‹ Devant l'histoire: mes prisonsChapitre 4 sur 14 · VERS LE CONSEIL DE GUERRE · texte numérisé non relu

VERS LE CONSEIL DE GUERRE

Le II décembre 1917, comme je revenais de Mamers, où j'avais présidé une conférence patriotique, j'étais informé à mon arrivée à la gare que M. Clemenceau, profitant de mon absence qu'il connaissait, avait, le jour même, déposé une demande en autorisation de poursuites contre moi sur le bureau de la Chambre. J'avais communication une heure plus tard du document. Il consistait en une lettre du gouverneur militaire de Paris, le général Dubail, adressée au soussecrétaire d'Etat à la Justice militaire et requérant ma comparution en justice sous le prétexte qu'il existait « des présomptions suffisamment graves d'avoir, pendant la guerre actuelle, poursuivi la destruction de nos alliances en cours d'actions militaires et ainsi secondé les progrès des armées de l'ennemi ». Toute la calomnie répandue depuis des années par V Action Française était résumée en cette phrase. La lettre du gouverneur de Paris avait été rédigée par le sous-

secrétaire d'Btat à la Justice militaire — celui-ci a dû l'avouer au cours d'une séance publique de la Chambre. Le général Dubail avait été « invité » à apposer sa signature au bas du document qu'on lui avait tout juste accordé la permission de lire, sans que l'autorisation lui fût concédée d'en délibérer avec ses services, sans qu'il pût le faire examiner par ceux qui cependant avaient seuls qualité pour lui proposer d'intenter une action judiciaire. Œuvre d'un obscur politicien désireux de servir le maître, comme d'autres jadis servirent Robespierre en faisant décréter d'accusation ses adversaires politiques, le réquisitoire était fertile en insinuations fielleuses, mais ne mentionnait pas — et pour cause — un seul fait. Il arguait de prétendues conversations que j'aurais eues à Rome au cours d'un voyage où « je n'aurais pas craint de me livrer à une propagande crimmelle sur laquelle il paraissait indispensable de faire toute la lumière ». Cette accusation, dont les termes mêmes montrent combien elle était incertaine» était encadrée d'allusions aux contacts que j'avais eus avec Bolo, avec le directeur du Bonnet Rouge. Les billets parfaitement insignifiants que j'avais adressés à l'un et à l'autre étaient complaisamment reproduits. On déclarait bien qu'il arrivait aux hommes les plus irréprochables d'être trompés dans leurs relations, que ces faits n'appartenaient pas au domaine pénal, mais sous ces phrases transparaissait le souci de créer 1' « amalgame » . « La pensée meurtrière du procès de Danton parut dans Tarrangement artiste et perfide qu'on vit au banc

des accusés », écrit Michelet. On jligea le grand homme d'Etat de la Révolution pêle-mêle avec les Chabot, les Bazire, les Fabre d'Eglantine, les Julien de Toulouse, les Delaunay d'Angers, avec des hommes ou accusés ou convaincus de friponnerie et de vol, avec quelques-uns des conventionnels que, dans le langage énergique de l'époque? on appelait « les pourris ». Saint-Just et Fouquier-Tinville réussirent 1' « amalgame ». Ignace et ses collaborateurs s'efforçaient de le tenter. Pour corser l'entreprise, ils demandaient à la Chambre des poursuites contre un autre député, M. Loustalot, qui, accompagné d'un avocat M. Comby, s'était rendu en Suisse où il avait rencontré l'ex-khédive d'Egypte. J'avais été complètement en dehors de ce voyage. M. Loustalot l'affirmait comme moi. Aucune pièce, aucun témoin ne nous contredisait. N'importe! On juxtaposait les deux inculpations pour faire peser sur moi un nouveau soupçon, pour tenter de persuader que les prétendus agissements de M. Loustalot en Suisse étaient concertés avec moi, se reliaient à la campagne imaginaire que j'aurais poursuivie à Rome en faveur d'une paix séparée. La Commission de onze membres qui fut nommée par la Chambre dans ses bureaux pour examiner la demande en suspension d'immunité parlementaire éprouva quelque embarras en présence du vide du réquisitoire. Elle m'entendit longuement, elle entendit également le président du Conseil. Visiblement elle hésitait et, n'eût été l'atmosphère de terreur que le gouvernement et la presse de droite faisaient peser sur le Parle-

ment et sur ropinion, elle eût sans doute conclu à une enquête préalable. Mais je la dégageai de ses incertitudes en demandant tout le premier à aller devant un tribunal pour faire justice des calomnies dirigées contre moi et dont je pensais qu'une instruction rapide ferait litière.- La Commission conclut dans ce sens. Le rapporteur, M. Faisant, traduisit son opinion en des termes particulièrement réfléchis et mesurés :

