CHAPITRE III
CAUSES DE l’insuffisance DES TRAVAUX PHILOSOPHIQUES ENTREPRIS DEPUIS KANT. — CRITÉRIUMS ABSOLUS DU VRAI ET DU BIEN. — PRINCIPES DE LA DOCTRINE DE LA RÉALITÉ DE L’ABSOLU. — BUTS DIRECTS ET ABSOLUS DES ACTIONS HUMAINES. — ANTINOMIE SOCIALE ACTUELLE. — DROIT DE LA VÉRITÉ. — CRÉATION PROPRE : ^BUT FINAL DE L’HUMANITÉ.
Le manque de succès des travaux entrepris, déjà dans la dernière transition, pour réaliser l’absolu , depuis Kant , ou du moins depuis Jacobi jusqu’à Hégel, vient évidemment de ce que ces travaux n’allaient pas au delà du monde même dans lequel nous vivons et nommément qu’ils n’allaient que jus-, qu’aux éléments ou aux choses qui le composent. Car, il est clair, ce nous semble, que l’absolu, comme principe créateur du monde, ne peut s’y manifester que par une espèce de réflexion, et c’est aussi pour-
ces travaux out obtenu quebjues aperçus brillants; il est clair de plus que c’est au delà de ce monde que doit se trouver la véritable essence de l’absolu, et que c’est là seulement qu’on peut la découvrir. En effet, comme nous venons de le prouver, Jacobi, Reinhold Schulze et Fichte s’attachent aux seuls éléments isolés du monde, l’être et le savoir ; Bouterweck et Bardili ne voient encore que leur relation réciproque ; et enfin, Schelling, Spinoza et Hégel, ne remontent pas au delà du caractère des choses qui proviennent de ces éléments, et qui composent le monde présent. Il faut donc franchir les bornes de ce monde, et nous avons déjà la garantie de le pouvoir, pour arriver à l’essence de l’absolu-, et, par là, à la réalité dans notre existence, et au salut définitif de l’humanité.
Que ferions-nous, en effet, sans ce dernier pas, qui doit atteindre le terme où nous entraîne toute notre existence? — D’une part, pour ce qui concerne nos spéculations, ayant reconnu incontestablement la suprématie de l’absolu, demeurerions-nous éternellement à former des systèmes qui, comme nous l’avons vu plus haut, n’auraient de valeur positive que pour servir de modèles ou de schémas aux recherches de l’absolu, ssms pouvoir jamais aborder ces recherches elles-mêmes? D’ailleurs, ces systèmes eux-raêraes sont déjà épuisés, comme nous venons de le prouver; et il ne resterait proprement qu’à les perfeetionnçr dans leur forme logique. Nous n’aurions donc ainsi
que des modèles, parfaits à la vérité, pour la recherche de l’absolu ; et nous ne pourrions et ne devrions raisonnablement jamais aborder cette recherche • elle-même; ce qui, sans parler de l’inconséquence, ou même de l’absurdité de cet état de nos spéculations, serait, sans contredit, la preuve d’une nullité effrayante de notre Raison et, par conséquent, de notre existence elle-même, — De l’autre part, pour ce qui concerne nos actions, ayant reconnu aussi incontestablement que les quatre buts de l’humanité qui ont dominé successivement dans les quatre périodes précédentes, ne sont fixés et donnés que par la finalité du monde, et non par notre propre Raison, continuerions'-nous à pbiirsuivre ces buts purement relatifs à quelques vues étrangères, nous qui, convaincus aujourd’hui de la suprématie de l’absolu, ne devons plus et ne pouvons raisonnablement avoir d’autre but que celui fixé par nous-mêmes en vue de l’absolu? D’ailleurs , ces quatre buts relatifs sont déjà atteints par l’humanité; et nous ne pourrions plus qu’en perfectionner le développement, en reprenant, tour à tour, leur domination respective. Nous agirions donc encore dans la vue constante d’arriver à quelque terme absolu proposé ainsi nécessairement par la finalité du monde, sans pouvoir jamais arriver jusqu’à ce terme, ou même sans pouvoir nous en approcher, parce que nous ne sortirions jamais du cercle rélatif et fini où nous serions retenus. Cet état de nos actions, sans
parler également de son inconséquence et même de son absurdité, serait une nouvelle preuve de la nul- . lité de notre Raison, et du néant de notre existence.
Heureusement pour l'humanité, cette effroyable position ne pourra être reconnue clairement que lorsqu’elle en sera déjà sortie; et cela précisément moyennant la connaissance de l’absolu, dont l’absence est ici la cause de ce manque de toute réalité. Cependant, par la seule tendance vers l’absolu, établie déjà complètement, ce manque de toute réalité dans notre existence est déjà senti vivement; et nous sommes forcés malgré nous ou plutôt pour la première fois, nous nous déterminons d^à nous-mêmes à faire le dernier pas de l’humanité, à réaliser l’absolu.
Passons dçnc à cette haute réalisation, terme de toutes nos espérances. — Mais, avant tout, pour bien fixer notre problème, observons que, suivant l’idéal développé dans notre tendance suprême, l’absolu est CE QUI A LIEU PAR SOI-MÊME, OU, autrement, ce qui a EN SOI-MÉME LA CONDITION DE SA RÉALITÉ. — C’est là
l’idéal qu’il s’agit de réaliser.
Le moyen direct et définitif pour atteindre ce grand but, consiste, sans contredit, à découvrir l’essence
même de l’absolu, qui satisferait à ce sublime idéal. Car, suivant ce que nous venons de voii , nous trouverions, dans cette essence, la condition de sa propre réalité ; et, parla même, la réalisation en question serait opérée absolument, c’est-à-dire, par soi-même. Mais, ' sans en venir encore à cette intime essence de l’absolu , nous pouvons d’abord fixer purement et simplement la réalité seule de l’absolu, et opérer ainsi sa réalisation, au moins relativement à nous. Car, cette réalité se trouvant bien établie, nous en déduirions naturellement, et peut-être même facilement, la réalité de nos spéculations, c’est-à-dire, le Vrai, et la réalité de nos actions, c’est-à-dire, le Bien. Et alors, nos recherches spéculatives et nos occupations pratiques nous conduiraient infailliblement vers notre dernier terme, vers l’essence intime de l’absolu, où nous trouverions définitivement la réalisation absolue ou par soi-même de notre suprême idéal.
