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Deuxième note sur un cas de mycosis fongoïde avec localisation palatine et induration scléreuse de la langue

Deuxième note sur un cas de mycosis fongoïde avec localisation palatine et induration scléreuse de la langue. Résultats de l’au~ topsie,

Par MM. H. Hallopeau et E. Jeanselme.

Dans la séance du 8 décembre dernier, nous avons rapporté l’histoire d’un malade atteint de mycosis fongoïde à évolution rapide. A partir de cette époque, l’affection prend une marche suraiguë. Chaque jour, de nouvelles tumeurs apparaissent à la face et acquièrent un volume considérable.

Dans les derniers jours de la vie, l’aspect du malade devient hideux et repoussant. La face, déformée par des tumeurs hémisphériques ou mamelonnées, de couleur violacée, rappelle le masque léontiasique des sujets atteints de lèpre tuberculeuse. Les régions pilaires, les joues, le menton, et le pourtour de l’orifice buccal sont les parties les plus atteintes. Au niveau de la lèvre supérieure, les nodosités mycosiques sont si rapprochées qu’elles se confondent en un large bourrelet transversal sur lequel sont disséminées çà et là quelques touffes de poils. Le menton, hérissé de nombreux tubercules mycosiques, est à peu près glabre ; c’est à peine si quelques poils émergent des sillons situés entre les nodules. La région sus-hyoïdienne est doublée par une énorme infdtration néoplasique de laquelle se détache une tumeur du volume d’une mandarine et plusieurs nodosités du volume d’une noisette. Sur les joues, les tumeurs sont nombreuses, saillantes et ulcérées. Les paupières et les tempes sont occupées par une multitude d’élevures nummulaires ou pisiformes, encastrées dans le derme et mobiles sur les tissus sous-jacents ; ces tubercules aplatis sont de date récente et la peau, à leur niveau, a gardé sa couleur normale. Audessus de la racine du nez et sur le front existe un groupe de tumeurs mamelonnées, dont plusieurs, très volumineuses, sont en voie d ulcération. Le lobule de l’oreille droite est le siège d’une infiltration mycosique diffuse. La nuque est occupée par une large plaque très épaisse et recouverte d’une vingtaine de nodosités dont plusieurs acquièrent le volume d’une noix. Le cuir chevelu est vaguement mamelonné ; les cheveux sont en partie conservés. Jusqu’à la lin, les tumeurs mycosiques se cantonnent à peu près exclusivement sur l’extrémité céphalique.

Le sang examiné quinze jours avant la mort contient 1 globule blanc pour 250 globules rouges.

Pendant toute la durée de cette poussée de tumeurs mycosiques à caractère manifestement infectieux, la température ne s’élève pas. Le malade s'affaiblit progressivement et s’éteint le 4 janvier 1893 sans avoir présenté aucun nouveau symptôme important à relever.

Autopsie. — Le pharynx, le larynx, la langue et le voile du palais sont enlevés simultanément. On constate que les tonsilles sont atrophiées comme cela est habituel chez le vieillard ; mais, en arrière de l’amygdale gauche, sur le pilier postérieur et la partie adjacente du voile du palais, existe un nodule hémisphérique du volume d’une noisette, de couleur gris pâle. Entre ce nodule et l’amygdale est situé un second nodule, du volume d’un noyau de cerise, presque pédiculé et d’un rouge vif.

En arrière du V lingual, le dos de la langue est surmonté d’une infd

SÉANCE DU b itiARS 1893

tration diffuse, vaguement mamelonnée, épaisse d’un demi-centimètre.

Les replis aryténo-épiglottiques sont distendus par un œdème très prononcé. L’épiglotte est épaissie et présente une vive injection de sa face postérieure. Sur l’une des cordes vocales inférieures, au voisinage de son insertion postérieure, existe une saillie rouge au sommet de laquelle on observe un pertuis qui mène dans une petite excavation.

Les poumons, très emphysémateux, sont congestionnés et infiltrés de sérosité dans leur moitié inférieure. Ils ne contiennent pas de noyaux lymphadéniques. Les plèvres sont unies par quelques adhérences, mais également exemptes de nodules néoplasiques.

Les ganglions du médiastin ne sont pas hypertrcfphiés.l /

Le péricarde renferme peu de sérosité. Le cœur est volumineux et surchargé de graisse. Quelques plaques d’athérome occupent l’aorte et la valvule mitrale. Le cœur droit n’offre rien à signaler.

Le foie est volumineux et pèse 1,820 gr. Il est onctueux et brillant et présente à la coupe un aspect granité qui rappelle celui du foie muscade.

La rate est hypertrophiée; elle pèse 320 gr, (au lieu de 195 gr., poids normal). Sa surface est lisse, sans trace de périsplénite ; sa couleur est d’un gris violacé. Sa forme est modifiée, elle tend à devenir hémisphérique. Sa consistance est très accrue. Sur une coupe, le parenchyme paraît normal à l’œil nu. Les corpuscules de Malpighi ne présentent pas un développement exagéré.

Les deux reins ont* leur volume habituel. Sur leur moitié inférieure, on remarque un piqueté de taches noires comme de l’encre, et, dans leur moitié supérieure, iin piqueté semblable, mais d’un rouge vif. En un point, il existe une dépression étoilée également d’un rouge vif. Ce sont de petits foyers hémorrhagiques, situés immédiatement sous la capsule et qui ne pénètrent pas dans l’épaisseur de la substance corticale.

Le pancréas est normal.

Le tube digestif a été examiné depuis le cardia jusqu’à l’anus. La muqueuse stomacale ifest pas altérée. Dans l’intestin grêle et le gros intestin, les plaques de Peyer et les follicules clos ne sont pas hypertrophiés.

Les ganglions mésentériques ne sont pas volumineux.

Les deux vaginales contiennent un peu de liquide séreux, mais les testicules sont sains.

Les ganglions inguinaux, axillaires, cervicaux sont hypertrophiés ; ils ont une coloration blanchâtre et donnent par le grattage de la coupe un suc lactescent.

Sur une section de la clavicule, la moelle osseuse paraît normale. Les côtes se laissent couper très facilement ; elles contiennent une substance violacée, ressemblant à du tissu splénique écrasé. Les mêmes constatations sont faites sur l’humérus droit. La moelle osseuse n’a donc pas l’aspect graisseux qu’on observe habituellement chez les vieillards. L’articulation scapulo-humérale du même côté était remplie de pus.

Examen histologique. — L’examen de la peau dans les régions où la pachydermie était très accentuée a donné des résultats différents suivant les points envisagés. Sur deux fragments prélevés sur l’avant-bras, le derme était scléreux sans infiltration de cellules jeunes. Mais sur un fragment de peau provenant du bras droit, point où l’épaississement était con-

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