« Le gouvernement, écrit-il, demande une en- « quête. Elle apparaît d'autant plus nécessaire « qu'au cours de ses explications M. Caillaux a « mis en cause l'ambassade de France à Rome. (( Elle apparaît d'autant plus indispensable que, (( s'il faut en croire l'accusation, les gouverne- (( menfs alliés eux-mêmes se seraient émus ! Dans (( ces conditions votre Commission ne pouvait re- « fuser au gouvernement le droit de faire la « lumière et, toute question de culpabilité réser- « vée, elle l'a accordé. »

Le rapporteur précisait encore sa pensée en écrivant :

(( Votre Commission n'a pas voulu livrer un « homme à la vengeance. Elle a livré à l'enquête « une accusation. »

Au cours de ses délibérations, la Commission avait, d'autre part, requis et obtenu du gouvernement l'engagement que, s'il ne résultait pas de l'instruction qui devait être conduite par le rapporteur près le 3® Conseil de guerre qu'il y eût connexité entre les griefs dont on me chargeait et

les accusations de trahison qui pesaient sur Bolo ou sur d'autres, si, en un mot, l'affaire était purement ou principalement politique, elle devrait être soumise à la Haute-Cour de justice devant laquelle M. Malvy avait déjà demandé à comparaître. Violemment attaqué dans V Action Française par M. Léon Daudet qui prétendait que l'ancien ministre de l'Intérieur avait livré à l'ennemi des plans militaires, M. Malvy avait, en effet, demandé à la Chamre de le mettre en accusation à raison de crime commis dans l'exercice de ses fonctions ministérielles. L'assemblée avait accédé à son désir et il résultait des explications échangées au cours de la délibération que, si le sycophante de la droite ne pouvait justifier ses dires, il devrait porter la peine de ses calomnies. Pas un député n'aurait pu admettre à ce moment ce qui est cependant advenu: l'accusation a été reconnue tellement absurde que le ministère pubHc n'a même pas osé la soutenir et toutefois il ne fut pas un instant question d'inquiéter le l?amphlétaire royaliste sur la tête duquel s'étendit la main protectrice du gouvernement de la République.

Les conclusions du rapport de la Commission me concernant furent discutées à la Chambre le 22 décembre 1917. Quelques mots de protestation de M. Loustalot et je suis à la tribune! Je n'ai pas de peine à établir l'inanité des imputations dirigées contre moi, le ridicule des insinuations dont je suis l'objet à raison de mes contacts avec Bolo, de mes relations avec le Bonnet Rouge, la haute fantaisie du roman échafaudé

par le monde de la « Carrière » à l^occasion de mon voyage en Italie. Comme j'entends qu'un des reproches qui sourd contre moi est celui d'avoir rencontré divers personnages qui sont dans la main de la justice, je demande si ces hommes n'ont pas été dirigés vers moi. Je demande à M. Clemenceau si je suis le seul à avoir connu des aventuriers et, me tournant vers lui, j'observe que, moi du moins, « j'ai les mains nettes ». Le Journal Officiel enregistre à la suite de mon discours : « Applaudissements vifs et répétés sur les « bancs du Parti socialiste et à gauche. L'ora- « teur, de retour à son banc, reçoit les félicita- (( tions de ses amis. » Pas de réponse du gou- \ ornement! M. Qemenceau reste silencieux sous le prétexte que, chef de la justice militaire, il ne peut me répondre. La droite et le centre, qui n'ont pas dissimulé leur joie quand la demande en autorisation de poursuites a été déposée, qui soutiennent Clemenceau — a jadis la droite et le centre « soutinrent Robespierre, écrit Michelet, ils lui « donnèrent: Danton, Desmoulins, la vie de la « République, les obstacles naturels de la future « réaction » — s'alarment du succès de mon discours. Il leur paraît que je suis à même de renverser dans un court délai le gouvernement qui leur est cher. C'est ce qui fut probablement arrivé si M. Clemenceau n'avait joué un formidable coup de partie.

Troublé en constatant que le château de cartes laborieusement édifié par son subordonné Ignace s'écroulait piteusement, le président du Conseil met en mouvement les policiers officiels et mar-

MHS PRISONS.

