‹ Devant les tisonsChapitre 45 sur 49 · XLV. — HELENE · texte numérisé non relu

XLV. — HELENE

Ma fille!... ma fille 1...

E. DE Vadlabelle. •— Un enfant.

Après l'abandon de Maurice, Hélène avait voulu se tuer, et sans doute la timidité et la crainte de la douleur ne l'eussent point arrêtée dans ce projet, si un instinct plus fort que son désespoir ne Teût impérieusement attachée à la vie, et en pleurant elle donnait le sein à son enfant.

Quand elle fut décidée a vivre, quand son chagrin lui permit de réunir ses idées, elle vendit le peu qu'elle possédait encore, de ses domestiques ne garda qu'une servante, et se réfugia dans une petite maison bien isolée. Là, elle se livra à ses regrets et aux soins que réclamait une petite créature, peut-être la fille de Maurice, sans beaucoup songer à Tavenir, comme un sort misérable ne l'y avait que trop accoutumée, et d'ailleurs ayant de l'argent au moins pour trois ans, à la modique dépense qu'elle s'était imposée. Et aussi elle se disait : a Maurice reviendra ; ie l'aime trop pour qu'il m'oublie. » Et, dans les traits encore informes de son enfant, elle recherchait une ressemblance qui pût l'éclairer elle-même, ressemblanc/C que par moments elle croyait trouver, et qui lui faisait redoubler ses caresses pour sa fille. Souvent elle faisait prendre des renseignements sur Maurice, et toujours on disait : « Il n'est pas revenu ; on ne peut dire quand il reviendra.

— Oh ! disait-elle, il reviendra, il n'oubliera pas celle qui Taimait tant.

Et elle attendait le soir pour contempler à la lampe un mauvais portrait de Maurice, qui, le jour, n'offrait qu'une ressemblance très-problématique, mais à la lueur de la lampe, en trouvant certaines ombres, le rappelait assez

bien ; puis elle se couchait et s endormait en disant : f II reviendra. »

G*est ainsi que s'écoulèrent les quatre années que Maurice passa en France. Hélène vécut dans la plus absolue solitude; seulement elle reçut plusieurs lettres de Leyen, qui descendait aux plus humbles supplications pour qu'elle revînt à lui ; mais Hélène, qui se croyait sanctifiée par le noble amour que Maurice lui avait donné, et par celui qu'elle avait ressenti, repoussa ses offres avec courage.

 peu près à Tépoque où MauriC/C rentra en Allemagne, Flélène se trouva ne plus avoir d'argent. Elle congédia sa servante, vendit ses meubles, à l'exception d'un lit, d'une petite table et de deux chaises, et alla s'établir dans une petite chambre, dans un quartier retiré de la ville. Là, le produit de ses meubles suffisait pour la faire vivre quelques mois encore avec sa fille.

— Mon Dieu ! disait-elle, Maurice ne reviendra-t-il pas! mon Dieu ! ajoutait-elle en joignant fortement les mains, faudra-t-il mourir de faim avec mon enfant? Si je pouvais seulement le voir quelques instants avant de mourir.

Un jour elle apprit que Maurice était revenu, mais en même temps qu'il était marié.

Elle rentra, égarée, folle, pour tuer son enfant et se tuer après ; — mais la pauvre petite fille lui sourit si tendrement qu'elle se prit à pleurer en l'embrassant. Rien n'ôte l'énergie comme les larmes ; le soir vint ; par habitude elle prit le portrait pour le regarder encore; mais, saisie d'indignation, elle le déchira ; à ce moment on frappa ; un domestique en livrée lui remit une lettre.

Cette lettre était du propriétaire de la maison qu'elle occupait. Cet homme, un des plus riches de la ville, avait été frappé de sa beauté, et avait deviné sa pauvreté. îl lui

offrait le sort le plus brillant si elle voulait être à lui. Il devait venir le lendemain chercher la réponse.

— • Maurice, dit Hélène, Maurice est riche, heureux, marié, et je meurs de faim avec mon enfant, peut-être le sien. Maurice n'a pas daigné s'occuper de moi depuis son retour. Hélas 1 ajouta-t-elle, ce n'est pas à son cœur qu'il faut m'en prendre, c'est à mon avilissement. Il m'a assez méprisée pour croire qu'après avoir été à lui, après avoir senti l'amour, je retournerais à la prostitution. Mais avait-il le droit de me mépriser, lui, pour qui, sans un seul regret, j'avais tout abandonné; lui, pour qui ni sacrifices, ni honte... ni crime ne m'auraient coûté; ne devait-il pas voir ce qu'il y avait dans mon âme d'énergie et de noblesse? Oui, dit-elle, je me prostituerai encore, je serai encore riche et adorée. Il m'oublie pauvre, vertueuse et misérable pour lui ; il entendra parler de moi, riche et infâme ; peutêtre son amour se réveillera, et je...

