LES QUARTIERS TRANQUILLES
Je connais bon nombre de gens de talent qui vivent et écrivent dans les quartiers les plus bruyants et les plus fangeux de Paris. De temps à autre sortent d'une de ces rues un beau livre, de beaux vers, un beau tableau. C'est ainsi qu'on voit au printemps, lorsque les prés commencent à se diaprer de fleurs roses et blanches, sortir, en rampant, de la fange d'une mare ou de la vase d'un étang, une sorte de punaise grise qui se vient étaler aux premiers rayons du soleil de mai. Cette grossière enveloppe se déchire, c'est la Peau d'Ane des fées qui cache une princesse plus belle que le jour. Une libellule, une demoiselle aux ailes de gaze, au corps d'émeraude, en sort, essuie au soleil ses ailes plissées et humides, puis bientôt, pierrerie vivante, se laisse aller au vent, qui la porte sur les fleurs de la prairie, avec lesquelles elle est née, avec lesquelles ellemourra. Hais, au contraire, les gens qui font des distiques pour l'Arc-de-Triomphe, des comédies wo« destinées à la représentation après avoir été refusées à tous les théâtres ; des charades pour VAlmanach des Muses ; des essais sur les mœurs et la philosophie des crapauds ; les gens qui e^xpurgent Racine pour qu'on puisse jouer ses tragédies dans les collèges ; tous ces gens-là sentent le besoin de la retraite, de la retraite, mère de la méditation ; de la méditation mère des chefs-d'œuvre.
Quelqu'un, que je ne nommerai pas, est récemment tombé dans Terreur des faiseurs de charades et de distiques, seulement quant au domicile, et ce quelqu'un est aujourd'hui occupé à mourir de chagrin.
C'est qu'en effet il y a deux ennemis irréconciliables, acharnés, mortels, — comme le sont tous les ennemis intimes, — ce sont le corps et la pensée, la partie matérielle et la partie intellectuelle de notre être. L'exercice de la pensée tue le corps ; Texercice du corps tue la pensée. La
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fatigue physiquo est le meilleur remède aux peines de Tame et aux anxiétés de Tesprit. Les laboureurs sont plus gras que les po("tes, mais en revanche il est à croire que la pensée des poètes est' moins maigre que celle des laboureurs.
Or, tout le monde a éprouvé cette hésitation au moment de se mettre au travail, cette lutte de Tesprit qui veut et du corps qui ne veut pas. Tous les poètes anciens en ont parlé, tous ont montré combien le corps est ingénieux à tromper la pensée. Quel est l'homme qui n'a pas entendu mille fois au dedans de soi le dialogue suivant :
LA PENSÉE. — Les formes incomplètes et mobiles qui passaient devant moi avec des nuances douteuses et changeantes semblent prendre un corps et une couleur ; le nuage se dissipe; le chaos a cessé de s'agiter ; tout se met en ordre : travaillons î
LE CORPS. — 11 fait un beau soleil, les tubéreuses en fleurs doivent parfumer le jardin ; il serait bien plus agréable de prendre Tair : promenons-nous I
Cette proposition maladroite, sans précautions oratoires, n'obtient aucun succès. C'est comme si Ton disait à un homme qui a soif : a Voici un excellent morceau de pâté. » La pensée ne répond donc pas; elle s'obstine; le corps comprend alors qu'il ne faut pas heurter de front cette fantaisie de travail, mais qu'il faut au contraire^y rattacher, d'une manière indirecte, la distraction qui doit plus tard la détruire.
LB CORPS. — Cependant le grand air, avant le travail, rafraîchit l'imagination : l'aspect du ciel bleu, qui apparaît par taches à travers le feuillage des sycomores, donne de la poésie. Peut-être aussi verrait-on, à cette petite fenêtre que vous savez, cette ravissante figure dont la vue seule donne de l'esprit par l'envie d'en avoir et d'en avoir pour elle.
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LA PEMSÉB (à part). — Peut-être ce butor a-t-il raison. Allons au jardin.
Dès lors, la pensée est perdue! Une fois au jardin, la malheureuse se divise à l'infini, elle suit à la fois et ce brillant lépidoptère, fleur ailée qui semble chercher sa tige; et cette fleur aux fins tissus, aux riches couleurs, et Tabeille qui bourdonne dans la fleur. La pauvre pensée, tirée en tous sens, écartelée, finit par se sentir trop faible pour le travail. C'est ce qui lui arrive chaque fois que le corps plus puissant qu'elle Tattaque directement; elle n'en triomphe que lorsqu'elle peut s'élever, à son insu, à une hauteur où il ne peut plus Tatteindre ; il faut qu'elle ruse et qu'elle le trompe pour le jeter dans une occupation à laquelle il puisse se livrer seul, sans son concours à elle. Cela se passe souvent ainsi :
LA PEMSiE. — Or çà, mon bon ami, voyons donc si vous saurez bien me tailler cinq ou six plumes.
