‹ Developpement progressif et but final de l'humanite Hoene WronskiChapitre 6 sur 21 · DE L’HUMANITÉ · texte numérisé non relu

DE L’HUMANITÉ

PRINCIPES FONDAMENTAUX

QUEL EST LE DERNIER BUT DE l’hUMANITÉ ? QUELLE EST NOTRE DESTINÉE SUR LA TERRE : QUE SOMMES- NOUS ET QUE DEVONS-NOUS FAIRE?

Ces questions bien simples ne paraissent pas encore s’être présentées aux hommes dans toute leur infinie importance. Nous \ivons encore jouets d’une cause finale inconnue , qui nous place des buts et qui ne nous laisse que le choix des moyens pour les atteindre. A la vérité, ces diverses fins, auxquelles nous arrivons ainsi successivement, nous ont suffi jusqu’à ce jour, comme le prouve le fait même de notre existence; mais, pour peu qu’on arrête l’attention sur cette finalité du monde, on ne manque pas de s’aper-

cevoir que, nos buts actuels n’étant pas absolus , il doit exister un terme ou but final pour lequel ces buts de notre existence présente ne sont que des instruments. En effet, aucun des divers buts que l’humanité a poursuivis successivement , depuis son origine jusqu’à nos jours, n’a une valeur absolue, c’està-dire, une réalité inconditionnelle ou existante par elle-même : ces buts sont donc conditionnels ou relatifs à quelque terme ou but final ; car, autrement, en les considérant toujours comme motifs de nos actions, ils n’auraient aucune signification ou seraient un pur non-sens.

Mais, par une nouvelle réflexion tout aussi simple, on reconnaît que ce terme nécessaire, ou but final de l’existence de l’humanité, doit être ou du moins doit devenir 1 ouvrage même des hommes ; parce que, sans cela, notre apparente existence ne serait pas réellement la nôtre. Il est clair, en effet, que pour avoir une existence à nous-mêmes, c’est-à-dire une existence propre ou absolue, le but final de nos actions doit nécessairement être fixé par nous-mêmes.

Or, les divers buts de nos actions présentes, tels que : bien-être physique , sûreté publique, moralité, CERTITUDE DU SAVOIR, ne sont pas notre propre ouvrage ; ce sont autant de conditions de notre existence physique ou temporelle. Bien plus, si l’on considère la possibilité de l’obtention de ces buts et qu’on nomme intérêt ce qui tient à cette possibilité, on verra

facilement qu’il existe une véritable contradiction logique dans nos intérêts terrestres actuels ; ce qui prouve irréfragablement que ces intérêts actuels ne sont pas réellement et absolument les nôtres. — Ainsi, l’humanité n’a point encore d’existence propre ,* elle est encore, comme nous l’avons dit, le jouet d’une finalité inconnue, et, pour arriver à la dignité d’une existence propre et absolue, qui sans contredit est la destination de la terre, l’humanité doit opérer une régénération ou plutôt une véritable création d’ellêmême, en fixant le but suprême de son existence.

Nous venons de reconnaître que les divers buts de l’humanité, tels qu’elle les a poursuivis jusqu’à ce jour, doivent nécessairement être considérés comme étant des instruments pour un terme ou but final, dont la fixation devient désormais l’unique utilité de l’existence ultérieure de la terre.

11 faut donc découvrir ces divers buts , et surtout leurs principes et leîlrs lois universelles, leur application aux conditions physiques, ou les faits terrestres qui en présentent le développement, afin de nous placer au moins dans la direction où nous pourrons, avec le plus de facilité, opérer cette grande fixation du but absolu de l’humanité, que nous nous proposons ici. Nous disons que c’est afin de nous placer au moins dans la meilleure direction ; car, suivant l’essence de ce but final et absolu, telle que nous l’avons déjà déterminée ou du moins entrevue, la fixation elle-même

qui est en question doit être l’ouvrage de notre spontanéité et non l’ouvrage de quelque influence étrangère, dont la connaissance nous donnerait les moyens d’arriver, pour ainsi dire, mécaniquement, à ce grand et dernier œuvre de l’humanité.

