FORMATIONS MORBIDES MOINS GÉNÉRALES
Elles paraissent se rattacher, les unes aux muqueuses ou à la peau, les autres aux vaisseaux. Les premiers sont les épithéliades et les épidermides ; les seconds, les vasomorbies ou tumeurs vasculaires.
ÉPITHÉLIADES et ÉPIDERMIDES (cancroïdes).
Nous désignons sous ce nom des tumeurs constituées par les éléments microscopiques de l' épiderme ou de l'épithélium. Ces tumeurs sont peu connues encore et prêteraient beaucoup à la discussion, car on réunit sous ce même titre des affections fort différentes quantaux symptômes, depuis lesimple cor ou la callosité jusqu'au condylôme et à cette affection d'apparence cancéreuse au moins, connue sous le nom de cancer de la peau {noli me tangere des anciens, cancroïdes des micrographes modernes). C'est surtout de ces dernières que nous parlerons dans cet article.
Causes individuelles : peu connues,' le sexe masculin
462 CHAPITRE III. — MALADIES OaGANIQUES.
plus que le féminin j la seconde moitié de la yie plus que la première.
Causes extérieures : frottements, froissementST pressions prolongées; pour le cancroïde des lèvres, usage habituel de la pipe, surtout de la pipe courte, dite populairement brûlât.
Caractères anatomiques. — Nombre : tumeurs uniques ou multiples. — Situation : à la peau , aux muqueuses, surtout à l'utérus, à la conjonctive-, très-souvent aux orifices naturels, aux lèvres (cancroïdes)^ à ranus,au gland, à la vulve (condylômes). — Volume: très-variable, depuis celui d'une tête d'épingle jusqu'à celui du poing (surtout le cancroïde des lèvres). — Forme : très-variable aussi; aplatie ou bien arrondie irrégulièrement, mamelonnée, papilliforme , fungiforme, etc. — Propriétés sensibles : pas de mobilité, adhérence à la membrane cutanée ou muqueuse qui lui donne naissance. — Consistance variable, ordinairement ferme, parfois même très-dure.
Structure et caractères microscopiques. — Ces productions sont quelquefois entourées d'une enveloppe ceilulo-fibreuse; plusieurs sont formées seulement de feuillets d'épiderme juxtaposés, d'un blanc mat ou jaunâtre quand les vaisseaux y sont peu développés, rougeàtres et ponctués dans le cas contraire. On y reconnaît des globules d'épithélium à noyaux bien caractérisés, des arborisations vasculaires plus ou moins nombreuses, et les globules fusiformes du tissu fîbro-plastique (cors, callosités, staphylômes). D'autres fois c'est la forme papillaire, alors papilles très-déveîoppées, isolées ou réunies par leur base et ramifiées comme certains madrépores 5 les globules y sont souvent irréguliers; d'apparence fibro-plastique, ces tumeurs présentent à l'intérieur une structure fibreuse. D'autres enfin , parmi ces produc-
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tions, revêtent l'apparence cancéreuse. A l'œil nu on les trouve d'abord couvertes d'une couche plus ou moins épaisse, sous laquelle est un liquide jaunâtre formé de globules de pus et d'épiderme, mêlé quelquefois de matières sébacées j la masse est jaune ou jaune -rougeâtre, élastique et composée de lobules papilliformes allongés ou réunis par groupe en choux-fleurs (Lebert, Oiw. cit., p. 9). Ailleurs l'aspect est homogène, jaunâtre, offrant €[uelquefois de petites taches plus blanches 5 l'état papillaire n'existe qu'à la périphérie-, dans d'autres cas, enfin, la tumeur est ferme, élastique: elle est, comme les squirrho-encéphaloïdes, formée d'une trame fibreuse renfermant, non le suc visqueux du cancer, mais une matière blanche, grumeleuse, comme sébacée, dans laquelle le microscope démontre les éléments épidermiques à différents états.
Le liquide qui s'écoule des ulcérations se compose de globules de pus, de sang et d'épithélium ; les croûtes qui recouvrent souvent ces tumeurs sont formées des mêmes éléments. Les vaisseaux sont plus ou moins nombreux, mais peu connus.