rons dont le concours a toujours constitué son moyen de gouvernement préféré. Vainement on me suit depuis le jour où la demande en autorisation de poursuites a été déposée; vainement des limiers s'attachent à chacun de mes pas, observant les maisons oii je me rends, les amis qui viennent chez moi ; vainement on perquisitionne dans mon appartement de Paris le 24 décembre 1917; vainement on procède à la même opération dans ma maison de Mamers ; vainement M. Bouchardon, rapporteur près le 'f Conseil de guerre, me fait subir un premier interrogatoire — à part de bas papiers de police auxquels il n'ose s'arrêter, il n'a en main que le réquisitoire de M. Ignace, signé du général Dubail. Tout cela ne donne rien. Ne sera-t-on pas plus heureux ailleurs? Et dans le monde entier commence une formidable sarabande de policiers. On farfouille en Suisse, en Italie, en Espagne. Un fait entre beaucoup d'autres illustre les méthodes employées. Le 3 janvier 1918, M. Marlio, sous-préfct, est à Madrid. Il se rencontre à déjeuner avec le marquis d'Aurelle de Paladines, fils du général qui, en 1870, empêcha, dit-on, que M. Clemenceau, qui maire de Montmartre avait laissé massacrer les généraux Lecomte et Clément Thomas, ne îût fusillé. M. d'Aurelle de Paladines, attaché à la mission militaire française en Espagne, est un agent dévoué du président du Conseil. Il invite M. Marlio à une entrevue qui a lieu le même jour à 6 heures du soir à l'hôtel Ritz. L'officier demande à son interlocuteur de lui livrer certaines lettres en sa possession qui seraient, croit-

il, de nature à compromettre un parlementaire très en vue et qui permettraient à M. Clemenceau, lequel en a le vif désir, de fortifier l'affaire Caillaux en faisant monter un député connu sur la charrette qui porte l'ancien président du Conseil. Bien que les propositions que formule l'agent de M. Clemenceau et qu'il juge fort alléchantes: promesse de tel poste qui conviendrait dans l'administration, etc., n'obtiennent aucun succès, le diplomate de rencontre se déboutonne. Il confie que le président du Conseil a entrepris trop vite les poursuites contre M. Caillaux, qu'il n'a rien en main, que lui, d'Aurelles de Paladine, est chargé de trouver des preuves contre moi, que, à mon retour d'Amérique où j'ai été en mission dans le courant de l'hiver 1914-1915, j'ai dû m'arrêter en Espagne et m'y livrer à des intrigues, qu'il en cherche la preuve, mais qu'il ne la découvre pas. Je le crois sans peine: je n'avais fait, à mon retour d'Argentine, que traverser l'Espagne en chemin de fer sans m'arrêter en aucune ville, sans descendre du train.

Mais voici que d'Amérique parviennent au gouvernement français les reproductions de deux télégrammes envoyés par le comte de Luxburg, ministre d'Allemagne à Buenos-Ayres, à son gouvernement en février 191 5 et relatifs à mon voyage dans TAmérique du Sud. Voici que, dans un coffre- fort que j'ai loué à Florence lorsque ma femme s'est rendue en Italie, on trouve des papiers, des bijoux, des titres.

Les télégrammes que le gouvernement des Etats-Unis possède probablement depuis long-

temps, puisqu'il y a plus de six mois qu'il a déchiffré toute la correspondance échangée entre le comte de Luxburg et son gouvernement par l'intermédiaire du ministre de Suède, sont insignifiants. Le premier rapporte de prétendues conversations, assez banales, que j'aurais eues en Argentine et que des informateurs ont relatées au ministre d'Allemagne en les déformant, bien entendu. Je gage qu'il n'est pas un Français en mission qui n'ait été épié et auquel on n'ait dans des télégrammes attribué des attitudes ou des propos imaginaires. Au surplus, le second télégramme fait justice des interprétations tendancieuses que pourrait suggérer le premier. Le départ du navire « Araguaya » qui m'emporte en France y est annoncé ; il est dit que la capture du bateau est très désirable. Il va de soi que, s'il y avait eu entente quelconque entre le comte de Luxburg et moi, niême s'il y avait eu contact par intennédiaire, le premier souci du ministre d'Allemagne aurait été de recommander aux croiseurs qui tenaient la mer de laisser passer, toutes voiles dehors, le navire qui me ramenait en Europe. M. de Luxburg songeait au contraire à me faire capturer et il indiquait simplement que je devais être traité avec politesse et prévenance dans les geôles allemandes oii l'on espérait m'enchaîner. Terriblement gênant ce second télégramme qui détruit ce que, en -imaginant, en sollicitant les textes, on pourrait tirer du premier! Comment faire? Eh! mon Dieu, c'est bien simple: on le falsifiera. On livrera à la presse un texte altéré. Au lieu des mots: « capture très désirable », on

écrira « capture indésirable » et il apparaîtra ainsi que les ennemis de la France veulent me ménager. Un faux va justifier une violence.

