‹ Devant le rideau, conférencesChapitre 2 sur 42 · N. M. BERNARDIN · texte numérisé non relu

N. M. BERNARDIN

LE DEMI-MONDE DANS L'ANTIQUE ATHÈNES (i)

Mesdames,

Si j'ai choisi comme sujet de cette conférence le demimonde dans l'antique Athènes, ce n'est point du tout pour le stérile plaisir de vous montrer quelques figures gracieuses ou de vous raconter quelques scènes piquantes. Mais les historiens de la littérature grecque me paraissent ^n général avoir trop négligé l'étude de ces hétaïres ou demi-mondaines qui ont tenu dans la société hellénique une place si particulière et si importante; car cette étude est, je crois, de nature à jeter un peu plus de jour sur la littérature dans laquelle s'est peinte et se survit cette société élégante. Les hétaïres sont, en effet, des courtisanes d'une espèce

(1) Conférence faite à la Bodinière.

DEVAIT LE RIDEAU. i

si peu fréquente que, pour trouver les pareilles, il faudrait aller chercher jusque dans Textrême Orient la civilisation raffinée de la Chine. Comment cette courtisane artiste ou femme de lettres qu'était l'hétaire devait rencontrer naturellement sur la terre de TAttique le milieu qui lui convenait, et d'autre part quelle influence les hétaïres ont exercée à leur tour sur les lettres grecques, voilà d'abord et surtout ce que je veux examiner avec vous, parce que ces deux points sont d'un intérêt général pour l'histoire des mœurs et pour celle des lettres. Je ne m'interdirai point ensuite de vous mener, en compagnie de Théocrite et de Lucien, faire une visite à quelques aimables émules d'Aspasie et de Phryné.

Vous vous faites des femmes grecques en général, par celles que vous connaissez en particulier, Clytemnestre, Pénélope, et même la belle Hélène, une idée qui est très fausse. C'est la femme des temps préhistoriques, des temps héroïques, dont le vieil Homère nous a tracé le portrait, et celle-là est placée par lui très haut dans l'estime des hommes. Ses deux immortels poèmes ne sont au fond que la glorification de la monogamie grecque opposée à la polygamie orientale. C'est parce que les mœurs de l'Asie sont un outrage à sa divinité que la grande déesse des Argiens, Junon, protectrice des unions chastes, poursuit les Troyens durant toute VIliade d'un ressentiment implacable. Et quel est le but de VOdyssée, sinon de montrer la véritable félicité dans l'union de deux époux bien assortis? C'est Ulysse lui-même qu'Homère a chargé de donner la morale de son poème : « Il n'est pas de bonheur plus grand sur la terre que celui de deux époux qui gouvernent leur maison dans des sentiments de

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