‹ Devant le rideau, conférencesChapitre 17 sur 42 · SYLVIE · texte numérisé non relu

SYLVIE

Que ces bois d'alentour ont de routes diverses !

LTGDAMON.

Autant que mon amour éprouve de traverses.

Et le dialogue continue ainsi durant cinquante vers !

Mais nulle part ce contraste piquant entre la brutalité du sentiment et le rafTinement du langage, qui est la très curieuse caractéristique de l'époque, n'apparaît plus à plein que dans une scène du Trompeur puni du même Scudéry. Le grand Corneille a vanté a l'éclat infini » de cette Iragi-comédie, tirée des « beaux romans d'Asti'ée et de Polexandre » ; et, de fait, elle rachète aujourd'hui encore en partie l'énormité de ses défauts par la vivacité de la couleur et par une sorte de souffle lyrique. Arsidor entraîne Nérée à l'ombre d'un bois d'ormeaux :

Viens, ma belle déesse, et vois dans la fontaine Ces arbres d'alentour tracer leur ombre vaine ; SoulTre qu'en ce ruisseau, par un soin diligent, Je fasse parmi l'or distiller de l'argent ; Que, lavant tes cheveux, cette onde ait l'avantage De prendre la couleur du beau sable du Tage ; Lors, faisant un miracle au bord de ce ruisseau, On verra le Soleil au signe du Verse-eau,

Viens compter le sablon de cette eau transparente ;

C'est le nombre des maux dont tu fais l'ignorante.

Viens voir dans ce cristal, où je sens.m'embraser,

Gomme quoi, sans couleurs, on peut peindre un baiser.

Viens-t'en fouler ces fleurs, qui penchent à la vue

De celles dont le ciel libéral t'a pourvue.

Viens tromperie Zéphyre, amoureux de Philis,

En lui montrant ce teint de roses et de lis ;

11 te prendra pour elle... Ah ! je suis misérable,

Car tes perfections n'ont rien de comparable :

Que l'on cherche l'objet le plus rempli d'attraits.

Que l'on fasse un portrait de tous les beaux portraits,

Les grâces de Vénus, celles de la nature,

Le plus vif coloris qui soit en la peinture,

L'albâtre, le corail, le visage d'Amour,

Les étoiles, la lune, et la clarté du jour.

Les perles, les rubis, toutes les fleurs ensemble,

N'ont rien qui soit si beau, ni rien qui te ressemble...

NÉRÉB.

Garde qu'une louange excessivement prise,

Me donnant trop d'orgueil, fasse qu'on te méprise.

Pour redouter ce mal, ton œil est trop bénin, Et l'abeille des fleurs ne fait point de venin... Mais, au nom de ce dieu que jai dans la pensée, Pour soulager un peu mon ardeur insensée. Allons dans cette grotte, où, comblé de plaisir, Je promets de régler mes feux sur ton désir ; Parmi l'obscurité qui règne dans cet antre, Où jamais, par respect, l'éclat du soleil n'entre. Si la honte est mêlée- avecque tes appas, Ta rougeur dans ce noir ne s'apercevra pas. Ne crains point d'y parler de notre amour secrète : Pour le redire après, la roche est trop discrète ; En faveur du plaisir qui ravira nos sens, Elle deviendra sourde à nos derniers accents. Au reste, ne crois pas que nul pénètre en elle : Nous mettrons sur la porte Amour en sentinelle, Qui, sans nous voir lui-même, étant privé des yeux, Défendra par ses traits d approcher de ces lieux.

LA DÉCLARATION d'aMOUR DANS LA LITTÉRATURE FRANÇAISE 81

Vous pouvez en être assurées, Mesdames : en dépit du souvenir de VEnéide, ce joli couplet de la grotte a grandement effarouché la pruderie des précieuses, qui se posaient en jansénistes de l'amour, et qui, avec le langage, prétendaient épurer les mœurs. Toutes elles avaient pris pour modèle dans VAstrée Sylvie, la nymphe insensible, qu'aucun soupirant, aucun «mourant» ne peut attendrir ; et, voulant donner un grand exemple, Julie d'Angennes fit attendre sa main à l'amoureux Montausier dix ans entiers, stage inouï même chez les flegmatiques habitants des pays septentrionaux. Pour écarter toute familiarité, l'hôtel de Rambouillet va en outre réformer le costume féminin. Arsidor conduisait Nérée le bras passé sous son épaule, à la mode du vieux temps. Les précieuses élargiront leurs jupes à tel point qu'il faudra renoncer à cette aimable coutume, et on les verra désormais s'avancer la main vertueusement étendue sur le poing fermé de leur cavalier.

