DOCUMENT N° V
MonTkÉAL, 25 août 1891.
Sa Grandeur Mgr Edouard Chs Fabre, Archevêque de Montréal.
MONSEIGNEUR
Vers la mi-août, je recevais par la poste l’annuaire de l’Université Laval pour l’année universitaire 1891-
En le parcourant, je tombai, à la page 25, sur la note suivante qui renferme tout un monde de surprises.
‘ Depuis le 1er juillet de la présente année 1891, “l'Université Laval n’a pas le droit de faire enseigner ‘la médecine à Montréal. En vertu d’une loi passée ‘à la dernière session de la Législature de Québec, ‘avec l'agrément du Saint-Siège, le titre de Faculté ‘Médicale de l’Université Laval à Montréal a été ‘* donné à l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de ‘ Montréal, qui seule a désormais le contrôle de l’en- “ seignement médical catholique à Montréal, et qui, ‘°en vertu de la loi précitée, s’est adjoint tous les pro- ‘ fesseurs de l’ancienne section Montréalaise de la
‘ Faculté de Médecine de l’Université Laval. Tout ce ‘ qui concerne l’enseignement médical catholique à ‘ Montréal est déterminé par la loi susdite. Voir ‘annuaire spécial publié à Montréal.”
On brûle ses vaisseaux, et, par avance, anticipant toute expérience, virtuellement et implicitement on déclare impossible le fonctionnement de l'Ecole de Médecine comme faculté de l’Université Laval, du moins en ce qui regarde l’uniformité d'enseignement et de règlement.
Pourquoi cet empressement ? Pourquoi ne pas attendre au moins, les bras croisés, les résultats promis ? A-t-on eu peur d’un succès qui ne faisait aucun doute pour le plus grand nombre ?
Veut-on nous ménager des semences de trouble, et offrir un terrain de refuge à certains intérêts privés qui pourraient aimer à se déclarer mécontents ? Chi lo sa ?
Voudrait-on prouver qu’on a été bon prophète en prédisant que la Constitution Jam dudum amènerait des résultats funestes à l’unité universitaire ? Dans ce cas-là, le coup viserait plus haut que nous.
Ou bien, croit-on démontrer à Rome que nous avons fait par notre bill un accroc à la Constitution Jam dudum ? Si réellement accroc il y avait, il n'aurait pas été fait par nous, qui avons tout préparé pour une transition douce et forte, suuviter et fortiter ; mais bien par ceux qui, grâce à une action brusque, viennent de prendre une position tranchée et extrême, inutilement.
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Je disais à Mgr Paquet, je disais à Rome, le 16 février 1891 :
‘ Le bill s'exprime comme suit : Et qu'il soit statué ‘ que la dite Ecole de Médecine et de Chirurgie de ‘ Montréal constituera, à partir du 1er de juillet pro- ‘ chain la Faculté Médicale de Laval à Montréal. Si “ l'Ecole de Médecine a voulu être la Faculté Médi- ‘* cale de Laval, c’est-à-dire une partie intégrante de ‘ l’Université, n’a-t-elle pas accepté, tout naturelle- ‘‘ ment, dans la mesure du possible, selon les exi- ‘ gences des temps et des circonstances, de se régir ‘ d’après les statuts de l’Université ? ”
Comment maintenant poursuivre, avec efficacité, cette politique annoncée solennellement, sincèrement ? Les Messieursde la Faculté Médicale pourraient me dire : ‘ Votre politique, Monsieur le Vice-Recteur, n’est pas soutenue par votre Recteur; mème, on lui a coupé les ailes.”
Je ne demandais que la liberté accordée à Montréal par les Lettres Apostoliques; Québec nous donne quasi l'indépendance pratique. Comme dit le proverbe, c’est là danser plus vite que la musique.
Mais, ce qui me rassure, c’est que, au-dessus des agissements d’une diplomatie pour moi incompréhensible, dominant tous ces modes d’être qui s’effacent et passent, une chose reste, demeure et grandit : l'influence légalisée de l’autorité épiscopale dans l’Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, Faculté Médicale de Laval à Montréal. Et si l’annuaire vient de rendre, vis-à-vis cette institution, presque nulle l’action du Vice-Recteur, il lui reste sontitre de
représentant des Evêques de la Province ecclésiastique de Montréal, et le pouvoir qui en découle, ce qui est accepté bien volontiers par tous, etce qui lui suffit,
Sans protester hautement auprès de Mgr le Recteur de l’Université, afin de ne pas troubler le calme et les douceurs de la paix, je me contente de faire ces quelques remarques, au cas où elles pourraient devenir nécessaires plus tard, à Votre Giandeur età Nosseigneurs les Evêques, vos Suffragants ; et je me souscris avec la plus haute considération.
De Votre Grandeur, Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Prtre, V. R. U. L. M.