‹ Devant Québec et Rome ou Collection de documents se rapportant au projet de loi pour incorporer les administrateurs de l'Université Laval à Montréal [microforme]Chapitre 51 sur 82 · OUVERTURE DES COURS · texte numérisé non relu

OUVERTURE DES COURS

Allocution de M. l'abbé J. B. Proulx.

L'ouverture des cours de l'Ecole de Médecine de Montréal a eu lieu hier, à l'Hôtel-Dieu, en présence de Mgr Fabre et de toutes les sommités médicales de Montréal.

M. le docteur d’Orsonnens, le doyen de la profession médicale de la province, a prononcé l’allocution d'ouverture.

M. le Dr Durocher a aussi adressé la parole et a été fort applaudi.

(1) Extrait de {a Presse du 6 octobre 1891.

Mgr l’Archevêque Fabre a été religieusement écouté par l'auditoire distingué.

Finalement, M. l’abbé J. B. Proulx a prononcé une allocution que nous pouvons, d’après sténographie, reproduire en entier :

MONSEIGNEUR, MONSIEUR LE PRÉSIDENT, MESSIEURS LES PROFESSEURS ET MESSIEURS LES ELÈVESs.

J'avais décidé de ne pas prendre la parole en cette circonstance ; mais voici que je viens d’être attaqué, deux fois répétées , et un brave ne se laisse pas attaquer sans essayer, au moins, dese défendre. (Rires.)

Je commencerai mes remarques par une parole qui a été prononcée il y a déjà longtemps, deux mille ans passés, par la mère des Gracques. (Rires.) On lui demandait où étaient ses joyaux. ‘‘ Les voici,” ditelle, en montrant ses enfants. On me demande en ce moment des paroles. ‘ Des paroles ! puis-je dire, mais voyez, mais regardez autour de vous ; cette réunion, cette démonstration, ce me semble, parle pour moi assez hautement.” (Applaudissements.)

Toute comparaison, vous le savez, cloche par un côté. Je ne voudrais pas, non, passer pour une matrone romaine. (Rires.) Cependant, autour de moi, je vois réunie tout à coup une si nombreuse famille que je ne puis ne pas me rappeler cette parole de l’Ecriture, laquelle j’appliquerai toutefois plutôt à l’institution qu’à moi-même : D'où vous vient, Ô Jérusa-

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lem, tous ces enfants que, dans votre sein, vous n’avez pas portés ?” (Rires et applaudissements.)

Vous riez, Messieurs, et moi aussi je me réjouis. Tous ensemble, nous nous réjouissons, parce que ce jour fera époque dans la vie universitaire à Montréal. Il est bien calme, certainement ; il passe bien paisible, bien inaperçu. Pourtant, je n’en doute pas, dans vingt-cinq ans on en parlera comme d’une date mémorable dans l’histoire de l’Ecole de Médecine, de même que certains événements fécondsen résultats font date à part dans l’histoire des nations. (Applaudissements.)

Nous nous réjouissons, parce que les professeurs de la Faculté médicale, grâce aux secours pécuniaires que les circonstances aeilleures ne manqueront pas d'apporter, voient s’ouvrir devant eux un champ plus vaste, des horizons plus larges, à la poursuite de ce idéal de perfectionnement que tout homme de science entrevoit dans les aspirations généreuses de ses études et ne cesse de rechercher avec passion. (Applaudissements.)

Nous nous réjouissons, parce que l’union sera utile, surtout à vous, Messieurs les élèves, en mettant à votre disposition l’expérience d’un plus grand nombre d'illustres médecins et de chirurgiens habiles, et en entourant vos études des bienfaits du calme et de la paix ; la concorde, la fraternité, voilà la rosée bienfaisante qui féconde les germes du savoir et les semences du labeur intellectuel. (Applaudissements.)

Nous nous réjouissons, parce que nous entrevoyons dans un avenir rapproché, un accroissement de force

et de prestige pour la noble profession médicale, Messieurs, je suppose qu’il n’y a pas ici, dans cet auditoire, d’avocats ; car avant d'exprimer toute ma pensée, je prendrais une précaution oratoire. (Rires.) A mon avis il n’est pas de profession qui approche davantage du sacerdoce que celle du médecin, non seulement parce que le médecin veille au bien-être d’une moitié de l’homme, de cette partie matérielle qui est l'instrument de ses vertus et, par là, la matière de ses mérites, mais encore, et surtout, parce que, au chevet du malade, il est à portée plus que tout autre de rendre des services inappréciables à son âme immortelle. (Applaudissements.)

