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DEVANT LK RIDEAU

tragédie française, composée le plus souvent par le régent de rhétorique et jouée par ses élèves, ou par un exemce, c'est-à dire par une sorte de conférence, où les écoliers répondaient sur les « auteurs qu'ils avaient vus en classe » et sur « tout ce qui avait fait la matière de leurs études ». La rentrée des classes était fixée invariablement au jour de la Saint-Remy, un saint qui devait être bien peu populaire parmi les écoliers; l'Ëglise le fête le l""" octobre.

Mais je n'ai rien dit encore du chapitre des punitions. Ce n'est pas le moins curieux cependant. La férule du régent, qui sévit encore, comme au temps d'Horace, contre les solécismes, n'est pas le seul châtiment en usage dans les collèges. Quand, le samedi, un élève désigné a remis au principal la liste des écoliers qui ne sont pas venus à la prière ou qui ont parlé français entre eux (1), une punition sévère est infligée aux délinquants. Quelle punition ?« Vœnatibus! », s'écriait Erasme (2), dans un latin qui brave l'honnêteté, et que je suis obligé de traduire par cet équivalent : « Gare les verges ! » Buchanan et Montaigne nous font entendre les pleurs et les grincements de dents qui s'échappent des collèges du xvi" siècle. Les statuts de 1598 recommandent bien un peu plus de modération dans la correction ; mais l'usage des châtiments reste général durant tout le xvii^ siècle (3), et c'était des

(1) « Je ne me pouvais désaccoutumer de lâcher quelques mots de ma langue maternelle; de sorte qu'on me donnait toujours eu que l'on appelle le signe, qui me faisait encourir une punition. - (Sorel, Francion, livre III.)

(2) Colloquia.

(3) Sorel, loc. cil. : « J'avais un régent à l'aspect terrible, qui se promenait toujours avec un fouet à la main, dont il se savait aussi bien escrimer qu'homme de sa sorte. » L'élève s'habituait

LA VIE DE COLLÈGE SOUS l'aNCIEN RÉGIME 61

verges mieux encore que delà grammaire qu'on pouvait dire qu'elles « régentaient jusqu'aux rois ». Louis XIII conserva toujours un vif ressentiment des verges que lui avait fréquemment administrées sa mère, la régente MariedeMédicis(l). Le précepteur de son frère, Claude du Pont, gentilhomme de Normandie, « homme de lettres fort poli, et qui savait parfaitement l'art d'élever la jeunesse », nous dit une de ses victimes, le poète Tristan L'Hermite (2), trouvait que la verge était une très efficace « exhortation au bien » ; et quand il ne s'acquittait pas lui-même de ce soin, il faisait « exhorter» et « discipliner » ses élèves rétifs par des Cordeliers, ses voisins (3). En 1671, en présence de Bossuet, M. de Montausier, gouverneur du dauphin, « le rouait littélement de coups à la moindre faute » (4). En 1728 encore, le doux Rollin reconnaît avec tristesse que la verge et le fouet sont « la ressource presque unique que connaissent ou emploient ceux qui sont chargés de l'éducation de la jeunesse ». Il n'ose pas « condamner en général le châtiment des verges », car l'Écriture le recommande, si toutefois il faut « prendre le mot de ve7'ge à lalettre » ; mais il en montre « les inconvénients et les dangers », et il en restreint tellement l'application qu'il est aisé de voir qu'on a dû faire de grandes économies sur l'article des verges dans les dépenses du collège de Beauvais pendant qu'il en était principal . Les mœurs ont déjà fait de tels progrès qu'il interdit

d'ailleurs aux coups : o Je ne craignais non plus le fouet que si ma peau eût été de fer. »

(1) Journal de VEstoile.

(2; Le Page disgracié, t. I, chap iv.

(3 Ibid., chap. viii.

(4) Mém. de Dubois de Lestourmière, cités par Sainte-Beuve, Port-Royal, liv. IV, chap. i,

absolument les soufflets et les coups, et il déclare qu'il a honte de rapporter certains termes injurieux dont quelques précepteurs se servent encore à l'égard des écoliers, comme « cruche, bête, âne, cheval de carrosse, etc.».

Qu'enseignaient ces redoutables régents, toujours armés de la férule ? Et comment l'enseignaient-ils ?

Vers neuf ans, au sortir des petites écoles, l'enfant, après avoir été interrogé par le principal, était admis au collège. Si son inconduite, ou sa paresse, constatée par des examens annuels ou trimestriels, n'oblige pas le principal de le rendre à ses parents, il y va passer huit années, dont six seront employées à l'étude de la grammaire et des humanités, les deux dernières à celle de la philosophie.

Tout l'enseignement de chaque classe est confié à un seul régent. Voilà un régent fort occupé ! A. la vérité, les programmes étaient loin, surtout au xviie siècle, d'être aussi complets et aussi variés que les nôtres : du latin, du grec, à propos de l'explication des auteurs sacrés ou profanes quelques notions de « religion », de géographie et d'histoire ; et c'est tout. Le régenl donne une heure par jour à l'étude de la grammaire, de la quantité, ou des figures de rhétorique, et occupe les heures de classe qui lui restent, à faire réciter les longues leçons, à lire lui-même les auteurs, sans trop s'arrêter aux commentaires, du moins au xvii" siècle, « pour ne perdre la grâce et le sel et

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