11 se présente donc, pour la réalisation de l’absolu, deux degrés successifs ; le premier, où il suffit de fixer simplement la réalité seule de l’absolu , et le dernier, où il faut fixer son essence intime elle-même. La première de ces réalisations tle l’absolu est purement relative à nous ; la dernière est absolue ou par soi-même. — Ainsi, l’ère historique où l’humanité doit enfin réaliser l’absolu, présente également deux périodes : dans la première dominera la réalité seule de l’absolu, et dans la dernière dominera l’ab-
25 WP.ONSKI.
solu lui-mème. Et, suivaat cette marche naturelle de l’humauité, nous allons ouvrir d’abord la première période de cette nouvelle ère historique, en fixant ici définitivement la réalité de l'absolu.
L’initiative de cette réalité se trouve déjà opérée par la garantie que nous avons reconnue plus haut dans la tendance vers l’absolu pour la découverte de l’absolu lui-même.
Nous avons vu, en effet, que cette tendance implique nécessairement la présence en nous d’une faculté supérieure , capable de reconnaître l’essence intime de l’absolu ; et, par contre-coup, l’existence de cette faculté suppose ou postule nécessairement au moins la possibilité, de l’existence de ce dernier. Cette initiative de l’établissement de la réalité de l’absolu, est, déjà de la plus haute importance ; parce que, comme nous le verrons dans l’instant, elle fournit le critérium absolu de la vérité.
Mais, pour compléter l’établissement de la réalité de l'absolu, il faut joindre à la possibilité de son existence, déduite de notre faculté de le connaître, la preuve de l’effectivité même de cette existence de l’absolu ; et cette preuve,, que nous donnerons dans la suite, formera évidemment, avec la garantie précédente, les véritables et suffisants fondements de la réalité de l’absolu, qu’il s’agit de fixer. D’ailleurs, cette preuve de l’effectivité de l’absolu, ou même de celle de sa nécessité, que nous donnerons également.
uous fournira, comme complément de la garantie précédente, le second critérium absolu, celui de la réalité des objets de nos connaissances, et par conséquent de la réalité de nos actions extérieures ou du Bien.
En effet, les deux critériums absolus que nous venons de nommer, dérivent respectivement de la faculté de connaître l’absolu, et de l’effectivité de ce dernier; comme nous allons le voir. D’abord, la faculté supérieure capable de reconnaître l’absolu, doit, à certains égards, participer déjà de son essence : elle doit donc, comme lui, être libre de tout mécanisme, ou de toute condition étrangère à elle-même ; et cette liberté absolue ou plutôt cette inconditionalité de la faculté supérieure don! il s’agit, c’est-à-dire, de la Raison , est évidemment le critérium absolu de la réalité de ses fonctions et, par là même, de la connaissance du Vrai. Ensuite, reffeclivité de l’exislence de l’absolu, prouve immédiatement la réalité des objets de nos connaissances, parce que, comme étant par soi-même, ou comme ayant en sôi-même la condition de sa réalité, l’absolu est évidemment différent de nous-mêmes, ou de notre existence, qui n’implique point cette sublime essence d’une propre réalité; de sorte que cette réalité objective devient évidemment le critérium absolu de la réalité de nos actions extérieures qui doivent être étrangères à nous-mêmes, ou à notre propre existence, c’est-à-dire, le critérium absolu du Bien.
Il faut remarquer ici que ces deux critériums absolus, du Vrai et du Bien,* dérivés de la seule réalité de l’absoiu, peuvent être amenés facilement, des régions supérieures où ils se trouvent encore, dans le monde où nous vivons sous les conditions générales du temps, en leur donnant une détermination ultérieure dépendante de ces conditions mondaines. D’abord, sous ces conditions du temps, la liberté ou l’inconditionalité de la Raison, formant le critérium absolu du Vrai, ne peut avoir lieu ou ne peut être conçue que dans l’indépendance de tout temps déterminé, ou ce qui est la même chose, dans la présence en tous les temps, .\insi, cette présence dans tous les temps, qui est notoirement le schéma de la nécessité, ou plutôt cette nécessité elle-même attachée aux objets de nos connaissances, sera, sous les conditions du temps, une détermination positive de l’incoiiditionalité de la Raison, formant le critérium absolu du Vrai. Ensuite, sous ces mêmes conditions, la réalité de nos actions extérieures , consistant dans leur indépendance de notre propre existence, et formant ainsi le critérium absolu du Bien, ne peut avoir lieu ou ne peut être conçue précisément que dans l’indépendance de toutes les conditions du temps sous lesquelles a lieu notre propre existence. Ainsi, cette indépendance de nos actions de toutes les conditions du temps, qui est le schéma de la légalité de ces actions, c’est-à-dire, de leur susceptibilité de cons-
tituer des lois, ou plutôt cette légalité elle-même sera, sous les conditions du temps, une détermination négative de la réalité de nos actions, formant le critérium absolu du Bien.
On conçoit actuellement la vraie signification du critérium de la nécessité adopté par Kant pour ses recherches spéculatives, et celui de la légalité adopté pour ses recherches pratiques : on voit que le premier est une détermination positive de l’inconditioualité de la Raison, par l’intluence des conditions du temps; et que le dernier n’est qu’une détermination négative de la réalité absolue de nos actions extérieures, par l’exclusion des mêmes conditions. On explique par là la prétention de Kant de placer les lois morales au delà des conditions du temps, en leur assignant ainsi une réalité supéiieure à celle des lois spéculatives, soumises à ces conditions. On compiend encore comment, dans les trois principes de sa doctrine, c’est-àdire, la forme mécanique du savoir, la nécessité attachée aux objets des spéculations, et l’inconditioualité -suprême des lois morales, comment, disons-nous, ce philosophe est resté en arriére de la vérité dans le premier de ces principes, la forme mécanique du savoir, et comment il a dépassé la vérité dans le troisième de ces principes, l’inconditionalité. suprême de la morale. On conçoit enfin tjue, dans le second de ses trois principes, le critérium de la nécessité, ([ui est le véritable principe de sa méthode crificjue ,
Kant a atteint la vérit*'*, et a ouvert par Ih la haute tendance vers l’absolu, que nous réalisons aujourd’hui. — Mais, revenons à cette réalisation.
