L. M. BOSSI — SUR LA REPRODUCTION DE LA MUQUEUSE, ETC
m. Tissu musculaire de la paroi utérine.
Chambre claire. — Grossissement 35 diam. environ.
Fig. 11. — Section d un kyste et d’une portion de tube glandulaire, empruntés à la figure précédente et vus à un plus fort grossissement.
A. Kyste.
B. Portion d’un tube glandulaire obstrué, énormément dilaté, c-c'. Leur épithélium très aplati.
d-dJ . Contenu muqueux, coagulé par les liquides de conservation.
Chambre claire. — Grossissement 110.
Sz/r une nouvelle maladie contagieuse des lapins
Note du D'' JOSEPH SANARELLI.
(Laboratoire de pathologie expérimentale de l’Université de Sienne).
Au commencement de cette année, je fis la nécropsie d’un lapin trouvé mort dans un local où il avait vécu longtemps avec d’autres animaux de son espèce. Il s’agissait d’un lapin adulte, qui avait dû être assez gros et robuste; mais quand il m’a été présenté, il était si maigre que les masses musculaires se montraient extrêmement flasques et atrophiées. Je ne trouvai rien de notable dans les cavités crânienne et abdominale ; la cavité thoracique, au contraire, était le siège d’une lésion intéressant les appareils respiratoire et cardiaque.
Les deux plèvres, recouvertes partout d’une couche épaisse et d’une consistance presque calleuse, renfermaient une grande quantité de liquide sanguinolent. Tous les lobes pulmonaires, entourés et fortement
(1) Atti délia R. Accad. dei Fisiocritici in Siena. Série IV, vol. III, fasc. 9.
SUR UNE NOUVELLE MALADIE CONTAGIEUSE DES LAPINS loi
attachés ensemble par cette même couche calleuse, présentaient une couleur jaunâtre, de la résistance à la compression et une surface irrégulière et presque nodulaire. Sectionnés, ils oftraient une coupe d'un jaune sale et caséeuse, et des cavités des bronchioles faisaient saillie comme de petits bouchons formés d’une substance jaunâtre et parfaitement caséeuse. Cette altération, commune aux deux poumons, n'avait épargné qu’une bien petite zone qui fonctionnait encore quoique très œdématiée et congestionnée. Le péricarde pariétal était complètement remplacé par une couenne très épaisse, jaunâtre et d’une grande consistance, comme celle qui remplissait la plèvre; le péricarde viscéral s’était aussi épaissi et présentait une surface rugueuse et d’un jaune sale. La masse musculaire du cœur était anémique et flasque; dans l’endocarde, il n’y avait rien de remarquable.
L’examen microscopique, à l’état frais, des poumons et de cette couche épaisse qui recouvrait la plèvre et le péricarde, me démontra la présence d’une très grande quantité d’éléments en dégénérescence granulo-graisseuse; celui du sang me faisait voir une augmentation considérable de leucocytes.
Je n’hésitai pas à croire que cette lésion fût de nature parasitaire et je me mis à la recherche des microorganismes avec tous les moyens que je pouvais avoir à ma disposition. Mais, ni les méthodes de Ehrlich et de Ziehl pour les bacilles de la tuberculose, ni celles de Gram, de Lôfïler et de Kühne ne me permirent de découvrir aucune espèce de microbe. Ce ne fut qu’au moyen d’une simple coloration sur les lamelles de verre couvre-objet avec du violet de gentiane et avec une solution concentrée de bleu de méthylène, mais sans décoloration successive, que je pus observer, dans les préparations, une grande quantité de petits bâtonnets dont la plupart étaient plus courts, mais un peu plus épais que les bacilles de la tuberculose. Avec la substance enlevée du poumon, du péricarde, de l’exsudât pleurétique et du sang du cœur, je fis de nombreuses cultures, à plat et en trait, dans les diverses matières nutritives ; j’obtins, dans toutes, à l’exception de celles qui ont été faites avec le sang, le développement de nombreuses colonies parfaitement semblables entre elles.
Dans l’agar-agar glycériné, au 2® jour, elles apparaissaient comme de petites gouttelettes de rosée semblables à celles du diplococcus pneumonique; elles ne dépassaient jamais, même après plusieurs jours, les dimensions d’une tête d’épingle.