Tailler les plumes est une chose que la main fait d'ellemême. Pendant que le corps taille des plumes, la pensée s'échappe furtivement. Hais quelquefois le corps saisit le premier prétexte venu pour ne pas tailler de plumes.
LE CORPS. — Vous en avez six toutes neuves qu'une main fort chère vous a taillées, ma mie. Vous vous moquez de moi ! j'aime mieux faire des armes.
LA PENSÉE. — Il fait trop chaud pour faire des armes, mon bien bon ami ; vous allez vous exténuer ou prendre un rhume de cerveau, et c'est moi qui en souffre. Je vous trouve même un peu pâle aujourd'hui : promenez-vous dans la chambre en long et en large.
Si 1^ corps est assez sot pour se laisser prendre à cette amorce, pendant qu'il s'agite dans cet étroit espace, la pensée, qui n'a que faire à cela, s'envole et lui échappe de nouveau. La victoire lui reste, et ce n'est pas sans peine.
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TylS LES (JLAllTIERS TRANQUILLES.
il y a des corps innocents et niais qu'on peut occuper et distraire avec la moindre des choses ; ils se laissent prendre à jouer du piano sur leur table, ou bien à tirer leur moustache. A. D., poëte de talent, a un corps qui s'amuse à $*arracher les cils des yeux. Hais il en est aussi de plus récalcitrants : ceux-là se défient de toutes les occupations que leur indique la pensée ; on ne peut guère les attraper que [)ar les choses extérieures : un de ces bruits monotones, par exemple, qu'on entend sans Técouter.
LA PENSÉE. — Ecoutez douc un peu, mon cher ami, ><gôâtoie le vent souffle dans les feuilles I comme la mer gronde! comme la pluie bat les vitres î comme les cloches tintent!
Alors le corps se laisse aller à entendre, et, quand il sort de sa distraction, il s'aperçoit que la pensée Ta laissé là ; il la regarde, il la suit d'un œil hébété, comme l'oiseleur entre les mains duquel vient de glisser une fauvette ; il lâ voit, sur la dernière branche d'un acacia, sautiller au soleil; il l'entend chanter librement. Et bref, c'est alors que la pensée peut faire ses conditions, et qu'elle oblige le corps à écrire sous sa dictée.
Eh bien, pour revenir à mon sujet, au bruit de là mer, du vent, de la pluie, des cloches, on peut joindre le tumulte confus, le brouhaha d'un quartier dit bruyant. Nul son n'y arrive assez distinct aux oreilles pour occuper l'esprit ; mais, au contraire, dans un quartier dit tranquille, chaque son apporte une idée, et chaque idée une distraction.
C'est dans h^quartiers tranquilles qu'on entend distinctement les gammes du piano de la voisine, la flûte du voisin, les pas dans l'escalier. «Est-ce une visite pour moi? Est-ce cette lettre que j'attends ? »
Un marchand vient-il à crier dans la rue, partout ailleurs
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ce cri se perdrait dans le bruit générai ; ici, vous Ten tendez, et il faut suivre l'idée qu'il vous apporte.
Puis voici la laitière î Vous savez que c'est une voix de femme, c'est une voix de jeune femme. Cela vous fait penser à une autre voix d'une autre jeune femme. « Cette laitière doit avoir un fichu à carreaux rouges et bleus. Or, dans un endroit où des paysannes avaient des fichus à carreaux rouges et bleus, je suis resté deux jours à la campagne. Ce sont deux beaux jours 1 Comme les bois étaient parfumés! comme sa voix était douce I comme son regard était pur ! » C». ;
Vient à son tour le vitrier, a Un jour je cassai un carreau en escaladant une fenêtre ; j'ai encore à la main la cicatrice de la blessure que je me fis. »
Ainsi du reste. Travaillez donc quand chaque son de la rue vous apporte pour deux jours de souvenirs, de regrets, d'espoir, de crainte ! Suivez donc une idée !
Je vous renouvelle donc ma première question : comment ces messieurs font-ils, au milieu de tout cela, et leurs beaux acrostiches et leurs sublimes distiques? Je n*en sais vraiment rien, pas plus que je ne sais pourquoi ils les font.