Oui, dit-elle, mais perdrai-je ce noble amour qui m'a rachetée de l'infamie et de la dégradation? Livrerai-je au culte de Baal un temple consacré par le culte saint du vrai Dieu? Ouvrirai-je au vice impur un cœur encore plein d'amour, comme un vase qui garde l'arôme d'un parfum céleste? J'ai perdu Maurice, perdrai-je encore mon amour qui m'élève l'âme, et me fait honorable à mes yeux, d'ignoble que j'étais?

Justifierai-je l'abandon de Maurice par ma conduite future? pour qu'un jour il se dise : Tai bien fait; pour que moi-même je me dise : Je ne serais plus digne de lui.

Non, dit-elle, je l'aime.

M'eût-il fait plus de mal encore, si une créature humaine en pouvait supporter davantage, je l'aimerais ; il m'a tirée un moment de la boue pour m'initier au bonheur des anges. Il a reçu dans son âme pure mon âme honteuse»

ment malade, et il Ta guérie ; il m'a aimée, moi prostituée, moi vendue.

Je Taime, et cet amour remplira toute ma vie, ou plutôt il sera toute ma vie.

Non, je ne retomberai pas du ciel où il m'a élevée dans la boue dont il m'a tirée ; non, après avoir goûté Tarn* broisie, je ne m'enivrerai pas d'un vin grossier : aucun homme ne touchera mes lèvres, encore brûlantes du der* nier baiser de Maurice.

Je mourrai de douleur, je mourrai de faim, mais je ne mourrai pas de honte ; je mourrai digne d'être pleurée par lui, et si jamais son regard tombe sur moi, je n'aurai pas à rougir ni à détourner les yeux.

Mes vêtements pauvres seront un honneur pour moi, que l'on prie à genoux de vouloir bien être riche ; j'en serai Hère et heureuse.

mon Dieu ! dit-elle en pleurant, j'ai été trop heureuse, j'ai savouré des délices que votre puissance peut-être ne pourrait faire plus ineffables.

Je dois expier maintenant et mes erreurs et aussi mes joies.

Quand j'aurai longtemps souffert, je croirai avoir payé mon bonheur ; il sera à moi, et je ne jouirai plus de son souvenir avec crainte, comme d'un bien mal acquis.

Hélène alors trouva dans sa résolution un invincible courage. Son amour pour Maurice était un fanatisme, — mais le fanatisme seul a fait de grandes choses. Elle se mit à travailler pour une lingère, et à gagner péniblement huit ou dix kreutzers par jour, auxquels le peu d'argent qu'elle avait encore ajoutait le nécessaire.

Mais quand vint le moment de payer le loyer de sa chambre, elle ne put le faire, et le propriétaire, irrité des refus obstinés qu'elle avait opposés à ses vœux, la cliassa, ne lui laissant emporter qu'un matelas, une chaise et sa petite table.

Hélène chercha une chambre encore moins chère, et s'installa en ce misérable équipage, travaillant toujours pour sa fille ; et le soir, avant de se coucher, contemplant à la lumière le portrait de Maurice, qu'elle avait recollé et rajusté de son mieux; puis, repassant ses souvenirs de richesses et surtout de bonheur, et pleurant avec amertume : — Maurice! disait-elle, Maurice! et elle baisait le portrait.

Les petits frais nécessités par son déménagement avaient enlevé les quelques florins qui restaient à Hélène. Elle était réduite au produit de son travail ; aussi ne nourrissait-elle son enfant et elle que de pommes de terre m de haricots cuits dans l'eau. Quelquefois, lorsque son ouvrage était mieux payé, elle faisait cuire de la viande et faisait de la soupe. C'était, ces jours-là, un grand régal et une grande fête dans la mansarde. Cependant arriva Thiver et le froid. Quoiqu'elle passât à l'ouvrage une partie de la nuit, il lui devint impossible d'avoir du charbon pour se chauffer. Le temps d'une femme est si peu rétribué, qu'elle s'aperçut que son travail de la nuit ne payait pas l'huile qu'il fallait brûler.

Alors elle mit sa fille dans une petite école, où elle profitait du feu ; et elle avisa à faire quelques économies sur ses misérables dépenses afin de payer le florin et demi qu'il lui fallait donner à l'école chaque mois. Elle se pas*sait de feu et s'enveloppait les pieds dans une vieille cou^

verture; puis elle prit le parti de ne plus allumer de lumière pour épargner l'huile, et de tricoter, ce qu'elle pou • vait faire, sans voir clair, depuis cinq heures jusqu'à minuit ; seulement, un moment elle allumait la lampe pour voir le portrait de Maurice.