Les deux critériums absolus du Vrai et du Bien, n’expriment proprement encore que leurs caractères extérieurs respectifs : en effet, l’inconditionalité de la Raison n’est évidemment que le caractère extérieur du Vrai ; et la réalité de nos actions , provenant de leur indépendance de notre existence purement relative, n’est évidemment aussi que le caractère extérieur du Bien. 11 nous reste à connaître leur intime essence, celle du Vrai et celle du Bien, pour avoir l’ensemble des principes nécessaires et suffisants pour établir la doctrine de la réalité de l’absolu ; et cette connaissance dérive encore immédiatement de cette seule réalité, formant le principe premier et fondamental de cette doctrine. En effet, la faculté supérieure qui peut reconnaître l’alisolu, et l’existence de ce dernier, qui forment les deux parties constituantes de la réalité de l’absolu , sont essentiellement hétérogènes , puisque l’une ne saurait être dérivée de l’autre; et ce sont là évidemment les principes ou les substrahnns respectifs du Vrai et du Bien. Ainsi, ces deux principes, oiî ces deux substratums du Vrai et du Bien, étant hétérogènes, et formant fl’ail leurs deux éléments distiticts du monde ou de la réalité de l’absolu, ne peuvent être déterminés ni l’un par l’autre, ni par rien d’étranger à ces mêmes principes ou éléments. Leur
essence découle donc immédiatement de leurs sources respectives: c’est-à-dire que la faculté de connaître ou le SAVOIR, est l’essence intime du Vrai, et que l’existence ou l’ÊTRE, est l’essence intime du Bien. — Il faut ici approfondir celte hétérogénéité primitive du Savoir et de l’Être,, que nous avons déjà eu occasion de signaler plus haut : il faut également bien reconnaître leurs origines respectives, placées l’une et l’autre dans la réalité même dé l’absolu, de laquelle seule nous les avons déduites ici. — .\lors, nous conclurons facilement que le Vrai, dont l’essence est le Savoir, provient de la détermination de ce dernier par l’Être ; et réciproquement, que le Bien, dont l’essence est l’Être, provient de la détermination de celui-ci par le Savoir. Enfiti, nous pouvons même déjà concevoir la nature de la FINALITÉ dans le concours final du Savoir et de l’Être.
Nous nous bornerons, maintenant, sans entrer dans des déductions ultérieures, à donner l’ensemble des principes requis pour établir la doctrine de la réalité de l’absolu, qui doit occuper la première période de la nouvelle ère de l’humanité, dominéè par l'absolu. — Ces principes sont (1) : 1® la Béalité même de l’absolu formant le principe fondamental, et dérivant de la présence en nous d’une faculté supérieure capable de
(I) Voyez le prototype de la création de l’L'nivers, tome II ^le la Réforme du savoir humain, pages 309-.'i23 et suivantes, où ces principes sont complétenienl développés.
(Note de M"™ W.;
reconnaître l’absolu, comme nous l’avons prouvé plus haut, et de l’existence elle-même de l’absolu, comme nous le prouverons dans la suite de nos travaux ; 2® le Savoir fondé sur l’inconditionalité de la Raison ; 3° l’Être fondé sur la réalité de nos actions; 4° le Vrai, provenant du Savoir et de la Réalité de l’absolu; et 5° le Bien, provenant de l’Être et de la Réalité de l’absolu ; 6® les Dogmes ou Problèmes religieux, où le • Vrai fait fonction du Bien; et 7“ les Préceptes ou Lois morales, où le Bien fait fonction du Vrai; 8® la Pensée, formée par l’influence partielle de l’Être dans le Savoir; et 9® les Choses, formées par l’influence partielle du Savoir dans l’Être; 10® la Finalité, comme concour& final, résultant de l'influence réciproque du Savoir et de l’Être (1® Objective = Ordre; 2® Subjective = le Beau et le Sublime); et enfin, 11° le Monde, comme identité finale dans la réunion systématique du Vrai et du Bien, moyennant la Réalité de l’absolu, élément qui leur est commun.
Pour rendre attentif sur la qualité de la Vérité inipli(juée dans ces principes, nous nous bornerons à faire remai’quer que, non-seulement ils sont vrais, de manière à se légitimer par eux-mêmes, moyennant leurs propres critériums, mais que, de plus, comme formant la Réalité de l’absolu, ils sont infailliblement la source de toute réalité.
Or, partant de ces principes, on conçoit facilement que l’on peut en déduire une doctrine complète des
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réalités, spéculatives et pratiques, dont se compose l’Univers, c’est-à-dire, une doctrine complète du Vrai et'du Bien; réalités qui seront aussi fondées que l’est ici la réalité de l’absolu lui-même, de laquelle dérivent ces principes.
• ' C’est ce que nous ferons nous-mêmes dans notre Apodictique messianique , où nous parcourrons le domaine entier du Savoir, philosophique et scientifique, en y exposant le système des connaissances absolues, et celui des connaissances relatives, c’est-àdire , la Philosophie propre et la Philosophie des sciences. — Dans la Philosophie propre, ayant pour objet les connaissances absolues, nous rattacherons toutes ces connaissances à la réalité elle-même de l’absolu, à ce dernier terme que nous ne pouvons ni ne devons raisonnablement franchir dans cette nouvelle période historique. Dans la Philosophie des scienêes, nous fixerons les lois nécessaires, indépendantes de l’expérience, qui doivent, non-seulement diriger cette dernière, mais de plus lui servir de terme pour y rattacher toutes les connaissances purement contingentes, acquises par l’expérience, et pour les convertir ainsi en connaissances nécessaires, correspondantes à la réalité de l’absolu, qui seule pourra nous satisfaire dans cette nouvelle période. — Pour donner, par anticipation, une idée de ce nouveau genre de vérités philosophiques , nous avons déjà publié la Philosophie des Mathématiques, faisant partie
de notre système de Savoir absolu , dont il s’agit actmdlemenl. On comprendra ainsi que celte Philosophie des Mathématifjues n’est point, comme on l’a cru peut-être, fondée sur la doctrine de Kant, ou sur quelque autre doctrine philosophique subséquente : elle se trouve fondée proprement sur les principes ' précédents de la réalité de l’absolu, et elle forme ainsi, comme nous venons de le dire, une partie anticipée de notre doctrine nouvelle. Quant aux résultats obtenus dans cette Philosophie des Mathématiques, nous pensons qu’en ayant surtout égard à la Loi suprême et universelle que nous y découvrons, les géomètres n’auront pas manqué d’y trouver toutes les découvertes, faites et à faire, fixées définitivement. C’est dans le même genre que sera développée la Philosophie absolue des autres Sciences dans notre Apodictique messianique, mais non avec la même étendue, parce que notre vie ne suffirait point à ce travail.
