CANCERS DURS
Du squirrhe.
Dans le squirrhe, la trame fibreuse l'emporte sur les autres éléments constituants. Le squirrhe n'est pas, comme quelques personnes l'ont pensé, la première période de l'encéphaloïdej il conserve pendant les différentes périodes de son évolution ses caractères propres.
Causes. — Celles du cancer en général : violences extérieures, vieillesse, organisation cellulo-fibreuse dense de l'organe malade, comme celle de la glande mammaire, des ganglions lymphatiques, du testicule, des ovaires, du pylore, etc. Il se produit très-rarement par diathèse universelle.
Caractères anatomiqiies. — Volume variable, ordinairement médiocre, quelquefois même retrait de l'organe qui en est le siège -, forme globuleuse, arrondie, le plus souvent irrégulièrement bosselée, d'une couleur blanchâtre, grisâtre, et demi- transparente comme la corne, quand il est en lame mince, d'une consis-
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tance très-ferme, variant depuis celle de la couenne du lard jusqu'à celle du fibro-cartilage, du cartilage, et même du bois, d'où cancer ligneux, du moins pendant la première période. A la vue simple, on y reconnaît : 1° une trame de nature fibreuse bien caractérisée, plus ou moins serrée, réticulée, rayonnée, fasciculée, s'étendant à travers toute la masse morbide, et même envoyant des prolongements dans les parties voisines. C'est à la rétraction, et probablement à l'inflammation chronique, ou du moins au travail irritatif de la cancérification qu'il faut attribuer le retrait que présentent parfois les tumeurs squirrheuses; 2° dans les mailles, les interstices de la trame fibreuse, est déposée une matière plus ou moins ferme et résistante, d'un blanc jaunâtre ou grisâtre, quelquefois rosée, très-légèrement demi-transparente ou opaline. Cette matière, examinée au microscope, paraît elle-même formée de cloisons celluleuses minces et transparentes emprisonnant le suc cancéreux, qui s'en isole difficilement et paf le grattage de la coupe de la tumeur. La matière interceptée ressemble elle-même à de l'encéphaloïde dans sa période de crudité, suivant les micrographes, et particulièrement M. Broca, qui compare le squirrhe à une agglomération de petites masses encéphaloïdes renfermées dans des kystes fibreux. Le squirrhe n'est jamais revêtu d'un kyste proprement dit , bien qu'il ait pour enveloppe le tissu cellulaire ambiant refoulé. 11 est tantôt en masses isolées pouvant s'énucléer du sein de l'organe dans lequel il est contenu; tantôt il envoie dans les parties environnantes des prolongements fibreux sous forme de lames, de faisceaux, de réseaux granuleux, et qui pénètrent plus ou moins profondément dans les parties saines. C'est à la présence de ces
élémenls sq,uirrheux, laissés dans, le voisiaag.e après l'ablatioD, que l'on peut^ d'après Bielly attribuer la reh pnllulation. Tantôt enfin la matière squirrheuse est véritablement infiltrée, et il,est impossible de saisir le point précis où elle s'arrête. — Les vaisseaux y sont très- peu apparents 5 quelques auteurs ont même nié leur existence. Le développement du tissu fibreux a pour effet d'atrophier les troncs vasculaires de la partie où se. développe le squirrhe. Il y a très-rarement du pointillé rouge 5 mais enfin on y trouve des taches, des injections rouges à l'époque du ramollissement. Quant à la graisse^ elle se montre surtout dans les parties qui en renferment naturellement, comme la glande mammaire. Le suc cancéreux, très-rare d'ailleurs, obtenu par le grattage, et examiné au microscope, fait voir des globules cancéreux, petits, inégauXj irréguliers, allongés, déformés dans différents sens, quelquefois munis de queues, et, au total, en nombre bien moins considérable que dans l'encéphaloïde. On y trouve aussi l'élément fibro-plastique.
La composition chhnicjue est analogue à celle de l'encéphaloïde, mais, d'ailleurs, très-variable 5 lesanalyses que M. Lhéritier a rassemblées, et celles qu'ila faites par lui-même, sont remarquables par la forte proportion d'albumine, de gélatine et de fibrine réunies. On en jugera par la suivante : eau, 29,75>^ albumine,. 28,10'; fibrine, 18,805 gélatine, 7,60-, graisse, 2,00; oxyde de fer, 1,15; matières salines, 12,60. (Lhéritier, ouv. cit., p. 688.)