Nos pères et nos grands-pères, ont assisté à une longue lutte commencée longtemps avant eux. préparée plus longtemps encore auparavant. C'était la lutte du faible contre le fort, du petit contre le grand, de Topprimé contre Foppresseur. Plusieurs révolutions ont été le produit de cette lutte, dans laquelle les faibles ont été les plus forts* Nous sommes venus au monde pour constater ces résultats et recueillir les fruits de la victoire. Ce n'est pas précisément ici le lieu de considérer quels sont ces fruits, quels sont ces résultats ; d'examiner si les utopies qui ont entraîné nos pères se sont réalisées. Toujours est-il que voici aujourd'hui quelle est la situation de la littérature militaute : cette guerre, mise en train par la philosophie du dix-huitième siècle, lui traçait une marche fort commode à suivre; les philosophes marquaient les arbres à abattre dans la forêt des pr^ugés, comme ils disaient ; ce qui les faisait accuser par une femme d'esprit de débiter des fagots. Puis les moutons venaient à la suite, et chacun donnait son coup de hache plus ou moins fort sur chaque arbre marqué. Et tout le monde détruisait des préjugés, renver-
sait des abus, brisait des jougs, rien de mieux, sans se faire faute, de temps à autre, de frapper à droite et à gauche quelques arbres qui n'avaient pas été marqués : ainsi font d'ordinaire les chasseurs qui ont une licence de chasse dans les forêts de TÉtat : cette licence les autorise à tuer tf les lapins, les lièvres, les oiseaux, les animaux nuisibles, » et ils abusent à Tenvi de cette qualification un peu générale d'animaux nuisibles, en confondant sans scrupule tout chevreuil surpris à brouter les jeunes bourgeons des arbres, tout cerf convaincu d'avoir, en bramant, troublé le silence de la forêt, tout daim soupçonné d'avoir porté atteinte à la paix publique en se battant contre un rival.
Chacun a voulu avoir son abus ou son préjugé tué sous lui; chacun a voulu en appendre les dépouilles à sa maison, comme les fermiers font des belettes et des fouines. Puis il est arrivé aujourd'hui que tout a été détruit, brisé, renversé, et que la pauvre littérature militante s'est partagée en trois corps. Les uns ont continué de frapper les ennemis à terre, et, non contents d'avoir coupé les chênes à la racine, ils les ont hachés au point de les réduire en allumettes. Les autres frappent dans le vide de Tair, espérant toucher par hasard quelque chose en frappant toujours et en frappant partout. La troisième division s'est assise, a posé sa hache émoussée, cherche et attend.
C'est à ceux-ci que je m'adresse.
Votre œuvre est finie, ô redresseurs de torts!
Ce qui gênait trop à droite, vous avez voulu le repousser, vous l'avez jeté trop à gauche; aussi réjouissez-vous et dites hosanna! car vous avez de nouveaux jougs, de nouveaux préjugés. II faut combattre aujourd'hui l'oppression des faibles, la tyrannie des petits, le joug des opprimés ; les forts sont foulés aux pieds, les tyrans gémissent dans un insupportable esclavage, les grands sont dans la
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poussière : ayons pitié d*eux et protégeons-les contre les petits, les faibles et les opprimés.
Aujourd'hui, et peut-être en était-il déjà de même autrefois, tout semble être fait pour les petits.
Les voitures publiques, où Ton ne peut allonger les jambes.
Les fonctions politiques, où l'on ne peut étendre une idée utile, renfermé que l'on est dans la voie de ceux qui marchent devant.
Les portes, auxquelles un homme un peu grand brise sa tête et défonce son chapeau.
Les théâtres, où tous les petits se réunissent contre un homme de cinq pieds sept pouces qui se trouve au parterre, et, malgré ses efforts pour se faire petit, lui crient de s'asseoir quand il est assis depuis longtemps.
La royauté, qui doit avoir les mains à la hauteur des mains de tout le monde, ce qui doit être fort 'ennuyeux.
Nous allons, aujourd'hui, commencer cette réaction dont la nécessité est si évidente ; nous allons donner le signal du combat, risque à combattre seul et à être écrasé : car on peut dire des petits ce qu'un philosophe disait des sots : « Il faut composer avec eux comme avec un ennemi supérieur en nombre. » Si nous étions allé aux colonies, nous n'hésiterions pas à prendre le parti des colons contre les noirs; il y a assez longtemps que ceux-ci servent de prétexte à de longues et lourdes pages contre les infortunés colons. Faute de pis, nous allons élever la voix en faveur des maîtres contre les domestiques.
Notre ennemi, c'est notre maître, a dit la Fontaine. Nous modifierons un peu cet adage pour nous faire une épigraphe, car nous tenons à avoir une épigraphe; c'est un moyen d'apprendre au lecteur et de bien savoir soimême d'où Ton part et où l'on va. Nous dirons donc :
Notre ennemiy c'est notre domestique ; et c'est un ennemi dangereux, car c'est un ennemi intime ; c'est un ennemi qui sait nos secrets, qui connaît nos goûts et nos défauts, qui sait nos chagrins et nos joies, qui sait nos moments de bonne fortune, nos moments de détresse; c'est un ennemi qui couche sous notre toit.