Dans le coffre- fort de Florence on a trouvé des papiers politiques, des lettres qui m'ont été adressées par le sieur Lipscher, dont i'ai parlé devant la Commission chargée d'examiner la demande en suspension de l'immunité parlementaire et auxquelles on peut d'autant mums s'arrêter qu'elles sont enfermées dans une chemise qui porte cette suscription, écrite de ma main : « Propositions de conversation. 191 5. Mes refus », et que ces refus sont authentifiés par la présence dans le même dossier de la minute d'une lettre de moi envoyée audit Lipscher sous pli recommandé ( le reçu de la poste est épingle) et où une fin de non-recevoir absolue est opposée aux ouvertures qui m'ont été faites. Dans le même coffre-fort il y a encore une étude de moi sur les responsabilités de la guerre et un travail ou plutôt un ensemble de notes s'enchevêtrant, se contredisant, sur la réforme de la Constitution et de quelques-unes des lois de l'Etat. Travaux personnels comme tout homme politique peut en avoir, comme chacun a le droit n'en rédiger ! Sans doute on cherchera à émouvoir l'opinion publique en soutenant qu'il y a dans ces papiers un embryon de complot contre la siirete- de l'Etat. On omettra soigneusem^ent de remarquer qu'il ne s'y trouve rien qui, de très loin, puisse être comparé aux papiers séditieux découverts dans les locaux de V Action Française et qui n'ont donné lieu à aucune poursuite. Mais en admettant

même que le reproche soit fondé, où y a-t-il machinations en faveur d'une paix séparée, intrigues contre la patrie? Comment peut-on frapper Topinion publique?

M. Barrère, ambassadeur de France en Italie, en fournit les moyens. Dans deux télégrammes il affirme que, à côté des papiers politiques, on a découvert dans le coffre- fort de Florence des titres représentant au moins deux millions, des bijoux d'une valeur de cinq cent mille francs. L'élémentaire prudence commanderait une vérification approfondie. II peut y avoir erreur, intentionnelle ou non. Le devoir du gouvernement est d'attendre, avant de livrer aucun renseignement au public, avant de procéder à une arrestation sensationnelle, que mes explications aient étc reçues, qu'une vérification minutieuse et complète ait eu lieu en ma présence. Mais foin de toutes ces précautions qui sont la primordiale garantie des droits de l'homme et du citoyen. Enfin! on triomphe. La presse en mouvement! des titres sensationnels! M. Caillaux n'a pas une fortune telle qu'il puisse posséder deux million^ en titres et cinq cent mille francs en bijoux. La France, le monde entier apprendront qu'un ancien président du Conseil a enfoui des millions qui ne peuvent lui appartenir, qui, sans aucun doute, lui viennent de l'ennemi. C'est l'argent de la trahison! On tient l'homme politique!

Le 14 janvier 1918, à neuf heures du matin, comme je sors de mon cabinet de toilette, un commissaire de police et des inspecteurs de la Stireté m'appréhendent, pénètrent dans la salle

de bains sans égard pour ma femme qui se trouve dans sa baignoire et, après quelques formalités, m'entraînent à la Santé où je suis écroué deux heures plus tard. J'aurais diî bénéficier du régime des détenus politiques, puisque la Chambre n'avait accordé la suspension de l'immunité parlementaire que pour crime politique. Les termes du rapport Faisant que j'ai cité étaient formels. Mais qu'importaient les décisions de l'assemblée issue du suffrage universel à M. Clemenceau et à M. Ignace qui entendaient me faire passer en Conseil de guerre aux côtés d'un Bolo? Ils anticipèrent sur leurs désirs en me soumettant au • régime réservé aux malfaiteurs de droit commun. A mon arrivée dans la lugubre prison on me fouille à corps ; non seulement on me dépouille de mon argent, de mes bijoux, de ma montre même, on m'enlève mes bretelles, mes cravates, mes ciseaux à ongles, jusqu'à ir.on tire-boutons! On me place dans le quartier de la haute surveillance où les guichets des cellules sont constamment ouverts, où les gardiens, dont la promenade est incessante, ont l'ordre d'observer les moindres gestes des prisonniers. Toute la nuit la lampe électrique reste allumée et ce fut une de mes plus grandes souffrances physiques que de ne pouvoir reposer dans l'obscurité. La pire des souffrances morales fut la promiscuité. Quand je sors de la cellule qui m'est aft'ectée pour une courte promenade dans un préau sans air où je suis, bien entendu, escorté d'un gardien qui ne me quitte pas plus que mon ombre, quand je vais au parloir, toujours accompagné d'un gardien, rencon-

