SCÈNE iir
Le même appartement dans le palais. Anna se lamente sur ladoulem' de Didon. La reine, désespérée, après avoir vainement essayé de détourner Énée de son dessein, se décide à mourir, mais elle cache cette résolution à sa sœur. Didon entre.
DIDON
Félicite-moi, ma sœur, j'ai trouvé un moyen de le ramener près de moi, ou du moins de me débarrasser de mon amour pour lui. Bien loin, près des limites de l'Océan et du soleil couchant, est un lieu appelé Ethiopie : c'est là que le superbe Atlas supporte sur ses épaules la voûte des cieux parsemée d'étoiles. Là, m'a-t-on dit, il y a une prêtresse de la race massylienne ; c'est elle qui garde le temple des Hespérides et qui donne la nourriture sacrée au dragon qui veille sur les pommes d'or, répandant sur les mets le miel liquide et le pavot soporifique. Elle promet de délivrer par ses incantations les âmes de leurs soucis ou de les plonger dans une profonde douleur. Elle arrête le cours des fleuves et fait rétrograder les astres. Elle évoque les ombres des morts pendant la nuit, tu verras la terre trembler sous tes pieds et les frênes sauvages descendre avec fracas du flanc des montagnes. Je prends les dieux à témoin, et toi aussi, tendre sœur, que c'est contre mon gré que j'ai recours à l'art d'une magicienne. Veux-tu, Anna,
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dresser secrètement un grand bûcher funéraire dans la cour intérieure du palais, et y placer les armes de cet homme, que l'impie a laissées suspendues dans sa chambre. Tu y placeras aussi ses vêtements et la couche nuptiale : car je veux anéantir tous les souvenirs de ce misérable; du reste ce sont les ordres de la prêtresse.
(Elles sortent.)