De temps à autre cependant elle rec/Ovait des lettres du propriétaire qui Tavait chassée. Il lui demandait humblement pardon, et mettait toute sa fortune à ses pieds. Mais Hélène, qui se voyait maigrir, se disait : — Je mourrai bientôt ; j'enverrai à Maurice ma fille avec une lettre, il prendra soin d'elle ; je n'ai besoin de rien.

Un jour, comme elle venait de porter de l'ouvrage, elle aperçut Fischerwald dans la rue ; elle doubla le pas, et rentra demi-morte d'émotion.

— Oh! ohî dit une voisine en voyant monter Hélène, voici notre belle voisine qui monte bien vite.

— Ce n'est pas naturel, dit une autre vieille qui rentrait en même temps, et à laquelle s'adressait la première femme, dont le visage annonçait quarante ans.

— C'est d'autant moins naturel que d'ordinaire elle monte lentement et pensive.

— C'est qu'il y a dos femmes qui ont beaucoup à penser, quand ce ne serait que des souvenirs.

Ici la première interlocutrice s'approcha de l'autre voisine, et lui dit tout bas :

— Avez-vous remarqué ce domestique en livrée bleue et rouge qui vient quelquefois ?

— Certainement, reprit l'autre.

— Et qu'en pensez- vous?

— Je pense, reprit la plus vieille, qu'il faut avoir le cœur

placé biea bas pour se livrer à de semblables inclinations.

— Vous n'y êtes pas; le domestique ne vient pas pour son compte.

— Bah !

— Non, il apporte des lettres.

— Ah ! et de qui?

— C'est là ce qu'on ne peut pas savoir.

— C'est de la part de son mari peut-être?

— Oh ! oh ! est-ce que ça a un mari ?

— Vous croyez.

— Je suis sûre qu'elle n'est pas mariée.

— Bahl

— Cela se voit tout de suite; et d'ailleurs le mari aurait-il des domestiques en livrée quand la femme a un logement de cinquante florins ?

— C'est vrai ; mais l'enfant?

— L'enfant comme tant d'autres; il n'a pas de père.

— Ou bien il en a beaucoup.

Les deux femmes rirent quelque temps de cette plaisanterie ; la moins vieille des deux voisines continua :

— Avez-vous vu comme elle a soin de se débarrasser de sa petite Bile? N'est-ce pas une pitié d'envoyer à l'école une enfant si jeune ?

— De quoi vit-elle? demanda la vieille.

— Mais il paraît qu'elle a de quoi.

— Ah ! elle a de quoi ?

— Oui, elle a de quoi ; c'est le domestique à livrée bleue et rouge qui apporte.

— Voyez-vous, c'est entretenu par quelque vieux riche.

— Et il parait qu'elle l'est cossument ; elle fait semblant de travailler, mais ce n'est pas avec huit kreutzers qu'on mène un pareil train.

28^2 UNE UEURE TROf TARD.

— Ah I elle mène un train ? elle n'est pourtant pas si bien habillée?

— C'est que ces femmes-là, ça gâche tout. On dit que dans sa chambre il y a des choses superbes : que c'est tout ^ reluisant d'or : des glaces où on se voit depuis les cheveux jusqu'aux pieds, un lit tout en édredon !

— Voyez-vous!

— Elle ne se refuse rien ; si vers le soir on passe devant sa porte, ça sent une délicieuse odeur de rôti que ça donnerait faim à un mort. Ces femmes-là, c'est sur la i)ouche comme il n'est pas possible.

— Mais quand voit-elle le monsieur ? Excepté le domestique, je n'ai encore pu voir personne.

— C'est ce qui prouve comme c'est enraciné dans le vice, comme c'est adroit pour cacher ses turpitudes aux yeux des honnêtes femmes qui n'y entendent pas malice; ça a un tas de ruses et de finesses qu'on n'en peut revenir.

— Mon Dieu ! dit la vieille, comme il y a du vice, comme il y en a !

— Que voulez-vous, ma bonne voisine? les hommes aiment ces espèces-là, et n'ont pas l'air de regarder d'honnêtes femmes comme vous et moi, qui n'avons jamais donné un mot à redire ; toujours, elle a beau me faire une révérence quand elle passe devant moi, je ne la regarde pas plus que si c'était un chien.

— Et vous avez raison ; c'est encore bien osé de se permettre de saluer une honnête femme, comme si c'était son égale ; mais je rentre, je suis quasiment gelée.

Un homme entra qui leur dit :

— Mesdames, connaissez-vous cette dame qui vient de rentrer.

— Oui, monsieur.

— Que fait-elle?

— Pas grand'chose de bon ; c'est entretenu par un vieux monsieur très-riche qui vient la voir dans un magnifique équipage et qui lui prodigue Tor.

— Ah î dit rinconnu, je vous remercie.

— Voilà un chaland manqué, dit la vieille.

— C'est un fier service que nous lui rendons de l'empêcher d'être plumé par une pareille sirène.

