‹ Developpement progressif et but final de l'humanite Hoene WronskiChapitre 7 sur 21 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

PREMIÈRE. PÉRIODE ■4JT dominant: Bieif«tre physique.

Il est sans doute inutile, pour notre but présent, de remonter au delà de l’époque où commence proprement l’histoire. Mais, pour bien caractériser cette époque purement historique, qui seule doit nous intéresser ici, il faut au moins en fixer la limite, et par conséquent signaler les temps antérieurs qui servent à cette démarcation. — Nous allons le faire en peu de mots. ^

Suivant les lois de la création des êtres, que nous développerons dans l’Apodictique, l’homme, doué de la raison et, par conséquent, de la liberté, ne peut être conçu comme ayant été produit immédiatement. 11 faut nécessairement supposer un développement

consécutif de la raisqn, à côté de la perte correspondante de l’iNSTiNCT. C’est là runi(|iie moyen de lever la difficulté que se font les anthropologues concernant les premiers progrès de l’homme, en le supposant, comme ils le font , un être doué immédiatement de la raison, et dépourvu de l’instinct. — Telle est donc la première époque de l’humanité ; et, vu l’absence d’une liberté absolue , qui doit y être développée , cette première époque doit être considérée comme Y époque de la nature, ou proprement comme Y époque du Créateur. •\ussi , dès la plus haute antiquité, la nécessité de cette époque de l’humanité a été sentie et figurée par le Paradis terrestre. Tout ce que les fictions rapportent à cet état de création de l’homme, se trouve ou doit être réglé suivant le principe présent, le développement de la Raison, dominant dans cette première époque.

Dans la seconde époque de l’humanité, après le développement de la raison et, par conséquent, de la liberté, l’homme est abandonné à lui-même, il est chassé du Paradis, et il ne conserve plus que le seul instinct du sexe, qui, sans léser la personnalité, ne peut être remplacé par la Raison. Ainsi, cette seconde époque doit être considérée comme Yépoque de la Liberté , ou proprement comme Yépoque de l’Homme.

Dans cette seconde époque de l’humanité, qui est proprement la sienne, trois ères consécutives doivent se présenter.

Dans la première ère, l’homme en famille développe ses BUTS INDIVIDUELS, jusqu’à l’établissement de la société où peuvent avoir lieu les buts universels de l’humanité. — C’est là évidemment Vèi-e des Patriarches ; et tout ce que les traditions rapportent à cette ère, se trouve de nouveau réglé d’après le principe présent, le développement des buts individuels, dominant dans ce premier intervalle.

Dans la seconde ère, l’homme en société développe ses BUTS UNIVERSELS. — • C’cst là l’é/’c dcs Peuples, qui suit naturellement celle des Patriarches ; et c’est dans cette seconde ère que s’établissent définitivement, suivant les principes et les lois exposés plus haut, les quatre grands buts relatifs ou instrumentaux de l’humanité.

Il faut remarquer que c’est proprement ici \'ère de l’Histoire. L’ère précédente ne peut être que \'ère des Traditions. — Quant à la première époque, celle du paradis, elle ne peut être que \ époque de la Fiction ; et alors, la seconde époque, où nous nous trouvons, est, du moins pour nous, \ époque de la Réalité.

Dans la troisième ère enfin, l’homme , parvenu à l’idée de l’absolu, doit fixer lui-même son but suprême, et opérer ainsi sa création propre. — C’est là l’objet principal de cet ouvrage.

Or, suivant cette nécessaire classification des âges de l’humanité, les temps historiques, qui doivent nous intéresser ici, commencent, comme nous venons de

le voir, avec la seconde ère, c’est-à-dii-e, avec l’èredes Peuples. C’est donc là que doit commencer l’explication philosophique des événements historiques , par l’application des principes et des lois que nous avons déduits plus haut ; e.xplication que nous nous sommes proposée, et que nous allons aborder.

Les peuples nomades, et ensuite les peuples stables, poursuivent manifestement, comme leur but suprême, le bien-être physique, ce premier des quatre buts relatifs ou instrumentaux de l’humanité. Et ce bien-être reçoit des développements différents, suivant les localités et la marche plus ou moins rapide de la civilisation.

Ainsi, chez les Éthiopiens, et surtout chez, les Égyptiens, où ces circonstances étaient les plus favorables, les arts de l’industrie et du commerce firent les plus grands progrès. Mais , c’est proprement chez les Assyriens, les Babyloniens, les Perses, les Chaldéens et les Mèdes que le bien-être physique était, pour ainsi dire, un but absolu ; de sorte que, dans son plus grand développement, en se rattachant à l’amour raffiné du sexe, il y a pris le caractère propre qui constitue Y Orientalisme .

Chez les Arabes, les Cananéens, et surtout chez les

Phéniciens, le sol moins fertile ne laissait pas la même étendue au développement immédiat du bien-être physique; et il fallait, pour l’augmenter, recourir au commerce et à la colonisation.