Pour justifier notre épigraphe, nous n'emprunterons pas à la Gazette des Tribunaux les récits plus au moins effrayants de maîtres assassinés par leurs domestiques, de familles entières empoisonnées par une cuisinière. Nous ne rapporterons pas la mort funeste d'un homme trop vanté peut-être, mais homme cependant de mérite et de talent, Paul-Louis Courier. Quelques arguments que nous en pussions tirer, nous abandonnerons ces narrations de cours d'assises pour ne parler que des choses de tous les jours, des choses d'autant plus dangereuses que la loi ne les atteint pas. Qu'est devenu Vancien serviteur dont le type est si répété dans les romans; ce domestique vertueux, sensible et désintéressé, qui pleure des chagrins de ses maîtres, qui pleure de leurs joies, qui pleure en embrassant l'enfant de la maison, qui pleure en conduisant le grand-père au cimetière, qui pleure en suivant la petitefille à l'autel? Où est-il, cet homme qui sans doute suggéra à M. de Honthyon Tidée de ses prix de vertu? lesquels prix de vertu ont peut-être suggéré à quelques-uns Tidée de la vertu, car il serait aussi difficile de déterminer si le premier prix de vertu a été suggéré par une vertu, ou la pretiiière vertu par un prix Honthyon que de décider st le premier œuf est venu d'une poule ou la première poule d'un œuf c'est-à-dire s'il y a eu des vertus avant les prit, des poules avant des œufs.
Où est-il, ce domestique, presque toujours uti vieillard à cheveux blancs, qui, lorsque la fortune de ses tnaîttes
sa.
vient à s'écrouler, pleure eucore pour qu'on lui permette de servir sans gages, et vient, avec des larmes de joie, offrir le résultat de ses petites économies? Où es-tu, domestique?
Faites un essai sur celui que vous avez, quel qu'il soit : refusez-lui une augmentation de gages, et il restera chez vous précisément jusqu^au moment où il trouvera une autre place, et il saisira pour s'en aller le jour où vous donnez à diner, le moment où vous ^tes malade.
Avant de partir, il ne négligera pas une occasion de vous faire du tort, de vous décrier, de vous calomnier; et il trouvera d'autant plus de croyance à ce qu'il lui plaira de dire de vous, qu'il est mieux placé pour savoir.
À très-peu d'exceptions près, tout domestique vole son maître, depuis le niais fraîchement arrivé, qui remplace Teau de Cologne par de Teau, jusqu'au plus fort, qui a des marchés à Tannée avec vos fournisseurs, conduit le public dans votre cabriolet à deux francs Theure, annonce à vos créanciers, moyennant un pot-de-vin, que vous venez de recevoir de l'argent, et que c'est le moment de vous poursuivre.
Procédons avec ordre : commençons par les maîtres d'hôtel. Un maître d'hôtel, placé dans une bonne maison, doit se retirer au bout de dix ans et aller vivre de ses rentes aux BatignoUes. Un mot du prince de Conti vous expliquera parfaitement le maître d'hôtel. On lui conseillait d'en chasser un qui le pillait outre mesure. « Je m'en garderai bien, dit-il, celui-ci est gras, il me faudrait en engraisser un autre. »Le maître d'hôtel est important; mais c'est une importance particulière; il se sent utile, indispensable; il se considère comme savant, il se sait riche; il fait la cour aux servantes de la maison; mais, pour réussir, il compte moins sur ses avantages extérieurs
que sur des promesses de bien-être et d'avenir. Ce n'est plus là rimporlance du valet de chambre, du cocher, du chasseur ; ceux-là sont beaux et frisés, et veulent être aimés pour eux-mêmes.
A propos de valets de chambre, il y a une chose à laquelle nous n'avons jamais pu nous accoutumer entièrement, c'est à entendre donner ce titre de valet de chambre à des hommes des meilleures maisons de France; le valet de chambre du roi réveille toujours Tidée d'un valet.
Le valet de chambre est fat à l'office et dans l'antichambre; hors de la maison, c'est un monsieur. Il porte l'habit bourgeois, et fait des visites dans sa famille, qui s'en trouve forl-honorée; il conduit ses cousines à Tivoli. En parlant de son maître, il dit nou3 : « Nous allons demain à la Chambre; nous étions hier au bois. r>
La femme de chambre porte un chapeau et un cachemire français; elle est nerveuse et petite maîtresse, elle craint les sociétés mêlées. Une femme assez distinguée de Paris, madame la comtesse d'H***, était un jour partie pour la campagne. Assez jolie pour se permettre un caprice, elle s'ennuya le soir, et se fit conduire à l'Opéra. Presque en face d'elle, une femme attirait tous les regards; madame d'H*** fit comme les autres, et la lorgna ; la femme, objet de tant d'attention, avait en effet une mise élégante, riche et distinguée, et madame d'H*** remarqua avec quelque surprise que la robe de l'inconnue ressemblait singulièrement à une robe qu'elle-même avait mise la veille; un cachemire couvrait négligemment ses épaules, madame d'H*** vit avec chagrin que ce châle était entièrement semblable à un châle qu'elle croyait unique et dont elle s'enorgueillissait. Mais je vous laisse à penser quelle fut sa stupéfaction quand Tinconnue, en tournant la tête, luilaissa reconnaître mademoiselle Sophie, sa femme de chambre.
