‹ Devoirs d'ecoliers americainsChapitre 220 sur 330 · IL Y A CENT ANS · texte numérisé non relu

IL Y A CENT ANS

Comme ce temps nous paraît long, à nous autres enfants! Une seule semaine nous semble tout un mois; et, lorsque nous pensons à un siècle et à quelques-uns des événements remarquables qui ont eu lieu pendant cette période, nous croyons rêver.

Combien parmi ces vétérans, qui sont tombés dans la cause de leur pays, ont disparu. Songez à leur courage indomptable et à leur véritable intrépidité, aux périls qu'ils ont bravés sur terre et sur mer, à toutes les privations qu'ils ont souffertes pour la glorieuse cause de la liberté. Comme nous devrions être reconnaissants des bienfaits dont nous jouissons! comme nous devrions remercier Dieu de nous avoir épargné les épreuves et les sacrifices qu'il a imposés à nos ancêtres !

A l'époque où les troupes anglaises s'emparèrent de New York, mes grands parents, qui habitaient dans la basse ville, furent obligés d'abandonner leur demeure et tout ce qu'elle contenait, et de fuir pour sauver leur vie.

Ils emportèrent avec eux leurs petits-enfants, dont l'un avait deux ans et dont l'autre, mon grand'papa, était tout petit. Ils traversèrent l'IIudson sur un petit bateau, et marchèrent pendant 30 nulles sans s'arrêter. Il faisait très-chaud ce jour-là, et ma grand'mère fut sur le point de s'évanouir de fatigue et de besoin.

Son mari put se procurer un peu d'eau à une source sur le bord du chemin II lui en fit boire et lui mouilla les tempes ; il parvint ainsi à la ranimer. Ils se cachèrent derrière des buissons pour se reposer un peu, après ce long et pénible voyage. Ils entendirent tout à coup remuer quelque chose dans le bois,

et au même instant douze vestes rouges (1) passèrent à un pied d'eux et touchèrent presque les buissons derrière lesquels ils étaient cacliés.

Ma grand'mère disait qu'il n'y avait pas de paroles pour exprimer l'angoisse qu'elle éprouva pendant ce terrible moment. Elle serra contre sou sein son petit enfant, a(in qu'aucun cri ne s'échappât de ses lèvres et ne trahît leur présence. Ils restèrent étendus en retenant leur haleine, jusqu'à ce que les soldats fussent passés ; puis ils tombèrent à genoux et remercièrent Dieu d'avoir bien voulu les délivrer à l'heure affreuse du danger.

Lorsqu'ils revinrent à New York, ils trouvèrent leur maison presque complètement brûlée. Ils vécurent plus de quatrevingt-dix ans, et jamais ce jour affreux ne s'effaça de leur mémoire.

Ce n'est là qu'un des nombreux événements terribles qui eurent lieu pendant notre lutte pour l'Indépendance. Je me déni ande quelquefois ce que j'aurais fait au milieu des dangers d'il y a cent ans. Je crains bien que mon courage et mon patriotisme ne fussent restés bien au-dessous de ceux de mes ancêtres. Mais je sais que Dieu a soutenu ces âmes braves, et il m'aurait peut-être soutenue aussi si j'avais mis toute ma conliance en lui.

C'étaient là des temps qui mettaient à l'épreuve les âmes des hommes. La mémoire de ceux qui ont versé leur sang pendant la Révolution ne devra jamais être oubliée. Songez à notre Paul Révère ! Le sort de notre nation dépendit de sa volonté indomptable pour le bien. Quelle renommée immortelle il a gagnée par cette chevauchée, que son patriotisme lui fil entreprendre pendant cette nuit terrible! On se souviendra éternellement de la dernière recommandation qu'il fit à son ami Robert Xewmann de suspendre une lanterne dans la tour de la vieille église du nord :

(L Une si les Anglais ijuittentla ville par terre, et deux s'ils la quittent par mer ('2) ».

(^ornme il sauta vite à cheval et comme il traversa le Middlesex ! C'était par une belle nuit d'avril; la lune répandait sa

{■[) Les soldais anglais portent une veste rouge et des pantalons bleus. (Note du Traducteur.)

