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LES PARAPLUIES

Le sujet nous est familier et n'a guère besoin d'être défini. Le mot parapluie ne manque jamais d'évoquef devant nous des visions de contre-allées boueuses, de torrents de pluie, de passants qui courent dans les rues presque désertes, de personnes à l'air lugubre, qui ont perdu ou oublié leur parapluie, et d'autres personnes qui pressent le pas, heureuses de se sentir commodément à l'abri.

Est-il nécessaire maintenant de transcrire la définition qu'en donne notre Webster (Ij, et de dire qu'un para})luie est un dais

(I) Le Dictionnaire de Webster, qui a la plus grande autorité aux États-Unis.

que l'on peut porter avec soi, qui s'ouvre et se ferme, et que l'on porte à la main pour se garantir de la pluie, de la neige ou des rayons du soleil? Le nom vient du mot latin umbra (1), qui signifie ombre.

Lors de l'invention des parapluies, on se moqua beaucoup des personnes qui en portaient. On dit que le premier homme qui eut le courage d'en porter un dans les rues de Londres fut Jonas Hanway (i2), et jjeaucoup de personnes se mirent sur leurs portes et à leurs fenêtres pour le voir passer et pour se moquer de lui. Cette invention, comme la plupart des inventions qui sont devenues très-utiles plus tard, fut d'abord trait»;e d'absurde. Mais nous n'en aurons pas moins une reconnaissance éternelle à l'inventeur du parapluie.

De nos jours, les parapluies sont très-répandus. On dit que les parapluies dont se servent les Indiens sont si larges qu'un seul suffit pour abriter un Indien, sa aquaw et ses petits pappooses (3).

Les parapluies que l'on fait maintenant réunissent, à un haut degré, la beauté et l'utilité. En Europe et en Amérique, on fait les manches en ivoire ou en bois dur et léger ; ils sont quelquefois ornés d'argent, et la monture est recouverte de soie, d'alpaga, etc. En Orient, ils sont faits de bambou et on les recouvre de papier verni. On nous représente les princes d'Arabie revenant du spectacle avec une nombreuse escorte de soldats et de courtisans ; à côté de chacun d'eux on portait un grand parapluie; quelques-uns de ces parapluies étaient si grands qu'il fallait plusieurs personnes pour en porter un.

D'a])ord les parapluies ne paraissaient que dans les vestibules des maisons des grands personnages ; on les tenait audessus de leur tète lorsqu'ils montaient en voiture.

N'est-ce pas charmant de penser que si nous sommes forcées de sortir paf un temps de pluie, nous pouvons nous abriter sous un parapluie. Si nous avons oublié d'en prendre un,

(1) Parapluie se dit en anglais umbreUa.

(2) Jonas Hanway, philanthrope, né à Portsmouth , 17Î--1786. Fondateur de la Société de marine anglaise, des Écoles du Dimanche, d'une Maison de refuge pour les fdles repenties, des Assurances îontre les incendies. {Xole du Traducteur.)

(3) Squaw et pappoose, mots employés par les Indiens de l'Amérique septentrionale pour désigner leur- femme et leur enfant.

{Note du Traducteur )

NÂRRATiONS ET FICTIONS. 271

({uelqu'un de nos amis nous offrira galamment de partager le sien.

Nous trouvons quelquefois que le parapluie est un grand embarras ; par exemple lorsque nous partons pour l'école le matin et (|ue le ciel est couvert de nuages qui annoncent la pluie, maman nous dit : « N'oublie pas ton parapluie » ; nous nous hâtons d'aller étudier, et nous oublions les nuages jusqu'au moment où il est l'heure de retourner à la maison; alors nous voyons que le soleil brille dans tout son éclat. Nous saisissons avec impatience le parapluie « ce vieux meuble inutile » et nous n'avons plus aucune reconnaissance pour celui qui l'a inventé.

Les parapluies disparaissent quelquefois de l'endroit où on les met, et rien ne nous irrite plus que de ne pas trouver notre parapluie lorsque nous allons le chercher dans un pressant besoin. On se souviendra toujours des reproches faits par M'"^ Candie à son mari, qui avait prêté son parapluie à un de ses amis ; et beaucoup d'autres maîtresses de maison se sont trouvées dans le même cas.

11 y a des hommes qui sont renommés pour perdre leur parapluie ou bien pour échanger leur vieux parapluie tout disloqué contre un neuf. C'est assez pour vous faire perdre patience, quelque aimable que l'on soit, de voir son mari sortir le matin avec un parapluie en soie ou en alpaga tout neuf, et de le voir revenir à nnd'i ou le soir avec un vieux parapluie de coton dont toutes les baleines sont brisées, et de l'entendre s'excuser en disant : < J'en suis bien fâché, ma chère amie, mais j'avais laissé mon parapluie dans le coin, et lorsque j'ai voulu le reprendre voilà tout ce que j'ai trouvé. x>

Fannie E.

York (Pennsylvanie).

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