PROPOS DE TABLE
Je dois écrire une composition sur ce sujet; mais dans quel sens dois-je le prendre ? C'est ce que je ne puis dire.
Il y a deux grandes classes de propos de table : d'abord ceux que i'on tient à table, et ensuite ceux que l'on devrait y tenir.
Parlons des premiers et prenons pour exemple notre propre table. Nous commencerons par la table du déjeuner. La conversation alors roule, en général, sur les rêves de la nuit et sur les amusements de la veille : comme ces choses remplissent encore notre esprit, il est naturel qu'elles fournissent le sujet de notre conversation.
Passons ensuite à nos tables du dîner et du souper. La conversation alors n'est, en général, qu'un commérage amical, puis nous discutons les principaux événements de la journée. Mes sœurs parlent de la dernière mode de se coiffer, de la manière dont elles doivent agrafer leurs chemisettes pour ne rien perdre de leurs avantages; elles se demandent si l'on portera cet été les chapeaux sur le front ou en arrière. Grand-papa et papa discutent politique. Grand'maman et maman parlent de nos nouveaux voisins : elles se demandent s'ils sont riches ou
pauvres, s'ils ont une voiture à deux chevaux, s'ils sont trèsliers, et si elles ne feraient pas bien de leur faire une visite dès maintenant ou d'attendre une semaine, tandis que moi qui ne puis parler qu'à ces personnes, et qui ne suis que médiocrement intéressée par ces sujets de conversation, je suis obligée de manger en silence tout ce qui est sous ma main, car je n'ose l'ien demander. Jaimerais beaucoup que l'on appliquât le précepte : « Il faut que l'on voie les enfants et qu'on ne les entende pas. » Il y a des familles où ces sujets de conversation sont traités même le dimanche.
Les propos de table pendant la semaine devraient rouler sur les discussions politiques amicales, sur les événements principaux de la journée, sur les livres qui viennent de paraître; mais le dimanche ils devraient être tout autres. Ils devraient consister en conversation amicale sur le sermon et sur les choses semblables, mais il faudrait mettre tous nos soins à ne pas les rendre tristes.
On devrait parler beaucoup à table, mais il faudrait s'fippliquer à rendre la conver!ïalion gaie et amicale. Alors, quelque frugal que soit le repas, il paraîtra bien meilleur qu'un grand repas fait en silence. Quiconque dit quelque chose de désagréable qui blesse l'une des personnes qui sont à table peut être appelé un « ennemi domestique ».
SussiE P.
Age : dix-sept ans.
New Brunswick, comté de Middlesex (New Jersey).