‹ Devant le grand jury des nations [microform]Chapitre 2 sur 41 · CHIFFONS DE PAPIER" VS. FAITS GENERAUX · texte numérisé non relu

CHIFFONS DE PAPIER" VS. FAITS GENERAUX

L'ensemble de la Correspondance diplomatique qui a précédé la guerre forme un faisceau écrasant, une Masse de preuves meurtrières, autant de tisons ardents Pour la cause Prussienne alias allemande,

Il n’est Pas étonnant que ses apologistes se donnent tant de peine pour Passr- à côté.

Le dernier en date, M. Je comte Apponyi, écrit dans le New York: Times du 17 janvier 1915 qu'il faut mettre de côté ‘es finasseries d'avocat, ceg toiles d'araignées de preuve soi-disant documentaire, insignifiants détails’'— chiffons de Papier, dirait un Allemand—qui font perdre de vue ‘les faits £énéraux.”’

8 éloquents apôtres de la Paix universelle, de l'autonomie des peupler *e la liberté du sujet : c'est à l'instigation de son eMpereur que les nations ont créé le tribunal de la Haye; et lorsque cette Proposition à été faite e- 1899, c’est l'Allemagne, secondée par la Turquie, qui s’est opposée énergiquement à l'arbitrage international.

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Lorsque l'Angleterre a proposé un ‘‘congé naval’ d'un an, l'Allemagne lui a répondu par le cynique ricanement de Méphisto, et la fameuse paix armée de Guillaume ÏI à fini par où elle devait fatalement aboutir: une Buerre quasi-universelle.

Depuis une dizaine d'années, la Russie a, sous Nicolas IT, fait plus de progrès dans l'ordre politique que l'Empire Allemand, qui en est encore au même point qu'il y quarante-quatre ans, sous ce rapport, On peut dire que l'Allemagne est en retard sur le Japon constitutionnel et la Chine républicaine ; elle ne connaît Pas encore, en plein 20ème siècle, le régime de la responsabilité ministérielle que les Canadiens s'enorgueillissent de posséder depuis trois quarts de siècle, et que le regretté père du Kaiser aurait donné à

Voilà pour les faits généraux, qui, n'en déplaise à l'avocat hongrois 1e la cause prussienne, sont si peu obscurcis par les paperasses diplomatiques qu'au contraire ils en ressortent avec un éclat inaccoutumé : puisqu'ils laissent entrevoir, au sortir de cette guerre cyniquement déclarée pour ‘l'exécution militaire’’ d'un petit peuple par un puissant empire, l'avènement d'une Europe toute neuve, calquée sur les Etats-Unis d'Amérique, et le triomphe de l'impérialisme britannique, fondé sur l'autonomie, par opposition à l'idéal prussien de coercition et d'oppression,

Hypocrisie, toute cette prétendue sollicitude de la France, de l'Angle-

Voilà ce que vous seriez si vous n'aviez comme moi, la fille du Grand Electeur, du Gros Guillaume et de Frédéric-le-Grand, aucun respect de la foi jurée ; si comme moi vous professiez ouvertement que les traités sont des ‘‘scraps of paper,’ que la guerre n'est pas une sensiblerie, mais une tuerie sans pitié pour personne, que la meilleure manière de fonder des colonies est de voler celles des autres, et que pour faire prévaloir vos idéals le plus court moyen est de détruire les chefs-d'œuvre rivaux, cathédrales, monuments, etc. En un mot, je suis l'excès logique, la suprême expression du Mal dont l'humanité porte en elle-même ie germe.

Envisagée sous cet angle, la monstrueuse entreprise du régime prussien lai se entrevoir une lueur d'aurore nouvelle, Les peuples n'auront qu'à 5e

Goethe, le Shakespeare allemand, fait dire à Méphisto : ‘‘Gageons que vous perdrez encore celui-là, si vous me permeftez de l’entraîner dans ma voie. ’”

Diable, le pousse à l’œuvre. S'il me sert aujourd

‘“Je suppose qu’étant dans un champ vous apprenez que des cambrioleurs ont pénétré dans votre maison; vous vous hâtez de vous y rendre, mais pour arriver plus

rt ee qi contre lesquels vous avez à défendre vos biens, peut-être votre amille? Ïl est certain que vous abattriez d’un co de poing ce voisin raisonneur s’il

Le cambrioleur ici, c'est la France: le voisin têtu est la Belgique ; le monsieur pressé de sauver son argent et ses enfants est l'Allemagne, et l’auteur de cet apologue est le comte Albert Apponyi; un homme politique hongrois qui, dans ses cajoleries auprès de l'opinion publique américaine, n’a pu rien trouver de mieux dans sa brillante imagination pour justifier la pl:e épouvantable for‘iiture de tous les temps.

Le malheur du fabuliste est que son allégorie cloche de toutes parts. L'Allemagne n'était pas au champ, mais chez elle, et personne ne songeait à l’attaquer. C’est elle qui, au moment où la Russie, la France, l'Angleterre, l'Autriche elle-même négocisient la paix, lançait ses déclarations de guerre de droite et de gauche, et fonçait sur ses voisins. La Belgique, loin d’être un raccourci, était le chemin le plus long pour atteindre le prétendu cambrioleur, et l'Allemagne n'avait que faire de passer par le jardin du voisin pour défendre sa propriété qui n'était pas envahie. Le cas même du cambrioleur avait été prévu, et l'Allemagne, mise en demeure par la Belgique, avait solennellement, officiellement promis de ne pas toucher à son jardin, dans l'éventualité d’un conflit avec la France. Enfin, il est trop tard pour casser le verdict : l'Allemagne a été trouvée coupable par le grand jury des nations à l'unanimité.

Le vrai apologue, le voici. Un parvenu, parti d’un pauvre village appelé Brandebourg, avait acquis une certaine aisance À force de grappiller chez les voisins. L'une de ses victimes dut élever une haute muraille de séparation pour se protéger contre de nouvelles déprédations. Précaution inutile, car le malfaiteur fit un détour à travers le champ d’un voisin à qui il avait pourtant promis parfaite sécurité, et massacra tout sur son passage. Il fut pris la main dans le sac, et fut pendu haut et court, car la justice a les deux bras d’égale longueur.

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