‹ Devoirs d'ecoliers americainsChapitre 183 sur 330 · A l'homme dans la lune · texte numérisé non relu

A l'homme dans la lune

(ji"- année.)

Cher homme dans la Lune,

Beaucoup de personnes m'ont raconté de merveilleuses histoires sur votre compte, et tous ces récits sont différents. Les unes vous font errer dans des royaumes de lumière ; d'autres vous suivent dans des voyag-es fort peu romanesques sur du fromage vert, elles vous accoutrent d'habits montés en graine (I) et vous couronnent d'un chou.

Mais comme aucune de ces histoires ne satisfait pleinement mon esprit, je m'aventure à vous écrire une lettre, que je confie aux vents et aux esprits bienveillants de l'air. J'espère (ju'elle vous parviendra sûrement et que vous l'accueillerez avec cette bonté dont votre altesse seule est capable.

Mes espérances sont ambitieuses, mais qui a ja-mais vu une petite écolière qui ne désirât pas des choses impossibles? Oui a jamais entendu parler d'un tel phénomène ?

J'ai songé à tant de questions que je devais vous faire que je sais à peine par où commencer. Mais, tout bien considéré, je crois que je ferai mieux de ne rien vous demander et de vous laisser entièrement libre de me donner dans votre lettre, sur laquelle je compte, tous les renseignements sur vous-même que vous croirez devoir me donner,

J"ai vu votre aimable visage se pencher pour regarder notre ville et, si je puis en juger par l'expression de votre physionomie, je serais portée à croire que ce spectacle ne vous déplaisait pas. Je ne m'étonne pas que vous admiriez notre beau lac

(1) Jeu de mots sur seedij qui signifie grenu, plein de graines, et, en parlant des vêtements, râpé.

Michigan, notre jolie ville, et le calme et la paix qui régnent partout aux environs.

Avez-vous là-haut des écoles où les élèves étudient la bioloofie et la oféométrie, et écrivent des essais? Ou bien cultivezvous convenablement dans vos jardins des arbres de science et permettez-vous à tout le monde de manger des poires, ou des pèches, ou des oranges, au lieu d'avoir les yeux fixés pendant des années entières sur des débris fossiles et sur les systèmes philosophiques.

.)e crois qu'une telle manière de s'instruire serait trèsagréable, et je ne vois pas pourquoi, dans un siècle aussi savant que le nôtre, tant d'hommes habiles dans les sciences ne pourraient pas inventer un système d'éducation de ce genre.

D'un autre côté, vous n'avez peut-être jamais eu le malheur d'avoir un Adam et une Eve qui aient commis une première faute, et tout le monde, chez vous, vit peut-être encore heureux dans un vaste jardin d'Éden. Js crois alors que votre royaume doit être charmant, et je voudrais bien pouvoir aller le visiter au lieu de vous écrire ces quelques lignes.

Dans l'espoir que cette lettre ne tardera pas à vous parvenir et qu'elle vous trouvera au milieu des plaisirs de toute sorte, je demeure

Votre humble amie,

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