— Hum ! dit Fischerwald en s'en allant, je me doutais bien qu'elle recommencerait cette vie ; je ne dirai rien à Maurice de la rencontre que j'ai faite.

La vue de Fischerwald avait réveillé pour Hélène de cuisants souvenirs. Renfermée chez elle, elle désirait et elle craignait à la fois d'avoir été reconnue : elle rappela alors sa richesse passée, sa chambre tendue de soie violette et blanche ; ses nombreux domestiques, sa voiture, ses chevaux fringants, et cette cour dont elle était environnée comme une reine.

Elle rappela aussi le jour où, sur ce riche divan, Maurice, assis près d'elle, lui avait déclaré son amour, et ces douces émotions dans cette nuit presque entièrement passée au jardin ; alors elle jeta un regard sur elle ; ses vêtements étaient misérables ; mais ce qui lui serra le cœur, c'est qu'ils étaient sales, qu'elle n'avait même pas d'argent pour prendre un bain; — à cette idée elle pleura.

Elle se leva engourdie par le froid ; elle marcha dans la chambre pour se réchauffer un peu, puis elle se mit à travailler ; mais le froid lui enchaînait les doigts, et d'ailleurs les souvenirs bouillonnaient dans sa tête ; elle se leva encore une fois, roide de froid.

— Oh ! mon Dieu ! dit-elle avec un doux sourire de joie, heureusement qu'il y a du feu à Técole.

Bientôt elle renonça à travailler et sortit pour aller chercher sa fille, car Técole devait être finie; en la ramenant, elle songea qu'elle n'avait pas travaillé ; qu'elle n'aurait rien pour le déjeuner que sa fille devait le lendemain emporter à l'école.

Quand elle rentra, elle lui dit qu'elle avait soupe en l'attendant; elle lui donna à souper, et réserva sa part à elle pour le déjeuner du lendemain ; elle la fit coucher et se coucha aussi, car le froid n'était pas tolérable, l'enfant même le sentait dans son lit, quoique Hélène se découvrit pour la couvrir et la réchauffât de tout son corps. Hélène était assise dans It lit et avait les coudes sur les genoux et la tête dans les mains. La petite ne dormait pas, elle s'avisa de chanter pour l'endormir,

Et chanta :

Romm, lieber mai, etc.

L'enfant s'endormit, elle s'arrêta; cette chanson lui rappelait la maison dans le bois, son père, sa mère, son frère, jusqu'aux églantiers qu'Henreich avait plantés pour lui faire une couronne de mariée, et dont Maurice lui était allé cueillir une branche.

— Oh ! dit-elle, cher mois de mai, j'espère bien ne pas souffrir jusque-là, j'espère mourir bientôt; mes pieds ne marcheront plus sur les vertes promenades, je ne cueillerai plus de violettes sur le bord des ruisseaux ; il n'y aura plus pour moi ni violettes ni printemps ; et je mourrai sans voir Maurice.

Elle pleura encore; mais ses sanglots éveillèrent l'enfant, qui dit : — Maman, j'ai froid. Hélène la couvrit

UNE HEURE TROP TARD. 28r)

un peu plus, la baisa pour la réchauffer, et se remit à chanter :

Reviens, cher mois de mai, etc.

jusqu^au moment où la fatigue de la faim et des pleurs se réunit au froid pour Tassoupir.

Le lendemain, sa fille avait la fièvre, et ne put aller à Técole. Hélène, pour réchauffer un peu la chambre, brûla sa table ; mais le soir Tenfant avait un redoublement de fièvre : elle alla chercher le médecin ; le médecin examina l'enfant et écrivit une ordonnance, puis sortit en disant *

— Je reviendrai demain.

En sortant, on avait remis une lettre à Hélène.

L, — HENREICH À HÉLÈNE.

a Comment ? vous que je n'appelle plus ma sœur, poussez-vous la dégradation du cœur au point de laisser mourir votre mère de faim? Ne devriez-vous pas être trop heureuse qu'elle veuille oublier la source impure de vos secours ?

« J'ai reçu une lettre d'elle; j'ai pleuré ; je lui ai envoyé ma montre et le peu d'argent que mes amis ont pu me prêter.

« Je ne voulais plus m'occuper de vous ; mais je désire

que cette lettre vous fasse répandre quelques larmes au

milieu de votre infâme splendeur. C'est encore du bien

que je veux vous faire.

a Henreich. a

D'abord Hélène voulut répondre à son frère; elle écrivit une lettre; mais elle dit : — 11 ne la recevra qu'avec celle que je vais écrire pour Maurice, quand je serai morte.

Puis elle se mit à iravînller, réchauffant de temps en temps ses maius dans le lit de sa fille. Le lendemain, elle ne mangea qu'un peu de pain, et acheta du charbon avec le peu d'argent qu'elle avait reçu.

Puis elle alla chercher ce qu'avait ordonné le médecin; mais elle n'avait pas assez d'argent pour payer, et le pharmacien ne voulut pas lui donner les médicaments à crédit.

