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PROGRAMMES SCOLAIRES

SOUS L'ANCIEN RÉGIME (i)

Lors de la réformation de TUniversité de Paris, en 1598, les quarante-quatre collèges de cette Université ne présentaient nullement l'aspect que présentent nos grands lycées modernes. Ces collèges, tous beaucoup plus modestes, et dont dix seulement étaient alors

(1) Consulter RoUin, Traite des études ; le président Rolland, Recueil de plusieurs ouvrages (éd. de 1783) ; Quicherat, Histoire de Sainte-Barbe ; Sainte-Beuve, Histoire de Port-Royal ; M. Lantoine, Histoire de l'enseignement secondaire en France au XVII^ siècle ; Tristan THermite, Le Page disgracié ; Sorel, Francien ; Molière, la Comtesse d'Escarbagnas ; et surtout les statuts latins de la Faculté des Arts promulgués en 1598, et les Règlements rédigés au xviic siècle pour les Collèges de Beauvais, de la Marche, de Bourgogne et Saint-Michel ; ils sont conservés manuscrits dans les archives de la Sorbonne.

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de pleia exercice, n'avaient été pour la plupart, à Torigine, que des maisons de charité, où, grâce à des dotations, étaient logés et nourris, sous le nom de boursiers, un très petit nombre d'écoliers pauvres de la même province ou du même diocèse, qui s'instruisaient au dehors.

A la fin du xîv« siècle, des classes de latin furent instituées dans ces collèges, et, sur la simple autorisation de chaque régent, sa classe s'ouvrit à de nombreux externes, divisés en deux catégories : les martinets^ écoliers qui songeaient à passer l'examen de bachelier, et les ^'a/ocAes, auditeurs plus mûrs, quelquefois plus que mûrs, qui, pour tromper leur désœuvrement, venaient assista aux leçons, les pieds munis de galoches ferrées contre les boues grasses du quartier latin.

Je ne vois plus de galoches dans les collèges da xvii® siècle ; mais ces collèges reçoivent è. demeure, outre desélèves payant pension, qui viventavecles boursiers, de jeunes écoliers riches, appelés caméristes^ qui ont une chambre (caméra) à part, où ils prennent à part leurs repas, et font, sous la direction d'un pédagogue ou précepteur particulier, les devoirs qu'adonnés le régent. Le collège enfin loge les chapelains, les régents non mariés, et les nombreux serviteurs du collège, des chapelains, des régents, des caméristes et des pédagogues Tout ce monde est sous la surveillance du principal, et même sous sa clef, de 9 heures du soir à 5 heures du matin. Car le collège ne doit avoir qu'une seule porte, et le portier, à la vigilance duquel le xxi« des statuts latins de la Raculté des Arts a commis le soin d'empêcher les écoliers de sortir, doit chaque soir, après la fermeture de cette porte, en remettre la clef au principal.

De peur qu'il ne s'élève entre toutes ces personnes, de conditions si différentes, des querelles dangereuses, les pédagogues et les caméristes sont tenus de laisser leurs épées chez ledit portier, et le principal s'assure par une visite mensuelle qu'aucune arme n'est cachée dans les chambres. Toutes les précautions sont prises d'ailleurs pour que nul bruit intérieur ou venant du dehors ne trouble la tranquillité de ce sanctuaire deTétude. Défense expresse est faite de loger dans le collège, sous aucun prétexte, d'autres personnes que celles que nous venons d'énumérer; ces personnes elles-mêmes, « de quelque qualité ou condition qu'elles soient, nejoueront point au trictrac penlant l'étude ou pendant la nuit, ni à aucun jeu, ni d'aucun instrument qui 4)0urraient détourner par le son de Tapplication avec laquelle on doit étudier aux heures prescrites ift. Enfin, comme tous les collèges sont groupés sur la pente de la montagne Sainte-Geneviève, Tarticlexix des statuts de la Faculté des Arts a expulsé du pays latin et relégué au delà des ponts « tous musiciens, danseurs et histrions ».