Ainsi, nous allons exposer ces principes et ces lois, cette application ou ces faits des divers buts que les hommes ont poursuivis successivement comme termes de leurs actions, afin de nous placer dans le point de vue le plus favorable pour reconnaître et fixer définitivement le dernier but de l’humanité.

Le savoir considéré en lui-même, est, d’abord, purement contemplatif ou spéculatif dans sa pure faculté de connaître. 11 n’a encore aucune influence extérieure. Pour avoir cette influence , pour devenir actif ou agissant hors de lui-même, le savoir a, de plus, la faculté de se placer dans une relation de cause par rapport à un effet e.xtérieur ; et c’est cette causalité du savoir qui, considérée en général, constitue la voLiTioN. — Lorsque cette causalité est purement mécanique, comme chez les animaux, elle forme la vôlition BRUTE, dont l’objet est ce qu’on appelle instinct. Lorsqu’au contraire la causalité du savoir est libre.

comme chez l’homme, elle constitue spécialement la VOLONTÉ, dont l’objet est nommé but. — Ainsi, considéré dans sa génération intellectuelle, le but est le produit de la volonté ou de la causalité libre du savoir humain, et, par là même, étant considéré dans son essence, il constitue l’apanage ou l’activité extérieure de la liberté. Aussi , l’existence des buts est-elle un résultat nécessaire de la présence de la liberté ; et réciproquement cette présence de la liberté est-elle un postulatum nécessaire de l’existence des buts.

Mais, pour nous fixer un but quelconque , il faut encore un motif , c’est-à-dire une raison déterminante ; car, sans cela, le but fixé, quoique plein de sens, serait vide de raison; il ne serait pas fondé et n’aurait, par conséquent, aucune réalité absolue. Or, ces raisons déterminantes ou ces motifs de nos buts ne sauraient évidemment se trouver que dcUis la sphère de notre existence, où est contenue toute la réalité*qu’il nous est possible de connaître et de par- * tager. C’est donc dans cette sphère de notre existence ou de notre réalité que sont données nécessairement les conditions de tous les buts de l’humanité, et c’est en analysant cette réalité que nous pourrons déduire ces diverses fins des actions de l’homme.

D’abord la réalité humaine actuelle ou physique, telle qu’elle se manifeste sous les conditions du temps sous lesquelles nous vivons, se compose de l’action et de la réaction réciproque de I’étre (réalité corpo-

relie) qui constitue I’individü, et du savoir (réalité spirituelle) qui, par l’identité absolue de la raison , confond l’individu avec la réalité universelle. Tout ce qui tient à la conservation et au développement de ces deux parties composantes de la réalité humaine, constitue donc nécessairement, par leur lien absolu, une condition de la réalité universelle elle-même, et c’est cette condition qui, par rapport à nous, forme ce que nous appelons généralement bien-être.

Ainsi, l’homme trouve, dans la sphère de son existence actuelle ou de sa réalité physique, les raisons déterminantes ou les motifs de se fixer pour but, le développement de son être ou de sa réalité corporelle que nous nommerons bten-fitre physique, et le développement de son savoir ou de sa réalité spirituelle, que nous nommerons bien-être hyperphysique (parce que le savoir, en nous rattachant à la réalité universelle, dépasse déjà en quelque sorte les conditions physiques). Et ce sont là les deux seuls buts positifs et universels de l’humanité.

Ensuite cette causalité du savoir humain par laquelle précisément l’homme fixe ces deux buts positifs de ses actions, et par laquelle conséquemment il cherche à atteindre ces buts, cette causalité ou la volonté humaine, disons-nous , introduit ou plutôt produit elle-même une nouvelle partie constituante dans la réalité universelle. ^Toutefois, s’il ne se trouvait aucune contradiction ou collision entre les intérêts individuels

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des hommes concernant l’obtention des deux buts positifs de l’humanité, cette nouvelle partie constituante de la réalité ^ provenant de l’exercice de la volonté, existerait par elle-même et n’aurait besoin d’aucune coopération de notre savoir. Mais, comme cela est notoire, il n’en est pas ainsi de ces intérêts individuels : ils se trouvent en opposition, parce qu’ils ne sont pas encore absolus, ou, ce qui est la même chose, parce qu’étant individuels ils n’appartiennent pas encore à la réalité universelle, elle-même. Il faut donc les rattacher à cette réalité universelle de laquelle dépend toute notre existence et, par conséquent, les deux buts positifs mêmes qui engendrent ces intérêts individuels, c’est-à-dire que l’homme trouve, dans l’identité nécessaire de la sphère de sa réalité individuelle et de celle de la réalité universelle, les raisons déterminantes ou les motifs de se fixer des buts propres à ramener les intérêts individuels à la réalité absolue de l’univers.