Le soir, le médecin arriva ; il toucha l'enfant et secoua la tête.

— A-t-elle pris sa potion?

— Oui, monsieur, dit Hélène en baissant les yeux.

— C'est prodigieux! A-t-elle transpiré?

— Non, monsieur.

— Et elle a pris la potion?

— Oui, monsieur, dit Hélène en balbutiant.

Elle pouvait à peine parler, tant les sanglots rëtouîfaient.

Le médecin la regarda fixement.

— Madame, dit-il, quand vous voudrez bien suivre mes ordonnances, vous reviendrez me chercher. Je ne reviendrai pas.

Il sortit.

Hélène se jeta à genoux. — Oh ! mon Bien, il n'y a plus de pitié dans le cœur des hommes! Mon Dieu! ayez pitié de moil

Rien... rien... dit-elle éperdue; elle va mourir!... Oh! je vais Tétrangler, et ensuite je me briserai la tête contre le mur... Pourquoi ma mère ne m'a-t-elle pas tuée, moi?

Et elle se laissa tomber sur le carreau. Au bout de quelques instants, elle se leva. « Oh ! quelle idée, dit-elle, mon enfant ne mourra pas. » Et, se hâtant, elle se plaça devant un miroir cassé, arrangea ses cheveux bruns, chercha

un fichu propre qui lui restait. « Ohl mon Dieu, disaitelle en pleurant, mon Dieu, s'il allait ne pas me trouver assez belle. » Et elle pleurait en tâchant de donner un peu de grâce à sa robe et à sa coiffure; puis elle alla réveiller une petite fille qui logeait près d'elle. « Mon enfant, lui dit-elle, si tu veux passer deux heures près de ma fille, je te donnerai cinq florins à mon retour. » Puis elle jeta encore un coup d'oeil sur le miroir, et partit en disant : « Comme je suis changée; pourvu qu'il me trouve assez belle. » Et elle courut à travers les rues. Toujours courant, elle arriva chez son ancien propriétaire; les domestiques ne voulaient pas la laisser entrer; mais il reconnut sa voix et vint au-devant d'elle.

Quand ils furent seuls :

— Monsieur, dit-elle, me voici, je suis à vous pour une heure ; mais il me faut cinquante florins.

Il voulut dire quelques mots :

— Hâtez-vous, monsieur, je n'ai qu'une heure à vous donner; faites de moi tout ce que vous voudrez.

Etonné, il la regardait :

— Oh! monsieur, ne me refusez pas, dit-elle; si je vous demande trop, donnez-moi ce qu'il vous plaira ; mais il me faut de l'argent.

Il voulut la faire parler, il n'en put rien tirer; il la prit dans ses bras, elle se laissa faire; seulement, en se voyant dans une glace, elle reconnut à son cou à elle un fichu que lui avait donné Maurice; elle l'arracha avec violence et le jeta au feu, puis s'abandonna, et, pâle et froide comme du marbre, elle reçut ses odieuses caresses sans

' il

les sentir.

LU

Avec l'argent, car il lui avait donné cent florins, elle

soigna son enfant ; puis, quand sa fiile fut guérie, elle renvoya le reste de l'argent à celui qui le lui avait donné, sans en avoir distrait un pfenning pour son usage particulier.

Cet homme vint la voir, et voulut user des droits qu'i' croyait avoir sur elle : — Monsieur, monsieur, dit-elle, allez-vous-en ; si jamais vous rentrez ici, je me jetterai par cette fenêtre; nous avons fait un marché, je me suis livrée, nous sommes quittes.

Elle n'osait plus regarder le portrait de Maurice.

Elle s'était remise au travail ; mais le froid avait horriblement gercé ses doigts, et lui causait d'insupportables douleurs.

LUI. — DE LA NÉCESSITÉ DE SE LàVER LES MAINS.

Casta yixit Lanam fccit Domum servayit.

Ancienne épUaphe.

Richard était arrivé de bon matin chez Maurice, et l'avait trouvé fumant dans un vaste fauteuil renversé, encore vêtu de sa robe de chambre, et les pieds dans des pantoufles violettes.

— Il y a aujourd'hui, dit Richard, quinze mois que nous sommes mariés.

— Oui, dit Maurice, et tu me trouves livré aux plus graves méditations sur ce sujet. Gomment te treuves-tu de ta situation?

— Très-bien, lui dit Richard ; et toi?

— Moi? très-bien également; seulement je m'ennuie.

— Ah!

— C'est un état trop calme ; mon désespoir habituel du

temps que j'étais Tainant d'Hélène me convenait mieux ; j'avais au moins le plaisir de sentir passer la vie ; aujourd'hui, c'est comme une fade boisson, qui coule sans laiser ni parfum ni saveur. Je viens de parler d'Hélène ; cette idée m'attriste. N'as-tu pas eu de nouvelles d'elle?