(2j « One, if by land, and two, if by sea. » Longfellow (Ta/es o/" rt ivaijside inn), The Landlord's taie, Va\\\ Revere's ridej. (lYo/e du Traducteur.)

lumière sur tout le paysage. L'hiver avait été exceptionnellement doux, et le printemps avait commencé de bonne heure. On voyait onduler sur la plaine les premiers blés, et l'air était chargé de doux parfums. Les rouges-goi'ges sifllaient, les merles chantaient et la jiuix, la douce paix, régnait partout. Paul Révère chevauchait, l'apide comme l'éclair, dans les villages, il éveillait ceux qui dormaient et leur annonçait h' danger. 11 était une heure du matin lorsqu'il entra dans Lexington, évitant partout les patrouilles ({ue les Anglais avaient envoyées pour intercepter la nouvelle. Intercepter la nouvelle ! 11 eût été aussi facile d'arrêter le soleil. Et, de même qu'il y u bien longtemps les chœurs des anges murmurèrent : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, car le Christ est né! », d-^ même aussi dans cette nuit terrible les anges inspirèrent au bon peuple ce cri d'allégresse : «Paix aux hommes, l'Amérique est née ! » Que de cœurs furent brisés pendant cette nuit-là ! Que de fovers virent répandre des larmes! Combien de nos fidèles ancêtres se dirent alors un dernier adieu et ne se revirent plus sur la terre ! Mais nous espérons que, sur ces rivages étern<'ls oîi la douleur de la séparation est inconnue et où les batailles de la vie sont terminées, ils recevront de riches récompenses pour toutes leurs souffrances.

Dieu soit loué, nous sommes tous en paix, tous libres! Je crois que la bénédiction de Dieu était avec nous dans ces temps de troubles et de fatigues. Je crois vraiment que c'est lui qui a inspiré ces nobles cœurs, La Fayette et Kosciuszko et qui leur a fait quitter leurs demeures et leurs foyers, pour aller secourir leurs frères sur un sol étranger. Ils s'enrôlèrent sous notre bannière à l'heure la plus sombre de notre Révolution . (U ils furent véritablement des anges d'espérance pour ^Vashington, au moment où l'abattement se lisait sur le front de plus d'un soldat américain. Lorsque nos nobles guerriers étaient épuisés par les fatigues de toute espèce, ils vinrent leur inspirer de nouvelles espérances et les soulager. De tous les noms illustres qui sont inscrits sur le livre de gloire de notre pays, celui de La Fayette est le premier après celui de \Vashington.

Qui d'entre nous n'apprécie pas les progrès que nous avons faits pendant les cent ans qui viennent de s'écouler? Les perfectionnements remarquables apportés dans les moyens de transport, les nombreuses et importantes inventions qui ont vu le jour pendant celte période ?

IIISTOIIŒ. 3ii

On se rendait alors d'un endroit à Taulre dans des diligences, et on passait des jours entiers en voyage, tandis qu'aujourd'hui la locomotive nous fait parcourir des centaines de milles en quelques heures. On voyageait aussi beaucoup à cheval. On traversait les fleuves dans de petits bateaux, traînés par des chevaux. Maintenant nos beaux fleuves portent des palais flottants, qui glissent à leur surface comme des cygnes. On se servait autrefois de sloops (1), et lorsque le courant était contraire, on mettait toute une semaine à remonter l'Hudson jusqu'à Albany.

Je pense que l'invention la plus importante a été celle du télégraphe électrique. Lorsque l'on plaça les poteaux et que nous vîmes la communication par terre si rapide et si complète, nous pensions que c'était la plus remarquable découverte qui eût jamais été faite. Mais, mainteuant qu'il s'étend presque sur le monde entier, et qu'il porte des messages d'amour et d'amitié dans les pays éloignés, combien ne devons-nous pas louer Dieu d'avoir suggéré cette invention aux hommes de bien de cette terre bénie !

Que penseraient de nous nos bons vieux grands-pères et nos bonnes vieilles grand'mères s'ils nous voyaient maintenant? J'aime à entendre parler du bon vieux temps, oii le rouet occupait le principal coin de la chambre et était la principale occupation de nos grand'mères. J'aime à entendre parler de ces vieux costumes, simples mais élégants, et des petites tasses de porcelaine dans lesquelles nos grands-pères buvaient. J'aime à entendre parler du véritable bonheur qui régnait à leur foyer « il y a cent ans ».

Marmie h.

Age : treize ans.

Orange, comté d'Essex (New Jersey).

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