Or, l’exercice de notre volonté a lieu par notre être, par notre réalité temporelle ou par nos actions ostensibles, et il se trouve fondé sur notre réalité spirituelle, sur les principes pratiques ou causais de notre savoir, nommés maximes. Ainsi , pour ramener cet exercice de la volonté à la réalité absolue de l’univers, l’homme doit se fixer et se fixe réellement pour buts, d’une part, la légalité de ses actions qui constitue la JUSTICE et qui est garantie dans l’association

juridique des hommes, formant I’état, par la sûreté . PUBLIQUE ; et de l’autre part, la pureté de ses maximes, qui constitue la dignité et qui est garantie, dans l’association éthique des hommes, formant I’église, par la MORALITÉ PUBLIQUE ; lesquelles associations , suivant la déduction présente , se rattachent évidemment , moyennant les fins de la religion, au principe même de la réalité de l’univers.

Ces deux buts complémentaires de l’humanité ne sont que négatifs ; parce qu’ils ne forment proprement <(ue les conditions sans lesquelles les deux buts positifs, le bien-être physique et le bien-être hyperphysique, ne sauraient être atteints généralement. Toutefois, par leurs motifs supérieurs, puisés plus ou moins dans ^ le principe même de toute réalité, ces deux buts négatifs, surtout celui de la moralité, ont une valeur supérieure ; du moins aussi longtemps que le développement du savoir, tel qu’il constitue actuellement notre bien-être hyperphysique, demeurant encore attaché aux conditions de notre réalité temporelle, est purement relatif ou conditionnel, et ne porte pas encore sur ce principe absolu de toute réalité.

Mais ces quatre buts universels, comme hétérogènes et même contradictoires dans leur essence, ne sauraient être des buts absolus ou finals de l’humanité ; quand même, si cela était possible, chacun de ces buts aurait en vue une satisfaction absolue et finale de notre raison. 11 leur manque ostensiblement une

UNITÉ SUPRÊME, qu’à la vérilé nous avons reconnue dans la réalité universelle ou absolue à laquelle ils se rattachent tous, mais qui n’est point manifeste dans ces buts eux-mêmes. Ainsi, vu ce manque ostensible, ces quatre buts ne sont en eux-mêmes que relatifs à quelque but absolu encore inconnu ; et, vu leurs motifs nécessaires, ils forment purement des buts instrumentaux, propres à nous conduire, à notre insu, vers -notre but FINAL.

Ce manque ostensible d’une unité suprême dans les quatre buts de l’humanité , n’offre encore qu’une preuve négative de l’existence d’un but final et absolu :

’ la preuve positive consiste dans V actualité même de la réalité absolue ou universelle à laquelle nous avons vu que se rattachent tous ces buts purement relatifs. En effet, dans cette réalité absolue de l’univers, doit se trouver nécessairement une raison déterminante de la réalité humaine ou de notre existence, parce que, sans cette raison, notre réalité quelconque ne saurait avoir lieu, et, si cette raison déterminante de notre existence peut devenir un objet du savoir humain, du moins au delà de la sphère de notre réalité actuelle ou physique, cette raison deviendra nécessairement, pour nous, le motif d’un but suprême et absolu dont la possibilité se trouve ainsi constatée irréfragablement.

Quant à l’essence de ce but absolu et final de l’humanité, on voit, par cette déduction même, que cette essence ne se trouve pas donnée dans notre réalité

actuelle elle-même, comme le sont les quatre buts purement relatifs ou insl rumen taux : cette essence du but suprême de l’humanité doit, s’il est possible,. être produite par notre savoir, c’est-à-dire, elle doit être notre propre ouvrage ou l’œuvre de la raison.