trer l'un ou l'autre de mes avocats, soit M* Démange, soit mon admirable ami Pascal Ceccaldi qui, tous les jours pendant de longs mois, m'apportera le réconfort de sa vaillance et de son ardeur confiante, je passe devant les cellules qui avoisinent la mienne et où ricanent en m'apercevant des voleurs, des assassins, tels que Guerrero qui portera quelques mois plus tard sa tête sur réchafaud pour avoir tué une enfant de sept ans après l'avoir violée. Il est mon plus proche voisin. Dans le même quartier, le quartier de la haute surveillance, sont également situées les cellules réservées aux condamnés à mort. A travers les judas constamment ouverts comme le mien je vois ces malheureux que le poteau de Vincennes ou la guillotine guettent, toutes les fois que je sors de mon logis. Il m'arrive de croiser quelquesuns d'entre eux quand, menottes aux mains, ils reviennent de la promenade encadrés de deux gardiens et je conserverai toujours dans la mémoire les regards — quels regards indescriptibles! — que l'un d'entre eux jetait sur les gens et sur les choses, sur un pauvre coin de ciel qu'il apercevait dans l'entrebâillement d'une fenêtre à tabatière. En face de ma cellule, il y a les cachots, ce que dans l'argot des prisons on appelle les (( mitards )> , oti l'on enferme les prisonniers coupables d'infractions aux règlements. Et, pendant des journées, pendant des nuits entières retentissent les cris des misérables souvent à demifous qui hurlent où se jettent contre les murs de ces cellules matelassées. J'entends encore les plaintes déchirantes poussées par des Marocains

dans leur langue aux sons rauques et les douloureux gémissements d'Annamites évoquant les traînantes mélopées orientales.

Pendant des semaines et des semaines toutes visites sont interdites. Près d'un mois et demi se passera sans que je sois autorisé à voir ma femme. Elle ne' franchira les portes de la prison que le jour oti j'aurai été victime d'un étrange accident. Vers la fin de février 1918, à la suite d'un repas, je suis pris d'un si violent embarras gastrique, avec de tels vomissements, qu'on se demande quelle est l'origine de ce singulier malaise auquel je ne suis nullement sujet. Appelés en hâte, les médecins affirment qu'il n'y a pas tentative d'empoisonnement et je veux le croire. Je note simplement ceci qui ne peut être contesté : le directeur de la prison ' ayant très sagement ordonne qu'à partir de ce jour les paniers qui contenaient mes repas apportés d'un restaurant voisin seraient cadenassés et que j'aurais seul la clé du cadenas, je n'ai plus jamais subi la moindre crise de ce genre. J'observe encore que dans les milieux nationalistes on prédisait couramment que je n'étais pas dans un état physique qui me permît de résister au régime de la prison, qu'au bout de quelques mois je ferais de la paralysie générale. Il est des malveillants qui seraient tentés de penser que quelque nouveau Villain se sera efforcé de hâter la solution entrevue avec tant de complaisance.

Les visites de ma femme me permettent enfin d'avoir des nouvelles des miens. Auparavant j'écris, mais il s'écoule cinq jours au moins avant

qu'une réponse me parvienne. Les lettres que j'adresse ou que je reçois doivent, conformément aux règlements, passer sous les yeux du magistrat instructeur; il procède avec une lenteur si avisée cju'il parvient en fait à paralyser toutes communications suivies. Je suis enfin autorisé à voir ma femme et les très rares amis auxquels la faculté de me rendre visite est successivement accordée ; on me concède le parloir de faveur en ne manquant pas de faire valoir l'avantage qu'on m'octroie sans indiquer qu'il est imparti à la plupart des détenus ayant une situation sociale. On omet d'ajouter que les gardiens qui ont la charge d'assister à mes entretiens, à moi, sont tenus de tout écouter, de tout épier, de faire un rapport circonstancié sur chaque conversation. La plupart de ces gardiens sont de très braves gens qui, selon l'expression dont use l'un d'eux, « sont honteux du métier qu'on leur fait faire ». Nombre d'entre eux me disent que le régime de soi-disant faveur n'est qu'un piège qui m'est tendu, que l'on espère recueillir au cours d'une conversation un mot, une réflexion, un bout de confidence qui pourront fournir une indication aux magistrats. Les pires des malfaiteurs prévenus des crimes les plus odieux ne voient sans doute les membres de leur famille que certains jours et à travers une grille, mais du moins personne n'est-il chargé d'enregistrer dans un rapport les paroles échangées.

Et cela durera plus de neuf mois!

Cependant on est tout de suite fixé sur la valeur des téUgràmmts d'Amérique. Au bout de

quelques semaines, on verra s'évanouir en fuimée les millions du coffre- fort de Florence!

« Le 15 germinal an II, Hérault de Séchelles. (( mis en accusation par la Convention sur la <( demande du Comité de Salut Public, comparut « devant le Tribunal révolutionnaire. Il était « accusé d'avoir livré les secrets du Comité de (( Salut Public aux puissances étrangères. Le (( président donna lecture d'extraits d'une corres- (( pondance diplomatique saisie à bord d'un «. navire ennemi. Hérault y était mentionné >( comme envoyant des renseignements aux (c étrangers. Le président ne présenta pas les « pièces originales. Ces pièces sont aux Archives (( nationales. Le nom d'Hérault ne s'y trouve « pas. Le président Hermann était donc un faus- « saire. Il avait sans doute dépassé ce qu'exi- « geait de lui Robespierre qui lui avait commu- <( nique les pièces. Ces lettres n étaient d'ailleurs « que de misérables racontars indignes d'être (( pris au sérieux et il fallait l'esprit atrabilaire « de Robespierre et cette manie de défiance uni- « verselle qui l'obsédait pour trouver là matière « à chercher des traîtres au sein du Comité de « Salut Public. » (Henri Martin.)