Le véritable type du cocher serait le cocher du roi, ce cocher inamovible qui monte sur son siège, paré et poudré, au moment de partir, en descend quand il est arrivé, abandonnant à des stibaltemes le soin d'atteler et de dételer les chevaux, de sortir et de rentrer la voiture. Le cocher est fort et gros, sa figure doit être impassible; sa voix grave ne se fait presque jamais entendre. Descendons au cocher de maison bourgeoise; celui-ci est un inflexible tyran ; il passe toute la journée dans la cour à laver une bride, la tête couverte d'un foulard, et sifflant tous les airs qu'il connaît; cette apparente nonchalance a un but que le cocher ne perd pas de vue un instant; si on le voyait inoccupé, on pourrait l'employer à quelque aulre chose, à tirer de Teau, à faire une commission, et sa dignité en souffrirait. En général, le cocher boit et boit beaucoup. Du reste, vous ne pouvez sortir que quand il lui plaît; au moment de partir, Talezane boîte, le cheval bai est déferré d'un pied. 11 faut que vous sortiez à pied ou en flacre.
Si vous êtes quelquefois allé vous promener le matin au bois de Boulogne, vous avez joui d'un spectacle assez curieux; une foule de domestiques arrivent de toutes parts montés sur de fort beaux chevaux; ils se saluent, se pressent la main, font piaffer les chevaux comme leurs maîtres feront cinq ou six heures après quand il y aura de la poussière; ils viennent boire le vin blanc, prendre le frais, et fatiguer les chevaux, sous prétexte de leur faire faire une promenade salutaire. En les voyant ainsi gais et insoucieux, il nous est toujours venu à l'esprit que peut-être au même moment, leurs maîtres étaient inquiets des moyens de soutenir le train de letir maison, que peut-être ils voyaient approcher avec chagtin le moment où il faudrait vendre les chevaux pour payer l'aVoitie.
Le chasseur a cinq pieds huit pouces et des moustaches, on rhabille de vert; H. Aguado rhabille de bleu de ciel. Le chasseur tient, par son costume et son attitude, le milieu entre le militaire et le marchand de vulnéraire suisse.
Nous allons quitter les domestiques des grandes maisons pour descendre aux domestiques des maisons bourgeoises, depuis la banne jusqu'à la femme de ménage et au portier de l'étudiant. Mais il faut auparavant mettre en rang le domestique de place. Vous descendez à l'hôtel Meurice ou à quelque autre hôtel en renom, vous trouvez là des domestiques tout prêts qui resteront à votre service pendant le temps que vous séjournerez à Paris; vous partez, les domestiques restent et attendent un autre maître : ils ont un peu l'air de chasseurs à l'affût des oiseaux de passage, que, pour suivre la métaphore, ils plument de bon cœur au risque de les faire un peu crier.
C'est ici que commence le rôle des petites affiches et des bureaux de placement. Le bureau de placement a été inventé par M. Willaume.
On lirait alors sur les murs de Paris des affiches où M. Willaume, en offrant aux célibataires des femmes de tout âge, de toute couleur et de toute fortune, annonçait en post-scriptîim que son secrétaire plaçait des domestiquas.
Depuis, les agences matrimoniales et les bureaux déplacement ont odieusement pullulé. Tous les murs, toutes les maisons, sont salis de leurs petites affiches imprimées à la main ; ce qu'ils ont tous à offrir est tellement identique, que Tun des propriétaires de ces cavernes a imaginé d'envoyer un afficheur chargé seulement de petites bandes où est écrite son adresse ; les afficheurs de ces maisons ont d'ordinaire mission, tout en placardant leurs affiches, d'arracher celles des maisons rivales ; celui-ci laisse subsister
TannoDce des autres, il se contente de se Tapproprier en superposant la bande où est son adresse et en la substituant à celle de ses émules : par ce moyen ingénieux, il fait du tort à ses compétiteurs et s'épargne des frais d'impression.
C'est des bureaux de placement ; c'est de chez H. Brunet, qtii ne fait luire que dans les havies classes de la société le flambeau de Vhyménée; c'est de chez ses émules que sortent les bonnes pour tout faire; elles s'adressent aux petits ménages ; elles font la cuisine, frottent, savonnent, gardent les enfants, vont à la provision, coiffent madame, battent les habits et cirent les bottes de monsieur, le tout pour cent cinquante francs par an de gages convenus ; plus le double environ qu'elles trouvent moyen de voler, de connivence avec Tépicier et la fruitière.