Adresser une déclaration à des personnes si imposantes par la rigidité de leur vertu et par l'ampleur de leur costume n'était pas chose aisée, et cet aveu — rappelez-vous ce que dit la Madelon de Molière — était invariablement suivi d'un prompt courroux, qui bannissait pour un temps l'amant audacieux. Voilà pourquoi, sous le règne de Louis XIV, à cause de la règle des vingt-quatre heures, qui voulait que l'action fût prise tout près de son dénouement, nous trouvons dans les , comédies si peu de déclarations d'amour. Aucune ressemblance d'ailleurs entre ces rares déclarations et celle du Trompeur pum que vous venez d'entendre : plus d'images ; aucune effusion lyrique ; à la place, d'ingénieuses dissertations et des raisonnements subtils. C'est que la société oisive, réunie au Louvre ou

dans Versailles, secomplaît maintenant à la galanterie, à ce que j'appellerai l'amour des salons, où ce n'est pas le cœur qui parle au cœur, mais l'esprit qui parle à l'esprit ; on aime à se faire valoir par des analyses psychologiques délicates et patientes, dont on résume ensuite les résultats sous forme de maximes concises et pleines. Vous avez pu entendre ici même une héroïne de Quinault soupirer délicieusement ce vers :

Tout parle dans l'amour, jusqu'au silence même ;

M™* Deshoulières disait, avecplus de profondeur et non moins de finesse :

Tant que l'on hait beaucoup, on aime encore un peu.

Mais vous chercheriez en vain dans ces dissertations et dans ces maximes un cri de passion, et tous ces amants raisonneurs sont condamnés en bloc par un vers de leur poète favori, le très spirituel Quinault :

Qui sait comme on raisonne ignore comme on aime.

Le modèle de ces amants adroitement galants et tendrement respectueux me paraît être le prince Agénor dans VAstrate, du même Quinault ; c'est un véritable petit-maître revêtu par le poète tragique d'un costume vaguement tyrien. La reine, à laquelle il avait été fiancé par le feu roi, son père, vient de reculer la date de leur union, et le couplet habilement discret, dans lequel le prince exprime ses regrets, mais comprime ses reproches, me semble être le chef-d'œuvre de cette poésie spirituelle et musicale, mais abstraite et monotone :

Je n'entends que trop bien tout ce que me veut dire Le délai rigoureux du bonheur où j'aspire !

LA DÉCLARATION d'aMOUR DANS LA LITTÉRATURE FRANÇAISE 83

Je vois ce qui vous rend mon hymen sans appas :

L'iiymen déplaît toujours, quand l'époux ne plaît pas.

Mais, à quoi que m'expose un si cruel supplice,

Faut-il pas se connaître, et se faire justice ?

Dois-je m'en prendre à vous ? Puis-je vous en blâmer ?

Si je n'ai pu vous plaire, avez-vous dû m'aimer ?

Et s'il manque à mes feux le secours d'un mérite

Dont la force en secret pour moi vous sollicite,

Si je n'ai pas su l'art de toucher votre cœur,

Si vous n'y sentez rien qui parle en ma faveur,

Rien qui cherche à répondre à mon amour extrême,

La' faute en peut-elle être ailleurs que dans moi-même ?

Bien que l'ordre d'un prince ait flatté mon espoir,

Je n'aime pas si mal que de m'en prévaloir ;

J'en veux à votre cœur plutôt qu'à votre empire ;

Et, quoi qu'en ma faveur votre père ait pu dire,

Quoi qu'il vous ait prescrit au point de son trépas,

Le don du cœur est libre, et ne se presciit pas.

Pour peu que de son choix la loi vous semble dure,

Vous pouvez au délai joindre encor la rupture ;

Eussé-je mille droits pour être votre époux,

Mon amour y renonce, et vous rend toute à vous.