J. SANARELLI
Dans la gélatine maintenue à une température basse (18° G.), on n’eut aucun développement.
Dans la gélatine à 10 °/o maintenue à 2.5® G., vers le 2' jour, on commença à observer des colonies ponctiformes à peine sensibles à l’œil nu, et qui, examinées à un grossissement d’environ 100 diamètres, apparaissaient, les profondes, comme de petits amas parfaitement sphériques, réguliers, d’une couleur légèrement brunâtre et finement granulaire, les superficielles, sous la forme d’un corps sphérique et granuleux dont partent, comme d’un centre, plusieurs rayons perpendiculaires semblables à une auréole.
L’accroissement de ces colonies était très lent et il ne continuait pas longtemps. Déjà, après un mois d’incubation, dans les cultures roulées (Esmarch) on n’apercevait plus aucun développement.
Manière de se comporter par rapport aux substauces colorantes.
La coloration de ce microorganisme est d’une difficulté exceptionnelle, car il se décolore facilement sous la plus légère influence d’un liquide décolorant. En outre, non seulement il .se manifeste difficilement par les méthodes les plus usitées en bactériologie, mais il présente aussi une résistance très prononcée à la coloration.
Ainsi, le bleu de méthylène alcalin de Lôffier, qui a une puissance colorante presque générale, ne l’imprègne pas même après plusieurs jours de contact, et il en est de même de la fuchsine alcoolique à l’huile d’aniline (liq. de Weigert) etc.; il n’y a que la fuchsine de Ziehl qui le colore légèrement en rouge; la solution aqueuse concentrée de bleu de méthylène lui fait prendre une couleur bleuâtre, mais peu prononcée. L’unique substance colorante qui puisse convenir c’est le violet de gentiane en solution aqueuse ou bien sous forme de liquide d’Ehrlich, mais on ne peut l’employer qu’en évitant l’usage de tout liquide décolorant, condition sans laquelle la coloration devient impossible.
La coloration n’est pas bien difficile dans les préparations desséchées, surtout quand il s’agit de cultures pures, mais, comme il est facile de le comprendre, il n’en est pas de même pour les tissus : car, pour ceux-ci, l’usage de l’alcool est indispensable; c’est pourquoi je n’ai jamais pu obtenir une bonne coloration des tissus. Ge n’est qu’au moyen du liquide Kühne ou du bleu de méthylène en solution aqueuse, sans l’emploi de l’alcool mais par la dessiccation de la coupe sur la lame
de verre, qu’on peut avoir une préparation un peu démonstrative; cependant ce procédé ne donne pas non plus un résultat bien satisfaisant, parce que les microorganisines ne sont que légèrement colorés et ne conservent pas longtemps la teinte qui va en pâlissant.
Manière de se comporter
par rapport aux substances nutritives artificielles.
Bèveloppement clans Vagar-agar. — Dans les cultures en trait, on observe déjà, après 24 heures, l’apparition de divers petits points à peine sensibles à l’œil nu; mais ce n’est qu’après deux jours de présence dans l’étuve à 37° G. qu’on voit le développement de quelques colonies de microorganismes ronds, poncti formes, transparents et d’un aspect qui rappelle un peu celui du bacille de la morve. L’accroissement de ces colonies en surface est très lent et comme entravé; elles n’ont jamais acquis une grande extension, même après quelques jours, à moins que, par le moyen de l’aiguille de platine, on ne les ait fait confluer, les répandant à la surface du substratum. Dans ce cas, celuici se recouvre d’un léger revêtement transparent et presque incolore, qui ne, devient suffisamment sensible à l’œil nu que par l’examen de la culture à travers la lumière directe. Dans d’autres cas, la surface de l’agar-agar, finement granuleuse, se présente comme disséminée par de nombreuses petites gouttes de rosée qui ne confluent jamais et dont le développement est bientôt arrêté. Dans les cultures par piqûre on n’observe qu’un obscurcissement léger de la partie ensemencée qui reste toujours stationnaire.
Évidemment, la germination et le développement de ce microorganisme dans l’agar-agar sont bien peu prononcés et la durée de sa vitalité n’y est pas bien longue.