Symptômes locaux. — Souvent démangeaisons, picottements, quelquefois véritables douleurs lancinantes. — Symptômes généraux : nuls, du moins pendant les premières périodes. — Symptômes de voisinage : ceux qui résultent de la gêne qu'ils déterminent au voisinage; variables dès lors, suivant le siège, le volume, etc. Les ganglions voisins peuvent se prendre comme dans toute phlegmasie qui se prolonge, mais s'affectent bien moins souvent et moins facilement que dans le cancer.
Marche. — Variable, ordinairement îente, progrès tantôt lents, parfois rapides. Les cancroïdes qui, en particulier, nous intéressent surtout ici, débutent tan-
tôt par de petites fissures, des excoriations qui s'étendent en même temps que leurs bords s'épaississent, s'indurent et s'élèvent 5 tantôt par de petites lamelles épidermiques qui s'accumulent sur un point, sont arrachées par l'ongle et auxquelles succèdent des ulcérations avec induration 5 ailleurs par un petit bouton en forme de verrue qui s'accroît, s'entlamme, s'ulcère. Parvenues à une période avancée, ces tumeurs revêtent parfois l'aspect de champignons rougeâtres, mamelonnés, saignant au moindre contact et couverts de croûtes brunes ou noirâtres. Les ulcérations sont îrrégulières, anfractueuses, à fond grisâtre saignant, en un mot de mauvais aspect. Arrivées à un certain point, occupant une grande étendue en largeur et en profondeur, ces lésions peuvent, chez des sujets âgés et débilités, amener l'épuisement et la mort.
Durée. — Très-variable aussi. Quelquefois, au bout de plusieurs années, le bouton est encore petit et à peine ulcéré ; dans d'autres cas plus rares, au bout de quelques mois, champignons fongueux, larges ulcérations. — Influences extérieures : Xqs frottements, les déchirures, les cautérisations mal dirigées, causent de l'irritation, de l'inflammation, hâtent les progrès de l'ulcération et la formation des fongosités; de là le nom de noli me tangere donné par les anciens à quelques-unes de ces tumeurs.
Diagnostic. — Ne nous attachant ici qu'aux tumeurs épithéliales cancroïdes sur lesquelles nous reviendrons d'ailleurs, à l'occasion des maladies de la peau, nous dirons qu'on les distingue du cancer 1° parce qu'elles restent locales, quels que soient leur volume, leur étendue, les progrès de l'ulcération -, 2° que les ganglions voisins peuvent bien s'engorger, mais qu'ils ne revêtent pas les caractères de la maladie principale, qu'ils ne s'ulcèrent pas, etc.; 3" qu'il n'y a pas,
cÂncroïdes. 465
à une période avancée, de productions analogues dans d'autres parties du corps, ni de diathèse générale ou universelle; 4° qu'il n'y a point de phénomène cachectique proprement dit, comme dans le cancer; 5° qu'après l'ablation ils peuvent bien récidiver, mais toujours sur place et sans se généraliser; 6° qu'au microscope, les globules d'épithélium paraissent généralement distincts par leur volume, leur forme, leur aplatissement en lamelles, des globules cancéreux, et que l'alcool qui altère et déforme complètement les derniers, laisse intacts les noyaux et les globules épidermiques. Cependant, il faut bien le dire, certaines de ces tumeurs, considérées au point de vue anatomique et pathologique, semblent former un intermédiaire entre le cancer proprement dit, dont elles renferment quelques éléments, et les tumeurs épithéliades pures. Alors, sans avoir la puissance envahissante et cachectique du vrai cancer, elles peuvent récidiver dans d'autres parties et amener des accidents plus ou moins graves ; c'est ce que M. Sédillot a fait entrevoir dans ses Recheixhes sur le cancer (Strasbourg, 1846, p. 49). Ce fait est important à remarquer pour apprécier par la suite, la solidité de la distinction et de l'admission des cancroïdes.
Pronostic. — Grave; néanmoins on affirme que, exactement enlevée, la maladie peut guérir radicalement; mais, même petite, peu avancée, elle est incommode, difforme. Dans d'autres cas, il y a danger de récidive; enfin le mal négligé peut s'étendre profondément dans les tissus, atteindre même les os et devenir mortel.