Je vous met- en pouvoir de vous choisir un maître.

Qui napoint vos désirs n'est pas digne de l'être.

Votre cœur seul doit faire un choix si glorieu^f.

Et le vrai droit au trône est de plaire à vos yeux....

Madame, disposez du sceptre et de vous-même.

Seulement, s'il se peut, songez que je vous aime,

Et mériterais mieux que d'éternels tourments,

Si l'amour tenait lieu de mérite aux amants.

Je ne vous dis plus rien, Madame, et vais attendre

L'arrêt que sur mon sort il vous plaira de rendre.

Pour laisser votre choix en pleine liberté.

Je ne vous verrai plus qu'il ne soit arrêté,

Et veux vous épargner jusqu'à la violence

Que peut même en secret vous faire ma présence.

Jusqu'à la mort de Louis XIV, l'amour, pour les raisons que nous avons dites, restera dans la comédie un accessoire sans importance ou le fil ténu d'une inlrij^ue toujours semblable. Marivaux, plus tard, le va bien peindre pour lui-même dans ses petites comédies délicates et charmantes, qui sont aux grandes tragédies

amoureuses de Racine ce qu'étaient aux chefs-d'œuvre de Praxitèle les délicieuses figurines de Tanagra ; mais ce qu'a voulu surtout noter Marivaux, c'est l'aube de l'amour, c'est l'éveil du sentiment dans une âme surprise ; le jour où Silvia voit clair dans son cœur, le jour où la comtesse arrache enfin au marquis le mot que la timidité a retenu si longtemps sur ses lèvres, la pièce > est finie ; de sorte que, dans le théâtre de Marivaux, tout entier fondé sur l'amour, il n'y a peut-être pas une véritable déclaration d'amour.

Il faut donc aller jusqu'au milieu du xviii* siècle pour voir se transformer la déclaration d'amour. En effet, c'est par une déclaration que s'ouvre la Nouvelle Héloise de J.-J. Rousseau, et celle-là est d'un style 1res personnel et tout nouveau. Sans doute, comme le vieil Honoré d'Urfé, qu'il admirait tant, Rousseau a voulu faire de l'amour une vertu, et c'est avec la plume d'un moraliste que le concubin de Thérèse Levasseur a écrit son roman. Seulement cette vertu, que Rousseau adore, et dont le nom revient presque à chaque phrase sur les lèvres de ses héros, il ne l'appuie pas, comme Honoré d'Urfé, sur la base inflexible du devoir, mais sur une chose changeante et trompeuse entre toutes, le sentiment ; à ses yeux la passion est presque sainte par le seul fait qu'elle est dans la nature, qu'il divinise. Résultat : tout en adorant la vertu, le précepteur de Julie, Saint-Preux, dont le cœur est ardent et faible la chair, captive et prend par l'esprit et parles sens sa jeune élève, qui tombe dans ses bras, tout en adorant la vertu; et la mère de Julie meurt du chagrin devoir déshonorée une fille pourtant si vertueuse.

D'où vient l'irrésistible séduction qu'a exercé«e sur tant d'âmes cette œuvre trouble et troublante ? De ce

I,A DÉCLARATION d'aMOUR DANS LA LITTÉRATURE FRANÇAISE 85

fait qu'elles y trouvaient non plus une fiction et un jeu d'esprit, mais la réalité même de la vie intime, non plus un écrivain, mais un homme. Le moi puissant de Rousseau remplissait la Nouvelle Héloïse ; partout on entendait battre son cœur ; la sincérité constante du sentiment enflammait le roman tout entier, et les prosopopées et les apostrophes se fondaient et coulaient en une lave brûlante dans des pages d'une éloquence lyrique oubliée en France depuis Bossuet : « Puissances du ciel ! j'avais une âme pour la douleur, donnez-m'en une pour la félicité. Amour, vie de l'âme, viens soutenir la mienne prête à défaillir. Charme inexprimable de la vertu, force invincible de la voix de ce qu'on aime, bonheur, plaisirs, transports, que vos traits sont poignants ! Qui peut en soutenir l'atteinte? Oh ! comment suffire au torrent de délices qui vient inonder mon cœur? Comment expier les alarmes d'une craintive amante ? Julie... Non ; ma Julie à genoux ! ma Julie verser des pleurs !... celle à qui l'univers devrait des hommages, supplier un homme qui l'adore de ne pas l'outrager, de ne pas se déshonorer lui-même ! Si je pouvais m'indigner contre toi, je le ferais, pour tes frayeurs qui nous avilissent. Juge mieux, beauté pure et céleste, de la nature de ton empire. Eh 1 si j'adore les charmes de ta personne, n'est-ce pas surtout pour l'empreinte de cette âme sans tache qui l'anime, et dont tous tes traits portent la divine enseigne ? Tu crains de céder à mes poursuites ? Mais quelles poursuites peut redouter celle qui couvre de respect et d'honnêteté tous les sentiments qu'elle inspire ? Est-il un homme assez vil sur la terre pour oser être téméraire avec toi? Permets, permets que je savoure le bonheur inattendu d'être aimé... aimé de celle...