Nous aurons donc ainsi, par le développement des principes précédents, constituant la réalité de l’absolu, dans notre Apodictique, la doctrine à laquelle, suivant ce que nous avons vu plus haut, l’humanité se trouve appelée dans la première période de la nouvelle ère que nous commençons sous les auspices de l’absolu.— Sans nous attacher ici aux différentes parties constituantes de cette doctrine, nous nous bornerons à apprécier le nouveau but qui doit en résulter pour l’hii-
inanité, comme faisant le véritable objet de l’oiivragp présent (1).
D’abord, il est manifesté que les quatre buts qui ont dominé successivement dans les quatre périodes historiques précédentes, sont, comme nous l’avons déjà remarqué plus haut, fixés et proposés uniquement par la finalité du monde, sans que notre Raison y ait aucune part, sinon dans le choix des moyens propres à atteindre ces buts dominant respectivement. En effet, ces quatre buts sont tous donnés implicitement dans notre nature spéciale, et non par notre liberté ; même leur développement successif, comme nous venons de le voir, n’a lieu que mécaniquement, ou du moins théléologiqueinent (2) , sans une influence propre de la Raison, ou sans une conscience intime de ce développement. Toutefois, ces buts étant proposés par la finalité du monde, l’homme se trouve déjà ici abandonné à luimême, ou à sa Raison, pour le choix des moyens propres à le conduire à leur réalisation respective ; et c’est en cela qu’il fait déjà usage de la liberté. Aussi, avonsnous nommé plus haut époque de la Liberté ou époque DE l’homme les deux ères, celle des Patriarches et celle des Peuples, où l’homme, ayant déjà développé la Raison, cherche à atteindre lui-même les divers
(t) Il faut ici remarquer que cet ouvrage est, comme PBiLosoraiE , DE l’histoire, une des parties constituantes de notre doctrine nouvelle.
(2) ParflnaliUÜ,
buts instrumentaux qui lui sont proposés dans sa nature; et cela par opposition à la dénomination A' époque de la Nature ou époque nu créateur, que nous avons donnée à l’époque antérieure dans laquelle l’homme , durant le développement de sa Raison , n’agissait encore que par Instinct, soit dans la fixation des buts, soit même dans l’emploi des moyens. Nous voyons actuellement que les buts dominants, dans les quatre périodes qui viennent de s’écouler, n’étaient pas encore fixés par la liberté de l’homme. — C’est cette fixation libre du but de l’humanité qui est, en partie, le caractère propre de la nouvelle ère historique dans laquelle nous entrons sous la domination de l’absolu.
Ici, il ne s’agit plus d’arriver de la manière la plus convenable, par l’usage de la Raison, à l’obtention de tel ou tel autre but, fixé par la finalité du monde, ou proposé par notre propre nature : il s’agit, de plus, de déterminer le but même que doit avoir l’humanité pour répondre dignement à la haute vocation qu’elle reconnaît dorénavant dans l’absolu, ce dernier terme de toute son existence. II s’agit donc proprement de découvrir ce but absolu; car, devant être l'ouvfage exclusif de notre Raison, il ne peut encore exister. Aussi, n’est-ce évidemment qu’après la découverte de ce véritable et propre but de l’humanité qu’elle pourra connaître ses destinées, et qu’elle pourra travailler à leur réalisation. Alors seulement, l’humanité aura
une dignité véritable, en se soutenant par elle-même, à l’instar de l’absolu, et en réalisant ainsi par elle-même, déjà sur la terre, les régions éternelles auxquelles elle paraît destinée.
Et, vu l’infinie importance de cette détermination du but absolu, nous avons cru devoir même, à certains égards, la rendre indépendante du système des principes métaphysiques que nous avons déduits cidessus de la réalité de l’absolu; et cela, en nous fondant tout simplement sur cette seule réalité, dont nous présenterons ailleurs la preuve rigoureuse. Ainsi, dans cet ouvrage, nous admettons le fait de l’existence de l’univers, de ses éléments, c’est-à-dire, du savoir et de l’être, et de leur détermination réciproque dans le Vrai et dans le Bien, sans nous attacher nullement à la déduction de ce fait, ou à la détermination de la nature propre de ces éléments. Cette admission, sur laquelle précisément se trouve établi le but de l’humanité, nous prémunira ainsi contre la crainte ou contre l’incertitude attachée naturellement aux déductions métaphysiques, pour que nous puissions nous pénétrer mieux de la réalité ou de la vérité des résultats • que nous obtiendrons, équivalente à la réalité même de l’absolu, de laquelle seule nous les déduirons ainsi immédiatement.
11 nous semble, vu l’incertitude du savoir, l’incrédulité religieuse, et les désordres révolutionnaires, suites nécessaires et funestes de la dernière période historique
qui menacent l’humanité de sa ruine imminente , il nous semble, disons-nous, que dans le moment présent, ou dans très-peu de temps, l’humanité n’aura point d’autre salut que celui de se fixer un but nouveau, ou plutôt de découvrir, du moins approximativement, son véritable but, en se plaçant entièrement sous les auspices de l’absolu. Au terme où elle est parvenue, le jeu de la finalité du monde est accompli; l’humanité est rappelée à elle-même; et, ne pouvant plus reculer pour se laisser guider éternellement par une force étrangère, elle doit, en s’abandonnant à sa dernière impulsion, se détruire elle-même, et faire alors manquer le but de la création de la terre ; ou bien, en développant ses forces propres et absolues, opérer glorieusement sa régénération spontanée, et prendre ainsi part aux vues bienfaisantes du créateur, manifestées dans l’existence de l’univers.