— Non.

— Alors n'en parlons plus. C'était une bonne et noble créature que j'ai lâcbement abandonnée; mais je crois vraiment qu'elle a gardé mon âme avec elle, tant je la sens peu maintenant dans ma poitrine ; n'en parlons plus.

Comme Richard vit que Maurice allait peut-être passer la matinée à dire qu'il ne fallait pas parler d'Hélène, il jugea à propos de détourner la conversation.

— Quel était, dit-il, le sujet de tes hautes méditations?

— Je te l'ai dit : le mariage et ses principaux inconvénients ; leur cause et la manière de les prévenir.

— A quel inconvénient étais tu?

— Aux maris trompés.

— Tu m'obligeras infiniment de me communiquer tes idées, surtout si, après le mal, tu as trouvé le remède.

— Je le veux d'autant mieux que notre ami Fischerwald n'est pas là, et que les mystères du mariage ne doivent être mis à nu que devant les initiés, sous peine de prêter à rire aux profanes, et de ne pas être sûr qu'ils n'ont pas raison de rire ; ce qui peut ébranler les plus robustes convictions.

Comme je te l'ai déjà dit, ce n'est pas une chose bien plaisante que de devenir dans la maison un hôte incommode ; de travailler pour décorer convenablement la chambre et le lit où votre femme reçoit son amant ; de la soupçonner, dans les caresses qu'elle vous accorde comme devoirs, tout occupée de l'image d'un autre, — et rapportant à lui le plaisir qu'elle ressent.

Pour ce qui est des ressources, elles sont effrayantes quand on considère combien de causes plus ou moins puissantes amènent presque nécessairement Finfidélité des femmes. Ce n'est pas trop de toute votre vie pour prévenir d'une manière encore incertaine un malheur pour lequel conspireront peut-être deux personnes, qui n'hésiteront pas à y consacrer toute leur vie, et qui auront, pour augmenter leur adresse et leur persévérance, Tamour que probablement vous n'avez plus, que peut-être vous n'avez jamais eu.

Ces causes plus ou moins puissantes sont de deux sortes :

l** Les causes naturelles ;

S"" Les causes artificielles.

Par les premières, nous entendons cette transition-difficile des illusions riantes et dorées de la jeune fille, qui a rêvé une vie pleine de ces charmantes agitations qui ont troublé son sommeil — et embellie encore des plaisirs inconnus que son imagination, fécondée par la prudente nature, qui marche toujours à son but, n'a pas manqué de devancer et d'exagérer, du passage, dis-je, de ces illusions à la froide et monotone réalité.

Il est presque impossible qu'elle n'attribue pas ce désenchantement à l'individu, au lieu de l'attribuer à l'espèce, et qu'elle n'attende d'un autre la réalisation d'un bonheur quelle croit avoir pressenti, et qu'elle pense que la nature lui doit, — et cela avec d'autant moins de scrupule qu'elle regarde son mari comme un trompeur, qui n'a pas tenu les promesses qu'elle-même s'était faites.

Dans les causes artificielles, nous comprenons toutes les bévues et les maladresses des maris, qui se donnent souvent beaucoup de mal pour arriver à ce qu'ils redoutent 1q plus. Ils commencent par prodiguer à leur femme des caresses que l'habitude doit diminuer, et dentelle attribuera

la diminution à celle de Tamour, — précisément au moment où, chez elle, l'habitude, qui, chez les femmes, donne tant de force à Tamour, vient augmenter les désirs. A peine le mariage consommé, ils oublient qu'il est, en tous sens, plus difficile de conserver une conquête que de conquérir. Ils se reposent sur les vertus qu'ils imposent à h femme, vertus chimériques comme toutes les vertus, que Ton n'accomplit jamais qu'autant qu'on y trouve son inté rét ou son plaisir.

Beaucoup font de leur femme un objet de vanité, qu'ils montrent à ceux qui les visitent, après leur avoir montré leur jardin, leurs chevaux et leurs curiosités chinoises.

Quand ils vous donnent à diner, ils vous placent auprèi^ de leur femme.

Si vous sortez ensemble, ils vous donnent le bras de leur femme.

Si vous vous trouvez ensemble au théâtre, il vous font mettre sur le devant de la loge avec leur femme.

Us vous trouveront d'autant plus poli que vous ferez à leur femme plus de compliments ; ils penseront que cet encens brûlé devant leur idole est un hommage désintéressé ; ils oublient — qu'on ne sacrifie qu'aux dieux qui ont quelque chose à donner.

