‹ Devant la statue de MercierChapitre 6 sur 29 · SIR FRANÇOIS LANGELIER · texte numérisé non relu

SIR FRANÇOIS LANGELIER

Lieutenanr (xouverneur de l;i Province de Québec,

Chevalier de l'Ordre de Saint-Michel et de Saint-George^

Inauguration du Monument

Le discours de Thon. M. Taschereau, président, fut com me le prélude des vives émotions qui devaient suivre. Quand il invita S. H. le lieutenant-gouverneur à faire le dévoilement officiel, Sir François accompagné de son aide-de-camp, le capitaine Victor Pelletier, quitta Testrade pour monter au kiosque et là dit:

*'Je dépose sur le socle du monument Mercier une couronne de lauriers/' La foule applaudit respectueusement, puis écoute religieusement le discours de S. H. le lieutenantgouverneur tout émaillé de souvenirs personnels et tout parfumé de fleurs de l'amitié. Voici ce joli discours :

Je n'ai pas besoin de vous dire que si la démonstration de ce jour avait pour objet la glorification d'un parti, je n'y aurais point pris part. Mais je comprends que ce n'est pas Mercier chef de parti dont il s'agit d'honorer la mémoire, mais Mercier patriote et grand Canadien. La démonstration de ce jour a le même caractère que celle qui aura sans doute lieu pour l'inauguration du monument que l'on va ériger en l'honneur de Sir Georges- Etienne Cartier, pour lequel la Législature de cette province, sans distinction entre les libéraux et les conservateurs, a voté la somme de $10,000. J'espère que ce que nous faisons aujourd'hui pour la mémoire de Mercier, ce que nous ferons avant longtemps pour celle de Cartier, aura lieu pour Chapleau. J'ai toujours été l'adversaire de celui-ci lorsqu'il était dans la politique active, mais j'ai toujours été son ami personnel et l'admirateur de son grand talent. Aussi, si je

suis encore de ce monde, je ne manquerai pas de me joindre à ceux qui assisteront à l'inauguration du monument qu'on élèvera à sa mémoire.

Je puis parler de Mercier en connaissance de cause, car j'ai été son ami intime depuis 1863 jusqu'à sa mort. Lorsque je l'ai connu, il était rédacteur du ''Courrier de Saint- Hyacinthe", et il faisait au parti libéral une guerre loyale, mais très vigoureuse. Tout le monde à Saint-Hyacinthe admettait que c'était grâce à lui que les conservât eur^j avaient enlevé le comté de Saint-Hyacinthe au parti libéral. H abandonna le parti conservateur sur la question de la Confédération. Un certain nombre de jeunes conservateurs ayant à leur tête Ludger Labelle, un des hommes les mieux doués pour les affaires publiques que notre pays ait connus, étaient opposés à ce changement politique, ils y voyaient un grand danger pour notre nationalité. Suivant eux, nous serions noyés comme race dans la Contédération que l'on voulait établir. Merder formait partie de ce groupe. Mais ne voulant pas combattre Cartier, avec lequel il avait marché jusque-là, il se retira de la politique, et s'occupa exclusivement de sa profession, sans cependant se désintéresser des affaires, publiques.

En 1871, j'étais candidat à l'Assemblée Législative dans, le comté de Bagot. Une grande assemblée avait lieu dans la paroisse de Saint-Siméon. Mercier y assistait comme simple spectateur. Tous ceux qui étaient là le connaissaient comme orateur, et mes amis me prièrent de l'inviter à prendre la parole. Après quelque résistance il se rendit à ma demande, et fit un discours qui enthousiasma tous mes partisans. Ce fut sa rentrée dans la politique active, et il n'en sortit plus ensuite. (Applaudissements)

Tout le monde n'est point d'accord sur ses actes politiques, mais il y a une chose sur laquelle il n'y a jamais eu de dissentiment: c'est qu'il avait un immense talent et un ardent patriotisme. Il était incontestablement un des plushabiles stratégistes parlementaires que l'on ait vus chez nous.

Il avait l'orgueil de sa race, mais il n'avait aucune hostilité contre les autres nationalités. Combien de fois lui ai-je entendu dire: "Pourquoi les An^-lais me sont-ils si hostiles':? je ne leur veux pas de mal; je suis prêt à leur donner toujours pleine et entière justice. Tout ce que je veux, c'est que ma race ait simplement sa place au soleil." (Applaudissements)

Il y a un acte de la carrière politique de Mercier sur lequel tout le monde est d'accord, et qui seul lui mériterait le monument que nous avons devant nous: c'est le règlement de la question des biens des Jésuites. (Applaudissements)

Cette mesure lui a fait bien des ennemis dans la population protestante des autres provinces, et ne lui a guère profité dans la nôtre. Je le lui avais prédit, et il n'en a pas été surpris. Lorsque je l'engageais à ne pas toucher une question si épineuse, il me répondait: "Je ne me fais pas illusion " sur le danger auquel je m'expose, mais j'estime que le rô- " glement de cette question est un acte de justice pour " l'Eglise catholique, et qu'il est nécessaire dans l'intérêt du * ' public ; si mon parti et moi en souffrons politiquement, le " pays en bénéficiera." (Applaudissements)

Vous savez comment il la régla : après entente avec Léon XIII, et cela sans commettre aucune injustice envers la population protestante, laquelle reçut une indemnité proportionnée à la faveur que recevait l'Eglise catholique.

Lorsque le temps aura, pour lui comme pour Cartier et Chapleau, donné à leurs carrières le recul nécessaire pour les apprécier avec impartialité, je serais bien surpris si tout le monde ne s'accordait pas à dire qu'ils ont mérité l'honneur fait à leur mémoire, parce que tous trois ont été des patriotes et de grands Canadiens. (Applaudissements)

L'Hon. Charles Langelier

Juge des Sessions de la Paix.

Ail nombre de la série des brillants orateurs qui ont apporté un tribut d'hommages à la mémoire du regretté Mercier et qui ont été le plus applaudis, il nous fait plaisir de mentionner l'un de ses plus vaillants lieutenants, un champion des luttes d'autrefois qui avait tenu à apporter son propre tribut de reconnaissance.

Voici le discours de Thon. Charles Langelier : Monsieur le Gouverneur,

Mesdames,

Messieurs,

Lorsque l'automne dernier, je vis la statue de Mercier se dresser fièrement sur son gracieux piédestal de granit, j'en éprouvai une vive satisfaction: c'était enfin l'apothéose de ce grand patriote dont le déclin de la vie avait été abreuvé de tant d'amertume. Car, dans le noble style latin, élever une statue c 'était poser un homme : hominem ponere. Mieux que la peinture, mieux aussi que le relief, une statue montre son modèle tel qu'il fut: le voilà avec sa taille, ses traits, son attitude, tous les signes de sa personnalité. L'érection d'une statue est le plus solennel hommage qu'un homme puisse recevoir de ses semblables. Il faut que celui dont la statue doit être placée sous les yeux des générations à venir soit regardé par elles comme un type d'honneur, de caractère et de vertu. Mercier possédait toutes ces qualités; il est un de ceux dont la renommée passe les frontières comme elle devance l'avenir; aussi le sentiment public a-t-il été unanime à applaudir à l'action de la législature qui a décrété de lui élever ce monument. (Applaudissements)

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