.\insi donc, après avoir suivi l’évolution de l’humanité depuis son commencement jusqu’à nos jours, après avoir développé avec elle la loi du progrès dans les quatre buts relatifs qui lui sont donnés pat- la finalité du monde, nous devons, maintenant,' pour faciliter sa marche ultérieure, la guider dans les trois dernières périodes qu’il lui reste à parcourir, en lui faisant entrevoir les quatre buts absolus qu’elle doit impérativement chercber à atteindre, savoir : sa réalité PROPRE, sa réalité divine, sa ré.vlité absolue, et enfin, sa création propre. — Ces iriiatre derniers
buts étant des produits purs de la raison, sont absolus comme elle-même, et donnent ainsi à l’iiomme cette haute dignité qui le caractérise dans l’univers.
C’est par ces considérations nouvelles que nous terminerons cet ouvrage (1).
Au point précis de la réalité humaine , auquel nous sommes parvenus, et où nous nous trouvons aujourd’hui, nous découvrons que l’humanité a parcouru quatre périodes, et qu’elle y a, développé successivement ses quatre buts relatifs , en les considérant , tour à tour, comme dominants et comme subordonnés les uns aux autres. Elle a donc accompli déjà le développement de sa réalité secondaire, correspondant à ses quatre buts indirects ou relatifs; et par conséquent, elle a déjà acquis les forces supérieures qui lui sont nécessaires pour pouvoir commencer à se fixer elle-même ses buts directs ou absolus.
Or, dans l’acquisition elle-même de ces forces supérieures , se trouvent nécessairement impliqués , . sinon l’objet de leur application, c’est-à-direj,. les
(*) Ce dernier paragraphe, jusqu’à la fin, est d’une date plus ré-
cente que ce qui précède.
( Noie de Mnio W.)
buis absolus que ces forces doivent servir à fixer, du moins leur disposition et leur direction vers ces buis absolus. El c’est ainsi que, sans avoir encore aucune idf‘e posdive de l’absolu, l’homme parvient déjà par le simple développement de sa réalité relative, à se fixer les deux premiers buts absolus , la réalité PROPRE et la RÉALITÉ DIVINE , en ignorant toutefois que ce sont déjà de tels buts supérieurs et distincts de ceux qu’il a poursuivis jusqu’alors.
En effet, l'evenant par la transition de l’universalité à l’individualité humaine, comme nous le voyons dans notre pi-ésent système absolu des progrès de l’humanité, et parvenant ainsi au développement du savoir, l’homme peut, en suivant cette direction, se reporter jusqu’au premier extrême de ses progrès, c’est-à-dire, à l’individualité humaine, de laquelle il était parti d’abord, et à laquelle il 'revient actuellement, muni de toute la puissance du savoir, par lequel, en se fondant sur la certitude qui lui est attachée, il transforme cette individualité humaine en réalité propre, et constitue alors cette dernière comme nouveau but dominant de toutes ses actions. Et réciproquement, peu satisfait de cette certitude, qui est . encore purement relative, parce qu’elle n’est fondée que sur l’expérience, riiomme retourne à cette même transition de l’individualité à l’universalité, et, après avoir abandonné l’impuissant savoir relatif, et s’être •de nouveau livré à toute la profondeur du sentiment.
il peut, en suivant cette direction inverse, se reporter encore jusqu’au deuxième extrême de ses progrès, c’est-à-dire, à l’universalité humaine, à laquelle il revient actuellement muni de la puissance supérieure du sentiment , par lequel , en se fondant sur une croyance inébranlable, il transforme cette universalité humaine en réauté divine, et constitue alors cette dernière , comme nouveau but dominant de ses actions.
Ainsi, après avoir atteint ses quatre buts indirects ou relatifs , que la finalité du monde lui a proposés dans sa nature , et après avoir ainsi développé les forces supérieures qui le rendent propre à se fixer lui-même des buts directs ou absolus, l’homme se jette d’abord, par l’entraînement même de ces forces, dans une alternative absolue, où il établit tour à tour, tantôt sa réalité propre, et tantôt sa réalité divine, comme buts dominants de ses actions. Et cet établissement alternatif, qui se fait encore sans une conscience claire de l’absolu, a lieu nécessairement dans le même temps, ou dans des temps contigus, qui, dans leur alternation, n’ont aucun terme qui leur soit propre. C’est là la cinquième période de l’humanité, dont l’aurore parut lors de la formation des Whigs et des Torys,- et dont le commencement européen bien prononcé, s’établit avec la première Révolution française.
Tel est donc le caractère précis de cette révolution,
tant décriée et si mal inteiprétée. Elle est un résultat nécessaire, un résultat absolu, de l’existence de l’humanité : elle lui ouvre, avec clarté, la cinquième période de son développement , cette période auss décisive qu’indispensable, dans laquelle les destinées de la terre devront enlin être fixées définitivement.
Mais le terme de cette cinquième période , si décisive pour l’humanité , n’est point fixé , comme nous venons de le remarquer déjà. — Les deux buts absolus qui y sont dominants alternativement, la réalité PROPRE et la RÉALITÉ DIVINE dans l’homme, sont manifestement opposés l’un à l’autre; et il en résulte ainsi, une antino.mie sociale, qui est le caractère distinctif de cette cinquième période, et qui, précisément, étant absolue, n’admet, en elle-même, aucun terme possible. En effet, d’après la déduction infaillible du présent système des progrès de l’humanité, l’un et l’autre de ces deux buts dominants et alternatifs, sont absolus et exclusifs l’un de l’autre : ils subsistent avec égale raison, indépendamment l’un de l’autre; et rien au monde, dans l’ordre des choses connues, ne saurait les concilier. Ainsi, dans cet ordre des choses connues, devenant tour à tour dominants l’un sur l’autre, ces deux buts absolus de la cinquième période n’offrent à l’humanité d’autre perspective que celle d’une suite indéfinie et non interrompue de révolutions et de contre-révolutions, sans que l’un des deux partis qui adoptent respectivement ces buts, puisse
jamais triompher définitivement aux dépens de l’autre. Et dans cette lutte indéfinie, riiiimanité périrait inévitablement, si un nouveau Duoit, celui de la vérité, que nous allons signaler, né venait indiquer les moyens d’arrêter de si terribles anomalies.