Dans l’Asie-Mineure, où le sol était propre à la culture des blés, la prospérité physique était fondée principalement sur cette culture, et elle en recevait toutes ses modifications. Enfin , chez les Indiens et les Chinois, le climat, le sol et la communication par le moyen des rivières, donnaient lieu à une extension supérieure de la population, qui devint ,' chez ces peuples, la condition du caractère propre de leur prospérité physique.

Généralement, le bonheur domestique, l’amour des parents et l’amour filial , et surtout l’amour du sexe, ce jeu indéfini de la félicité terrestre, espèce de manifestation corporelle de l’absolu, furwit, dans cette première période de l’humanité, tout à la fois les termes naturels et les motifs puissants, et, en quelque sorte, raisonnables du développement du bien-être dominant dans cette période, et, par contre-coup, du développement de l’humanité elle-même, en lui faisant perdre sa’ primitive brutalité, et en la remplaçant par des mœurs douces et aimables.

Quant aux moyens nécessaires à l’obtention de ce premier but relatif ou instrumental de l’humanité,' nous remarquerons que, déjà dans l’ère précédente, celle des Patriarches , autant que le constatent les

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traditions, deux branches primitives de l’industrie se sont développées, savoir, d’une part, la chasse et la pêche , chez les habitants plus robustes des climats arides, froids, et des sols couverts de lacs et de bois; et , de l’autre part , l’éducation des animaux , chez les pasteurs ou habitants moins robustes des climats tempérés, et des sols fertiles, coupés par des ruisseaux, des montagnes et par conséquent des vallées.

Mais , l’agriculture, en y comprenant la culture de la vigne et des jardins, ne paraît s’ètre développée généralement que dans l’ère des Peuples, et nommément déjà dans la première péiiode dont nous parlons. La charrue, la herse, la faux, et différents autres outils aratoires furent inventés dés l’établissement des peuples stables. Et à cette époque , ou même plus haut encore, remontent l’exploitation des carrières, la coupe des pierres, la construction des habitations, des routes, des digues, et même des canaux.

Ce qui est plus remarquable, c’est l’exploitation des mines, la fonte, la forge, et la trempe des métaux, qui se pratiquaient déjà dans l’antiquité la plus reculée, probablement par l’heureuse rencontre de quelques masses de fer natif. Ce fut cet usage des métaux qui, joint aux progrès de l’agriculture, servit beaucoup au développement des arts industriels, .\insi, le marteau, la scie, le vilebrequin, le rabot, et autres instruments mécaniques, furent déjà connus dans cette première période de l’humanité; et l’art de tiler, de tisser.

même de tricoter, et surtout l’extraction de l’huile, la mouture, la cuisson du pain et de la viande, commencèrent, pour ainsi dire, avec celte première période. Les préparations chimiques se développèrent plus lentement ; cependant, la teinture, surtout en pourpre, la fabrication des vins, la préparation des aliments, etc., tirent des progrès assez rapides, avec le développement croissant de Y orientalisnw , de ce véritable caractère de bien-être-dans la première période.

Les produits des arts de luxe et des beaux-arts, tels que les étoffes de soie, les ' broderies' en or, les miroirs métalliques, les ouvrages en ivoirè, les vases, les. édifices, les jardins dé plaisance, les obélisques, les pyramides même, etc. (1), accompagnèrent naturellement ces progrès de l’oriçntalisme. Enfin, le commerce, d’abord par les caravanes, et ensuite par la navigation, facilité déjà par l’usage de l’argent monnayé, acheva ce grand développement des moyens industriels dans la première période de l’humanité.

•■Tels furent, eu aperçu, le caractère du bien-être physique ou corporel et les moyens propres à son obtention, dans la première péiiode historique, dans laquelle a dominé ce premier des quatre buts relatifs ou instrumentaux. — V'oici, dans la même période, un aperçu de la subordination des trais autres buts relat.fs.

(1) Jouissance pliysiquo anticipi'e de la mémoire dans la posté-

D’abord, pour ce qui concerne le bien-être hyperphysique, consistant dans la culture du savoir,' et Ibrraant le second but relatif ou mstrumental de l’humanité, il se réduisait, durant toute cette première période, cà des connaissances purement concrètes, ou en quelque sorte purement matérielles. Même cliez les Chaldéens, les Phéniciens, et surtout chez les Égyptiens, où cette culture du savoir parait avoir été le plus avancée (Thot) , on ne trouve aucune trace de connaissances abstraites, et encore moins de connaissances systématiques.

Toute cette période ne présente que des connaissances concrètes relatives à la géodésie (le compa$ et l’équerre), à l’hydraulique (la force des courants, le jeu des fontaines, etc.), à la métrologie (les poids et les étalons de mesures), à l’astronomie (la navigation d’après les étoiles, etc.), à la chronologie (l’année solaire, les périodes lunaires, etc.', à la médecine (la saignée, les vomitifs, etc.), à la technologie, et autres connaissances pareilles toutes relatives au bien-être physique.