L'histoire se répète. Les télégrammes Luxburg comme les lettres saisies en l'an II à bord d'un navire ennemi ne contiennent que « de misérables racontars indignes d'être pris au sérieux ». Si mon nom y est prononcé, tandis que le nom d'Hérault ne se rencontrait pas dans la correspondance prise à bord du navire ennemi, la

phrase « capture très désirable » me dégage complètement en établissant la volonté qu'ont les Allemands de se saisir de ma personne. Seulement, de même qu'on a ajouté le nom d'Hérault de Séchelles, on a renversé l'expression dont s'est servi le diplomat'- ennemi pour me faire arrêter. Mais la supercherie ne peut tenir. Bien que, au 3" Conseil de guerre, on s'ingénie à copier le Tribunal révolutionnaire, les choses ne vont pas aussi simplement en 1918 qu'en l'an IL M. Ignace ne dispose pas des mêmes facilités que le président Hermann. Force est de livrer au bout de quelques jours à la publicité le texte véritable et dès lors toutes les arguties ne pourront prévaloir contre les évidences que distribuent trois simples mots.

Les millions du coffre-fort de Florence! Dès le premier jour, je proteste. J'explique, je fais expliquer par mes avocats que ma femme, ayant manifesté l'intention, après les incidents de Vichy qui l'avaient justement effrayée, de passer de longs mois en Italie, avait emporté avec elle ses bijoux et une partie seulement de notre fortune pour que, au cas où des événements militaires ou politiques me mettraient dans la difficulté de lui faire tenir des fonds, elle piit s'en procurer en touchant des coupons. J'indique le montant approximatif en capital de ces titres, qui ne représentent qu'une partie de notre fortune, 400 à 500 mille francs tout au plus. J'indique encore que les bijoux sont tous des bijoux de famille venant de succession et dont la valeur totale est le dixième à peu près de celle qu'on leur attribue.

Concert de dénégations dans toute la presse gouvernementale! Allons donc! A qui fera-t-on croire ces sornettes? L'ambassadeur de France en Italie a télégraphié qu'il y avait deux millions en titres et cinq cent mille francs en bijoux dans le cofïre-fort de Florence. Les millions y sont bien de même que les colliers de perles ou de diamants offerts sans doute par l'empereur d'Allemagne. Et une inquiétude me prend. N'auraiton pas placé, à côté des titres m'appartenant, des paquets de valeurs dans mon coffre-fort qui, malgré mes protestations, a été ouvert en dehors de ma présence, en dehors de la présence d'une personne qiii me représentât ? On m'a affirmé depuis que telles avaient été, en effet, les intentions de l'un tout au moins des magistrats italiens, M. de Robertis (i), qui, depuis, a été appelé à répondre devant la justice de son pays du fait, qu'il a dû avouer, de soustraction de dossiers judiciaires. Ainsi seulement on peut s'expliquer la monumentale... erreur. Mais la dictature militaire qui sévissait à l'époque, en Italie comme en France, ne fut cependant pas assez puissante pour permettre à M. de Robertis et à ses acolytes de perquisitionner dans un coffrefort, que j'avais loué, en dehors de la présence... gênante... des directeurs de la banque. Il fallut faire un procès-verbal de récolement des titres. La partie était perdue si tant est qu'elle ait été jouée, ce que je ne saurais certifier. On dut

(i) M. de Robertis a été fait chevalier de la Légion d'Honneur en 1918.

apporter à Paris le contenu réel du coffre-fort et commettre un expert à la vérification des valeurs. Alors tout s'effondre. L'expert Doyen est oblige de constater à la suite d'une minutieuse étude la complète exactitude de mes dires. Une heureuse fortune veut que tous les titres déposés dans le coffre-fort de Florence soient relatés numéro par numéro, dans des actes authentiques, contrat de mariage, déclaration de succession, antérieurs à la guerre et qu'ainsi la légitimité de leur propriété ne puisse m'être contestée. Leur valeur totale est exactement celle que j'ai indiquée de mémoire. De son côté, un expert commis à expertiser les bijoux confirme de tous points mes allégations.

