LA BIBLE DANS LES ÉCOLES PUBLIQUES
Sujet. — T. a loi doit-elle interdire la lecture de la Bible dans nos écoles publiques?
Affirmative.
Les catholiques romains qui forment une classe dans noire pays, et surtout les membres de leur clergé qui les représentent, n'aiment pas le système d'écoles publiques établi en Améri(iue. Le genre d'éducation qu'y reçoivent leurs enfants ne leur plaît pas. Cependant ils ne demandent rien de déraisonnable. Us ne réclament que les droits qui leur appartiennent, puisqu'ils payent les mêmes impôts que les protestants. Us veulent avoir le droit d'envoyer leurs enfants dans des écoles où on ne lira pas et où on n'enseignera pas la Bible dans la traduction faite sous le roi Jacques. Le protestant répond que priver les écoles publiques de sa Bible, ce serait les priver de religion. Nous pensons qu'elles ne seraient pas plus privées de religion que nos banques, nos compagnies d'assurance, nos bureaux de commerce, nos manufactures et en général tous nos magasins n'en sont privés, parce qu'on ne lit pas la Bible ou qu'on ne fait pas de prières tous les jours lorsiju'on ouvre ces divers établissements.
D'un autre côté ces écoles sont entretenues au moyen d'impôts payés par tout le monde. Elles sont sous l'autorité exclusive de l'Etat (jui met les catholiques et les protestants exactement sur le même pied, qui ne les connaît qu'en leur qualité de citoyens et ne s'informe pas de leurs croyances respectives. Les uns et les autres peuvent envoyer leurs enfants aux écoles publiques pour les faire instruire dans les diverses branches des connaissances utiles. Aucun d'eux ne peut exiger autre
fliose de l'ÉliU. Jamais on n'a eu l'iiitenlion d'unir l'Église et l'Etat ; chacun de ces deux pouvoirs a sa ligne de conduite particulière. Oue le ministre, qui a pour devoir de convertir les impies, prêche et répande le christianisme, que les églises prennent soin de leurs enfants dans les familles, qu'elles ouvrent des écoles du dimanche pour ceux qui sont abandonnés. Ainsi on ne pourra pas craindre que l'impiété se répande dans les écoles publiques ou qu'elle attaque ceux qui ne les fréquentent pas.
En excluant l'instruction religieuse des écoles entretenues à l'aide des impôts, nous mettons toutes les sectes religieuses sur un pied d'égalité. Nous laissons chacune d'elles instruire ses enfants dans les doctrines qu'il lui plaît et par les méthodes ({u'elle juge convenables.
De quel droit les prolestants forceraient-ils les enfants des autres sectes à recevoir une instruction religieuse qu'ils ne demandent pas ? Pourquoi les parents de ces enfants seraient-ils obligés de payer les inipôls qui doivent subvenir aux frais de cette instruction ? Les protestants répondent : Nous représentons la conscience de la majorité, nous avons donc le droit de juger ce qui convient le mieux au peuple et de le lui procurer malgré les protestations de la minorité.
Mais ces dignes protestants, qui mettent tant d'ardeur à faire valoir leurs droits, oublient précisément que le droit de la majorité a des limites, et que cette majorité ne peut pas forcer la nation tout entière à accepter son jugement. S'il en était autrement, nul pouvoir tyrannique ne serait comparable aux Républiques.
Cette excuse justifierait les plus cruelles persécutions religieuses dont parle l'histoire. En ellet, ces persécutions étaient demandées par la conscience de la majorité.
Dans beaucoup de villes, dans beaucoup d'États, les catholiques sont en majorité. Ils pourraient donc, en se fondant sur l'argument de leurs adversaires, exiger que leurs décisions fissent loi pour la population entière de ces villes et de ces États. Ainsi ils mettraient en vigueur la traduction de la Bible de Douai y compris les Apocryphes et ajouteraient pour le dimanche d'autres })rières à l'Oraison Dominicale, peut-être quelques prières à la Vierge, le tout dans l'intérêt public, à leur avis.
Le « Presbytery » de Chicago dit : « Le gouvernement a le droit de maintenir la Bible dans les écoles publiques. » Nous
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voudrions savoir pourquoi les excellents personnages qui ont fondé la Constitution fédérale et dont la plupart étaient membres de différentes Églises n'ont pas même introduit le nom de Dieu dans ce document ! N'est-ce pas parce qu'ils ont voulu établir une séparation perpétuelle entre les religions et l'Étal, afin que, sous la protection de ce dernier, elles eussent la liberté complète de vivre et de se développer? La foi religieuse d'un bomme ne fait pas partie de sa (jualité de citoyen. C'i'st une affaire entre lui et son Dieu. L'État ne saurait intervenir avec autorité dans cette circonstance sans outrepasser sa juridiction, et sans faire beaucoup plus de mal que de bien.
En conséquence, je conclus à ce que la lecture de la Bible soit interdite dans nos écoles entretenues au moyen des impôts.