LES (' DÉTECTIVES )) DE l'HISTOIRE
Les prétendus « détectives » de l'histoire dépouillent les légendes traditionnelles de toute apparence de réalité, et nous privent ainsi d'un de nos plaisirs les plus vifs.
Un village a-t-il précieusement conservé le souvenir de
(i) Petit bâtiment à un seul màt.
quelque illustre exploit, [>our le transmellre aux génératious futures comme un exemple ('datant (h; courage et de lidélité, un de ces « détectives » viendra j)rouver que cet exploit fameux n'est qu'un mythe.
Avec (|uelle tristesse les Suisses n'ont-il pas dû entendre annoncer qu'Arnold de \Vinkelried (1), ce héros dont ils célèhrent les exploits, n'était qu'un personnage légendaire, qui se retrouve dans les traditions de tous les pays!
A peine remis de cette émotion, ils entendent ce cri, qui les glace d'effroi : « Quel est ce Guillaume Tell, dont vous êtes si fiers? Moi, le Professeur X, je puis vous prouver, au moyen de pamphlets que j'ai en ma possession, qu'il n'a jamais existé! »
Les hahitants du petit village de Domréiny, patrie de Jeanne d'Arc, ne furent pas peu surpris, au milieu des fêtes qu'ils faisaient comme d'habitude en l'honneur de l'héroïne, lorsqu'ils apprirent que cette Jeanne d'Arc qui avait sauvé la France et qui était morte sur un bûcher, n'avait jamais existé que dans leur fertile imagination.
Un mythe aussi, Pocahonlas, cette charmante Indienne dont nos livres classiques nous racontent l'histoire comme un événement véritable, histoire que les écoliers lisent toujours avec un nouveau plaisir !
On commence maintenant à révoquer en doute l'existence d'Homère et d'Ossian, ces noms qui ont été pour nous la source de tant de joies intimes et sur l'authenticité desquels tout le monde était d'accord.
Mais ce qu'il y a de plus triste, et ce qui tend le plus à nous faire perdre toute croyance dans les événements rapj)orlés par la tradition, c'est l'opinion de quelques personnes sur les pièces de Shakespeare ; ces pièces, dit-on, ne sont pas de Shakespeare, elles furent écrites par François P)acon (;2).
(1) Héros suisse du xiv^ siècle. A la bataille de Sempach, 6 juillet 1386, les chevaliers autrichiens formant ime phalange impMiétrablc, il saisit une quantité de lances qui le blessèrent mortellement; mais en les entraînant dans sa chute, il ouvrit une brèche à ses compagnons cl leur procura la victoire. On lui a élevé une statue qui le représente au moment où il accomplit cet exploit.
. (Xote du Traducteur).
(2) Cette opinion paradoxale l'ut émise au commencement de ce siècle par Smilh, littérateur anglais peu connu.
{Note du Traducteur).
Pendant longtemps, on a discuté très-vivement la question de savoir comment Shakespeare, qui n'avait aucune instruction scientifique, avait pu écrire des ouvrages que le monde savant admire encore pour les vastes connaissances qu'ils révèlent chez l'auteur. Ouel qu'ait été son génie, disait-on, il n'a pu aller jusque-là. On pense maintenant avoir trouvé le mot de cette ém'gme. L'auteur de ces pièces, disent les « détectives », c'est François Bacon, qui vivait à l'époque de Shakespeare, et qui avait assez de génie et assez de science pour écrire de pareils ouvrages.
Cependant, comme la question n'est pas encore décidée, il faut espérer qu'en 1976 quelque savant américain pourra, par un etfort de génie, éclaicir ce point douteux.
Elizabeth t. Age : dix-huit ans.
Mihvaukee (Wisconsin).
Vllf. — Conipo.«»itioiis politiques^.