Développement dans la gélatine nutritive. — A une température peu élevée (16“ — 18" G.) on ne voit aucune germination; il faut une gélatine à 15 ou 16 et une température d’au moins 22" — 24* G. Dans ces conditions, l’ensemencement par insertion ou inoculation produit un développement très lent et limité à la partie parcourue par l’aiguille, lequel se manifeste par un trouble léger provenant de la présence de fines granulations sphériques qui ne se font jamais confluentes et sont identiques à celles du streptococcus pyogénique. A
J. SANARELLI
la surface de la gélatine, mais seulement près du point d’inoculation, 1 1 on a un développement très circonscrit de la culture sous l’aspect h d'une très légère couche ponctiforme, luisante et grisâtre. Dans l’en- 1 j semencement par piqûre, sur la même gélatine solidifiée oblique- |>i ment, le développement de la culture est plus prononcé que sur tout I : autre substratum. Le long de la partie parcourue par l’aiguille, il se ; forme une pellicule grisâtre superficielle, comme cireuse, qui s’étend ï\ très peu sur les côtés de la partie inoculée, et qui, observée à travers ji | la lumière, présente une réfringence légèrement bleuâtre, comme dans p les cultures du bacille typhique.
Sur la gélatine, comme sur l’agar-agar, le développement des colo- ih nies ne dépasse jamais certaines limites; car, après 5 ou 6 jours d’un ji accroissement lent, mais constant, il cesse complètement. i
Dans la gélatine liquide, maintenue à 37“ G., le développement s’ob- a tient sous l’apparence de flacons blanchâtres qui d’abord se trouvent li en suspension dans le liquide, mais qui tombent bientôt au fond du tt tube où ils se confondent et forment un amas blanchâtre très consistant. Dans les premiers jours, il se forme aussi, à la surface, une h pellicule visqueuse, qui ne tarde pas à tomber au fond du tube, lais- h sant la gélatine parfaitement limpide et transparente.
Cette gélatine, sortie de l’étuve, se solidifie de nouveau dans très {i' peu de temps. |
Quant à la vitalité des cultures faites dans la gélatine, je suis convaincu, d’après mes observations, qu’elle se conserve beaucoup plus ti longtemps que celle des cultures obtenues dans l’agar-agar. i.
Développement dans le sérum sanguin. — C’est le substratum qui ji favorise le plus le développement de ce microorganisme. Déjà après jr 23 heures, dans les cultures maintenues à 37“ G., on voit un commen- i' cernent d’évolution sous forme d’une légère couche grisâtre, granu- j'. leuse et resplendissante, qui s’étend assez bien en surface, mais qui i n’augmente pas d’épaisseur, même après plusieurs jours, et ne prend r: pas un aspect caractéristique.
Le liquide de condensation se trouble vite et contient une grande \: quantité de microorganismes. |
Dans le bouillon et sur les pommes de terre, n’ai jamais pu voir | aucun développement. !
Inocnlatiou chez les aiiimanx.
Je n’ai pu obtenir un résultat positif que chez les lapins.
Les injections sous-cutanées ou intraveineuses ne produisent aucune , conséquence, mais les injections dans la plèvre, dans les poumons et dans la trachée, déterminent presque toujours une affection mortelle, analogue à celle qui a été observée chez l’animal sur lequel on a pris, pour la première fois, le microorganisme.
Les injections dans la plèvre produisent infailliblement la mort, après 7-8 jours environ, avec les altérations anatomo-pathologiques suivantes: ijleurèsie sièro-fibrineuse très prononcée; la cavité des plèvres est ordinairement occupée par une énorme quantité de flacons jaunâtres et par de volumineuses couches fibrineuses adhérant fortement soit au feuillet pariétal, soit au viscéral ; on y trouve aussi une quantité plus ou moins grande de liquide, trouble ou même un peu sanguinolent. Les poumons sont toujours congestionnés. Ces lésions sont assez souvent accompagnées de péricardite ou de péritonite fibrineuse diffuse. Les bacilles caractéristiques se trouvent en très grande quantité dans tous les produits phlegmosiques; ils se montrent rarement dans le sang.