Traitement. — Fondants, impuissants, malgré les promesses et le bavardage du charlatanisme ou de la sottise. Il faut détruire la tumeur par le caustique ou l'emporter par l'instrument tranchant. Si elle est
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petite, peu douloureuse, on préférera les caustiques de chlorure de zinc ou celui de Vienne; i! faudra tâcher de détruire toute la tumeur en une ou quelques applications. Si elle est étendue, profonde, avecchampignonssaillants, douleurs lancinantes, etc., on aura recours au bistouri. Il faut ici opérer largement et tailler dans les parties saines, afin de ne laisser aucun élément de récidive. On pourra ensuite réunir par première intention, à moins que l'on ne craigne d'avoir négligé quelques faibles restes de la tumeur. On recommande alors de faire suppurer la plaie dans Fespoir bien incertain que la suppuration pourra dissoudre et entraîner ce qui aurait échappé à l'instrument. Je le souhaite, mais il faut, pour croire, d'antres raisons que l'espérance de ce que l'on désire.
Historique. — Le cancroïde est une distinction toute nouvelle qui date de quelques années et est due aux micrographes modernes. C'est d'après eux que nous en avons parié, après avoir toutefois vérifié par nons-même le caractère épilhélial ou épidermique d'un certain nombre de cancroïdes que nous avons enlevés. Cependant nous n'en avons point assez observés pour nous prononcer sur l'exactitude de tout ce qu'en rapportent les micrographes. (V. d'ailleurs Lebert, PhysioU patlioL, p. 5.)
Excroissances généralement pédicuiées 5 tumeurs saillantes à la surface des cavités muqueuses de notre corps. Les polypes ont été appelés ainsi de Tuohjç^ pulsieurs, et de ttouç, pieds, parce que, dit-on, les anciens ont cru leur trouver quelque ressemblance avec le poulpe, espèce de mollusque céphalopode à longs
bras. Nous profiterons de notre Thèse o\i Traité sur tes Potijpes dans ce que nous allons dire.
Disposition matérielle ou artatomique. — Situation. — On les observe tous dans les cavités tapissées par des membranes muqueuses. Ils se développent même dans le conduit auditif externe qui n'est pas revêtu par une membrane précisément semblable aux tuniques muqueuses. Les polypes sont très-communs dans les fosses nasales. On les trouve encore trop souvent dans les sinus maxillaires, plus rarement dans ceux du front; enfin ils peuvent se développer dans ceux du sphénoïde. On en a vu dans le sac lacrymal et au grand angle des paupières. Ceux du conduit auditif externe ne sont pas rares. Ils se montrent aussi dans le pharynx, dans l'œsophage, dans l'estomac, les intestins et dans le rectum 5 dans le larynx, la trachée-artère, dans la vessie ainsi que dans l'urètre. Ils sont communs dans l'utérus et le vagin. On en voit quelquefois à la vuive. Sous le rapport de leur siège, les polypes sont de deux ordres : 1° les polypes-extéro-intérieurs qui peuvent se montrer à l'extérieur et être enlevés par le chirurgien, quoique situés à l'intérieur ; 2° les polypes intérieurs qui sont inacessibles aux moyens chirurgicaux.
Le nombre des polypes est assez circonscrit, quoique la même personne puisse en porter plusieurs, soit dans la même, soit dans différentes cavités. Levret en a vu jusqu'à sept dans les cavités nasales et leurs dépendances; on en voit dans les deux oreilles à la fois (Itard, Mal. de l'oreille., obs. 73, t. II, p. 12B), et on en a observé en même temps dans l'utérus et les fosses nasales.