Votre honorable président et monsieur le doyen d'âge parmi vos professeurs, viennent de me décerner deux gros compliments. Un compliment, comme dit le proverbe, en attire un autre. Je ne ménagerai pas le mien, la matière est abondante. (Rires.) Voici.

Si j'ai pu réussir à amener l’union, je n'étais pas seul ; car une union en suppose au moins deux (rires) ; dans l'affaire des Ecoles de Médecine, nous étions vingt-deux (rires et applaudissements.) En effet tous, par des voies différentes il est vrai, mais non moins sincèrement, travaillaient pour arriver au même but. Nous l’avons atteint, car tout chemin mène à Rome. (Rires et applaudissements.)

Tous ont su s'élever au-dessus des intérêts du calcul ordinaire des choses de la vie, faisant preuve de cette bonne volonté dont vient de parler Mgr l’Archevêque de Montréal. Je n’en citerai qu’un exemple, lequel en vaudra bien d’autres, je crois. Vous n’ignorez pas

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que, dans le passé, sur quelques petits détails, Monsieur le Président et moi, nous ne nous sommes pas

toujours entendus complètement (rires.) Quand j'ai

appris que M. le docteur Durocher, au milieu d’un

bon nombre de collègues qui auraient pu prétendre à

cet honneur, avait été porté par le vote dela Faculté

au siège de la présidence, j'ai dit : C’est bien ! (Ap-

plaudissements.) Et ce qui est mieux, c’est que depuis je n’ai eu qu’à me féliciter des rapports officiels que j'ai eus avec cet honorable Monsieur ; et, ce qui n’est pas plus mal, je crois pouvoir dire qu’il ne paraît pas être trop mécontent de moi. (Rires et applaudisse-

ments.)

Quant à vous, Messieurs les élèves, il ne m’appartient pas de me donner, auprès de vous, un certificat. Toutefois j’ose espérer que vous trouverez en votre Vice-Recteur un homme aux vues larges, libéral, — pas en politique, je ne me mêle pas de politique (rires),—libéral et indulgent. Dans tous les cas, je suis certain que vous avez en lui un ami sincère et dévoué. (Applaudissements.)

Qu'il me soit permis de féliciter Monsieur le président et Monsieur le docteur d’Orsonnens du tact qu’ils ont su mettre dans leurs paroles, des égards qu'ils ont cru devoir accorder à la circonstance. Nous pouvions craindre d’avoir à marcher sur des rasoirs ; je m’aperçois que, grâce à leur délicatesse et à leur franchise, nous nous avançons sûrement, amicalement, la main dans la main, sur un terrain ferme, vers un avenir brillant. (Applaudissements.)

Je félicite non seulement l'Ecole de Médecine, mais

encore le pays tout entier, de ce que, en présence du corps des professeurs au complet, devant la foule des élèves attentifs, et aux applaudissements unanimes de l’assemblée, le Président ait pu dire : ‘‘ Tous vos professeurs sont chrétiens ; nous ne voulons pas d’autre enseignement que l’enseignement catholique ; la science médicale doit être soutenue, éclairéeet dirigée par la philosophie, la philosophie chrétienne, c’est-àdire la foi.” (Applaudissements redoublés.)

Sous peu, Messieurs, je dois faire mon rapport à Rome, et Rome apprendra avec bonheur, avec allégresse, les paroles si nobles, si généreuses, si catholiquement belles qui viennent de retentir dans cette enceinte. (Applaudissements redoublés.)

Je m'arrête, Messieurs ; cependant je ne reprendrai

pas mon siège sans vous dire que ces espérances de secours monétaires qu'entretient M. le docteur d’Orsonnens, sans aucun doute, seront réalisées, ces appels chaleureux entendus. Il n’y a que dix minutes que le désir a été exprimé, et déjà il vient de se produire un résultat favorable. Mon voisin, qui est un riche curé, me souffle à l’oreïlle qu’il laisse à l'Ecole de Médecine une large part dans ses dispositions testamentaites. (Rires et applaudissements.)

Vous l’entendez, Messieurs, il dit que Saint-Lin est un riche bénifice. (Rires.) C’est peut-être vrai ; mais Sainte- Rose vaut deux fois davantage. Par conséquent, pour chaque mille piastres que donnera le curé de St- Lin-des-Laurentides, le curé de Saïinte-Rose de l'Ile Jésus s'engage à en donner deux mille. Ainsi donc,

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marché conclu, et discours fini. (Applaudissements prolongés.)

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