Les injections intrapulmonaires produisent aussi la mort, déjà après 2-3 jours, en déterminant les lésions suivantes : forte péricardite fibrineuse; le cœur se trouve quelquefois caché sous une couche épaisse de fibrine qui présente, à la section, une teinte un peu jaunâtre; pleurésie séro-fibrineuse bilatérale, ordinairement identique à celle qui est provoquée par les injections dans la plèvre; pneumonie d’une bonne partie du poumon correspondant au côté de l’inoculation ; le viscère se présente sous l’aspect d’un corps rouge obscur, compacte, friable ; il est complètement hépatisé. Dans le reste de l’appareil respiratoire on trouve un œdème considérable; mêmes présence et quantité de microorganismes que dans les lésions précédentes.
Les injections dans la trachée ne donnent pas toujours un résultat positif; quand elles causent la mort de l’animal, celle-ci n’arrive qu’après 25-40 jours.
Les altérations sont à peu près identiques à celles que nous venons de décrire, avec la différence que l’induration pulmonaire ne présente plus les caractères de l’hépatisation rouge, mais ceux de l’hépatisation grise et de la caséification. Dans bien des parties du viscère ma-
J. SANARELLI
lade, on trouve, en effet, les preuves évidentes de la dégénération caséeuse, et les bronches sont remplies de productions catarrhales jaunâtres et écumeuses. On observe assez souvent des 'péricardites ou des péritonites concomitantes.
Je n’ai jamais rien trouvé de notable dans les viscères de l’abdomen, ni dans le système nerveux central.
Reclierclies microscopiques.
Le caractère le plus intéressant de ce nouveau microorganisme est évidemment son action élective bien prononcée sur les organes respiratoires , ce qui m’a porté à faire un examen systématique des lésions que j’y ai rencontrées.
Les portions de poumon durcies dans l’alcool ou dans le liquide de Flemming, étaient sectionnées dans la paraffine et ensuite colorées par le carmin, par la safranine et par le liquide d’Ehrlich (méthode Bizzozero).
Tout le processus pathologique qui se développe dans les poumons présente, comme la broncho-pneumonie croupale de l’homme, les trois périodes de l’engorgement inflammatoire, de l’hépatisation rouge et de l’hépatisation grise, auxquelles vient ensuite s’ajouter celle de la transformation caséeuse.
Dans les coupes faites dans un poumon à l’état de simple engorgement sanguin, les cloisons des alvéoles et des parois bronchiques sont fortement imbibées et infiltrées par des cellules migratrices, les vaisseaux sanguins, tout à fait remplis, sont le siège d’une hyperhémie congestive très considérable.
Dans les premières phases de l’hépatisation rouge, le tissu pulmonaire est transformé en un volumineux amas de sang, et les coupes ne démontrent que de larges couches de corpuscules rouges, parmi lesquels on observe çà et là beaucoup de microorganismes disposés ordinairement par groupes isolés en quantité innombrable. Dans les points hémorrhagiques les plus prononcés, on ne reconnaît plus aucun élément du tissu pulmonaire.
Quand la lésion ne produit pas si vite la mort, c’est-à-dire quand elle a été provoquée, non pas par les inoculations parenchymateuses, mais par les trachéales, il est très probable qu’il n’y a pas une si grande infiltration hémorrhagique et que les altérations anatomiques se font plutôt par degrés.
Dans ce cas, les coupes d’un poumon, qui offre les caractères mitcroscopiques de l’hépatisation grise, présentent, comme fait principal, lune infiltration leucocytique d'une intensité extraordinaire, qui a en- !vahi tout le tissu pulmonaire.
Il est à noter que cette infiltration est beaucoup plus prononcée [près de la surface de la plèvre que dans les parties centrales du poumon. Les zones qui sont le siège de la plus forte infiltration n’offrent plus aucune trace de tissu pulmonaire; les parois des alvéoles ont complètement disparu, et elles ont été remplacées par une couche de leucocytes sur laquelle on voit partout des points où ces cellules «se trouvent entassées en plus grande quantité, ou bien la section d’une petite bronche pleine d’exsudat catarrhal.
A mesure que nous nous approchons des parties internes du viscère,
: quoique l’infiltration ne semble pas diminuer, nous commençons ce- : pendant à trouver des traces de la primitive structure alvéolaire de i l'organe dans les résidus des parois interalvéolaires. Ces parois sont d’abord assez rares ; elles sont disposées très irrégulièrement et presque cachées au milieu de l’énorme quantité de leucocytes; mais elles deviennent graduellement toujours plus apparentes et finissent par se présenter nettement dans toute leur intégrité, et, quand nous arrivons à une zone plus éloignée encore de la périphérie, nous y retrouvons, dans son état normal, la structure propre du tissu pulmonaire.