Si, dans ce calme profond où ils travaillaient, les écoliers faisaient peu de progrès, la faute n'en était assurément point aux règlements des collèges, qui ne leur laissaient pas perdre une minute dans leurs journées bien remplies, trop remplies même.

Les jours de classe, hiver comme été, à 5 heures du matin au collège de Beauvais, où Boileau vient de faire ses humanités, à 5 h. 1/2 au collège de la Marche, où Malebranche est en philosophie, la cloche donne le signal du lever ; et, quand la tendre mère de Malebranche en conçoit quelque inquiétude pour la santé délicate de son dixième enfant : « Bah I lui ré-

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pond son mari, de notre temps on nous éveillait bien à 4 heures ! »

Comme il faut réagir contre Tignoble saleté, contre la crasse des collèges au xvi® siècle , l'article xiv de V Appendice k la. Ré formation de la Faculté des Arts enjoint aux maîtres de chambre de faire peigner et débarbouiller les élèves (1) ; mais, comme aucune pensée mondaine ne doit distraire de l'étude ces jeunes esprits, TUniversité n'admet de cheveux frisés que ceux qui frisent naturellement. Bientôt les écoliers descendent, revêtus de la longue robe, serrée à la taille par une courroie, qui les distingue des externes ; les humanistes portent des toques, les philosophes ont rinsigne honneur du bonnet carré. Je dois à la vérité de dire que déjà, dans certaines maisons, les camérisles ont introduit illicitement et généralisé des toilettes beaucoup moins universitaires ; car, en 1666^ le règlement du collège de Beauvais est obligé de rappeler aux boursiers que le pieux fondateur du collège, Jean de Dormans, évèqiie de Beauvais, les a destinés àTétat ecclésiastique, et de leur interdire a les habits de couleur apparente, les rubans rouges ou autres de couleur sur leurs habits ni sur leurs chapeaux, les pourpoints ouverts, les manches de chemises bouffantes et les grands collets ». Après la prière commune, à la chapelle, chacun remonte dans sa chambre, et y travaille jusqu'à rheure de la messe, à laquelle on assiste tous les jours, avec « Heures ou autres livres de prières ».

Les exercices religieux tiennent une très grande place

(1) <c Qui me parlait de propreté se déclarait mon ennemi jd, avouera encore le Francion de Sorel ; et son pourpoint, qui n'a plus de boutons, est attaché avec des épingles sous sa robe toute délabrée, tandis que son caleçon retombe sur ses souliers.

dans la journée des écoliers; et cela, non seulement à Beauvais, où, vers 1660, les boursiers ont été séparés des pensionnaires et réunis dans une sorte de séminaire, non seulement à la Marche, qui relève de Tarchevêque (1), mais dans tous les collèges de rUniversité de Paris. C'est au lendemain même des guerres de religion que les nouveaux statuts de rUniversité ont été dressés, et elle n'admet dans ses collèges que des catholiques. Tant que dure l'ancien régime, les fonctions ecclésiastiques figurent les premières sur la liste des fonctions auxquelles prépare rUniversité. Il ne faut donc pas s'étonner si Taccomplissement de tous les devoirs religieux est prescrit avec tant de soin par les règlements de ces collèges, où nombre de régents ont d'ailleurs la tonsure.

Après la messe, déjeuner, et, à 8 heures, boursiers, pensionnaires, caméristes, externes, tout le monde se rend dans les classes. Le mobilier en est très sommaire. Sans doute, ce n'est plus la jonchée de paille ou d'herbe, dans laquelle on faisait vautrer les écoliers du xv® siècle sous couleur de leur enseigner l'humilité, et qui a tant surpris nombre de spectateurs, quand le rideau de rOdéon s'est levé sur le premier acte, si amusant et si pittoresque, des TruandsdeU. Richepin ; cette jonchée — j'ai failli écrire cette litière — est très avantageusement remplacée par des escabeaux beaucoup moins favorables au développement de la vermine ; mais si les écoliers ne sont pas aussi fréquemment troublés par un impérieux désir de se gratter, il faut reconnaître qu'ils ne sont pas plus commodément installés pour prendre des notes ; car l'absence de toute table dans

(1) Meindre, Histoire de Paris.

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