Leur étendue ou leur volume varie d'une lentille à celui d'une tête d'enfant, à un volume de dix-huit
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pouces de circooférence et de quatorze pouces de long (obs. 41 de ma Thèse ou Traité sur les polypes)-^ il est relatif à leur ancienneté et à la liberté qu'ils ont de s'accroître. Ils sont d'autant moins gros qu'ils sont moins anciens et que les parois de la cavité où ils se trouvent sont moins extensibles; aussi les polypes du sac lacrymal, du conduit de l'oreille, ne parviennent point à un aussi grand volume que ceux du sinus maxillaire, des fosses nasales, de l'utérus et du vagin. Quand ils sont très-étendus pour la cavité qu'ils occupent, on les trouve souvent enflammés, ulcérés, ramollis, indurés, cartilagineux, pierreux ou osseux dans certains points, et les parois de cette cavité violemment distendues peuvent présenter des altérations analogues.
La forme des polypes est subordonnée à leur âge, à celle de la cavité qui leur sert de berceau, à la forme des cavités, des fosses, des sinus, des fentes et des anfractuosités où ils s'étendent. Si d'abord ils sont globuleux ou pisiformes, parvenus à un certain accroissement, ils commencent à se mouler dans la cavité qui les recèle, comme le métal de la médaille dans sa matrice, par la pression même qu'il exerce sur les parois de la cavité qu'il remplit. Dans mes dissections, j'ai rencontré sur un cadavre un polype vésiculeux, attaché au devant du méat supérieur des fosses nasales 5 il pouvait avoir un pouce ou un pouce et demi de largeur en bas 5 il était un peu moins large en haut : il était aplati d'un côté à l'autre, il se renflait ou s'épaississait dans le méat supérieur, s'épaississait davantage encore au-dessous du cornet nasal moyen et déjà se recourbait en dehors de celte lame osseuse, pour remonter dans sa concavité. Qui ne sait que les polypes volumineux du nez se divisent en deux renflements et se portent en avant, vers les
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narines, et en arrière, dans le pharynx, comme on en voit un exemple dans la 7® observation de Ledran? Qui ne sait que les polypes volumineux du sinus maxillaire envoient des prolongements dans la bouche, dans la fosse ptérigo-masillaire, dans l'orbite et même dans le crâne, comme j'en rapporte dans mon Traité des pohjpes (obs. 29, 30, 31, 15, 14, 20), des exemples auxquels je puis ajouter celui dont a parlé Sabatier? [Méd. opér.^ Ed. Dupuytren, Sanson, etc., t. III, p. 264.) Les polypes peuvent avoir plusieurs pédicules, mais ils ne les ont jamais eus primitivement, la chose est évidemment impossible; car ces adhérences ne peuvent provenir que de deux circonstances : ou de ce qu'un polype a contracté, ultérieurement à son développement primitif, plusieurs adhérences avec les points environnants de la cavité qui les récèle, ou de ce qu'il a contracté de pareilles adhérences avec d'autres polypes ses voisins (obs. 40 de ma Thèse ou Traité sur les polypes). Cette confusion se fût-elle établie dans les premiers temps de leur âge, quand ils n'avaient encore que la grosseur d'une lentille , que leur développement n'en aurait pas moins été primitivement distinct. La surface des polypes est tantôt lisse, polie, luisante; tantôt fongueuse, tantôt vésiculeuse, mamelonnée, fendue et parsemée de fissures, d'échancrures ou de grandes divisions qui les partagent en lobes.
Les polypes n'ont pas les mêmes propriétés sensibles. Les uns sont mous, d'autres sont plus fermes, d'autres sont durs par leur consistance. 11 en est dont la couleur est généralement d'un jaune pâle ; tels sont ceux que nous désignerons sous la dénomination de muqueux ou de vésiculeux. 11 en est de grisâtres, de rouges ou de livides. Il en est enfin de légers et de pesants.
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Leur Structure n'est pas moins variée que îeur forme; parmi les polypes, les uns sont : 1" mous, eellulomembraneux et muqueux, ou fongueux, ou granoleux, ou sarcomateux et fibro-plastiques; 2° durs et fibreux, ou cartilagineux, ou osseux, ou pierreux; d'autres sont mixtes ou composés (Obs.2,3, 38, etc., de ma Thèse). En général les yaisseaux des polypes sont petiïs et déliés. Cependant on y a vu souvent de grandes veines et de petites artères.