Ainsi, en résumé, l’humanité a effective.ment quatre buts relatifs à sa réalité actuelle ou temporelle, dont deux sont positifs, le bien-être physique ou le développement de l’être, et le bien-être hyperphysique ou le développement du savoir ; et deux purement négatifs, la justice, qui est garantie par la sûreté publique, et la dignité, qui est garantie parla moralité publique' et qui, remontant déjà au principe de toute réalité, implique la religion. De plus, il est irréfragahlement POSSIBLE que l’humanité ait un but suprême et absolu constituant son propre ouvrage et dépendant du principe même de notre réalité; but final par lequel, en vertu de son indépendance, l’humanité acquerra ou se donnera définitivement une’ réalité ou une existence propre et absolue. Ce but suprême encore problématique, ne pouvant être que l’ouvrage des hommes, parce qu’il doit remonter au principe même de leur existence, quoique rendu indéfiniment probable par la tendance infinie de notre raison , ne saurait recevoir une preuve rigoureuse de son effectivité que par le fait même de sa fixation ou de son établissement ; et c’est ce fait que nous devons présenter dans cet ouvrage.

Connaissant ces divers buts de l’humanité, nous al-

ions, en nous fondant toujours sur les conditions de notre rivalité et sur la tendance de notre raison, déduire les lois générales que suivent l’établissement, le développement et la subordination respective de ces différentes fins de nos actions.

D’abord, pour ce qui concerne l’établissement de ces buts de l’humanité, il est clair, en général, que cet établissement ne saurait avoir lieu que lorsque la liberté de notre savoir se trouve complètement développée dans sa faculté supérieure nommée raison, dont la fonction est précisément celle de la spontanéité du savoir humain; car, comme nous l’avons reconnu plus haut, c’est de cette liberté dans la causalité de notre savoir que dépend l’existence même des buts de notre volonté. Mais, en particulier, l’établissement dès quatre buts purement relatifs ou instrumentaux n’exige que la simple présence de la raison dans notre jugement, parce que, les motifs ou les raisons déterminantes de ces buts se trouvant donnés dans notre réalité actuelle, dont ils sont les conditions, il suffit d’avoir la faculté de distinguer ces conditions, et cette faculté c’esî le jugement.

Il n’en est pas de même de l’établissement du but absolu ou final de l’humanité : la simple présence de la raison dans notre jugement ne saurait ici suffire, car les motifs ou les raisons déterminantes de ce but suprême ne sont point contenues dans notre réalité temporelle elle-même ou dans la sphère môme de

notre existence physique : ces motifs supérieurs rentrent dans le principe de notre réalité et se confondent ainsi avec les conditions de la réalité absolue ou universelle ; de sorte qu’ils ne sauraient être distingués que par suite d’une longue culture de notre raison, par laquelle cette faculté suprême de notre savoir parvient à dépasser notre réalité temporelle ou physi- ({ue. On conçoit de plus que le critérium du degré requis de cette culture de la raison, consiste ici dans la conscience ou dans la connaissance claire de la nécessité même du but absolu dont il s’agit (1), c’est-àdire, que c’est seulement lorsque cette connaissance se trouve bien développée, que la culture de notre raison est assez avancée pour distinguer les conditions absolues qui sont requises afin de fixer notre dernier but, par lequel nous devons nous donner une existence absolue.

Ensuite, pour ce qui concerne le développement et la subordination respective des différents buts de l’humanité, et spécialement des quatre buts relatifs ou instrumentaux qui , suivant ce que nous venons de dire, doivent s’établir avant le but absohf ou final, il est clair également que quoique ces quatre buts s’établissent chacun indépendamment des autres, il doit exister une subordination réciproque dans leur développement ; parce que n’étant pas absolus eux-mêmes,

(1) Ce critiSrium pourra aussi servir pour le dégré de l’entente de cet ouvrage.

ces buts doivent, par la finalité du monde , concourir ensemble à l’établissement du but absolu. D’ailleurs, et c’en est ici la preuve, ces quatre buts relatifs étant hétérogènes, ne sauraient subsister en même temps et au même rang : l’un de ces buts doit tour à tour être dominant, et les autres doivent successivement lui être subordonnés.