Ici, l’intérieur des alvéoles est occupé par un abondant exsudât, consistant en éléments cellulaires de diverse apparence, souvent mêlés avec une certaine quantité de fibrine.
Dans les périodes beaucoup plus avancées, c’est-à-dire quand le poumon présente la transformation caséeuse, l’examen microscopique démontre ce qui suit: la structure alvéolaire du poumon a presque complètement disparu dans la plus grande partie de ce viscère; dans plusieurs zones, on observe encore des infiltrations parvicellulaires typiques, mais, dans leurs parties les plus centrales, les éléments qui les forment sont dans un état de dégénérescence granulo-graisseuse très avancée; les parties qui n’ont pas subi cette altération présentent le développement de nouvelles cellules formatrices qui, partant en grande quantité des tissus périvarsculaire, péribronchique et interlobulaire, vont constituer du tissu connectif au milieu duquel se trouve an grand nombre de cellules géantes polynucléées.
Les coupes bronchiales se montrent comme bouchées par un détritus granuleux compact; les vaisseaux sont encore dilatés et pleins d’élé-
J. SANARELLI
ments sanguins, ce qui explique la néoformation connective qui serait ; précisément due à la persistance de la circulation et, partant, à la| bonne nutrition du tissu. ;
Quant aux rapports entre les microorganismes et les diverses alté- i rations du tissu pulmonaire, les résultats de mes recherches, pratiquées? avec tous les divers moyens de coloration qui pussent servir à les mettre le mieux en évidence, m’ont démontré que si, pendant les pre- |i mières périodes du processus pathologique, ils se trouvent répandus en quantité innombrable dans tout le tissu pulmonaire, ils vont au contraire en diminuant graduellement quand la transformation caséeuse du poumon se manifeste; ils sont cependant toujours en si i: grand nombre, que, par un ensemencement au moyen de la pointe! d’une fine aiguille de platine, on peut obtenir, dans les cultures, d’a-| boudantes colonies typiques à l’état de pureté absolue. |
Tels sont les principaux résultats de mes études, que j’ai entreprises, |i non seulement parce que je désirais connaître la biologie d’un microor-l ganisme pathogène que, déjà, de prime abord, j’avais trouvé bien dif-[ férent de tous ceux qu’on avait décrits jusqu’ici, mais surtout parce» que la nécropsie du premier animal qui avait attiré mon attention a | été suivie de plusieurs autres qu’on pratiqua successivement à de , courts intervalles, dans notre laboratoire, pendant l’année courante. ) .Je n’ai pas encore pu découvrir l’origine de cette nouvelle épizootie! qui a produit une si forte mortalité parmi nos lapins. Avant, je n’avais l jamais rien observé de semblable. Il faut cependant noter que cesj animaux se trouvaient dans une grande salle bien aérée, que nous avons j dû abandonner, au commencement de cette année, et que nous avons j remplacée par une vaste pièce mal illuminée, appartenant à l’hôpital voisin, pièce qui n’avait plus été employée depuis longtemps. Le clapier fut reconstruit avec des matériaux tout à fait nouveaux, et le plan-ji cher recouvert d’une forte couche de tourbe dont on s’était pourvu i tout récemment. Les lapins qu’on y tenait renfermiés lors de la mort de la première victime de cette infection, étaient, en grande partie,' de ceux qui avaient vécu plusieurs mois dans l’autre local et parmi i lesquels on n’avait jamais vu aucun cas de mort spontanée. Deux ou trois seulement étaient nouveaux et je les avais transportés moi-même ! de la campagne où ils avaient été très longtemps sous ma surveil- '
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lance, comme objets de recherches spéciales que je désirais continuer à mon retour au laboratoire. J’ai observé, d’autre part, que cette infection, même acquise spontanément, produisait la mort en peu de temps. Ayant transporté quelques lapins dans une petite chambre contiguë au laboratoire, où nous avions toujours eu l’habitude de tenir les animaux en observation, cette maladie s’y développa d’une manière si violente et si persistante, qu’il était impossible de laisser longtemps les animaux dans cette pièce, auparavant très saine, sans qu’ils succombassent à la contagion.
