JULIA BRUCE
(9'^ année.)
La ville de Hartford (Connecticut; contient, entre autres institutions intéressantes, un asile oîi l'on élève les sourdsmuets. Les bâtiments de cet asile sont spacieux et commodes; ils sont situés sur une hauteur, ce qui leur donne une belle apparence. Parmi les pensionnaires de cet établissement, il y en a une qui attire particulièrement l'attention des étrangers.
Elle est complètement sourde, muette et aveugle : elle s'appelle Julia Bruce, et elle est née aux environs de Lasile.
Ses parents, qui sont très-pauvres, avaient plusieurs enfants plus jeunes qu'elle, et Julia leur rendait tous les petits services que son malheureux état lui permettait de leur rendre.
Lorsqu'on entrait dans la mauvaise saison, elle s'agenouillait de temps en temps sur le plancher de leur pauvre demeure pour s'assurer que les autres enfants de la famille avaient des bas et des souliers, tandis qu'elle n'en avait pas; et ce contraste lui causait du chagrin.
Assise sur son petit billot, elle s'amusait à tresser de petites bandes d'écorce avec les morceaux de cuir et de fil que son père, qui était cordonnier, rejetait comme inutiles, et elle en faisait des chapeaux et des collets pour son chat.
Sa mère confiait quelquefois les plus jeunes enfants à ses soins. Une fois elle, s'aperçut que sa sœur avait brisé une assiette, et voulant imiter ce qu'elle croyait que sa mère aurait fait en pareille circonstance, elle frappa la coupable. Mais en mettant sa main sur les yeux de l'enfant elle s'aperçut qu'elle pleurait : alors elle la prit dans ses bras, et par ses douces caresses elle parvint à la consoler. Enlin quelques personnes charitables débarrassèrent ses parents du fardeau de son entretien, et payèrent sa pension chez une vieille femme qui tenait une école pour les petits enfants.
La principale occupation de Julia consistait à coudre et à tricoter; elle avaiL appris à faire ces travaux lorsqu'elle était toute jeune. Pour acheter sa garde-robe, elle vendit bien des couvre-pieds de calicot très-bien faits et qui étaient l'ouvrage de ses mains.
Les messieurs que la compassion ou la curiosité poussait à
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aller la voir, s'amusaient quelquefois à lui donner leurs montres et à se faire rendre par elle chacun la leur. Chacun d'eux changeait de place et essayait de prendre la montre qui ne lui appartenait pas; mais quoiqu'elle en eût alors deux ou trois dans la main, aucun d'eux ne pouvait, ni par ruse, ni par persuasion, lui faire donner une de ces montres à une personne autre que celle de qui elle l'avait reçue.
Elle attira de plus en plus l'attention du puhlic, et elle entra à l'asile dans l'été de 1825. Elle n'y fnt pas plutôt admise (ju'elle s'occupa à explorer tranquillement la dimension des appartements et la hauteur des escaliers; et maintenant elle ne fait jamais un faux pas dans les escaliers, elle ne se trompe jamais de porte, et elle prend toujours à tahle la place qui lui est réservée.
Ialra K.
Age : quinze ans.
Sandusky (Ohio).