Voici donc les lois de ce développement et de cette subordination réciproque des quatre buts relatifs dont il est question.

En premier lieu, le bien-être physique ou corporel s’établit immédiatement comme but dominant, parce qu’il est donné dans là tendance même de notre vie purement animale. — Alors, dans cette première période du développement de l’humanité, les trois autres buts relatifs se trouvent subordonnés à celui du bien-être physique, et ik prennent dans cette subordination les caractères particuliers suivants. — Le bienêtre hyperphysique ou le développement du savoir demeure encore dans la sphère des connaissances CONCRÈTES, attachées aux êtres, lesquelles seules, avant tout, sont ici utiles pour le but dominant. La sûreté publique, la garantie de la justice, s’achète par la re-

nonciation aux droits publics en faveur de droits privés ou de simple possession, lesquels derniers au moins sont indispensables pour le bien-être corporel, formant le but dominant. Enfin, la religion, comme garantie de la moralité, commence à se manifester dans l’iDOLATRiE, c’est-à-dire, dans l’adoration des objets du bien-être physique qui constitue le but dominant.

Eu second lieu, ce bien-être physique se trouvant ainsi développé au maximum auquel il peut atteindre dans la première période, l’homme reconnaît l’insuffisance de ce bien-être corporel pour satisfaire la tendance supérieure de sa raison. Et, entrevoyant déjà le terme de cette tendance infinie dans la spontanéité de ses actions, qui se manifeste d’abord parleur légalité extérieure, l’homme substitue , au bien-être physique ou corporel qu’il a poursuivi jusqu’alors, cette légalité de ses actions, la justice ou la considération de ses droits ; et ainsi la sûreté publique, qui a pour objet cette légalité juridique ou la garantie de la justice, devient le nouveau but dominant.

Alors, dans cette seconde période du développement de l’humanité, les trois autres buts relatifs se trouvent, à leur tour, subordonnés à ce but dominant ; et ils prennent, dans cette subordination, les caractères particuliers suivants. — Le bien-être physique ou corporel, considéré comme secondaire, se trouve SOUMIS à la sûreté publique; c’est-à-dire qu’il se trouve destiné entièrement à l’utilité politique; et.

dans cette destination exclusive, il prend des modifications particulières et distinctes, correspondantes à la manière dont on envisage la justice ou la légalité des actions, et dont on recherche la sûreté publique foi^ mant le but dominant. Le bien-être hyperphysique, résultant de la culture du savoir, devient au contraire tout à fait indépendant, excepté seulement dans sa direction pratique où cette culture peut devenir utile au but dominant; et dans cette indépendance, le développement spéculatif du savoir devient évidemment un JEU, c’est-à-dire qu’il n’est plus m but ni moyen. Mais , dans cet état de simple jeu , la culture du savoir développe les connaissances abstraites, parce qu’elle n’est plus arrêtée par aucune influence purement mécanique. Enfin, la moralité ou la religion s’élève déjà àlahauteur de I’allégorie, c’est-à-dire, à l’exhibition extérieure et en quelque sorte corporelle des qualités supérieures, attachées à la spontanéité du savoir, qui sont impliquées dans les maximes morales et dans la légalité des actions, et qui influent ainsi sur la sûreté publique, constituant le but dominant.

En troisième lieu, ce but qui domine dans la seconde période , ne pouvant encore être atteint par les moyens que présente cette période, ne produit qu’une fluctuation continuelle entre le despotisme et l’anarchie ; et dans le maximum de cette fluctuation, l’homme, fatigué de ses efforts inutiles, cherche, contre ce désespérant désordre, un refuge dans un asile éternel où

régnera enfin la justice, à laquelle il se voit forcé de renoncer sur la terre. Ainsi, à la place de cette justice terrestre ou de la considération des droits humains, qu’il a poursuivie dans la seconde période, s’établit, comme but dominant, la moralité, et surtout la RELIGION, qui, offrant la garantie à la pureté de nos maximes morales, nous rattache déjà au principe suprême de toute réalité. — Alors, dans celte troisième période du développement de l’espèce humaine , les trois autres buts relatifs deviennent, à leur tour, subordonnés à ce nouveau but dominant; et, dans cette subordination, ils prennent les caractères particuliers suivants.

