QUI A EMPÊCHÉ UN COMPROMIS
L'assassinat de l’archi-duc est-il la vraie cause de la guerre? Des révélations toutes récentes établissent que plus d’une année auparavant l'Autriche avait déjà décidé de se jeter sur la Serbie. (Voir Appendice I.)
La Serbie était-elle en faute? L’Autriche l'affirme, mais on verra plus loin qu'après avoir mis le dossier à charge à la disposition des puissances, elle a nettement refusé toute immixtion étrangère à ce sujet. (Livre bleu, 4, 26, 30, etc.)
Il serait oiseux de rechercher quel est celui qui & commencé la querelle ; il faudrait pour cela retourner assez loin en arrière dans l’histoire des disputes des Obrénovitch et des Karageorgevitch. Qu'il suffise de dire que la Serbie, après s'être vue disputée depuis un siècle par les influences ottomane, russe et autrichienne, est aujourd’hui, sous Pierre ler, la protégée reconnue de la Russie, à laquelle la rattachent les liens de race et de religion.
Admettons que les Serbes, ayant eur le cœur l'annexion forcée de la Bosnie et de l’Herzégovine, aient plus ou moins ouvertement conspiré contre l'Autriche en violation de la parole que la complaisance des puissanres leur avait arrachée en 1909. C’est chose possible, naturelle même ; la force brutale peut conquérir des territoires, elle ne s'empare pas de l’âme des peuples.
Vous avez pu germaniser la plaine, Mais notre cœur, vous ne l'aurez jamais.
La Russie elle-même a admis le bien-fondé d’une partie de la note autrichienne ; elle a conseillé à le Serbie de s’humilier (admissions de M. Sazonoff, livre bleu, 6, 44, 55, 56; livre orange, 25, 49: livre jaune, 54, 64).
Du côté allemand, il était également admis que l’ultimatum autrichien allait trop loin. M. de Jagow a convenu que le document laissait fort à désirer comme pièce diplomatique et contenait des demandes qu'il était impossible d’avaler. (Livre bleu, 18.)
Il y avait donc là la base d’un compromis. Qui l’a fait manquer?
1 est impossible de lire la volumineuse correspondance diplomatique dont on trouvera plus loin le résumé détaillé—sans arriver à la conviction que c’est l'Allemagne qui s’est mise en travers de toutes les propositions de règlement à l'amiable.
Si elle a connu à l’avance les termes de l’ultimatum, on doit nécessairement conclure qu’elle les a inspirés; car l'Autriche savait qu'attaquer la Serbie c'était soulever la Russie, et que pouvait-elle contre celle-ci sans s’être assuré d'avance le concours de l'Allemagne ?
Il est vrai qu’à Berlin on a protesté ne pas avoir eu communication de la note autrichienne avant les autres, mais à l'encontre de ces dénégations le tribunal de l'opinion publique a :
1.—Le témoignage de l'ambassadeur anglais à Vienne, qui dit tenir de source privée que son collègue allemand, M. Tschirschky, était en p -ession de l’ultimatum et en avait télégraphié le texte à l'Empereur Guillaume avant l'envoi à Belgrade. (Livre bleu, 95.)
2.—Le fait que la teneur de la note autrichienne était signalée dans un rapport consulaire du 20 juillet à Vienne. (Livre jaune, chapitre II.)
3.—L'allusion faite par M. de Jagow le 21 au soir à la prochaine démarche de l'Autriche à Belgrade, (Livre bleu, 2.)
4.—Les instructions du chancelier Bethmann-Hollweg adressées le 23 aux ambassadeurs, appuyant fortement ‘‘les demandes du gouvernement austro-hongrois.”’ (Livre blanc allemand, annexe 1B.)
5.—Le fait que le même jour 28 juillet, le premier ministre de Bavière disait avoir pris connaissance de la note autrichienne. (Livre jaune, chapitre