Trône du monde, combien je te vois au-dessous de moi ! )i

II est peu d'écrivains qui aient eu plus de disciples que Rousseau, et il en a encore. Mais ce que cherchèrent surtout à reproduire ses successeurs immédiats, ce furent son amour de la nature et sa sensibilité. Ils n'en firent qu'une inconsciente parodie. Rien de plus fade que les pastorales de Berquin, où une senlimentalilé larmoyante s'attendrit sur des moutons trop blancs gardés par des bergers troproses sous un ciel trop bleu. Jamais celte sensibilité de commande ne s'est plus étalée que pendant la Terreur : de la terre sanglante germa et s'épanouit une véritable floraison d'idylles, et c'est un des massacreurs de septembre, Fabre d'Églantine, qui a griffonné sur le revers d'un arrêt de mort l'amoureuse et sensible romance :

Il pleut, il pleut, bergère :

Rentre tes blancs moutons.

Une autre affectation — de celle-là Rousseau n'est qu'à demi responsable — caractérise encore cette époque : nourrie des lettres anciennes, elle prodigue les allusions historiques et les souvenirs mythologiques : c'est le temps où un père distingué doit appeler sa fille Volumnie et son fils Ânacharsis ; où un mari galant — et ils le sont tous alors — adresse à sa femme ce madrigal flatteur : « Tu réunis à toi seule les beautés qui suffisaient aux trois Grâces. »

Les signes distinctifs de l'époque : goût de la nature, sensibilité mélancolique, abus de la mythologie, nous les allons retrouver dans les meilleures déclarations d'amour qui aient été rimées alors, dans les odes adressées par André Ghénier à celle qui fut l'objet res-

LA DÉCLARATION' D'aMOUR DANS LA LITTÉRATURE FRANÇAISE 87

pecté de son culte, à la jeune et pure M^^e Laurent Lecoulteux :

Fanny, l'heureux mortel qui près de toi respire, Sait, à te voir parler, et rougir, et sourire. De quels hôtes divins le ciel est habité. La grâce, la candeur, la naïve innocence

Ont, depuis ton enfance.

De tout ce qui peut plaire enrichi ta beauté.

Sur tes traits, où ton âme imprime sa noblesse, Elles ont su mêler aux roses de jeunesse Ces roses de pudeur, charmes plus séduisants. Et remplir tes regards, tes lèvres, ton langage,

De ce miel, dont le sage Cherche lui-même en vain à défendre ses sens....

Le ciel t'a vue en ces prairies Oublier tes loisirs, tes lentes rêveries, Et tes dons et tes soins chercher les malheureux, Tes délicates mains à leurs lèvres amères

Présenter des sucs salutaires, Ou presser d'un lin pur leurs membres douloureux.

Souffrances que je leur envie !

Qu'ils eurent de bonheur de trembler pour leur vie. Puisqu'ils virent sur eux tes regrets caressants'. Et leur toit rayonner de ta douce présence,

Et la bonté, la complaisance, Attendrir tes discours, plus chers que tes présents !..,

Ah ! si des douleurs étrangères D'une larme si noble humectent tes paupières Et te font des destins accuser la rigueur, Ceux qui souffrent pour toi, tu les plaindras peut-être

Et les douleurs que tu fais naître Ont-elles moins le droit d'intéresser ton cœur ?

