LE JOUR DE DÉMÉNAGEMENT
(F* année.)
Le jour de déménagement est un événement de la saison. Vous en avez connaissance tout à coup, de grand malin, le 1" mai ou vers cette époque. Si vous ne devez pas aider, on vous expédie sans déjeuner ; si vous devez aider, idem.
Tout contribue à augmenter votre confusion; on vous dit de faire ceci, cela et le reste. Le « chef » de la maison, qui est ordinairement une femme, donne une demi-douzaine d'ordres à la fois.
Vous finissez par saisir une glace et, après avoir renversé deux ou trois chaises sur le tapis, vous la remettez au camionneur, qui a l'air d'un individu endormi.
Aussitôt, vous recevez l'ordre d'enlever le tapis. Vous prenez un marteau et vous enlevez tranquillement le premier clou. Vous pensez qu'il y a des gens qui en font toute une affaire. Vous enlevez un second clou très-facilement pensez-vous, et au bout d'une demi-heure vous avez enlevé douze ou treize clous.
Alors vous vous mettez à travailler plus vite. Mais si vous voulez aller plus vite, les clous ne sont pas de cet avis et vous vous mettez à frapper, à pousser et à tirer avec une vigueur dont vous êtes le premier à vous étonner.
Les clous vous exaspèrent et vous essayez de les arracher sans l'aide du marteau. Au bout du compte, après avoir déchiré le tapis en maints endroits et vous être écorché les doigts, vous l'abandonnez en éprouvant le plus profond dégoût pour toute l'affaire.
Vous vous glissez dans un petit coin où vous passez le reste
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de la journée. Le lendemain ressemble beaucoup au jour qui Ta précédé. C'est la même confusion, le môme bruit. Vous vous réveillez avec un appétit vorace. Vous jetez d'abord autour de vous des regards égarés, puis tout à coup la mémoire vous revient. Votre nouvel appartement exbale une odeur de peinture qui vous donne mal à la tète.
Vous voulez aller faire une promenade, vous cherchez votre chapeau el, au moment où vous désespériez de le trouver, vous l'apercevez dans un baril de farine, dans un piteux état. Mais vous ne vous laissez pas abattre.
Vous voulez prendre votre pardessus et, après de longues recherches, vous le trouvez empaqueté avec des tuyaux de poêle et du charbon.
Nous ne voulons pas parler des événements de ces deux jours mémorables. Nous nous contenterons de dire que si, du temps de Job, on avait connu le jour du déménagement, la patience du saint homme n'y aurait pas résisté.
Gevret D.
Age : quinze ans.
Mihvaukce (Wisconsin).