J’ai constaté bien des fois que même les lapins acquis tout récemment et aussitôt renfermés dans ce local, y mouraient d’infection et très souvent déjà après 30-40 jours, période de temps à peu près égale à celle qui précède la mort après les inoculations trachéales des cultures.
Tout ceci viendrait confirmer l’opinion que l’infection n’aurait pas été importée dans notre laboratoire par les animaux qui étaient en observation depuis un plus long temps, mais qu’il faudrait peut-être en chercher la cause dans le nouveau local qui a servi de demeure aux lapins, ou dans les aliments de ces animaux, ou encore, ce qui est moins probable, dans la tourbe employée comme litière.
Nous n’avons là que des conjectures, et nous n’aurons probablement rien de plus, parce que, en avançant dans la bonne saison et en recourant à des mesures prophilactiques communes, nous avons vu s’éteindre cette épizootie, et par conséquent nous n’avons pu continuer nos observations.
Mais il est un fait bien établi: c’est qu’il existe une nouvelle maladie chez les lapins, maladie qui se communique parmi eux évidemment par inhalation et qui se localise dans l’appareil respiratoire, ainsi que dans les séreuses voisines, déterminant des lésions qui présentent beaucoup d’analogie avec certaines formes qu’on observe aussi chez l’homme.
Contribution à ïétude de la biologie du bacille de ïœdème malin
Note préventive du D>' R. PENZO.
Nos connaissances sur la biologie du bacille de l’œdème sont trèsB restreintes; elles se trouvent, en grande partie, éparses dans la litté-|i rature et elles ont été acquises dans des temps où la technique bacté- 1 riologique, pour ce qui regarde l’étude des anaérobies, était bien loin du degré de perfection qu’elle a acquis de nos jours. |
C’est pourquoi, il m’a semblé qu’il n’était pas hors de propos dei reprendre l’étude de cette question pour contrôler et élargir, s’il était possible, nos connaissances à ce sujet. i
Avant de rapporter le résumé des résultats de mes recherches, ré-L sultats en partie nouveaux — motif pour lequel je çrois opportun dea publier cette note avant de faire paraître le travail complet — j’avertist que, pour ce qui regarde la technique, j’ai toujours suivi la méthode |r de Gruber (2) combinée avec celle de Fraenkel(3); de plus j’ai eu la' précaution de maintenir, dans tous les récipients de culture, une égalel pression d’hydrogène pur raréfié, et de fermer directement ces der-l niers à la lampe, au lieu de me servir de bouchons de gomme enduits il de paraffine.
J’ai été amené à la première modification après avoir observé qu’une plus ou moins grande pression d’hydrogène influe en retardant ou en; accélérant le développement du bacille; il m’a semblé, d’ailleurs, qu’il|
(1) Travail exécuté dans le Laboratoire de Pathologie générale de TUniversitO de Turin. J’adresse ici mes remerciements au D'' Bordoni-UfFreduzzi, pour les sages i conseils qu’il m’a prodigués au cours de ces recherches.
(2) Max Gruber, Fine Méthode der Cultur anaërohischer Bactérien {Central\ blatt f Bactériologie und Parassitenkunde, 1887, vol. I).
(3) G. Fraenkel, Grundriss der Bakterienkunde, 3" édit., Berlin, 1890.
CONTRIBUTION A l’ÈTUDE DE LA BIOLOGIE, ETC. 19i
était rationnel de maintenir, pour toutes les cultures, une même pression initiale, éliminant ainsi, pour plus tard, une cause d’erreur dans la comparaison des résultats. Toutes mes cultures furent faites dans des milieux d’hydrogène pur et raréfié, au point que le manomètre annexé à la pompe pneumatique (Alvergniat) marquait cm. 10 audessus de 0.
j Je regarde la fermeture des tubes à la lampe comme véritablement j nécessaire : en effet, tandis que, dans les premières recherches, faites I en suivant exactement la méthode de Fraenkel, le développement du I bacille n’avait lieu que difficilement et jamais à la surface des ter- ; rains de culture, lorsque j’eus adopté la fermeture à la lampe j’ob- ; tins un riche développement du bacille, même à la surface des milieux de culture, ce qui démontre l’insuffisance de la fermeture proposée par Fraenkel.