Il y a la bonne de garçon, de vieux garçon ; celle-là est maîtresse dans la maison; le dimanche, son maître lui donne le bras et la conduit au restaurant ; elle fait des économies, et compte que son maître en mourant lui laissera cent écus de rente, plus ce qu'elle enlèvera au moment où il fermera les yeux, car elle aura soin d'écarter les parents et les amis à cette heure suprême, et le pauvre moribond se croira abandonné de gens qui sonnent dix fois par jour à sa porte. Pour plus de détails, nous vous renvoyons à la chanson de M. de Béranger, que Ton est convenu d'appeler notre poëte.
La femme de ménage est vêtue de noir; elle a éprouvé des malheurs, des revers de fortune. Si elle ajoute qu'^Ite n'est pas faite pour servir, vous vous en apercevrez bien, car vous serez horriblement servi ; elle tient aux égards, et emporte la graisse et les bouteilles laissées à moitié pleines. Elle fait les ménages dans trois ou quatre maisons, et colporte dans chacune les affaires et les secrets des autres; elle donne de l'éducation à ses enfants; son fils
est caporal dans un régiment de ligne; sa fille est au Conservatoire.
Il nous reste à parler du portier et de la portière ; et, je Tavouerai, c'est avec une sorte de terreur que j'aborde ce sujet; car ce sont les arbitres de notre destinée, et pour rien au monde je ne voudrais me mettre mal avec eux; cependant :
Ils m'ont fait trop de mal pour en dire du bien.
Ils m* ont fait trop de bien pour en dire tout le mal que fen pourrais dire.
Si vous prenez la femme pour faire votre ménage, l'homme pour cirer vos bottes, c'est un contrat à vie: quand on ne balayerait vos chambres que tous les quinze jours, quand on ne vous monterait vos bottes qu'à midi, quand on ne balayerait pas du tout, quand vous seriez forcé d'aller chercher vos bottes vous-même, quand vous ne pourriez lire votre journal qu'après le portier et les amis du portier, souffrez, mais ne vous fâchez pas avec lui, ne le chassez pas, car alors vous êtes perdu.
Tous les maux de la boite de Pandore vont fondre sur vous. De ce jour vous n'y êtes jamais pour vos amis, mais, en revanche, vous y êtes toujours pour vos parents et vos créanciers; vous ne recevez vos lettres que le troisième jour, mais on vous présente la quittance du propriétaire un quart d'heure après l'échéance du terme ; on ne vous ouvre qu'au cinquième coup de marteau; mais, au premier clou que vous fichez chez vous pour accrocher un cadre, on vous transmet les plaintes de toute la maison, et, si vous l'écidivez, on vous fait donner congé.
Vous croyez respirer et être sauvé : nullement. Vous cherchez un logement : il faut envoyer prendre des informations sur vous dans le logement que vous quittez. Là, on vous arrange de telle sorte, que le propriétaire de votre
nouveau logement vous renvoie votre denier à Dieu, c^està dire votrepièce de cinq francs au portier. Dans votre intérêt, cbers lecteurs, quoi que vous fasse votre portier, armez-vous de patience , caressez son chien , caressez son chat, caressez son enfant, caressez sa femme, donnez-lui des billets de spectacle; faites tout pour conjurer son ressentiment ; ayez toujours le gâteau de miel à la main pour Cerbère. S'il se fâche, humiliez-vous ; s'il vous insulte, payez; s'il vous bat, payez; mais, si vous vous fâchez, vous êtes perdu.
Il n'y a pas moins de soixante mille domestiques à Paris. Les anciens noms que l'on trouve encore aujourd'hui affectés aux domestiques dans les vieilles comédies, Champagne, Picard, etc., désignaient les provinces d'où on les tirait. Aujourd'hui, il en vient de partout. Cependant, l'Alsacien se fait d'ordinaire soldat. Paris fournit également peu de domestiques. Depuis quelques années que le goût des chevaux s'est répandu en France, on recherche, pour les écuries, des domestiques anglais.
Autrefois, il y avait beaucoup de nègres ; le nègre a un peu passé de mode : il est aujourd'hui fifre ou chapeau chinois dans la ligne. A force de prendre, de renvoyer et de reprendre des domestiques, sans en trouver de meilleurs, on a fini par s'en rapporter un peu au hasard. Un homme écrivait dernièrement à un de ses amis à la campagne :a Envoyez-moi UD domestique qui s'appelle Pierre. » Plusieurs jeunes gens de bonnes familles qui ont de riches livrées n'ont rien trouvé de mieux que de prendre des domestiques comme les princes de Peau-d'Ane ^i de Cendrilion prenaient des femmes; ils choisissent le premier domestique qui entre sans faire un pli dans l'habit du précédent : cela évite de grandes dépenses, et ils assurent ne pas s'en trouver plus mal,
Je n'ai pas tout dit : il faut parler aussi des gens qui n'ont pas de domestiques.