Symptômes locaux et cîrconvoisins. — Ces excroissances forment des tumeurs ou des prolongements plus ou moins considérables, sensibles ou non au toucher, qui remplissent en partie ou en entier la cavité oii ils sont nés. Parvenus h un certain volume, ils en distendent péniblement, douloureusement les parois, y déterminent une sécrétion plus abondante; ils enflamment les parties qu'ils pressent, y déterminent une inflammation suppurante et ulcérante, s'enflamment, suppurent, s'ulcèrent d'eux-mêmes et peuvent encore se gangrener, pressés ou étranglés par les parties qu'ils distendent. Très-fréquemment ils causent des hémorragies, soit que le sang vienne exclusivement d'eux, soit qu'il vienne de la cavité qui les renferme, soit enfin qu'il coule de ces deux sources. Mais parmi ces polypes, il en est quelquesuns qui saignent facilement, souvent et quelquefois avec une abondance extrême. S'ils occupent des cavités osseuses, ils en amincissent les parois, les perforent même, par résorption, car il ne reste jamais la moindre trace de détritus osseux autour de la perforation; enfln, ils ramollissent, ils disjoignent les os, et quelquefois les fracturent.
Symptômes fonctionnels. — Les polypes gênent ou empêchent constamment, suivant leur volume, les fonctions des parties ou des organes oîi ils siègent
et OÙ ils sont étendus; ils gênent d'abord et empêchent enfin, an nez, l'olfaction ou l'odorat; au pharynx, la déglutition; au rectum, la défécation ; au larynx, la production de la Toix et la respiration; dans ïa vessie, l'excrétion des urines; dans l'utérus et le vagin, la reproduction de l'espèce.
Phénomènes généraux on sympathiques. — Parvenus à un volume suffisant pour irriter douloureusement, par la distension, les parties au sein desquelles ils semblent végéter, ils déterminent une fièvre plus ou moins vive, des accidents graves, un affaiblissement progressif et la mort.
Marche. — Le moment de leur naissance est enveloppé de ténèbres, parce qu'ils n'appellent l'attention du malade que lorsqu'ils sont assez volumineux pour causer une gêne appréciable ou même importune. Ce n'est donc que plus tard qu'ils déterminent les phénomènes morbides dont nous avons parlé. Mais ces symptômes se montrent d'autant plus tôt que la cavité oii ils naissent est plus étroite, et que leur développement est plus rapide. Ces symptômes s'accroissent d'ailleurs eux-mêmes comme les polypes qui les produisent. Ils sont proportionnels à leur développement. D'abord les polypes ne causent qu'une gêne à peinesensibîe; plus tard cesontdesécoulements muqueux puriformes, des hémorragies plus ou moins considérables (obs. 1 , 6 , de ma Thèse)^ une gêne incessamment croissante qui détermine la fièvre ; plus tard encore, ce sont des douleurs accablantes, des écoulements et des hémorragies qui affaiblissent, une fièvre non interrompue qui mine le malade, des troubles dans toutes les fonctions; ce sont enfin des tourments insupportables qui ne laissent plus un moment de sommeil ni de repos, qui empoisonnent la vie de souffrances, de désespoir. Ajoutons que les
parties des polypes qui sont en contact avec l'air se couvrent parfois de fongosités, de végétations qui leur donnent une apparence fongeuse et les font saigner, suppurer et s'ulcérer.
Empressons-nous de dire cependant que la marche des polypes n'est pas toujours aussi funeste. La nature parvient quelquefois à s'en débarrasser spontanément, soit par suite d'une inflammation gangreneuse, soit par suite de l'allongement, de l'amincissement et de la rupture de leur pédicule. Mais cette dernière terminaison ne s'observe que dans les polypes dont le pédicule peut s'allonger sous leur poids, sous l'influence d'actions organiques, mécaniques et peut-être par l'ulcération, comme au pharynx, au larynx, à l'œsophage, dans l'intestin, le vagin, à la vulve (obs. 5, 10, II, 12, 45, 46, 47, 48, 49, 60, 57, 58, 59 de ma Thèse).
Causes. — Rien de plus incertain que ces causes.