Seulement... des semaine'» se sont écoulées. L'abominable légende des millions enfouis dans le coffre- fort de Florence a été créée. M. Clemenceau et ses séides l'ont répandue dans le mondte entier. Elle chemine malgré les démentis. A la fin de 1919 elle trouve encore place dans de grands journaux américains. Sans doute n'est-elle pas morte à l'heure actuelle bien que, au grand jour de l'audience de la Haute-Cour, les magistrats chargés de requérir contre moi aient dû s'incliner devant ma scrupuleuse probité. Qu'importe d'avoir jeté dans le public la plus odieuse des calomnies? Elle seule pouvait justifier une incarcération ardemment désirée. On l'a réalisée. La liberté, l'honneur d'un homme, la santé morale d'un pays, sa figure dans le monde ternie par l'argent de la trahison qu'on dit collé aux doigts d'un de ses anciens chefs de gouver-

nement, tout cela ne compte pas pour les « patriotes » qui, directement oi^ indirectement, président aux destinées du pays.

Ce n'est que quelque temps après que le contenu du coffre- fort de Florence eut été déballé que les interrogatoires commencèrent, conduits par M. Bouchardon, magistrat mobilisé (i), alors capitaine rapporteur près le 3** conseil de guerre.

Une petite salle dans un coin du Palais de Justice! Le capitaine Bouchardon se promène de long en large, sanglé dans un uniforme dont la propreté n'est pas la caractéristique dominante. Maupassant, dans un conte, écrit d'un curé de village: « Il était vif, de corpulence moyenne, jamais rasé, rarement lavé. » Ce portrait de prêtre normand me revient à l'esprit toutes les fois que je songe, ce qui m'arrive parfois, à M. Bouchardon. — J'entre, escorté de deux inspecteurs de la Sûreté qui m'ont cueilli à la Santé et qui m'y ramèneront sans me quitter d'une semelle. Une brève inclinaison de tête de part et d'autre et le magistrat questionne.

La monstrueuse procédure devant les conseils de guerre permet au rapporteur d'interroger en dehors de la présence de l'avocat et sans soumettre à l'inculpé les pièces du dossier. M. Bou-

(i) M. Bouchardon, juge au Tribunal de la Seine, a été nommé conseiller à la Cour d'Appel et fait officier de la Légion d'Honneur en 1918.

chardon use largement des « facilités » que la loi lui donne. Ainsi, dans une des affaires auxquelles il essaiera de se raccrocher, il me laisse ignorer des pièces qui me dégagent complètement, qui font justice des vagues insinuations qui pourraient être dirigées contre moi. Un hasard seul m'apprend leur existence. On cesse de m'interroger sur ce sujet quand on ne peut plus me dissimuler ces documents dont, avec une procédure simplement humaine, j'aurais eu connaissance dès le premier jour.

Quoi qu'il en soit, le capitaine Bouchardon interroge ; il pose, sur un point, une question longuement méditée, presque toujours écrite à l'avance; il la pose en tapotant les vitres ; il écoute la réponse en se rongeant les ongles; s'il est déçu par la riposte, il pivote brusquement sur ses talons, passe à un autre sujet pour dérouter le patient, et toujours il se promène de long en large, et toujours il tapote les vitres, et toujours il se ronge les ongles. Il questionne habilement, insidieusement, il s'empare du moindre mot pour faire rebondir l'interrogatoire, pour essayer de démonter l'inculpé. Ceccaldi dit de ki qu'il a « le sadisme de l'instruction » ; il sait en tout cas remarquablement son métier et il apporte dans l'exercice de sa fonction une passion singulière, la passion du chasseur ou du braconnier. Une ardeur visible l'anime contre moi. Je lui ai dit quelque jour qu'il devait être un lecteur assidu de V Action Française. Il l'a formellement nié ^t par conséquent, je dois le croire, mais il est à coup siîr un nationaliste ardent. Il

en a tout k vocabulaire. Des mots qui ne recouvrent que de pauvres idées ont meublé son cerveau dont il suffit de voir la forme extérieure pour discerner qu'on le remplit aisément. Il est imbibé jusqu'aux moelles de la religion d'Etat dont j'ai dit comment des fanatiques et des habiles 1 avaient construite. Elle lui suffit. Il se croit un grand patriote parce qu'il voudrait que tous les Français, à commencer par les hommes d'Etat, dont il n'aperçoit pas qu'ils ont des responsabilités particulières, acceptassent sans le discuter rétroit credo dont il se gargarise. Il croirait surtout servir son pays en faisant brûler tous ceux qui pensent autrement, tous ceux qui estiment que le formulaire auquel il a souscrit contredit la grande idée qu'ils se font, eux, de la France, de la France de Rabelais, de Voltaire, de la Révolution, de celle que Gambetta a appelée la nourrice des idées générales du monde. Combien de fois, en l'entendant me questionner, en le voyant chercher le petit bout de fait qui lui permettrait de satisfaire sa passion de moderne inquisiteur, m'est-il arrivé de penser au bûcher de Jean Huss ! Combien de fois n'ai-je pas murmuré le « Sancta simplicitas » que prononça le grand hérésiarque en voyant la vieille femme jeter, en se signant, un fagot dans le brasier.

