ENCORE LES COMPOSITIONS
Dans les écoles de chaque cité, de chaque ville, et de chaque État, les élèves doivent écrire par semestre deux ou trois compositions, et peut-être davantage. Mais dans l'école que je fréquente, nous devons en écrire à peu près quatre par semestre. Pendant l'époque actuelle, qui est consacrée au Centenaire, on nous en a fait écrire une douzaine, plus ou moins, et Dieu sait combien on nous en fera encore écrire avant d'être à la fin.
Or, le l)ut principal que l'on se propose en faisant taire ces compositions, est de voir quel parti les élèves peuvent tirer d'une petite histoire ou de quelque vérité générale. Les uns copient dans leurs livres ou dans des journaux, les autres mettent dans ces devoirs tout ce qu'ils ont logé dans leur petite tôle pendant le cours de leurs études.
Dans cette école-ci, il faut que nous ayons assez de cervelle pour nous mettre k la besogne aussitôt après que le sujet a été donné, ou pour choisir nous-mêmes notre sujet et rédiger une bonne composition. Mais c'est ce que nous ne faisons pas.
Certains élèves attendent jus([u'au dernier moment (c'est ce que j"ai fait), puis ils disent à la maîtresse : « Je ne puis pas écrire de composition. » — « Eh bien, répond-elle, vous pouvez rester jusqu'à cinq heures, vous verrez alors si vous pouvez en écrire une; si vous ne pouvez pas encore l'écrire, nous aurons recours tous les jours au même procédé jusqu'à ce que vous l'ayez faite. »
Mais cette punitionne produit plus d'elfet, etles élèves disent: (( Je ne peux pas écrire de composition, ainsi vous devriez me permettre de m'en aller. »
Enfin il faut remettre les devoirs, et le moment approche pour les élèves de s'en aller ou de rester, selon qu'ils ont fait ou n'ont pas fait leur composition. Alors la maîtresse dit : (( Annie, où est votre composition ?» — « J'en ai une partie à la maison, je l'apporterai demain matin. Je dois aller chez le ministre ce soir, et je ne pourrai pas la finir avant demain. » — « Restez jusqu'à cinq heures. » — ■ « Johnnie, ouest votre composition? » — « Je n'en ai pas. J'ai passé la soirée en ville hier, et je n'ai pas pu l'écrire. » — « Vous pouvez rester jusqu'à cinq heures. »
Telle est l'amende qu'on a toujours infligée aux élèves.
Ago : quinze ans, Newport (Rhode Island).