‹ Deuxième note sur un cas de mycosis fongoïde avec localisation palatine et induration scléreuse de la langueChapitre 2 sur 7 · SOCIÉTÉ DE DERMATOLOGIE ET DE SYPHILIGRAPHIE · texte numérisé non relu

SOCIÉTÉ DE DERMATOLOGIE ET DE SYPHILIGRAPHIE

sidérable, nous avons constaté, non pas une simple inültration cellulaire, mais une véritable substitution de tissu lymphoïde au tissu dermique. C’est grâce à l’intégrité de l’épiderme, aux vestiges des glandes sébacées et des follicules pileux que bon peut encore reconnaître que la coupe est celle d’un fragment de peau. Dans les coupes pratiquées sur la peau de la région lombaire, le derme est intact et doublé d’un pannicule graisseux épais. Au milieu des pelotons graisseux, on observe un nodule mycosique qui peu à peu s’infiltre entre les cellules adipeuses.

Il est à noter que nous n’avons pas trouvé, dans le tissu adénoïde de la peau, de cellules géantes semblables à celles qui ont été observées pour la première fois par M. Philippson dans les efflorescences cutanées de la première période du mycosis classique et par M. Darier et l’un de nous dans les érythrodermies du mycosis atypique (Besnier et Hallopeau). Nous n’avons pas non plus constaté la présence des logettes intra- épidermiques qui ont été décrites par M. Darier comme des amas de cellules migratrices et par M. Philippson comme des amas de cellules fixes.

Le derme muqueux qui recouvre la base de la langue, en arrière du V lingual, offre une épaisseur d’un demi-centimètre ; c’est une couche uniforme de tissu lymphoïde dans lequel il est impossible de distinguer aucun vestige de la structure normale. Les follicules lymphatiques ne peuvent plus être reconnus au milieu du tissu lymphoïde qui s’est substitué au derme. L’épithélium intact repose directement sur le tissu néoformé.

Les deux tumeurs situées sur le voile du palais, au voisinage de l’amygdale, sont entièrement constituées par du tissu lymphoïde dans lequel on n’observe aucune travée fibreuse. Une mince bande de tissu dermique, infiltré de petites cellules disposées en traînées le long des vaisseaux, sépare le tissu lymphoïde de l’épithélium qui est intact.

La petite néoplasie laryngée, comme celles du voile du palais, est constituée par du tissu lymphoïde recouvert, en partie par de l’épithélium vibratile, en partie par de l’épithélium pavimenteux. Au centre, il existe une petite ulcération dont le fond est formé par du tissu mycosique.

Dans ces différentes tumeurs palatines et laryngée, l’existence d’un fin réticulum a été mise en évidence par le pinceau.

Dans la rate, la principale lésion consiste dans la présence de travées fibreuses épaisses qui parcourent le parenchyme splénique dans tous les sens. La sclérose a envahi un grand nombre de corpuscules de Malpighi qui sont transformés en tissu fibreux. Ce processus de sclérose explique la consistance très ferme de la rate.

Dans le foie, la plupart des lobules sont sains ; un certain nombre présente une zone périphérique d’infiltration graisseuse. Une lésion intéressante à relever est l’existence de petits foyers arrondis ou ovalaires disséminés avec une grande régularité dans le parenchyme hépatique. Ces petits nodules miliaires sont visibles à l’œil nu sur une coupe non colorée, examinée par transparence; ils* forment de petits points d’un blanc opaque qui se détachent bien sur le fond jaunâtre et translucide de la coupe. Ces nodules sont constitués exclusivement par de petites cellules arrondies. Ils siègent dans les espaces portes et leur centre est ordinairement occupé’ par une branche de la veine porte. Le long de certains vaisseaux portes coupés suivant leur axe, on remarque d’épais manchons constitués

aussi par le même tissu embryonnaire. Il est à remarquer que les vaisseaux compris dans l’épaisseur de ces nodules miliaires ne sont nullement altérés. Les tuniques internes des divisions de la veine porte et de l’artère hépatique ne sont pas épaissies et elles ne présentent pas plus que les autres tuniques de ces vaisseaux d’infdtration embryonnaire. Les canaux biliaires n’ont subi aucune modification et leur épithélium est intact. Dans certains lobules, les travées hépatiques sont écartées et dissociées par de nombreuses cellules rondes. Il est impossible de dire si ces traînées de jeunes cellules se continuent avec les nodules miliaires situés dans les espaces portes. L’existence d’un réticulum recherchée sur un grand nombre de coupes n’a pu être constatée. Nulle part il n’existe de sclérose hépatique, même au début. Dans un certain nombre de cellules hépatiques, les noyaux sont multipliés et volumineux.

Dans le rein, on constate une infiltration considérable de petites cellules rondes dans l’intervalle des tubes urinifères dont l’épithélium n’est pas altéré. Les glomérules sont aussi très riches en jeunes cellules. Nulle part, l’infiltration n’alïecte la forme de nodules miliaires. Au niveau des taches hémorrhagiques signalées à la surface du rein, on observe une infiltration par. des hématies. Il n’a pas été possible de déterminer la source et la cause de ces hémorrhagies.

Examen bactériologique. — Des cultures faites avec une petite tumeur de la face qui paraissait intacte à l’œil nu, mais qui portait à son sommet une petite exulcération microscopique, nous ont donné deux variétés de micro-organismes : lo des colonies très abondantes de staphylocoque doré; 2o quelques rares colonies de bacterium coli commune,

Les cultures de staphylocoque se sont montrées très virulentes. Un lapin inoculé dons la veine del’oreilie avec 1 c. c. 1/2 d’un bouillon de culture est mort le quatrièmie jour. Le foie, la rate, le rein, l’urine et le sang du cœur ont donné des cultures pures de staphylocoque doré.

Le bacterium coli commune que nous avons retiré de la petite tumeur cutanée faisait fermenter faiblement le bouillon lactosé ; il coagulait très lentement le lait mis à l’étuve, en 15-18 jours en moyenne. Cultivé dans une solution de peptone, il ne donnait pas la réaction de l’indol. Ce bacterium a été injecté à dose massive (3 c. c. de bouillon), dans l’oreille d’un lapin; celui-ci est mort le huitième jour; les deux plèvres contenaient un exsudât fibrineux dont nous avons retiré le bacterium à l’état de pureté. Après son passage par le lapin, il avait récupéré la propriété de faire fermenter énergiquement la lactose et de coaguler rapidement le lait, en moins de quarante-huit heures. Mais, dans les cultures subséquentes, il perdit peu à peu cette propriété et, après plusieurs passages, il ne coagulait plus le lait qu’en 15 ou 18 jours.

Sur des coupes du foie et du rein du malade traitées par la méthode de Gram, nous avons constaté la présence de nombreux diplocoques dans les vaisseaux et particulièrement dans les veines interlobulaires du foie. Ces diplocoques étaient sans doute des staphylocoques.

Ce qui fait rimportaiice et l’intérêt de cette observation, c’est la multiplicité et la dissémination des productions adénoïdes. Celles-ci occupent la peau, non seulement sous forme de tumeurs circonscrites,

Page 1