‹ Devoirs d'ecoliers americainsChapitre 100 sur 330 · CRITIQUE DES COMPOSITIONS · texte numérisé non relu

CRITIQUE DES COMPOSITIONS

Ma maîtresse veut (|ue j'écrive une composition, elle dit qu'on l'enverra au Centenaire et qu'on la comparera avec ce que les jeunes filles écrivaient il y a cent ans.

Or, je ne crois pas qu'il y a cent ans les enfants eussent à faire rien de pareil, nous ne sommes pas d'un iota plus intelli-

LA VIE DE l'école DÉCRITE PAR LES ÉCOLIERS. 137

gents qu'ils n'étaient et nous avons à faire presque dix fois autant qu'eux. Ils n'étudiaient que deux ou trois sciences, et on pensait que si un garçon (ou une fille) savait bien l'orthographe, savait lire la Bible, écrire convenablement une lettre et compter combien il lui fallait de dollars pour son entretien pendant une année, il en savait assez.

Je suis de cet avis, moi aussi : je ne vois pas l'utilité de toutes ces histoires, de tous ces examens, et, tenez, je crois qu'après que nous nous serons donné beaucoup de mal et que nous nous serons cassé la tète pendant une semaine, on jettera au feu la moitié de ce que nous aurons écrit sans jamais l'envoyer au Centenaire. Et si on l'y envoie, qui est-ce qui ira le voir? Personne. Les grandes personnes ne feront pas attention à des enfants!

Cela me met tout cà fait hors de moi : sous prétexte que nous sommes des enfants, on nous impose et on nous fait faire des choses que nous ne savons pas faire. Et ma maîtresse aussi. Elle dit que je puis écrire une composition, et je sais bien que je ne le puis pas ; cela me révolte au dernier point, et je vais écrire d'une manière révoltante aussi, car elle m'a dit que je pourrais écrire tout ce que je voudrais et dire aux gens ma façon de penser si je le voulais. Eh bien, ma façon de penser, la voici : on ne pourra pas trouver une composition écrite il y a cent ans pour la comparer avec les nôtres, parce que, il y a cent ans, on avait trop de bon sens pour demander aux enfants d'écrire des compositions. Je sais ce qu'on en fera (si Ton ne s'en sert pas pour allumer le feuj : on les comparera avec quelques-uns des écrits de ces braves gens d'il y a cent ans qui savaient écrire des choses sensées, et ce sera du propre ! Je voudrais que quelques-uns de ces braves gens existassent maintenant. Je veux dire des gens comme Thomas Jefferson, Richard Henry Lee, Patrick Henri, John Adams et Henry Clay, et d'autres comme eux; ils ne demanderaient pas à de petites écolières^de douze ans d'écrire des compositions pour le Centenaire !

Ûhî c'est affreux! on nous surmène, nous mourrons à la peine! Environ douze récitations (1) par jour, et il faut ensuite s'occuper des affaires de la maison, lire les journaux, suivre la mode, regarder des manifestations (:2) et cent autres choses que

(1) Ce mot ne se prend pas seulement dans le sens de récitation des leçons apprises par cœur, mais en général de toute interrogation, révision on examen sur les matières de renseignement.

(2) Processions politiques, fréquentes surtout à l'époque des élections.

138 (.RAMMAl'i SUIIOOLS.

les enfants d'il y a cent ans n'avaient pas à faire. Comment pouvons-nous écrire des compositions et nous occuper de tout cela?

Et dire que nous sommes ici dans la salle de classe et que c'est aujourd'hui le lendemain du Mardi-Gras! Je me demande quel est l'enfant qui, il y a cent ans, aurait pu écrire une composition ou songer à rien de semblable penclant une semaine, après avoir vu Moïse et les roseaux comme nous les avons vus hier soir. Je suis trop occupée à penser à toutes ces choses pour en écrire plus long; et, si quelqu'un pouvait écrire une composition le lendemain du Jour où il a vu ce spectacle, il y aune personne qui ne le pourrait pas, et cette personne, c'est

JuM.v K.

Age : douze ans.

Nouvelle-Orléans (Louisiane). — École de M'Donogli, rue Lauvel.

8i. — LA VIE d'une ÉCOLIÈRE.

Je pense qu'on s'attend à ce que j'écrive une excellente composition sur un pareil sujet, puisque je suis écolière moimôme. Lorsque j'ai des leçons bien difficiles à apprendre, et surtout lorsque je veux me promener ou aller voir quelqu'une de mes amies, je souhaite presque de n'avoir pas à aller à l'école ou d'avoir terminé mes études. Je ne sais pas comment celles qui ont terminé leurs études peuvent dire que le temps où elles allaient à l'école était le meilleur temps de leur vie. Quand on va à l'école, on n'a jamais fini d'étudier. Il faut que j'étudie ferme si je veux savoir mes leçons. Ce n'est pas trèsagréable d'être assise toute laprès-midi dans la maison, occupée à étudier, pendant que le soleil luit avec tant d'éclat ou que vos amies sautent à la corde ou jouent à quelque autre jeu; alors il vous prend envie de laisser vos leçons pour le soir. Quelquefois vous avez de la compagnie et vous n'êtes pas disposée à étudier, alors vous dites : Je puis faire cela demain matin ; vous les remettez à demain, et le lendemain vous ne les étudiez pas du tout, ce qui a pour conséquence de vous faire perdre vos bons points.

La vie d'une écolière est un souci continuel, à cause des études, car il y en a tant ! Je crois que tous les eufants sont contents de voir arriver les vacances ; s'ils ne le sont pas, ils ne me ressemblent })as.

Ella C.

Age : douze ans.

Nouvelle-Orléans (Louisiane). — Webster-School.

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