LE DEMI-MONDE DANS L ANTIQUE ATHENES
concorde et de paix. Ils sont le désespoir de leurs envieux, la joie de leurs amis ; mais eux seuls connaissent toute leur félicité ». Par son intelligence, comme par sa pudeur etpar sa vertu, lafemmedes temps héroïques est donc la digne compagne de l'homme ; elle est véritablement sa «moitié », comme l'appelaient encore nos pères, d'un mot admirable, qui a malheureusement vieilli — n'en recherchons pas la cause — comme tant d'autres mots qui exprimaient des idées de déférence et de respect. Junon est l'égale de Jupiter, et c'est à Clytemnestre qu'Agamemnon, en son absence, confie le soin de son royaume. Associées aux plaisirs comme aux soucis de leurs époux, les femmes prennent part à tous les banquets ; mais leur seule présence y fait régner la décence et la modération. Dans la salle, où flambe et s'agite l'orgie ardente et turbulente des prétendants, voici qu'a paru Pénélope, la veuve sans parents et sans défense, et soudain les chants grossiers se taisent, les fronts hardis s'inclinent devant la seule vertu d'une femme. Et dans l'ile des Phéaciens, où le poète a placé la cité idéale, quel nom a-t-il voulu donner à la vénérable épouse du roi Alcinous, à cette femme très sage et très bonne, dont son mari demande les avis et suit les conseils? Arété, c'est-à-dire la Vertu; car c'est sous les traits d'une femme que la Grèce héroïque avait voulu diviniser la vertu.
Mais nous voici au siècle de Périclès et dans la démocratie athénienne; autre temps, autres mœurs. Sans doute l'honnête Ischomaque dit encore à sa femme dans VÉconomique de Xénophon : « Ce n'est point la beauté qui donne droit à l'estime et au respect; ce sont les vertus ». Mais c'est pour la consoler de vieillir
qu'il lui tient ce langage, et depuis les temps homériques la femme grecque est bien déchue de son rang.
C'est que, au v« siècle avant l'ère chrétienne, l'Athènes républicaine est devenue une ville cosmopolite, qui contient trois fois plus d'étrangers que d'autochtones ou d'indigènes. A l'Orient, qu'elle a vaincu par les armes et par qui elle est maintenant pacifiquement envahie, elle a bientôt emprunté ses mœurs, j'entends ses vices, lesquels s'empruntent toujours beaucoup plus aisément que les vertus; et du coup se sont trouvés profondément modifiés les rapports entre les époux.
Comme la femme orientale, béte de luxe ou poupée de prix, demeure enfermée dans le harem, attendant avec soumission le caprice du maître, la femme grecque, qui jadis était la moitié de son époux, n'est plus maintenant que sa première esclave dans la maison où elle vit en recluse. Que ferait-elle d'ailleurs sur l'agora, où se traitent chaque jour dans l'assemblée du peuple, souvent au milieu d'émeutes, les affaires de l'Etat? N'ayant pas le droit de vote, elle n'a aucune action dans une société qui repose tout entière sur le suffrage ; elle est donc considérée comme un être inférieur et traitée comme telle. Elle ne sort que rarement; pour les fêtes publiques. Ses plus proches parents seuls sont admis dans le mystère de son appartement. Que le mari surprenne une autre visite masculine, il est en droit de soumettre sa femme aux travaux des plus viles esclaves, de la vendre, ou de la tuer. Et quelles distractions a-t-elle au moins dans le gynécée? Aucune, que de prier la Vénus du mariage, une statuette symbolique, dont les pieds posés sur