Ils ne pensent pas non plus que, vous plaçant à table près de leur femme, ils vous condamnent à vous occuper d'elle exclusivement, à lui verser à boire, à lui offrir tout ce qui peut lui plaire, à négliger votre dîner pour vous occuper du sien, et, pour l'amuser, et à ne pas vous occuper des autres femmes ;

Que, vous donnant le bras de leur femme, c'est vous obliger à la garantir des voitures, à marcher dans la boue pour lui donner le plus beau chemin, à vous faire enfoncer les côtes pour lui ouvrir une issue dans la foule, à se-

vir contre les impertinents qui peuvent se rencontrer, à ne penser à aucune femme pendant tout le temps de la promenade.

Sic de cxteris.

Tout cela considéré ainsi serait autant de corvées qu'à coup sûr le mari n'a pas le droit de vous imposer ; — mais, dans son esprit, les choses ne sont pas ainsi : c'est un honneur et un plaisir qu'il prétend vous faire; — il vous prête sa femme pour la conversation, pour la promenade, pour le spectacle; — il permet que son bras rond et blanc soit tout le long de la route appuyé sur votre cœur de manière à en sentir les battements ; il permet que vous épuisiez près d'elle le vocabulaire de la galanterie, et probablement il trouverait fort mauvais que vous fissiez avec sa femme une longue promenade sans lui dire un mot.

Ce qu'il y a en cela de plus charmant, c'est qu'il paraît persuadé que vous ne passerez pas les limites qu'il pose dans son esprit sans vous les communiquer, et que les soins et l'amabilité qu'il vous impose ne feront sur sa femme aucune impression.

C'est une bizarre jalousie que celle de la plupart des hommes; ils ne sont jaloux que de la dernière caresse, — ils prêtent à tout venant leur femme, et ils permettent que chacun s'en serve, pourvu qu'on ne franchisse pas cette limite : prenez à leur femme le bras ou la main, regardez-la aussi tendrement que vous pourrez, exprimez-lui en langage poli que vous serez enchanté de coucher avec elle; faites l'éloge de ses beautés évidentes, risquez des augures sur les beautés cachées, regardez avidement tout ce qu'une femme décolletée abandonne à la curiosité;

Il y a peu de maris qui le trouveront mauvais, il n'y a presque pas un homme dans un salon qui ne laisse supposer ouvertement au mari qu'il serait heureux de lui

UNE HEURE TROP TARD. t^US

enlever sa femme, et que sa seule vertu, à elle, Ven empêche.

Ici on vint avertir Maurice que le déjeuner était servi ; il ne répondit pas, et continua.

— Certes, d'une femme que j'aimerais, je voudrais tout conserver pour moi; je ne donnerais à un autre ni la main, ni les cheveux, ni un regard ; je ne voudrais pas que personne fût auprès d'elle pour respirer son haleine avec l'air; je ne voudrais pas qu'un homme sentît contre sa poitrine la douce chaleur de son bras, je haïrais l'homme qui la toucherait du doigt, ou dérangerait son vêtement dans un songe ou par le désir.

Ce sont autant de prostitutions en détail ; le commun des hommes, si ce n'est intimos et penitissimos libidinis recessus, — ils vous abandonnent volontiers le reste.

Iseptes animaux, qui n'ont pas assez d'âme pour comprendre qu'un désir mutuel, que deux regards qui plongent l'un dans l'autre et percent la poitrine d'un voluptueux aiguillon sont une caresse mille fois plus ardente que ces dernières caresses sans amour qu'ils réservent seules.

Hais, en admettant leurs étroites idées, en croyant avec eux que ces préliminaires ne sont rien.

On vint encore dire à Maurice que le déjeuner était sur la table, et que madame était dans la salle à manger.

Il se contenta de répondre : « C'est bon, » d'un ton d'impatience qui montrait qu'il ne trouvait pas bon qu'on vint le déranger.

— En admettant, reprit-il, que ces préliminaires ne sont rien en eux-mêmes, on ne peut nier qu'ils peuvent conduire au reste par une pente souvent rapide et irrésistible; que la femme peut se laisser aller à la pente, et que, lorsque son mari veut l'arrêter, cela ne soit plus au pou-

^2\)A UNE HEURE TllOP TAttD.

voir de Tun ni de Tautrc; — mais ce n'est pas assez pour le mari de livrer ainsi sa femme, et de donner aux autres hommes Toccasion de se montrer galants et empressés, il prend encore soin d'inspirer à sa femme une telle indifférence et un tel dégoût de sa personne, qu'on peut, à la ri> gueur, ne pas prendre beaucoup de peine pour paraître plus aimable que lui.

Ici Maurice secoua contre la cheminée sa pipe pour en faire tomber la cendre, puis il la remplit encore et l'alluma.

On remonta dire que le déjeuner serait froid.

— Je descends.