Pour assurer la fermeture hermétique de la cloche contenant les cultures isolantes sur plaques, je me servais d’un petit bassin (voir la fig. schématique) dans lequel, après y avoir mis la cloche , je versais une épaisse couche de paraffine et, au-dessus de celle-ci , une couche d’huile de vaseline, qui en assuraient inférieurement la fermeture.
Avec un manchon de gomme j’entourais ensuite l’unique tubulure située au sommet de la cloche, et je versais aussi, à l’intérieur du manchon de gomme, une épaisse couche de paraffine et une d’huile de vaseline qui garantissaient ainsi luent, du bouchon de gomme.
Le bacille de l’œdème malin, dans les plaques en agar-agar à -|-37°, donne déjà lieu, après 8-10 heures, à un développement de petites colonies, dont les plus superficielles, punctiformes, d’un blanc opalin, d’aspect humide, s’entourent bientôt d’un halo délicat, également opalin, à bords in'égulièrement déchiquetés. Au bout de 20-30 heures, le développement est complet, et les colonies apparaissent, à l’examen microsco-
à) couche de paraffine.
b) couche d’huile de vaseline.
c) manchon de gomme.
la fermeture, imparfaite autre-
R. PENZO
pique (obj. 4, ocul. 3 Hartnack), constituées d’un entrelacement serré de filaments finement granuleux, réunis çà et là en petits amas. Dans les colonies profondes et bien développées, la production de gaz déter- i mine la formation d’une bulle lenticulaire.
Dans les plaques en gélatine à la température ambiante, le déve- ■ loppement n'a lieu qu’au bout de 36-48 heures. Les colonies se pré- ; sentent d’abord avec les mêmes caractères, à peu près, que celles qui sont en agar-agar, mais elles fiuidifient de suite la gélatine.
Dans les cultures par piqûre en gélatine (temp. -\-iS° à +22*), le . développement se manifeste, après une trentaine d’heures, par un trouble pulvérulent de la partie supérieure de la strie d’inoculation ; aussitôt après, suit la fluidification de la gélatine, et la culture prend l’aspect d’une nubécule conique, avec la base à la surface de la gélatine et le sommet arrondi, en bas. A mesure que le développement progresse, il y a augmentation dans les dimensions, spécialement dans la hauteur, du cône de gélatine liquéfiée ; on voit nager, dans celle-ci, de petits flocons blanchâtres et se développer de petites bulles de gaz. Dans un stade plus avancé, les couches superficielles de la gélatine s’éclaircissent, tandis que, vers le bas, il s’amasse un dépôt blanchâtre floconneux, en partie aussi pulvérulent.
La sporification commence seulement 6-8 jours après l’ensemencement et procède lentement.
En agar-agar à +37°, dans les cultures par piqûre, le développement a lieu déjà après 6-8 heures. Ici encore il commence sous l’aspect d’un trouble finement granuleux, blanchâtre, de la strie d’inoculation, trouble qui, bientôt, s’étend latéralement, avec des bords festonnés. Après 12-18 heures, le long de la strie d’inoculation se développent de petites bulles de gaz, qui augmentent rapidement de volume et fendent l’agar-agar dans toutes les directions. Ce développement de gaz est si abondant, qu’il pousse, vers la partie supérieure du tube de culture, des couches même épaisses d’agar-agar, tandis que, vers le fond, il s’amasse une notable quantité de liquide de condensation trouble blanchâtre.
Après 48-60 heures la sporification est bien commencée et procède rapidement. I
Sur l’agar-agar disposée en bec de clarinette, les stries tracées par I l’anse de platine apparaissent bien vite blanchâtres, par suite du dé- I veloppement de petites colonies, ayant les caractères de celles qui ont été décrites à la superficie des plaques en agar-agar.
CONTRIBUTION A l’ÊTUDE DE LA BIOLOGIE, ETC.
Après 24-36 heures, toute la surface de l’agar-agar est couverte d’un mince voile blanc opalin, résultant de la fusion des halos qui entourent les différentes colonies.
En ajoutant à l’agar-agar ordinaire le formiate de sodium, ou mieux, le sulfo-indigotate de soude dans les proportions indiquées par Kitasato et Weyl (1), on a un terrain de culture dans lequel le bacille, inoculé par piqûre, se développe assez bien; jamais autant, cependant, que dans les tubes préparés avec la méthode que j’ai suivie dans ces recherches.