Troie, antique honneur de l'Asie, Vit le prince expirant des guerriers de Mysie D'un vainqueur généreux éprouver les bienfaits. D'Achille désarmé la main amie et sûre

Toucha sa mortelle blessure, Et soulagea les maux qu'elle-même avait faits.

88 DEVANT LE RTDEAU

A tous les instants rappelée, Ta vue apaise ainsi l'âme qu'elle a troublée. Fanny, pour moi ta vue est la clarté des cieux ; Vivre est te regarder, et t'aimer, te le dire ;

Et quand tu daignes me sourire, Le lit de Vénus même est sans prix à mes yeux.

La tourmente révolutionnaire, en passant sur la France, a renversé la vieille société, avec ses lois, ses usages et ses mœurs. Sur ces ruines s'est élevée une société nouvelle et très différente. Le divorce, en détruisant l'indissolubilité du mariage, en a rendu le lien moins respecté. Jusqu'alors la comédie d'intrigue n'avait guère montré que l'adultère du mari, fantaisie éphémère d'un seigneur pour sa vassale ; et si, dans la farce, l'adultère de la femme avait été introduit, c'était à la cantonade, et pour que le public se pût gausser des Sganarelle et des George Dandin,

Race de Ménélas, qui ne finit jamais !

A la suite du divorce l'adultère de la femme pénétra dans la grande comédie de mœurs, où bientôt il allait s'installer en maître. On vit monter sur le théâtre ces séducteurs de profession, toujours prêts à profiter des avantages que leur donne l'âge ou le caractère du mari, et passés maîtres dans l'art de faire leur déclaration, toujours la même. Dès 1802, dans V Homme qui veut faire son chemin, Picard avait indiqué les dangers que peut faire courir à la vertu d'une femme l'ambition, connue, de son mari. En 1823, Casimir Delavigne a repris et développé hardiment cette scène dans son École des vieillards, où le neveu d'un ministre, ayant usé du crédit de son oncle pour obtenir à Banville une place, vient demander à M"' Danville des remerciements et son... amitié, d'abord :

LA DÉCLARATION d'aMOUR DANS LA LITTÉRATURE FRANÇAISE 89

Puissé-je l'obtenir, cette amitié de sœur !

Moi, votre ami, Madame ! Ah ! fier dun tel partage,

Que je devrais alors m'estimer davantage !

Votre ami ! quelle gloire, et quel charme à la fois,

D'en mériter le titre et d'en avoir les droits !

Respectable union, attachement sincèr»,

Lien durable et pur. que l'estime resserre !

Ah ! loin d'un monde vain où je vis sans plaisir,

Où je flotte incertain de désir en désir.

Que n'aurais-je à gagner dans ce commerce aimable ?

Ardent, léger, frivole, et quelquefois... coupable.

Je trouverais en vous un guide, un confident

Sage, mais sans rigueur, facile, mais prudent ;

Et vous n'auriez en moi qu'un disciple fidèle,

Enchaîné pour la vie aux pieds de son modèle.

Hélas ! il fut un temps où le duc se flattait de pouvoir inspirer à une femme un sentiment plus tendre que l'amitié:

Ah ! qu'un premier amour a sur nous de puissance !

J'aimai... C'était la grâce unie à l'innocence :

Naïve comme vous, elle charmait sans art.

Votre voix est la sienne ; elle avait ce regard ;

Et sa beauté, la vôtre à mes yeux la rappelle ;

Mais non, plus jeune alors, elle était bien moins belle.

Si sa grâce eût brillé de cet éclat vainqueur,

Aurai s-je pu cacher le trouble de mon cœur ?

Mes traits, mes yeux, ma voix, tout, jusqu'à mon silenee.

Eût de ma passion trahi la violence ;

Mais jeune, mais tremblant, la fuyant à regret.

Peut-être moins épris, j'ai gardé mon secret ;

Et depuis...

Quel motif peut vous forcer encore A renfermer l'aveu d'un amour qui l'honore ?

LE DUC

La peur de l'offenser m'a toujours retenu,

HOBTENSE.

Comment ?

LE DUC

Tout mon malheur ne vous est pas connu.

HORTEXSE.

Quel nom pour une épouse est plus beau que le vôtre ?

LE DUC

La femme qui m'est chère est l'épouse d'un autrfe.

Page 1