Trois et quatre fois heureux, comme dit Virgile, s*ils connaissaient leur bonheur !
Le logis de ces gens-là se remarque à une propreté pleine de coquetterie ; leurs habits sont purs de toute poussière, leurs bottes sont luisantes au dernier degré. Jamais ces gens ne s'impatientent ni ne se mettent en colère ; leur visage offre les apparences de la santé et de Tégalité d'humeur. Quand ils rentrent chez eux, ils sont sûrs d'avance de retrouver leur logis comme ils l'ont laissé ; leurs pantoufles et leur robe de chambre sont sous la main ; ils usent leurs habits et leurs bottes eux-mêmes.
C'est, au résumé, un état fort heureux que celui de domestique, et, à proprement parler, c'est le maître qui est l'esclave, c'est le maître qui travaille pour nourrir, loger et habiller ses gens. S'il veut, de temps à autre, en se donnant certains airs de hauteur, en grondant un peu, reprendre une apparence d* avantage sur les domestiques, ceux-ci savent combien de déboires, de désappointements et d'humiliations il souffre à son tour pour arriver à soutenir le train de sa maison.
Le valet est plus heureux que le maître. Plus heureux qui n'est ni maître ni valet!
Goethe a dit : a On n'est pas heureux si, pour être quelque chose, il faut obéir ou commander. »
H. Ouvrard, enfermé à Sainte-Pélagie pour une dette de trois millions, qui, aux termes de la loi, devait se trouver éteinte à Texpiration delà cinquième année, disait : «Que Ton me donne un moyen de gagner ces trois millions en un moindre espace de temps, et ]e sors dés demain, d C'était un excellent argument contre Temprisonnement pour dettes. La peine infligée par la loi à M. Ouvrard se trouvait être pour lui la meilleure spéculation qu'il pût faire.
Cet argument, légèrement modifié, peut résoudre le problème des difficultés extrêmes que rencontrent les tentations pour Textinction de la mendicité.
Je parle des mendiants de profession. Le mendiant de profession dira : « Donnez-moi un métier qui me rapporte autant avec aussi peu de peine, et je le ferai. »
11 n'y a pas, en effet, un mendiant de profession qui ne gagne par jour trois ou quatre fois ce que peut gagner le meilleur ouvrier, et le mendiant est d'autant plus riche, qu'il s'est placé naturellement en dehors de certaines dépenses de convention que doit faire l'ouvrier. L'ouvrier s'habille convenablement et a un logis proprement meublé, soigné; le mendiant peut se loger pour un sou par nuit, brave le préjugé du linge blanc, et ne s'habille
que pour ne pas avoir à ce sujet de différends avec la police. Il n'a qu*un semblant de culotte, une apparence de souliers, un simulacre de veste; il a donc pour boire, manger et élever honorablement sa famille, quatre ou cinq fois autant d'argent que Fouvrier, qui a quatre ou cinq fois autant de besoins; de sorte qu*i] est huit ou dix fois plus riche. Ceux-là surtout sont riches et bénis du ciel, qui sont assez heureux pour posséder un talent ou une infirmité.
Joueurs de violon ou boiteux.
Sauteurs ou aveugles.
Chanteurs ou manchots.
Jongleurs ou culs-de-jatte.
Avaleurs de sabre ou poitrinaires.
Joueurs de harpe, de clarinette, de guitare ou épileptiques.
Gaudeant bene nati.
Sans parler de ceux qui réunissent, sans honte du cumul, les talents aux infirmités, qui profitent de ce qu'ils n'ont pas de bras pour écrire avec le ventre, etc. . . L'homme qui n'a ni bras ni jambes, seulement une sorte de tête et un ventre, et joue de Torgue de barbarie avec un moignon, est plus riche que vous ni moi ne le serons jamais.
Il vient dans ma cour, plusieurs fois par jour, des chanteurs et des joueurs d'instruments; chacun de ces mendiants emporte une dizaine de sous pour un quart d'heure qu'il exerce ses talents. S'ils travaillent six heures par jour, c'est douze francs que leur vaut chaque journée, cela fait plus de quatre mille francs par an. Il y a prodigieusement de familles d'employés qui vivent avec dix-huit cents francs.