Il y a différentes variétés de sq.uirrhe ou cancers durs, suivant la disposition des la trame fibreuse et de la matière cancéreuse. Si les faisceaux; fibreux partent du centre de la tumeur, et divergent sous des angles plus ou moins aigus vers la périphérie, c'est le squirrhe napiforme, parce que sa coupe ressemble à
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celle d'un navet. S'ils interceptent des aréoles semblables à celles d'un gâteau de miel, c'est le squirrhe aréo- /aire des auteurs peu difficiles en comparaisons. Si les faisceaux sont entrelacés dans tous les sens, comme feutrés, et donnent une grande dureté à la tumeur, c'est le squirrhe ligneux. Ici la tumeur est formée d© lobules rapprochés, ou même de granulations, ce qui la fait ressembler à certaines glandes (squirrhe ou sarcome pancréatique ou mammaire). Là, la présence de dépôts crétacés, en assez grand nombre, donne naissance au squirrhe pieweux, etc., etc. Dans la période de dégénérescence, ces tumeurs dont nous parlons se ramollissent ordinairement par leur centre et se transforment en matière gélatineuse, demitransparente, visqueuse, filante, d'une teinte grisâtre OU' jaunâtre, logée dans des aréoles plus ou moins larges et irrégulières, formées de tissu fibreux refoulé et aminci.
Symptômes et marche. — Le squirrhe se développe avec lenteur; c'est du squirrhe que Vanswiéten a écrit : « In mammis per vigenli annos et ultra sine noxa scirrhos hœsisse novi. » {Comment, sur l'aph. 488.) On en cite qui ont persisté pendant dis-huit ans (Ledran, Mém.de l'Acad. de ckir., t. VIÎ, p. 253; in-l2), pendant quatorze ans (Lobstein, Anat. path., 1. 1, p. 404), etc.; mais dans les cas ordinaires, la tumeur, d'abord petite, unie, mobile, indolore, grossit peu à peu, présente des bosselures , adhère aux parties voisines et à la peau par du tissu cellulaire rétracté et induré, qui la fronce et la déforme. Il s'y développe des douleurs lancinantes ou compressives, surtout si la tumeur a été froissée ou contuse, puis elle fait saillie à l'extérieur, revêt une teinte violacée, s'ouvre par un point d'abord circonscrit donnant lieu à ua suintement ichoreux peu abondant; l'ulcération s'a-
llhk CHAPITRE III. — MALADIES ORGANIQUES.
grandit très-lentement, et quelquefois par la réunion d'ulcérations établies à son pourtourjau niveau de quelques bosselures. Elle présente] un fond grisâtre reposant sur un tissu très-dur, des bords violacés, blafards, renversés, mais pas de champignon , mollasse, et très-rarement des végétations. Les^hémorragies y sont également très-rares et très-promptement arrêtées. Cet ulcère peut ainsi persister pendant des mois, des années, sans déterminer de formations cancéreuses dans les ganglions voisins; enfin ceux-ci se prennent, plus tard des phénomènes de diathèse et de cachexie se déclarent. Alors les choses se passent comme dans l'encéphaloïde. Les|cancers consécutifs du squirrhe prennent cette dernière forme, ainsi que les repiillulations, du moins dans la majorité des cas. C'est surtout chez les vieillards que le squirrhe affecte la marche chronique ; il peut même arriver, dans ce cas, que l'ulcère reste stationnaire, et que les malades succombent avant que la diathèse et la cachexie cancéreuses se soient développées : la gangrène est ici très-rare.
Diagnostic. — 11 est souvent fort difficile, sinon impossible, de distinguer lefsquirrhe de certaines tumeurs dures, telles que des tumeurs fibreuses proprement dites, des engorgements.[hypertrophîques du sein par exemple, surtout pendant la première période. L'existence antérieure ou concomittante de phénomènes scrofuleux ou vénériens peut aidei- à prouver et à prononcer qu'il n'y a pas cancer. Ici la ponction exploratrice n'apprendrait ^rien. C'est donc seulement par un concours de circonstances et en réunissant tous les faits que l'histoire !du|cancer fait connaître que l'on pourra décider. Ainsi le siège de la tumeur, la formation de bosselures, d'adhérences, de rétractions, les douleurs lancinantes, le ramollisse-
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ment, les ulcérations, l'incurabilité et les progrès de la tumeur peuvent déterminer le diagnostic.
Pronostic grave, mais beaucoup moins que celui de l'encéphaloïde.
Traitement. — C'est encore et toujours l'ablation. Ce que nous avons dit de l'extension du mal dans les parties voisines doit engager à opérer le plus promptement possible afin de pouvoir emporter plus sûrement tout ce qui est altéré et prévenir les récidives, ou du moins de les retarder. On pourra s'abstenir chez les vieillards.