En bouillon, il se développe aussi très bien à la température de -f-37°. Il y a d’abord un trouble diffus du liquide, accompagné de petites bulles de gaz ; deux ou trois jours après l’ensemencement, le liquide s’éclaircit et, au fond du récipient, s’amasse un dépôt blanchâtre légèrement floconneux. A cette époque la culture est presque complètement sporifîée.
Inoculé à la surface des pommes de terre, le bacille se développe rapidement à la température du thermostat, mais ces cultures n’ont rien de bien caractéristique, le bacille ne produisant qu’un léger obscurcissement de la surface luisante de la pomme de terre.
Le développement abondant de gaz ayant une odeur de fromage putréfié est caractéristique des cultures du bacille de l’oedème, quel que soit le milieu.
La température la plus favorable à son développement oscille entre +370 et -|-39'’ ; à cette température, il élabore une plus grande quantité de matériel toxique que lorsqu’il est cultivé à une température plus basse. Il ne se développe pas au-dessous de -[-16°.
Cultivé en bouillon ou en gélatine, le bacille se réunit souvent en longs filaments, tandis que ceci se produit rarement et d’une manière beaucoup moins accentuée dans les cultures en agar-agar et sur les pommes de terre.
Il se colore bien avec toutes les méthodes ordinaires, y compris celle de Gram.
Quand le bacille donne lieu à la formation de l’unique spore, il devient plus gros à une extrémité, et, sur celle-ci, apparaît, peu après, la spore, ovoïdale et réfractant fortement la lumière. La double coloration du bacille sporiflé s’obtient facilement et bien avec la fuchsine
(1) S. Kitasato, Th. Weyl, Zut Kenntniss der Anaëroben (Zeitschrift f Hygiène, vol. VllI, fasc. 1).
A.rchives italiennes de Biolofjie. — Tome XYI.
R. PENZO
Ziehl et le bleu de méthylène en solution aqueuse: les spores se colorent en rouge et le bacille en bleu tendant au violet.
Les spores sont très résistantes: elles ne meurent pas alors même qu’elles sont exposées pendant 10 minutes à la vapeur d’eau bouillante (+99« environ) ; lorsqu’elles ont été desséchées, elles se développent encore après avoir été exposées pendant plus de 20 heures à la lumière solaire directe, dont 12 consécutives.
Le bacille de l’œdème malin en culture pure, s’il est cultivé rigoureusement en dehors du contact de l’oxygène, conserve longtemps toutes ses propriétés; je le conserve à la 67® génération avec les mêmes propriétés qu’il avait dans la première culture.
J’ai pu constater, pour le bacille de l’œdème malin, le même fait que Vaillard et Vincent (1) ont déjà observé pour celui du tétanos, à savoir: que la culture pure du bacille, injectée chez les animaux, les tue seulement par effet des poisons déjà formés dans la culture et qui sont introduits en même temps que les microorganismes; en effet, d’un côté, de petites doses de culture pure ne sont pas pathogènes, et, de l’autre, au point d’inoculation chez les animaux morts par injections de fortes doses, il n’est pas donné de démontrer une multiplication des bacilles inoculés; l’examen de la région inoculée, fait en diverses périodes consécutives à l’inoculation, montre même une diminution considérable et rapide dans le nombre des bacilles. Chez les animaux morts à la suite d’inoculation de fortes doses de culture pure, manque complètement l’ensemble des caractères anatomo-pathologiques (œdème et développement de gaz dans le connectif sous-cutané) que l'on rencontre, d/ordinaire, chez les animaux morts à la suite de l’inoculation sous-cutanée de terre de jardin.
La quantité, relativement énorme (4-6 cmc.), de culture pure, nécessaire pour tuer un cobaye, nous démontre que les produits de ce bacille, en culture pure, ne sont pas doués du haut degré de toxicité qui a été reconnue dans les produits d’autres bacilles.
Si, au contraire, on mêle la même culture pure de bacille de l’œdème malin avec celle du bacülus prodigiosus (2) ou du proteus vul-
(1) L. Vaillard et H. Vincent, Contribution à Vétude du tétanos {Annales de l'Institut Pasteur^ 1891, n. 1).
(2) Roger, Quelques eff'ets des associations microbiennes {Comptes-rendus de la j Société d.e Biologie^ 1889, p. 35).