On voit assez souvent la naissance d'un polype précédée, 1° d'engorgements inflammatoires chroniques, aigus, scrofuleux (2* obs. de ma Thèse), ou 2° d'une violence physique ou mécanique capable de produire elle-même des hypérémies, des engorgements inflammatoires. Les observations rassemblées dans mon Traité des polypes en offrent des exemples. (Voir les obs. 1, 4, 5, 6, 7 et 34.) Dans ce cas, y a-t-il une simple coïncidence accidentelle ou une coïncidence de causalité? Ne peut-il pas se faire que, dans le premier cas, l'inflammation soit elle-même le résultat de la lésion vitale qui produit le polype, ou même encore qu'elle soit l'efîet du polype? Je l'ignore 5 et comme les lumières me manquent pour résoudre ces difficultés, comme j'ai une invincible antipathie pour les hypothèses, j'abandonnerai la solution de ces questions épineuses à ceux qui sont
plus éclairés que je ne le suis. Les polypes cellulomembraneux sont produits par ua vice de nutrition et d'accroissement, ou de formation, dans le point de la membrane muqueuse et du tissu cellulaire sousmuqueux qui sont affectés. Sous l'influence de cette lésion, la membrane et le tissu s'altèrent et se développent avec excès. Ils s'altèrent, car ils deviennent beaucoup plus friables qu'ils ne le sont dans l'état sain et subissent d'ailleurs d'autres changements, suivant que le polype est muqueux ou fongueux. Les polypes durs sont dus en général au même vice dans le tissu fibreux sous-muqueux, c'est-à-dire dans un tissu plus ferme et plus solide que les précédents; ce qui explique la différence de structure des uns et des autres.
Tous les polypes, parvenus quasi au point de remplir la cavité qui les recèle, se moulent d'abord sur cette cavité, parce que les parties vivantes se développent toujours davantage du côté où leur accroissement est plus facile et plus libre. Quand enfin ils la remplissent entièrement, ils la dilatent par deux mécanismes différents. Si les parois de la cavité sont osseuses, comme celles des fosses nasales, du sinus maxillaire, et présentent beaucoup de résistance, le polype les dilate d'abord considérablement sans en écarter les os, ni les briser. Or, comme les os n'ont que fort peu d'extensibilité, il est évident qu'il les dilate en obligeant la nutrition de se développer à la circonférence, dans des limites plus étendues, et du côté oii le développement de la nutrition est plus facile, d'après la loi physiologique que j'ai indiquée un peu plus haut, et dont on trouve mille exemples dans l'économie. Quand les parois osseuses d'une cavité sont très-dilatées, il arrive quelquefois que les os se disjoignent et même se brisent, comme on le
Ulh CHAPITRE III. — MALADIES ORGANIQUES.
voit dans une observation fort curieuse de Levret. Cet effet est mécanique.
Diagnostic. — La plupart des polypes ne peuvent point être reconnus dans les prenaiers temps de leur naissance, parce qu'ils échappent à nos sens, et que rien n'éveilie l'attention de celui qui les porte.
Il n'en est pas de même, lorsqu'ils le gênent assez pour faire réclamer les conseils du médecin. Alors tous ceux qui sont accessibles aux sens, comme ceux du nez, du pharynx, du rectum, de la vulve, du vagin, du col de l'utérus peuvent être reconnus par le secours des yeux, du doigt ou de la sonde. Mais il ne suffit pas de les voir de loin, et de les toucher du bout du doigt pour savoir tout ce qu'il est important d'en connaître. Il faut les examiner à une vive lumière, et quelques-uns avec un spéculum. Il faut, au moyen du doigt, de la sonde, ou même d'un styletj délié pour les polypes du nez et de l'oreille, tâcher d'en connaître exactement la situation, l'étendue, la forme, le pédicule, les adhérences, la consistance et la nature, car toutes ces connaissances peuvent être utiles pour le pronostic et le traitement. Cependant il ne faut pas s'exagérer cette importance. Ainsi on arrache et on guérit une foule de polypes sans connaître exactement le nombre et la situation de leurs pédicules, souvent impossibles à déterminer.
