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LE SUFFRAGE ÉTEXDU AUX FEMMES

Le suffrage étendu aux femmes est un des sujets les plus engageants de notre temps. Le moment est venu où on ne peut plus écarter cette question. Ce qu'elle renferme de raisonnable et de juste saute aux yeux. C'est une question qui s'impose à notre attention malgré tous ceux qui la combattent.

Faire payer les impôts sans donner droit à la représentation, c'est une tyrannie. >'ous, citoyens de la République des États-L'nis, qui voulons des droits égaux pour tous, nous qui, au moment de commencer un second siècle, faisons avec tant d'enthousiasme l'exposition de nos talents et de nos ressources, tout cela en l'honneur de ces principes pour lesquels nos pères ont combattu et sont morts, irons-nous conserver cette relique de la barbarie : le suffrage restreint aux hommes?

Considérez l'immense quantité de valeurs possédées par des femmes de notre pays. Elles payent leur part d'impôts sans avoir le droit de prendre part à la confection des lois qui règlent nos intérêts financiers. Est-ce juste?

L'argument qu'on a présenté tant de fois et qui consiste à dire que les femmes n'entendent rien à la politique et qu'elles ne pourraient pas voter d'une manière intelligente, n'a aucune force. Est-il un homme raisonnable qui pense que ces femmes riches et instruites dont les impôts servent à soutenir notre gouvernement ne sont pas bien plus capables de voter que les classes ignorantes de notre pays et de.-^ pays étrangers qui votent par droit de sexe? Bien souvent leurs patrons achètent leurs votes ou se les procurent par intimidation. Souvent encore les partis politiques emploient les mêmes moyens pour" les gagner à leurs intérêts particuliers.

i^es personnes instruites des deux sexes sont capables de se former une saine opinion politique, et le vote d'une femme ignorante ne peut pas faire plus de mal que celui d'un honnue ignorant.

On accorde que l'on peut se fier plus sûrement aux iustiucts d'une femme loyale qu'.» la raison d'un homme.

Une autre objection que l'on fait consiste à dire que cette innovation tendrait à jeter le trouble dans les familles. Mais on pourrait faire cette objection pour la religion et pour toutes les îiulres questions importantes de la vie. Si une famille a envie

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de se (juereller, elle ne manquera jamais de prélcxtes pour satisfaire celte malheureuse envie. Mais une personne qui fait son élude de connaîlre et de comprendre ses grandes responsabilités, et qui désire s'en ac(juiller d'une manière intelligente et honnête, pourra s'entretenir de questions politiques aussi paisiblement que de toute autre.

Je le sais, il y a des personnes qui disent qu'il ne convient pas qu'une femme paraisse dans une assemblée d'hommes aussi nombreuse que celle qui a lieu pour les élections. Mais jadis on disait aussi qu'il ne convenait pas à mie femme de parler en public, ni d'exercei' aucun connnerce hors de chez elle. Aujourd'hui nous reconnaissons sans hésiter que les meilleurs avocats et les meilleurs prédicateurs se trouvent parmi les femmes de notre temps.

>'ous avons aussi des courtières de commerce et des teneuses de livres (jui sont d'aussi honnêtes femmes, et connues pour telles, que n'importe quelle autre femme de notre pays. Cette raison ne devrait-elle pas engager à les employer aussi dans les maisons de banque?

Lorsqu'elles auront obtenu le droit de voter, ce qui arrivera un jour ou l'autre, les lieux de vote seront naturellement des endroits convejiables oîi elles pourront s'assembler, les hommes leur témoigneront du respect et seront plus réservés, ce qui constituera un grand pas vers le perfectionnement de notre race.

On le voit, les arguments employés pour refuser aux femmes le droit de vote et leur part dans les emplois publics reposent sur des opinions préconçues qui sont en contradiction avec les faits, ou bien sur des circonstances qui ne larderont pas à être modifiées par notre génération amie du progrès.

Espérons que notre Etat qui, pour beaucoup de choses, tient déjà le premier rang, sera aussi un des premiers à rendre celte justice tardive aux mères et aux filles de noire pays ami de la hberlé.

Alfred L.

Age : seize ans.

Filchburglî (Massacliusetts).

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