O. — JEANNE D'ARC
(3'^ année.) ^
•leanne d'Arc était la fille d'un pauvre paysan, qui vivait en France au xv' siècle. Vers cette époque, la France et l'Angleterre étaient en guerre, et presque toute la France était tombée au pouvoir des Anglais. On peut attribuer les visions de Jeanne d'Arc à son enthousiasme et à ses habitudes de méditations solitaires. Pendant que ses compagnes jouaient, elle chantait et dansait toute seule ; elle tressait des guirlandes pour la sainte Vierge. A quinze ans, elle prétendit que saint Michel lui apparaissait entouré de feu et qu'il lui ordonnait d'aller faire lever le siège d'Orléans, et faire sacrer le roi à Reims. Elle se rappelait une prophétie d'après laquelle une vierge devait sauver la France et elle pensait qu'elle était celle que Dieu avait désignée. Lorsqu'elle fit part de ses projets à son père, il entra dans une grande colère, et lui dit qu'il la noierait avant qu'elle les accomplît. Elle lui répondit qu'elle aimerait beaucoup mieux rester as.sise auprès de sa mère et filer ; mais elle avait une mission à remplir et il lui fallait aller trouver le roi.
Le roi crut d'abord qu'elle était possédée du démon, et ne voulut pas l'entendre. Mais, après plusieurs épreuves, on lui confia le commandement des armées. Elle fut blessée deux ou trois fois, mais elle ne tua jamais personne, ni ne versa jamais
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lo sang de ses propres mains. Partout où elle allait elle était victorieuse, et Charles entra enlin en triomphe à Reims. Pendant la cérémonie du couronnement Jeanne se tint auprès du roi, armée de pied en cap. Elle lit roflîce de connétable; c'est elle ({ui tint l'épée sur la tète du monar(|ue. Après le couronnement, elle pensa que sa mission était remplie, et elle voulut retourner chez elle, mais le roi ne voulut pas la laisser partir. Sa famille reçut un tilre de noblesse, elle eut pour armes deux lys dorés et une épée, dont la pointe, tournée en haut, supportait une couronne. Jeanne fut faite prisonnière le 15 mai 1131. Quand elle apprit qu'on allait la livrer aux Anglais, elle sauta par la fenêtre du château et se blessa grièvement.
Après quatre mois d'emprisonnement, elle fut brûlée attachée à un poteau, et ses cendres furent jetées dans la Seine. Le dernier mot qu'elle prononça fut : « Jésus, )) et l'un des Anglais s'écria : « Nous sommes perdus, nous sommes perdus, nous avons brûlé une sainte. » Une tradition dit que lorsqu'elle expira, une colombe blanche s'envola du bûcher. On a élevé des monuments à sa mémoire; et, sur la place du Marché à Houen, où elle fut brûlée, on lui a élevé une statue avec l'inscription qui est sur son écusson : « L'épée de la vierge protège la couronne royale. Sous l'épée de la vierge les lys fleurissent en sûreté. »
Sarah K.
Age : seize ans.
Sandusky (Oliio).
G. — l'homme sans patrie.
(9'= année.)
Il y a environ GO ans, Aron Burr fit sa première excursion en descendant le Mississippi. Pendant ce voyage, il fit, en un certain lieu, la connaissance d'un jeune homme nommé Philip Nolan. C'était un jeune et brillant officier, et Burr avait tout ce qu'il fallait pour lui plaire. Après s'être promenés, avoir causé, et avoir fait ensemble une excursion sur le fleuve, il avait complètement captivé Nolan. Bientôt après, ce dernier fut jugé comme coupable de trahison envers sa patrie. Lorsque, à la lin de la séance, on lui demanda « s'il voulait dire quelque chose pour lui ou pour sa patrie i», il répondit : « Au diable les États-
Unis! Je demande à ne plus entendre prononcer le nom des Étals-Unis ! » Peut-être ignorait-il quels sentiments d'horreur ces paroles devaient soulever dans le cœur des juges.
Le plus profond silence régnait lorsqu'on apporta le verdict. La sentence était ainsi conçue : « Que le prisonnier n'entende plus prononcer le nom des États-Unis ! » Le lendemain on le conduisit à la Nouvelle-Orléans et on l'embarqua sur un navire qui partait pour un long voyage.
Le mode de traitement adopté à l'égard de l'Homme sans Patrie fut mis à exécution aussitôt après son embarquement. On ne lui permettait de parler aux hommes de l'équipage qu'en présence d'un officier. Quelquefois il mangeait à la table commune, mais dans toutes les autres circonstances il mangeait tout seul dans sa chambre. Il portait volontairement l'uniforme de l'armée, sans en porter les boutons, car sur ces boutons étaient les armes du pays qu'il avait désavoué. On ne le laissait jamais aller à terre, même lorsque le navire passait des mois entiers dans le port. Il lisait beaucoup, mais quelqu'un parcourait toujours le journal ou le livre et avait soin d'enlever tout ce qui faisait allusion, même de la manière la plus éloignée, aux États-Unis. Un jour un homme de l'équipage emprunta des livres, parmi lesquels se trouvait le Lai du dernier Ménestrel {[). Personne à bord n'avait jamais vu cet ouvrage et personne ne songea à y chercher des allusions aux États-Unis. Nolan lut pendant quelque temps tout haut ; il pâlit, puis il continua et enfin il fut obligé de s'arrêter à demi suffoqué. Il tressaillit en lisant ces mots : « Existe-t-il un homme assez dépourvu d'càme pour ne s'être jamais dit : Voilà ma patrie, ma terre natale? (^) » 11 jeta le livre dans la mer et ne sortit pas de chez lui pendant plusieurs mois.
Philip Nolan vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans. Il a dû parcourir toutes les mers, mais jamais il n'a mis le pied sur la terre. Le jour de sa mort, il fit venir près de lui le capitaine du navire et lui dit qu'il n'avait plus longtemps à vivre, et
tl) Le premier et le plus célèbre ouvrage poétique de \V. Scott; il parut en 1805. (yotè du Traducteur.)
C5) t; Breathes there the man with soûl so dearl, Who never to himself hath said, This is my own, my native land ! »
(Canto Sixth, i.) {Xote du Traducteur.)
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qu'il le priait de lui raconter tout ce qu'il savait sur les Etats- Unis. Le capitaine satisfit son désir et ensuite il le quitta, ne voulant pas le fatiguer. Lorsîju'il revint, l'IIoinnie sans Patrie était mort. Sur sa Bible il avait écrit : « Ensevelissez-moi dans la mer, elle a été ma patrie et je l'aime. »
Alice B.
Age : quinze ans.
Sandusky (Ohio).