Nous avons déduit, dans nos publications ultérieures (1), des principes absolus que nous y avons posés, les circonstances fondamentales de cette grave antinomie sociale qui domine dans la cinquième période où rimmanité vient enfin d’entrer positivement. Nous y avons ainsi caractérisé les deux partis sociaux ou politiques, qui se rangent respectivement sous les deux drapeaux opposés de cette antinomie humaine, le DROIT HUMAIN et le DROIT DIVIN, etc., avec leurs puissants cortèges, savoir, d’une part, l’indépendance, le libéralisme, la philognosie, le déisme, la souveraineté du peuple, le contrat social, le républicanisme, l’amour du vrai, etc., et de l’autre, la soumission, le servilisme, la gnosimachie, la religion, la souveraineté par la grâce de Dieu, la légitimité, le royalisme, l’amour du bien, etc. Mais, ce qui est essentiel, nous y avons montré que, dans l’ordre actuel des ciioses, ces deux partis opposés sont également fondés en raison, en s’appuyant, l’ün sur les droits DE l’homme, et l’autre sur les devoirs de l’homme, et en réclamant ainsi, l’un le triomphe du vrai, et
(I) Vovsz le Prodrowe et la 3/dIapo?mguc, etc.
(Note de .M”>o Wvonski.)
l’autre le triomphe du bien. C’est cette parfaite égalité de raisons qui rend inexpugnables ces deux partis, l'un par l’autre, et qui déjoue, et déjouera toujours, toutes les entreprises de les soumettre l’un à l’autre, fussent-elles aussi colossales que le sont d’une part, la ligue ou\erte des peuples et leur puissante civilisation actuelle, et de l’autre, la Sainte- Alliance, et les colonies militaires de la Russie.
Nous ne pouvons entrer ici dans de plus amples détails, et nous renvoyons le lecteur à nos ouvrages déjà indiqués, où il trouvera ces circonstances de la cinquième période d’autant plus clairement déduites, qu’il aura mieux approfondi les principes absolus qui sont exposés dans l’ouvrage présent. Mais, nous devons montrer ici ces fondements inébranlables sur lesquels, dans l’ordre connu des choses, repose cette indestructible antinomie sociale qui est l’héritage actuel de l’humanité : nous le devons d’autant plus que c’est seulement par là que cette fatale antinomie pourra un jour être résolue.
Or, d’après la déduction de cette antinomie sociale, telle qu’elle résulte du présent système absolu des progrès de l’humanité, il est manifeste, d’une part, que la considération de la réalité propre dans l’homme n’est qu’une suite de sa réalité cognitive, qui est fondée sur la certitude attachée à son savoir ; et par conséquent, que cette réalité propre dans l’homme s’identifie avec la réalité qui est impliquée
dans le vrai. D’après cette même déduction, il est manifeste, de l’autre part, que la considération de la RÉALITÉ DIVINE dans l’homme n’est aussi qu’une suite de sa réalité sentimentale, qui est fondée sur la croyance attachée au pressentiment religieux; et par conséquent, que cette réalité divine dans l’homme s’identifie avec la réalité qui est impliquée dans le BIEN. — Ainsi, comme nous l’avons dit plus haut, le triomphe du vrai et le triomphe du bien sont les deux objets essentiels de cette grande antinomie sociale dont il est question ; et par conséquent autant qu’il y a respectivement de réalité dans le Vrai et dans le Bien, autant il y en a aussi dans les deux membres de cette fatale antinomie.
Mais, comment peut-il exister une antinomie entre le vrai et le bien? Tout ce qui est vrai n’est-il pas bien, et tout ce qui est bien n’est-il pas vrai? — C’est là précisément la question.
D’abord, le fait de l’opposition entre les deux partis sociaux, dont nous parlons, paraît déjà prouver le contraire. Ensuite, on conçoit que, si le vrai était le bien, et si le bien était le vrai, on n’aurait pas besoin de les distinguer.
Mais, quelque concluantes que soient déjà ces raisons, elles sont ici insuffisantes pour nous. En effet , nous devons remonter jusqu’aux principes premiers, pour y découvrir l’origine, et par conséquent les moyens de la résolution de cette antinomie sociale
qui forme la fatale cinquième période de l’humanité. — Or, pour remonter à ces principes premiers il suffit actuellement de nous reporter aux principes desquels, dans notre Messianisme, nous avons déduit le vrai et le bien. Nous y verrons que la réalité du vrai est identique avec celle du principe du savoir, et que la réalité du- bien est identique avec celle du principe de I’être. Et nous reconnaîtrons que le vrai est opposé au bien comme le savoir est opposé à l’être, et que les deux premiers sont aussi hétérogènes que le sont les deux derniers.
Ainsi, en résumé, l’hétérogénéité primitive qui a lieu entre le savoir et l’être, est le principe de l’hétérogénéité qui SC trouve entre le vrai et le bien : et celle-ci est, à son tour, le principe de l’hétérogénéité qui existe entre les deux partis, du Droù hummn et du Droit divin, qui forment l’antinomie sociale de la cinquième période. — On voit par là, quel est le caractère précis et ineffaçable de l’opposition qui règne entre ces deux partis, et combien s’écartent de la vérité ceux qui, dans l’ordre actuel des choses, se flattent de pouvoir les concilier.
Toutefois, une conciliation de ces partis sociaux doit pouvoir exister, sinon dans l’ordre actuel et connu, du moins dans quelque ordre nouveau et encore inconnu qui se trouve dans les choses; car, dans leurs aberrations opposées et extrêmes, ces deux partis, quoique fondés en raison quant à leur
oritrine respective, ne sauraient l’être de même quant à leur coexistence qui est une véritable contradiction. Bien plus, les principes respectifs du savoir et de l’être, et par conséquent du vrai et du bien, qui sont les principes premiers de ces partis sociaux , subsistent sans contradiction dans l’univers, quoiqu’ils soient éminemment hétérogènes; d’où il s’ensuit, non-seulement par analogie, mais par une véritable conséquence rationnelle, que là où se trouve la conciliation de ces principes premiers hétérogènes, là doit aussi se trouver la conciliation de ces deux partis opposés.
Or, pour peu qu’on ait suivi la marche méthodique de cette Philosophie de l’Histoire, on a sans doute aperçu déjà que précisément au terme où nous sommes arrivés ici, dans i.’identité systématique et
FINALE ENTRE LE PRINCIPE DE l’ÊTRE ET LE PRINCIPE
DU SAVOIR, nous avons découvert, dans I’absolu luimême, ce point de conciliation des principes hétérogènes de l’univers. C’est donc aussi dans l’absolu seulement que peut se trouver la conciliation des deux partis sociaux qui forme l’antinomie de la cinquième période.
