CHAPITRE I—LES AVERTISSEMENTS
. Dès les premiers mois de 1913, l'ambassadeur français à Berlin, M. Jules Cambon, signale à son gouvernement la campagne de commémoration de 1813 (revirement de l'Allemagne contre Napoléon), dirigee et encouragée par les autorités impériales pour chauffer le patriotisme allemand et préparer l'opinion aux sacrifices exigées par la nouvelle loi militaire, qui date réellement de 1912.
Les célébrations d’anniversaires successifs devaient aboutir en 1914 par la commémoration de la première entrée des Prussiens à Paris. Détail plus que significatif : l'échéance des taxes de guerre sur les fortunes expirait le ler juillet 1914, époque visiblement marquée pour le grand coup (Der Tag).
A la loi militaire allemande, la France répond en 1913 en revenant au service de trois ans. La Russie réorganise ses armées. L'Allemagne avec intérêt à ne pas se laisser devancer ; comme l’a dit son ministre Von Jagow, la Russie avait le nombre, l’atout de l’Allemagne était la célérité (pièce 138 du dossier anglais).
M. Jules Cambon écrit le 17 mars 1913 que le renforcement de l’armée allemande est faussement représenté comme conséquence du retour au service triennal en France, puisqu’au contraire il en est la cause. Vivant dans le voisinage de la cour impériale, M. Cambon constate que l'Empereur Guillaume se complaît dans ses discours à rappeler les souvenirs de 1813.
Le 2 avril 1913, le ministre de la Guerre à Paris recevait ‘‘de source sûre” communication d’un rapport officiel et secret allemand, insistant sur la nécessité de préparer la guerre sans éveiller la méfiance, mais en menant les affaires de telle façon que, sous le poids des armements ruineux et d’une situation politique tendue, l’opinion allemande considérât ‘‘un déchaînement comme une délivrance”. On y étudiait les moyors de provoquer des soulèvements en Egypte, à Tunis, à Alger, au Maroc, et l’on posait le principe que ‘‘les petits Etats devraient être contraints de suivre l’ Allemagne ou être domptés.’’ La Belgique et la Hollande étaient nominalement désignées. ‘ Dans le Nord, nous n’avons rien à craindre du Danemark ni des Etats Scandinaves… Au pire, le Danemark pourrait être forcé par l’Angleterre d'abandonner sa neutralité, mais à ce moment-là la question aurait déià été décidée sur terre et sur mer. Notre
armée du Nord, dont le nombre pourrait être fortement grossi par le renfort des troupes hollandaises, opposerait une énergique défense à toute attaque de ce côté... Si l’organisation défensive de la Belgique nous barrait le chemin, ce aui serait un notable avantage pour notre ennemi de l’ouest, nous ne pourrions en ce cas offrir à la
Belgique aucune garantie Quelconque de la sécurité de sa neutralité”. En terminant, ce document prescrivait “un ultimatum à brève échéance, suivi immédiatement par l'invasion. Cet ultimatum permettra de justifier suffisamment notre action au point vue du droit des gens.” Pour atteindre le but, c’est-à-dire établir la domination lemande dans le monde entier, il était nécessaire de réunir des forces suffisantes. C’est nu il fallait que fût réalisé avant l’été 1914 le nouveau programme militaire dont le premier résultat serait de permettre aux Allemands de se souvenir ‘‘que comté de Bour e et une belle parie de la Lorraine sont encore aux mains des
i lemands des provinces baltiques gémissent sous le
Dans sa dépêche du 6 mai 1913, M. Jules Cambon signale le ‘‘garde-à-vous’’ général ordonné à ‘armée allemande au moment de la tension albanaise. Ce ‘‘garde-à-
ne fait guère de bruit. En France, un Pareil avertissement, écrivait M. Cambon, ferait tressauter tout le monde, tous les journaux en parleraient, M. Cambon tenait la nouvelle d'officiers allemands eux-mêmes qui avaient déjà, pourvu à la subsistance de
que !a prince impérial avait dû renoncer à faire la première traversée de l’Impérator. À cette 9Ccasion, on rapportait les paroles Prononcées par le général de Molt. e, chef de l'état-major, dans un milieu allemand: “]] faut laisser de côté les lieux-communs sur la responsabilité de l’agresseur. 11 faut prévenir notre principal adversaire, et qu'il y aura neuf chances sur dix d’avoir la guerre, nous devons la commencer sans plus attendre Pour écraser brutalement toute résistance.” (Pièce 3 du livre jaune.) Le 830 juillet 1913, le Bouvernement français recevait un long mémoire sur l’état des esprits en Allemagne, fondé sur les rapports des agences consulaires ; en substance, ce document constatait Partout des symptômes de préparatifs de guerre. (Pièce 5 du
Le 22 novembre, 1913, M. Cambon écrivait à M. Pichon, ministre des Affaires Etrangères : “L’hostilité contre nous s'accentue, et l'Empereur a cessé d’être partisan e la paix.’ “L'ambassadeur était avisé que le roi des Belges avait eu la même impression après une Conversation avec Guillaume en présence du général Moitke, ‘Peut-être, ajoute M. Cambon en parlant de Guillaume II, éprouve-t-il on ne sait quelle jalousie de la popularité acquise par son fils, qui flatte les passions pangerma-
la réplique de la France à la dernière augmentation de l’armée allemande, dont l’objet était d'établir la supériorité germanique, est-elle pour quelque Chose dans ses amertu-
Cambon résumait sa pensée dans les termes suivants : “L'empereur se familinrise avec un ordre d'idées qui lui répugnait autrefois, et pour lui emprunter une ex- | ose qu’il aime à employer : “Nous devons tenir notre poudre sèche.’ (Pièce 6 du