Il n'y a pas si petite table dont il ne tombe des miettes, pas de pauvre homme qui n'ait ses parasites. Il y a des
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gens qui vivent des aumônes des mendiants, et qui vivent fort convenablement de ce métier. Quand un aveugle n*a pas de chien, il se fait conduire par une femme à laquelle il donne vingt sous par jour et la nourriture ; cela vaut soixante francs par mois, bien des soldats retraités vivent avec moins. Moi-même, quand je quittai, à dix-sept ans, la maison paternelle, je vécus pendant quelque temps, avec deux camarades, moyennant soixante francs, que je gagnais en enseignant le latin que je savais, et le grec que je ne savais pas. 11 faut dire que c'était une vie âpre et difficile; que nous allions nous-mêmes chercher Teau à la fontaine, prenant notre rang parmi les porteurs d'eau, et que si notre joyeuse insouciance nous eût permis de faire un relevé exact, le nombre des jours se serait trouvé supérieur à celui des dîners.
Le mendiant vit d'une perpétuelle souscription nationale, semblable à celle que Ton fait quelquefois pour élever de magnifiques tombeaux de marbre aux grands hommes, ou réputés tels, que Ton a laissés mourir de faim.
Au milieu de cette agitation continuelle, de tout ce mouvement que chacun se donne pour gagner sa vie, vie de luttes, d'incertitudes, d'anxiétés, lui seul ne fait rien et reste tranquille au coin de sa borne, au soleil ; tous ces gens qui remuent sont ses esclaves et ses tributaires : ils travaillent pour lui et lui payent une dime.
Un mendiant, en faisant des tours de force et d'équilibre, laissa tomber son enfant et lui cassa une jambe; il le ramassa, et l'embrassa en pleurant de joie, cr Maintenant, dit-il, je n'ai plus aucune inquiétude pour ton avenir, tu as un bon métier dans les mains; que Dieu te soit en aide, et, avec une jambe de moins, tu es sûr de feir« ton chemin, n
Quoique, en ces temps de liberté où Ton voudrait inventer de nouveaux jougs pour avoir le plaisir de les briser, on ait mauvaise grâce à demander des entraves pour aucun genre d'industrie, nous voudrions que Ton obligeât à vivre heureux et riches, dans un asile consacré aux pauvres, certains troncs difformes, certains lépreux, certains lambeaux d'hommes qui semblent corrompre Pair et salir le soleil.
Sur le boulevard, non loin du passage des Variétés, je rencontrai un soir, vers onze heures et demie, une femme d'une trentaine d'années, enveloppée d'un mauvais châle brun, «r Monsieur, me dit-elle en tendant la main, quelque chose pour mon pauvre petit enfant, auquel je ne puis plus donner le sein faute de nourriture. »
Cette femme avait dans la voix quelque chose de si malheureux, que je m'empressai de lui donner quelques secours.
Il y a de cela trois ans.
Avant-hier, j'ai encore rencontré la même femme, qui, toujours enveloppée de son grand châle brun, un peu plus mauvais que la première fois que je la vis, s'avança vers moi et me dit :
— Monsieur, quelque chose pour mon pauvre petit enfant, auquel je ne puis plus donner le sein faute de nourriture.
— ^^ Comment? dis-je dans un accès de naïf étonnement, il tette encore?
La femme me quitta en murmurant.
Pendant l'hiver, j'ai vu, attaché au pied d'un arbre, sur les boulevards, un petit enfant, demi-nu, tout bleu de froid et pleurant.
Cet enfant, à coup sûr, n'avait pas deux ans ; à côté de
lui était une sébile, dans laquelle les passants jetaient leur offrande. ^
Il parait que la spéculation était bonne, car, deux jours après, on rencontrait à chaque instant des enfants à moitié nus attachés au pied des arbres.
Le spéculateur se tenait à Técart, se contentant d'inspecter; ou, si ses moyens lui permettaient d'avoir plusieurs enfants attachés à différents arbres, il se promenait de Tun à Tautre pour veiller à ses intérêts.
On a souvent dit, en parlant du laboureur auquel ses enfants tiennent lieu de garçons de charrue, de faneurs, de moissonneurs, de vendangeurs : Les enfants sont la fortune du pauvre.
Cela s'appliquerait plutôt encore au pauvre mendiant qu'au pauvre laboureur; les pauvres font des enfants, comme d'autres font de la toile : c'est une simple spéculation. Si une femme de mendiant accouchait d'un monstre, on lui dirait : «r Le fruit de vos entrailles est béni. » Ceux qui n'en peuvent faire ont une ressource, ils en louent; c'est un trafic très-connu et très-bien établi. Les enfants se louent plus cher à proportion qu'ils sont plus pâles et plus chétifs, qu'ils paraissent plus malheureux et plus souffrants; on les paye de dix sous à trois francs par jour : pour qu'un enfant rapporte trois francs par jour, il faut qu'il soit presque mort. On fait une remise à ceux qui louent des familles entières, et on donne le treizième par-dessus le marché. Tout cela est horrible.
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