Le bien-être physique redevient indépendant, et peut se développer dans toutes les branches de l’industrie, autant que cela est conforme à la dignité de la religion ou du but dominant ; dignité qui est ici, nonseulement Tunique FREIN, mais de plus, à certains égards, un rro.moteur de ce bien-être corporel. Mais, cette fois-ci, le bien-être hyperphysique, la culture du savoir, se trouve, à son tour, soumis au but dominant ; parce que tout savoir ou toute connaissance contraire à la religion , saperait les fondements même de la réalité dominante dans celte tioisième période. Il en est de même de la sûreté publique ou de la légalité des actions humaines , qui devient entièrement dépendante du but dominant ; parce que cette légalité , pour être permanente, doit être fondée sur la pureté

de nos maximes morales et, par conséquent, sur la religion elle-même. De là résulte, dans cette troisième période , une influence croissante de la religion dans l’autorité politique; une diminution de cette autorité et , par contre-coup , une augmentation des libertés des peuples.

En quatrième et dernier lieu, fatiguée de se réprimer dans sa tendance, la raison s’enhardit à rechercher la vérité, lors même qh" elle serait contraire à la religion, en reeonnaissmrt que cette dernière ne peut elle-même exister qu’autant qu’elle est conforme à la raison. Cette connaissance donne évidemment la suprématie à la vérité^; et la culture du savoir pour la rechercher, c’est-à-dire , le bien-être hyperphysique , ou le développement du savoir, s’établit naturellement comme dernier but dominant. Mais, ce n’est plus ici un simple jeu intellectuel , comme dans la seconde période du développement de l’humanité : c’est actuellement une affaire sérieuse, et même la plus sérieuse de toutes, parce qu’elle constitue le but dominant. C’est aussi là le caractère distinctif de la culture du savoir dans cette quatrième et dernière période ; caractère qui consiste évidemment dans l’importance attachée à la CERTITUDE des connaissances , comme critérium de l’obtention de la vérité, formant la base du but dominant. Et , puisque la certitude absolue du savoir, fondée sur le savoir même, c’est-à-dire, la certitude (définitive et non purement présomptive) des

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LOIS, ne peut encore être atteinte, ni même conçue possible, parce quelle dépend des conditions mêmes de la réalité universelle , et non simplement des conditions de notre réalité individuelle ou actuelle, on s’attache à la certitude nEi^TiVE du savoir, fondée sur l’être, c’est-à-dire, à la certitude des faits ou à la certitude relative à notre existence physique.

Ainsi, I’absolu reste ici nécessairement sans aucune valeur ; et la tendance dominante de cette nouvelle période, est de ramener tout à l’état purement relatif à notre réalité temporelle, qui est la source de toute réalité concevable jusqu’aloi-s. — Suivant cette tendance, les trois autres buts relatifs ou instrumentaux, qui, à leur tour, se trouvent ici subordonnés au but dominant, prennent, dans cette dernière période du développement de l’humanité, les caractères particuliers suivants. — Le bien-être physique ou corporel reçoit le maximum de développement; parce que toutes les connaissances , comme éminemment relatives à notre existence, finissent par se ^rapporter à notre ütilité physique. La sûreté publique reçoit alors pour objet la seule garantie de notre réalité présente ou actuelle; et, dans cet état purement relatif, l’autorité politique, intérieure et extérieure, perd son CARACTÈRE ABSOLU, qui, dans la destination de la société, la rattachait à la réalité absolue de l’univers, vers laquelle, jusqu’ici, paraissait tendre l’humanité : bien plus, vu la contradiction nécessaire dans les inté-

rêts puremeut relatifs ou individuels des hommes, cette perte du caractère absolu dans l’autorité politique doit entraîner la dissolution des Etats et généralement de la société humaine. Enfin, la morale et la religion perdent également, dans cette quatrième période, toute leur importance absolue; la dernière surtout, ne pouvant être légitimée par la vérité purement temporelle à laquelle on peut s’élever alors, se trouve compromise ; et il en résulte une incrédulité générale pour tous les dogmes et même pour les préceptes religieux.

