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LA VIE DE COLLÈGE SOUS L 'ANCIEN REGIME

seignement du latin. Le grec y languissait ; un nouveau venu d'ailleurs ; car c'est depuis lo98 seulement qu'il est admis sur les programmes de l'Université. Elle l'enseigna d'abord dans le même esprit que le latin, c'est-à-dire comme une langue vivante, qu'il fallait apprendre à parler. Réduites, ou peu s'en fallait, à la composition de thèmes, les études grecques devinrent l'objet d'une aversion presque générale, et baissèrent rapidement. Rollin les ranima, pour quelques années, par l'adoption de la méthode qui venait de donner les plus brillants résultats dans ces petites écoles de Port-Royal où Racine avait été élevé : « appliquer surtout les jeunes gens à la traduction », et les faire traduire plus souvent « de grec en français » que de grec en latin. Mais certains parents, partisans des modernes, qui consentaient encore à faire apprendre le latin à leurs fils, parce que « le latin est gentilhomme », restaient insensibles à l'affirmation des esprits éclairés que « la langue grecque ne peut être négligée sans que le bon goût et la véritable littérature en souffrent (1) » ; désirant déjà pour leurs enfants une éducation aussi pratique que possible, ils obtinrent qu'il fût « libre à chaque écolier de suivre les leçons de grec (2) », et en 17681e président Rolland s'afflige de voir qu'une « petite partie de la classe » seulement y assiste.

Mais ces mêmes parents avaient pleinement raison celte fois, quand ils réclamaient pour la langue française droit de cité dans les classes. Dans FUniversilé, le judicieux Rollin fut encore un des premiers à élever

(1) Rolland, p. 125.

(2) Ihid., p. 126.

la voix en faveur du français. En 1726, au début de son Traité des Etudes^ il déclarait quil était, nécessaire «. d'employer tous les jours, pendant le cours des «lasses,... une demi-heure... à l'étude de notre langue.» Il demandait d'abord qu'on donnât un soin particulier à l'étude de Torthographe, assez ordinairement ignorée de son temps. Il exprimait ensuite le désir que l'on mît «ntre les mains des écoliers, avec l'excellente grammaire française de l'abbé Régnier, des ouvrages français, vraiment dignes d'être classiques, où ils apprendraient « tout ce qui fait l'honnête homme, et plus encore ce qui faille vrai chrétien » ; et il citait quelques livres de Fléchier, de Bossuet, de Pellisson, de Fontenelle, iS'i/Aer, /It/ia/ie, différentes pièces de vers de Boileau et sa traduction de Longin, les Essais de Morale de Nicole, les Pensée* de Pascal, la Logique de Port- Royal. Il recommandait enfin que l'on fît faire aux jeunes gens diverses compositions françaises.

Si, en 1728, les idées de Rollin ne sont pas toutes encore adoptées, du moins on reconnaît déjà généralement que l'on doit faire parler françaisdans lesexercices, et même Rollin vient d'avoir la satisfaction de voir au collège de Beauvaig, son ancien collège, un auteur français, Fléchiei, commenté pour la première fois dans un exercice, comme un ancien.

En 1705, presque tous les ouvrages français que Rollin voulait introduira dans les classes figurent sur les programmes de l'Université, et, avec eux, les Fables de La Fontaine, les Révolutions Romaines et la Révolution de Portugal de l'abbé Ver lot, la Conjuration de Venise par l'abbé de Saint-Réal, la Grandeur des Romains de Montesquieu, les œuvres de d'Aguesseau, Mascaron, Fénelon, Bourdaloue, Massillon, les Cantiques sacrés de

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Racine, la Religion de son fils Louis, les Odes et les Psaumes de J.-B. Rousseau, elle second volume du Traité des Etudes de RoUin lui-même. Voilà donc le français définitivement admis dans les classes ; mais il y est encore traité un peu en roturier, et le président Rolland a le droit de se plaindre qu'il ne marche point d'un pas égal avec le latin.

D'accord avec un grand nombre d'universitaires, cet homme d'un esprit large et libéral demandait encore dans l'enseignement bien des réformes utiles: l'étude détaillée de l'histoire de France, l'établissement dans les grands collèges d'un professeur particulier pour l'histoire, et la création d'une chaire de mathématiques, comme il en existait une depuis quatre-vingts ans au collège Mazarin (1), et d'une chaire de physique expérimentale, comme celle qui venait d'être fondée au collège de Navarre. Regrettant que, dans les bornes et l'uniformité du plan d'études de l'Université, beaucoup d'enfants, qui n'ont ni goût pour les langues anciennes, ni besoin de les cultiver, perdent au collège leur temps, peut-être même leur avenir, et posant en principe que chacun doit être à portée de recevoir l'éducation qui lui est propre, ilrêve, etn'estpas seulà rêver, de vastes collèges, où, à côté des lettres, de l'histoire, de la religion et des mathématiques, la tactique, la navigation, les langues étrangères, le dessin, etc., auraient leur enseignement distinct et séparé, de façon qu'il fût a possible aux parents et aux maîtres de proportionner aux talents et aux besoins des jeunes gens l'éducation qu'ils doivent recevoir..., et que nul talent ne fût perdu pour la société. » Enfin, approuvant ceux qui se plai-

(1) Lettres patentes du mois de mars 1688.

gnent que « Téducation des demoiselles est trop négligée », car les femmes « influent plus qu'on ne croit, sur les mœurs d'une nation», il entrevoit avec eux quelque chose qui, de loin, ressemble à un lycée de jeunes filles.

Notre société démocratique a dépassé les désirs et réalisé les rêves du président Rolland. Les lycées de jeunes filles sont ouverts ; de grandes écoles industrielles et l'enseignement moderne, qui vit fraternellement aux côtés de l'enseignement classique, recueillent les enfants qui, n'ont pas besoin du lalin et pour qui le grec n'a point de douceur. Dans l'enseignement classique lui-même, le français apris une juste prééminence : une composition française est demandée au baccalauréat ; c'est à une composition française qu'au concours général est enfin attaché le prix d'honneur de rhétorique ; le professeur de philosophie enseigne en français. L'Université de 1900 ressemble donc bien peu à celle de 1598.

Elle s'y rattache cependant. Peut-être pourra-t-on desserrer encore le lien qui les unit; mais faut-il, comme d'aucuns demandent, le rompre entièrement? Gardons-nous de croire que tout fût mauvais dans cet ancien enseignement, qui a produit tant de grands hommes, gloire éternelle et enviée de notre patrie. S'il fallait que le latin et le grec ne fussent pi us que les auxiliaires du français, ils en restent, dans l'enseignement classique, les auxiliaires indispensables. Ne condamnons donc pas en bloc tout le passé, simplement parce qu'il est le passé. Ne détruisons pas ; réformons et [perfectionnons. « Perfectionner un ouvrage, c'est lui supposer des parties à conserver », disait encore le sage président Rolland ; et il ajoutait ces excellentes

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