l'Ouest sur sa lisière.

Depuis le 107^ degré de longitude, la température de l'eau de mer, jusqu'alors très irrégulière, reste assez uniforme; le pack forme-t-il barrière au large?

A partir du 121^ degré de longitude, la banquise remonte franchement vers le Nord, projetant de nombreux éperons do glaces lâches justpi'au 09^ d<!gré de latitude, où, après avoir couru un instant vei-s l'Ouest, elle remonte au Nord au 12')6 degré de longitude, nous luirranl la route. Kn avant de la banquise, des ligues de floës en dérive sont semées sur la mer.

Ces floës sont en gém-ral de jieu d'étendue, mais d'uiu! grande hauteur et déchiquetés par les lenqjètes.

Expédition Churcot. — Iîokgbain. — Dusciiplion des cotes el banquises. o

Notre provision de charbon s'épuisant, force nous fut de regagner 1(^ Nord, où nous craignions de renconti'er le i)ack.

Kn ellet, après avoir constaté une augnientalion considérable dans le nombre des icebergs, nous trouvons, par {)~° de latitude, la route barrée par une épaisse muraille de banquise constituée de floës peu étendus, mais très élevés, barrière qui semble arrêter dans leur marche vers le large une nuée d'icebergs. Nous longeons cette barrière, au Sud de laquelle l'eau semble décolorée.

Vers 120° de longitude, nous trouvons une lirèché où le pack est plus lâche et, après 2 milles de traversée dans la glace, nous nous trouvons en mer libre avec très peu d'icebergs en vue. L'eau de mer libre a repris sa teinte bleu foncé.

La lisière Nord du pack court à perte de vue Kst-Uuest.

A mesure que nous remontons au Nord, les icebergs se font plus rares, et nous ne rencontrons aucun pack. Enlin, par 'M)° de lalilude et 107° de longitude, nous rencontrons notre dernier iceberg.

1 1 nous semble probable que la barrière de glaces rencontrée au 67^ degré de latitude marque la limite N^rd des banquises flottantes en cette saison. Belliiigshausen la rencontra un peu plus à l'Est à la même latitude.

La position se trouve dans la zone de calmes au Sud d<^ la région des grandes brises d'Ouest.

l'our les icebergs sur lesquels les courants seuls influent, il ne faut pas s'étonner de les rencontrer beaucoup plus au Nord.

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