Avec la domination 'de ce quatrième et dernier but relatif ou instrumental , qui doit entraîner la ruine des Etats et de la Religion, pour rendre les hommes en quelque sorte à leurs propres forces, finit évidemment le développement complet de l’humanité, dû à l’inlluence de la finalité du monde, laquelle, dans les conditions de notre réalité temporelle, nous a offert les motifs de l’établissement et du développement successifs de ces différents buts dont nous venons de reconnaître la domination et les lois. Toutefois, cette finalité du monde ne nous abandonne pas encoie entièrement; et, au milieu du désordre politique et religieux, auquel aboutit nécessairement la dernière période de notre développement, elle nous présente, dans l’état précaire ou plutôt défectueux de nos nouvelles connaissances, sinon une condition positive, du moins une condition négative pour l’établissement de notre but final et absolu, (pi’il faut aborder actueile-

ment. En effet, l’état purement relatif dans lequel se trouvent les connaissances acquises dans la dernière période, conduit directement, par son défaut de tout principe, au scepticisme le plus effrayant : et, suivant toujours la tendance dominante dans cette période, c’est-à-dire, la certitude des connaissances, on ne peut sortir de ce scepticisme que par I’idée de l’absolu, principe de la certitude elle-même ; idée qui, à son tour, conduit directement à la fixation du but final et absolu de l’humanité.

Tels sont les principes et les lois qui régissent l’établissement, la subordination et le développement successif des buts de l’humanité, jusqu’à la fixation définitive de son but absolu. — Ce but suprême et final, devant être produit par l’absolue spontanéité de l’homme, n’est plus soumis à aucune loi ; et, précisément par ce caractère d’indépendance , ce but absolu diffère des buts relatifs ou instrumentaux, qui, suivant ce que nous venons de reconnaîtra, sont, du moins indirectement, les résultats de la finalité du monde, destinés à nous conduire vers notre but absolu, ou plutôt à développer en nous la spontanéité requise pour la fixation de ce but suprême.

11 faut ici faire remarquer que, quoique nous ayons attribué spécialement à l’espèce humaine les principes et les lois que nous venons de déduire, ces principes et ces lois sont universels pour tous les êtres doués de la raison, c’est-à-dire, pour tous les êtres dont le

savoir a une causalité libre. Ainsi, ces principes et ces lois du développement des êtres* raisonnables , jusqu’à la fixation de leur but absolu, sont applicables généralement à tous les corps célestes sur lesquels habitent des êtres libres, destinés,, comme nous, à leur création propre par l’auguste usage de leur spontanéité ; et ce ne sont que les circpnstamces physiques , particulières et distinctes , qui, dans cette application universelle, peuvent amener, sur les divers corps célestes , des résultats physiques , distincts et particuliers.

Ce sont ces circonstances particulières et propres à notre globe terrestre , qui , dans l’application des principes et des lois que suivent les buts des êtres raisonnables, ont caractérisé la marche de l’humanité, depuis son origine jusqu’à nos jours ; et c’est cette marche particulière 'que nous devons suivre pour pouvoir répondre à la grande question que nous avons placée au commencement d« cet ouvrage, savoir :

QUELLE EST NOTRE DESTINEE SUR LA TERRE : QUE SOMMES-NOUS • ET QUE DEVONS-NOUS FAIRE?

Nous allons donc procéder à l’interprétation philosophique des événements historiques de notre globe , d’après les principes fondamentaux que nous venons de poser. Nous parcourrons, avec une grande rapidité, les événements historiques de l’antiquité, en nousbor-

nant , pour ainsi dire , à signaler leur sens philosophique, autant qu’il est nécessaire pour fixer définitivement la marche de ccs premiers progrès de l’humanité. Nous nous étendrons davantage, et graduellement de plus en plus, sur les événements historiques postérieurs, à mesure que nous approcherons davantage des temps présents, dont il nous importera principalement de bien reconnaître la véritable tendance , afin de pouvoir établir, d’une manière irrécusable, la nécessité d’un but nouveau et absolu pour l’existence de l’humanité.

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