Cependant, un des moyens puissants de l’analyse de la pensée, le langage, et la représentation de ses sons par des signes visibles, furent développés dans cette

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première période ; l’écriture, d’abord polysyllabique,' représentant des mots entiers, devint ensuite monosyllabique et atteignit déjà, alors, à sa dernière perfection en devenant littérale, telle que la pratiquent aujourd’hui les peuples civilisés. En outre, une écriture spéciale, tout à la fois sacrée et scientifique, les hiéroglyphes, fut inventée pour conserver les mystères, dont le véritable objet dans cette première période de l’humanité, était l’ordre bienfaisant de l’univers, cette première manifestation intellectuelle de l’absolu, conforme en tout au but dominant de cette première période.

Ensuite, pour ce qui concerne la sûreté publique, consistant dans la garantie de la justice, et formant le troisième but relatif ou instrumental de l’humanité, elle était également, dans la première période historique dont nous parlons, subordonnée au bienêtre physique, qui formait le but dominant.

Ainsi, les États existaient uniquement pour la garantie de la prospérité physique;^ et toutes leurs relations, extérieures et intérieures, prenaient le caractère de cette garantie. Les guerres entre les États n’avaient encore aucune énergie morale, comme elles

en auront dans la période suivcmte; elles n’avaient

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réellement en vue que la seule garantie ou réciproquement l’envahissement de la prospérité physique.

Mais, ce qui est le caractère distinctif des relations politiques dans cette première période, c’est le mode de soumission à l’autorité, qui consistait dans une renonciation à tous les droits publics en faveur des droits PRIVÉS ou de simple possession, pour la garantie du bien-être physique ; mode de soumission qui constitue le gouvernement sultamque.

Il faut soigneusement distinguer le sultanisme du despotisme : le premier, formant le caractère politique de la première période, consiste dans une renonciation spontanée à ses droits ; et le dernier (le despotisme), qui, avec l’anarchie, formera le caractère politique de la seconde période, consiste dans I’at- TEiNTE portée aux droits existants. — Cette forme sultanique du gouvernement suivait surtout, dans son développement, les progrès de l’orientalisme, constituant le caractère du but dominant de cette période. Ainsi, chez les Assyriens, les Mèdes et les Babyloniens, où nous avons vu i^e ce caractère du bienêtre physique a pris le plus grand développement, le gouvernement, d’abord paternel, se transforma, par l’établissement insensible d’une efficacité absolue attachée à la seule autorité, en un véritable sultanisme.

Chez les Égyptiens, l’influence des progrès plus rapides du savoir, amena, dans le gouvernement, une

participation de la caste des prêtres, qui étaient chargés de la conservation des mystères, que nous avons signalés plus haut. Enfin, chez les Phéniciens, les Cananéens, et les peuples de l’Arabie, la recherche des ressources industrielles, excitant davantage les intérêts, et avec eux, la perspicacité, et même la ruse, amena la formation de petits États, dans lesquels le sultanisme, ce caractère politique de la première période, ne pouvait recevoir son entier développement.

Enfin, pour ce qui concerne la moralité publique ou la religion, formant le quatrième et dernier des buts relatifs ou instrumentaux de l'humanité , elle était aussi subordonnée à la prospérité physique , constituant le but dominant dans cette première période. Le caractère distinctif qui résultait de cette subordination de la religion, était I’idolatrie, consistant dans l’adoration des objets relatifs au bienêtre physique.

Ainsi, dans sa gradation, en passant des objets corporels aux objets spirituels, ce caractère de la religion, l’idolâtrie, a pris successivement les formes du fétichisme (où se trouve compris le magéisme des Parsis et des Guèbres), du sabéisme, de \' apothéose o\\

de X anthropolàtne , des systèmes des émanations (Zerdasht ou Zoroastre), du dualisme et du théomorphisme.

Mais, outre cette gradation progressive de l’idolâtrie, elle prenait encore des modifications locales : ainsi, par exemple, eut lieu l’idolâtrie de la terre (Cybèle) dans l’Asie mineure, des animaux chez les Égyptiens, des astres chez les Chaldéens, de la fertilité chez les Indiens, etc., etc.

Une seule exception se présente ici : c’est Ahraham, qui, après s’être retiré du milieu de cet orientalisme dans la Terre de Canaan, devient la souche du peuple DE DIEU par l’étahlissement d’un culte religieux pur, ayant pour objet dieu et la morale. Cet événement extraordinaire est contre la marche naturelle de l’espèce humaine ; et ayant égard au service éminent que ce peuple rendra à l’humanité dans la-troisième période, par l’établissement du christianisme, on doit attribuer ce grand événement à une influence de la Providence, du moins d’une manière indirecte, par la possibilité d’un pareil événement, servant de préparation éloignée au salut de la terre.

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