Le diagnostic des polypes est parfois plus facile lorsqu'ils sont arrivés à un développement extraordinaire ou excessif. Nous verrons plus bas qu'il est néanmoins des modes impossibles à reconnaître, parce qu'il y a des affections qui ressemblent beaucoup aux polypes (obs. 60, etc., de ma Thèse). Les tumeurs cancéreuses des narines, du sinus maxillaire, de l'utérus sont assez souvent dans ce cas.
Pronostic. — 11 est subordonné à l'état des polypes,
à leur siège, à leur nonibre, à leur étendue, à leur forme, à leurs phénomèues, à leur marche, j'ajouterai même à la clarté de leur diagnostic.
En général les polypes extéro-intérieurs sont moins graves que les polypes intérieurs ou internes, parce que ceux-ci sont inaccessibles aux moyens de la chirurgie. Les polypes nombreux, étendus, à pédicules multiples, à phénomènes graves, à marche rapide, sont toujours plus dangereux que les autres, et ils le sont d'autant plus que le sujet est plus faible et plus incapable de résister à la maladie, aux douleurs, aux hémorragies de l'opération, ainsi qu'à l'inflammation, à la suppuration et à la fièvre qui pourront suivre.
Si, d'ailleurs, le diagnostic est obscur sur certaines dispositions des polypes, très-importantes à connaître pour le traitement, le pronostic devient plus grave et plus embarrassant encore.
Traitement. — Les indications thérapeutiques ne laissent ici aucune incertitude. Tout polype doit être détruit si l'on peut y parvenir. Or, on peut ordinairement y parvenir par des médicaments et par des opérations chirurgicales.
Les médicaments ne sont pas totalement impuissants contre les polypes, ainsi qu'on pourrait le croire. On conçoit d'abord aisément qile des polypes peu considérables, engendrés soos l'empire d'une maladie vénérienne constitutionnelle ou scrofuleuse, peuvent guérir sous l'influence d'un traitement approprié, et qu'il serait rationnel d'y avoir recours. Il y a des faits qui permettent de croire que l'on peut en guérir quelques-uns, soit dans les fosses nasales, soit dans les organes de îa génération (obs. 4, de ma Thèse).
Je rapporte aux médicaments les succès obtenus par les astringents et les stypliques, c'est-à-dire par
la méthode qu'on appelle assez improprement l'exsiccation. Je parlerai de celte méthode à l'occasion des opérations que réclament les polypes du nez, parce que c'est particulièrement contre ces polypes qu'on la met en usage, et que c'est par des manœuvres chirurgicales qu'on applique ces médicaments aux polypes.
Les opérations chirurgicales employées contre les polypes sont nombreuses; ce sont : 1° la cautérisation qui consiste à détruire le polype par les caustiques ou par le cautère actuel (obs. 18, 19, 21 de ma Thèse)-^ 2^ l'excision qui l'emporte en le coupant d'un seul coup à la racine, ou en le coupant d'abord par partie pour achever d'en couper enfin le pédicule (obs. 22, 23 de ma Thèse)-, 3° Varrac/iemenï qui l'enlève en rompant son pédicule par de violentes tractions, ou de violentes impulsions qui lui sont communiquées en deux sens opposés (obs, 31, 32 de ma Thèse)-, 4° le déchirement qui consiste à user, à ulcérer, et à faire suppurer le pédicule d'un polype par de rudes frottements; 5° l'emploi du selon qui, par son contact, irrite et fait aussi suppurer les polypes pour les détruire peu à peu 5 6° la ligature au moyen de laquelle on étrangle, on ulcère et l'on frappe de mort le polype auquel on l'applique (obs. 6, 8, 61, 62, 63, 64, 65, 66, 67, 68, 69, 70 de ma Thèse); 1° la compression qui consiste à le comprimer pour l'atrophier à la longue ; 8° les opérations mixtes ou composées qui résultent de l'emploi successif de plusieurs de ces différentes méthodes (obs. 21,26,27, 40, 42 de ma Thèse).
On peut chloroformiser les malades avec avantage dans ces opérations, comme nous l'avons démontré par l'expérience clinique.
Mais quand on a guéri des polypes par ces opérations, ils peuvent encore repulluler, surtout si le pé-