Il faut donc, d’une part, élever le vrai, qui est l’objet prépondérant de l’un de ces partis, jusqu’au rang de vrai absolu, et de l’autre, élever le bien, qui est l’objet prépondérant de l’autre de ces partis, jusqu’au rang de bien absolu. Car, alors, ce vrai absolu et 'ce bien absolu seront réellement identiques, et toute opposition cessera entre ces deux partis
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sociaux. — On voit ainsi que ce qu’il y a d’erroné dans ces partis, en les considérant dans l’état actuel des choses, consiste précisément en ce qu’ils s’en tiennent encore, l’un au simple vrai relatif, et l’autre au simple bien relatif.
Mais, comment les hommes pourront-ils s’élever jusqu’au vrai absolu et au bien absolu? — Par la découverte de la vérité ou de l’absolu lui-même !
C’est donc là le salut de l’humanité, l’unique terme possible de celte interminable antinomie sociale, qui parait menacer la terre de sa destruction , et qui au fond n’est qu'une admirable mesure du Créateur, pour que l’homme, abandonné actuellement par la finalité du monde, qui l’a conduit à travers les quatre premières périodes, puisse, avec conscience, faire ce pas décisif de se fixer la découverte de l’absolu, comme but dominant de toutes ses actions.
Ainsi, seulement après de longues tourmentes politiques, et après d’immenses progrès intellectuels dont l’humanité a encore besoin, lorsque ces vérités supérieures seront conçues 'et répandues généralement, c’est-à-dire, lorsque, d’abord , on saura universel-^ lement que les deux partis sociaux de la cinquième période sont inextricables par eux-mêmes, et qu’ensuife, on aura acquis la conviction universelle de ce qu’il n’existe d’autre salut pour l’humanité que dans l’absolu lui-même, découvert par les hommes, seulement alors, disons-nous, si l’humanité subsiste
encore, cette longue et décisive période antinomique sera terminée, et une nouvelle et majestueuse aurore • luira pour la terre.
En effet, il s’établira bientôt dans le monde un nouveau droit, le droit de la vérité (1), par lequel, comme nous le voyons dans notre présent système infaillible des progrès de la réalité humaine, la RECHERCHE DE LA VÉRITÉ , sera proclamée but suprême de la société, et alors, par une conséquence non discutable, toutes les autres actions humaines lui seront subordonnées. — Ainsi, avec cette proclamation éclairée, commencera la sixième période de l'humanité, dans laquelle, renonçant à leurs prétentions respectives en faveur d’un but plus noble, d’autant plus facilement que ces prétentions seront déjà reconnues insuffisantes pour l’homme, tous les partis politiques se soumettront spontanément aux déclarations juridiques, concédées par la souveraineté, dans lesquelles ce nouveau et grand but de l’humanité sera fixé ouvertement, comme point, de mire des souverains et des peuples, confondus dans cette marche supérieure. Et de cette réunion spontanée de toutes
(I) C'est de ce droit sacré, reconnu par les souverains et les peuples, que découlera naturellement, entre autres libertés sages et graduelles, la vraie et juste lil&erté de la presse.
Voyez à ce sujet: VHütoriosophie, tf» partie, pages 44 etsuiv.
(Note de M“>« w.)
les opinions, en faveur de la vérit(^, r(^sultera naturellement une HAHMONiE SOCIALE qui sera le caractère distinctif de cette sixième période.
Ce n’est pas sans une sorte de crainte que nous abordons ici cette grande perspective de l’humanité, car, rien encore ne nous présage qu’elle y parvienne effectivement. Mais quelle que soit notre appréhension que notre tâche présente demeure sans utilité, nous remplirons cependant notre devoir tout entier, en apprenant ici aux hommes toute l’importance de leurs hautes destinéesi!
Ainsi, dans la sixième période, la réalité de l’absolu, reconnue universellement, sera la base de toutes les actions humaines. — En se fondant sur cette suprême réalité, et en cherchant à en approcher de plus en plus, par la solution du grand problème social de la découverte de l’absolu ou de la vérité, l’homme développera insensiblement, en lui-même, sa propre RÉALITÉ ABSOLUE ; et ce sera là le noble fruit des progrès de l’humanité dans cette sixième période.
Or, ce grand produit dans l’homme ne peut être que le résultat d’un développement correspondant du savoii- humain. — C’est donc alors que la loi de CRÉATION que nous avons dévoilée à la terre (1), sera
(I) Voyez l’établissement de cette grande loi, et son application dans le prototype de la création de l’Univers, tomos I et II de la Réforme du savoir humain. Voy. aussi les Prolégomènes et les Cent pages.
(Note de M“» VV.)
universellement appliquée à toutes les branches du savoir de l’homme, dans toutes leurs ramifications. C’est alors que, suivant cette inl'aillible loi de création, s’opérera la réforme universelle des sciences et de la philosophie, telle que nous la fixons dans l’apodic- TiQUF.. trest alors enfin que, par suite de cette réforme des sciences et de la philosophie, toutes les branches du savoir de l’homme, physiques et morales, scientifiques et philosophiques, seront portées à leurs derniers accomplissements.
Quelque pénible que soit pour nous de nous livrer ici àce glorieux avenir de la terre, puisqu’il nous paraît encore si éloigné, nous devons, à l’occasion de ces accomplissements futurs du savoir humain, physiques et moraux, etc., signaler spécialement au moins l’accomplissement que doit recevoir la religion pour que l’Église chrétienne puisse enfin devenir, par le fait, l’Église universelle de la terre. Eu effet, dans cette sixième période de l’humanité, où nous avons reconnu que I’harmonie sociale sera le caractère distinctif, toutes les scissions religieuses doivent cesser, et une hénotique (1) universelle doit nécessairemeut s’établir. Or, d’après ce que nous avons fixé plus haut, cette hénotique universelle, à laquelle conduit infailliblement la loi de création, se réalise d’abord dans l’accomplissement religieux développé dans notre doctrine du Messimmme , et qui a pour objet la con-
(I) Union religieuse.
cilialion pratique du sens général, mystique et littéral, de tous les livres sacrés. Nous y avons vu sous quelles conditions rationnelles s’opère, d’une manière positive, cette première réunion définitive des schismes religieu.v; et ce sont ces conditions rationnelles qui seront développées et établies publiquement dans la sixième période.