Avant le mariage, on a tout fait pour porter au plus haut point les illusions de la fille que Ton veut épouser ; elle ne vous a vu que vous occupant de Tamour qu'elle vous inspire; elle doit croire naturellement que cet amour occupe toute votre vie et vous occupe tout entier : elle ne soupçonne pas qu'il puisse se trouver pour vous d autres intérêts; — jusqu'au jour du mariage, une fille ignorante n'a vu l'homme que paré, parfumé, galant, empressé, ne mangeant et ne buvant presque pas quand il est à table vis-à-vis d'elle, ne montrant de lui que ce qu'il y a de beau et de noble, et dissimulant tout le prosaïsme de l'espèce.

Aussi n'a-t-elle besoin que de peu d'efforts pour lui appliquer ses rêves célestes.

Hais, aussitôt le mariage, le mari donne l'exemple, et c'est à qui inventera quelque chose pour dégoûter l'autre de sa personne.

D'abord, par l'habitude du lit commun, on émousse l'aiguillon du désir, toujours satisfait d'avance; on ferme toute carrière à riniaginatioU; en restant trop près de la réalité.

Ensuite on se montre Tun à Tautre sans aucuns soins de toilette, les yeux gros de sommeil, les cheveux en désordre ou ridiculement captifs sous un bonnet, la bouche échauffée et amère, le visage couvert de transpiration et de poussière.

Et on s'initie Tun l'autre aux besoins les plus ignobles et les plus cachés, besoins dont, jusque-là, Tamour et les soins avaient fait douter chacun à Tégard de l'autre. On était homme et femme, amant et maîtresse, — on devient mâle et femelle.

Ensuite étonnez-vous que, lorsqu'un galant se présente à son tour, paré et parfumé, il fasse renaître chez la femme les impressions qu'elle regrette près du mari en chemise sale et parfumé de tabac ; qu'elle croie avoir été trompée, et qu'elle croie son mari au-dessous de l'idée qu'elle s'était faite des hommes, idée qu'il avait contribué à affermir, et qu'il ne s'est pas donné la peine de soutenir, autant qu'il était en lui.

C'est pourquoi je suis d'avis que les deux époux, pour conserver l'amour, ne se voient que bien sur leurs gardes, c'est-à-dire tous deux propres et parés, de manière à ne rappeler en rien les peu poétiques nécessités de la nature.

On revint encore demander s'il fallait servir.

Alors Maurice descendit avec Richard, sans être ni peigné, ni habillé, sans s'être rincé la bouche pour chasser l'odeur de la pipe, sans s'être même lavé les mains.

Pendant le déjeuner, on parla d'aller visiter la femme de Richard, et en même temps la belle-mère commune, qui demeurait avec lui. Maurice, n'étant pas habillé, pria Richard de donner le bras à sa femme jusque-là, et les rejoignit peu de temps après.

2mj une heure trop TARD.

Le mouron en touffes désertes

Sur le sol nu brille nu soleil couchant Gomme des émeraudes vertes.

Maurice était allé passer quelques jours dans le parc de Richard et aux enviroDS pour tuer quelques grives, avec Fischerwald ; mais celui-ci s'occupait beaucoup plus de ramasser des mousses, seule végétation que la nature conservât alors, et qui sur la terre nue s'étendaient comme le plus riche velours, depuis les plus belles nuances de vert jusqu'au brun doré et rougeâtre. A vrai dire, ce qui intéressait Fischerwald, ce n'était pas de regarder leurs reflets chatoyants, c'était de les classer, depuis les polytrichs, dont les ours et les Lapons savent se faire d'excellents lits ; les sphagnes, qui, par leur prodigieuse multiplication, dessèchent les marais et finissent par former d'immenses tourbières ; les lycopodes, qui de leur pistil laissent échapper une poussière jaune dont on se sert sur les théâtres pour faire les éclairs, — jusqu'aux bries, aux hypnes, aux phasques, aux marchanties, aux jungermannes, aux riccies, noms qui surchargent les nomenclatures des botanistes, dont la science nous semble souvent gâter la nature.

— Je ne sais trop pourquoi, disait Maurice à Fischerwald, tu prends la peine de porter un fusil. Je ne crois pas que, depuis cinq jours, tu aies tiré un seul coup ; j'aime à croire que ce n'est pas par mépris pour les grives.

— Si quelqu'un, reprit le docteur, s'avisait jamais de supposer que j'aie le palais assez barbare pour ne pas apprécier les grives comme elles le méritent, je promets qu'il aurait affaire à moi.

Et il continua en citant Martial :

Texta rosis fortasse tibi...

Ai mihi de turdis facta corona placct.

a Peut-être tu aimes une couronne de roses, mais il n'est pas de couronne qui me plaise comme une couronne de grives. »

— Diable, dit Maurice en rentrant, nous ne pouvons guère sortir demain. Les oies de la basse-cour battent des ailes, et Ton entend les cloches de la ville. Nous aurons cette nuit et peut-être demain une pluie abondante.

En arrivant, le même jardinier qui autrefois lui permettait d'entrer dans le parc quand il n'y avait personne lui remit une lettre.

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