Mais nous vivons en un temps où, malgré tout, il y à une loi, où il subsiste des règles juridiques qu'il est dangereux de méconnaître, les retours du destin étant prompts. Et puis on reste un honnête homme, un parfait honnête homme, et je suis persuadé qu'on garde, quoi qu'il m'ait été dit

à ce sujet, une haute conscience de magistrat. On fera tout ce qu'on pourra pour prendre en défaut l'homme politique dont on hait d'autant plus les idées qu'on ne les comprend pas; on ne voudra pas jouer les Hermann ou les Fouquier-Tinville. Il n'est que juste de reconnaître qu'on y a beaucoup de mérite, car je suis assuré de ne pas me tromper en disant qu'on est poussé par un autre personnage, dont chacun proclame au Palais que les scrupules ne l'étoiiffent pas, par M. Mornet, commissaire du gouvernement près le 3* conseil de guerre.

M. Mornet, qui fut socialiste avant la guerre, qui fit ouvertement profession de foi de pacifisme et d'antimilitarisme violent, a sauté à pieds joints dans le camp opposé et il brûle de l'ardeur du néophyte. Appelé à requérir, sous l'égide de M. Ignace, dans ce qu'on nomme les grands procès, il s'est construit un système qui rappelle à s'y méprendre la thèse que M. Léon Daudet soutient tous les jours dans V Action Française. « Il n'y a qu'une affaire de trahison », proclame-t-il. Il veut à toutes forces qu'un grand complot contre la France ait été ourdi, que les Bolo, les Duval, les Lenoir, ne soient que des comparses, les agents d'un haut personnage que pendant quelques mois on a appelé le grand X et auquel on donne maintenant son véritable nom. Zola, dans la Bête Humaine, a campé un juge d'instruction qui bâtit tout un scénario de drame pour expliquer et relier entre elles des affaires de droit commun dont il est saisi, et qui, quand les faits lui infligent un démenti, trouve toujours lé moyen

de si subtilemerut raisonner qu'il parvient à maintenir son hypothèse. Le commissaire du gouvernement près le 3* conseil de guerre, qui n'est alors que substitut du procureur général (i), s'attache, lui aussi, à faire rentrer à coups de poing toutes les affaires de trahison dans la grande affaire Caillaux. Quelle gloire pour lui s'il réussit « l'amalgame », comme le réussirent jadis contre Danton Fouquier-Tinville et Saint-Just ! Quel procès colossal en perspective ! Quel réquisitoire admirable il entrevoit en même temps qu'il aperçoit toute la qualité du service qu'il aura été assez heureux pour rendre! ,

Au surplus, il faut convenir qu'il y a beaucoup de logique dans cette construction artificielle de l'esprit. Si M. Caillaux a eu des intelligences avec l'ennemi, s'il a été, pour appeler les choses par leur nom, un agent de l'Allemagne, il est hors de doute qu'il a dirigé toutes les entreprises contre la France. S'il est au contraire démontré que l'homme politique a ignoré les tractations d'un Bolo qui était cependant arrivé à se glisser parmi ses relations, s'il est établi qu'il n'a rien su des opérations criminelles d'un Lenoir ou d'un Duval qui l'a frôlé, comment croire à sa culpabilité? Comment admettre qu'un homme d'Etat de son importance passé au service d'une puissance étrangère n'ait pas contrôlé de point en point le jeu de ette puissance?

M. Mornet et M. Bouchardon aperçoivent si

(i) M. Mornet a été nommé avocat général €t fait chevalier de la Légion d'Honneur en 1918.

bien la rigueur de ce dilemme que tout Teffort de rinstruction sera de forger les anneaux de la chaîne qui doit souder les affaires de trahison entre elles. Sans doute on battra les buissons, sans doute on parlera à M. Caillaux de l'Argentine, de l'Italie, de Lipscher, des documents du coffre-fort de Florence, mais ce sont là horsd'œuvre qui peuvent tout au plus aboutir à de vagues accusations politiques, à un médiocre procès en Haute-Cour. Ce n'est pas ce qu'on veut. Ce qu'on veut, c'est le conseil de guerre, c'est la promenade matinale à Vincennes, à laquelle jusqu'au bout M. Mornet a espéré présider, — il l'a dit — ; ce qu'on veut, c'est consolider, c'est assurer pour longtemps la dictature de M. Clemenceau et des gens de V Action Française. On y parviendra si les coalisés, gouvernants, journalistes de droite, magistrats, peuvent se targuer d'un immense service rendu au pays, s'il est prouvé que les uns et les autres, en s'appuyant, en se soutenant, ont découvert et déjoué la plus monstrueuse entreprise de trahison, une entreprise d'autant plus grave qu'elle aurait été machinée par un homme d'Etat qui fut à la tête d'un grand parti. Du même coup ce parti sera atteint, la République sera touchée ! Que de victoires à l'horizon!

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