C’est ainsi, par le concours du savoir humain tout entier, en le portant partout à son dernier accomplissement, d’après la marche assurée que nous avons fixée généralement dans nos ouvrages messianiques, c’est ainsi, disons-nous, que l’homme parviendra à développer en lui sa propre réalité absolue, qu’il doit recueillir de ses travaux dans cette période à venir. Et cette réalité absolue étant développée dans l’homme, la découverte finale de l’absolu lui-même, de son essence intime, ne sera plus, nous osons l’assurer à l’humanité, qu’une conséquence facile et immédiate.
Ainsi, avec la découverte publique et universelle DE l’essence de l’absolu, commencera enfin la septième et dernière période de l’humanité, ce triomphe de la terre, cet accomplissement social, tant désiré et si peu compris jusqu’à ce jour. Et dans cette dernière période, en se fondant précisément sur la découverte de l’absolu, l’homme parviendra à développer en lui son AUTOGÉNIE, et à opérer ainsi sa création propre ET ABSOLUE, qui Sera le fruit, non-seulement de cette septième période, mais de toute l’existence de la terre.
En effet, comme opposée au néant, à ce premier élément de Tunivers, I’aütogénie, ou la création propre, ce deuxième élément , est le complément nécessaire et indispensable de l’existence de l’univers, ou de la création en général. Sans cet élément complémentaire, l’univers n’aurait aucun but; et, ce qui est plus, il ne saurait même pas être conçu. Or, c’est dans l’homme, qui juge ainsi la création, et qui conçoit l’autogénie, cet élément sublime, par lequel seul l’univers est possible, c’est dans l’homme, disons-nous, dans ce glorieux terme de la création, que doit se développer cette haute faculté ou réalité potentielle, la CHÉATioN PROPRE, qui esl la couronne de l’univers. Et c’est dans sa dernière période que l'humanité doit enfin accomplir cette œuvre décisive, pour laquelle seule existe la terre.
On conçoit ainsi que la marche de l’humanité dans sa dernière période^doit être l’inverse de celle qu’elle aura suivie dans la période antérieure. Dans celle-ci, remontant de plus en plus, des individus aux universaux, des espèces aux genres, des conséquences aux principes, et de l’hétérogénéité des principes jusqu’à leur homogénéité primitive dans l’essence même de l’absolu, l’humanité suivra manifestement la marche analytique ou régi'essive qui, par le fait même, est fixée ici suffisamment ; marche que nous avons déjà reconnu devoir régler les progrès de la sixième période, pour arriver jusqu’à la découverte de l’absolu.
tJ4 —
Au contraire, dans la septième période, l'essence de l’absolu étant enliii découverte, riiumanité suivra la marche sjiilhéti(|ue ou prof,u’ossive, c’est-à-dire, la marche de la création elle-même, en déduisant de riiomop:énéité primitive des choses, confondues dans celte essence de l’absolu, les principes hétérogènes lie l’uriivers, et de ceux-ci toutes leurs innombrables conséquences, formant les genres et les espèces, les universaux et les individus, pour arriver à la règle absolue de la fixation de tous les individus possibles, et par là même à l’autogénie ou à la création propre et absolue de l’homme.
C’est cette marche synthétique ou progressive de la création, et pai conséquent de la dernière période de riiumanité, que nous suivrons également dans l’apodictique messianique, cette couronne delà philosophie ABSOLLE. jNous y partirons de l’essence même de l’absolu, de ce point spontané où Tunivers demeure confondu, et où, par conséquent, il n’existe pas encore de choses distinctes; et, appliquant uniquement notre grande loi de création, nous déduirons, de cette essence absolue, runivers entier, jusqu’à ses derniers individus, pour la fixation desipiels nous dévoilerons ainsi cette règle potentielle qui doit conduire l’homme à l’autogénie ou à sa propre création. Nous aurons donc dans cette philosophie absolue, la marche normale que l’humanité suivra dans sa dernière période.
Nous devons remarquer ici que, dans cette pliilo-
Sophie absolue que uous aunouçoiis par anticipation sur la dernière période de riiiinianilé, l’origine étant dans l’absolu lui-même, et par conséquent dans ce point sublime qui est placé hors de toutes choses le caractère distinctif de cet ordre du sa\oir, qui est incontestablement le sayoiu sueitÈMK de l’homme, consiste en ce que, dans cette marche progressive ou syntliétique , la philosophie absolue devient enfin ACHRÉMATiQue OU indépendante de la considération des choses ; tandis que, dans sa marche régressive ou analytique, qu’elle suit dans l’avant-dernière période de l’humanité, cette même philosophie absolue, qui s’oriente déjà d’après la loi de création, demeure encore tout à fait ciiRÉMATiQUE, parce qu’alors elle n’abandonne jamais la région des choses on du monde réel, quoique, dirigée par cette loi infaillible, elle cherche déjà et parvient effectivement à s’approcher de plus en plus de la région absolue ou achrématique. Cette remarque est d’une haute importance en ce qu’elle conduit à caractériser, avec précision, cet ordre supérieur de la raison humaine, ou cette région sublime à laquelle l’homme doit s’élever pour devenir conscient de sa propre et infinie puissance créatrice.
Or, ce n’est que lorsque cette conscience créatrice est développée dans l’homme, que le bien devient enfin l’unique but possible de ses actions, à l’instar de la suprême puissance créatrice de dieu, qui « ne subsiste que >1 dans le bien, et ne se reproduit éternellement que par
» le bien. >< Ainsi, lorsque, dans sa dernière période, riiumanité sera parvenue à développer ouvertement cette conscience créatrice, garantie infaillible du bien, et compagne inséparable de la découverte de l’absolu, les hommes qui seront reconnus publiquement être les dépositaires de la vérité, seront avoués universellement pour législateurs de l’humanité, et formeront iiinsi, par cet aveu universel, un conseil sacré auquel seront soumises spontanément toutes les affaires de la terre. Ce n’est qu’alors enlin que les nobles droits de l’homme, dont la conquête a déjà coûté tant de sang, pourront s’établir dans toute leur plénitude, sans porter atteinte aux pénibles devoirs de l’homme, qui, jusqu’à présent, ont garanti, et devront encore longtemps garantir l’humanité contre l’anarchie et la destruction.