SUSAN M
Age : dix-sept ans.
Ëloomsburgli, comté de Columbia (Pennsylvanie). — École normale de l'Klat.
i2. — LA BIBLE DANS LES ÉCOLES PUBLIQUES.
Sujet. — La lecture de la Bible dans nos écoles publiques doit-elle être interdite par la loi?
Xégative.
Est-il possible que nous, qui vivons dans une terre cbrétienne, nous répondions aflirmativement à une telle question? Notre bistoire tout entière ne nous montre-t-elle pas qu'on a toujours fait usage de la Bible ?
Il y a plusieurs siècles, on lisait la Bible au lieu de lire des livres, comme nous disons maintenant. On l'a lue de moins en moins, et aujourd'hui on voudrait interdire complètement celte lecture. On ne saurait nier qu'on fait en ce moment de puissants efforts pour modifier complètement le système des écoles publiques d'Amérique au point de vue religieux. Quelques personnes craignent d'offenser les catholiques en faisant usage de la Bil)le dans les écoles. Mais devons-nous leur céder sur ce point? Je répondrai: «Non, aussi longtemps que les lois de notre pays seront égales pour tous. » Il est aisé de voir que nos écoles, privées de la Bible, ne plairont pas plus aux catholiques qu'elles ne leur plaisent maintenant. Faire subventionner leurs propres écoles par les Étals, voilà leur but. Ce qu'ils
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proposent, c'est un système universel d'écoles confessionnelles entretenues aux frais de l'Etal.
Mais nous soutenons (jue l'éducation dont la religion ne fait pas partie est une éducation impie et nuisible. L'éducation dépourvue de religion ne peut produire aucun bon résultat. Assurément l'intelligence est une partie très-importante dans riioiiime. Mais l'iiomme intelligent qui n'a pas de morale est un matérialiste. C'est un être dangereux pour la société. Il est à souhaiter que les vérités chrétiennes se répandent dans la nation et insj)irent au peuple des sentiments de charité, afin que les enfants de la prochaine génération trouvent des instituteurs et des institutrices doués d'assez d'abnégation et d'ardeur pour leur enseigner le christianisme pratique.
C'est là le seul moyen d'introduire la religion dans nos écoles et de l'y maintenir. C'est ce que nous espérons faire.
Je crois que les bonnes raisons ne manqueront pas pour soutenir qu'il faut conserver l'usage de la Bible dans nos écoles.
Beaucoup de parents qui envoient leurs enfants à l'école ne savent pas lire. Ils ne })euvent donc pas apprendre à leurs enfants à lire la Bible. Mais, parce (ju'ils ont toujours ignoré les saintes vérités, faut-il que personne ne les enseigne à leurs enfants ?
Où donc pourraienl-ils connaître la Bible si on ne la leur enseigne ni chez eux ni à l'école ?
On pourra me dire : « Nous avons des églises et des ministres qui sont payés pour enseigner le nom de Dieu au peuple. C'est leur allaire, qu'ils s'en occupent. Nous n'irons pas payer à grands frais l'instruction de nos enfants pour qu'ils passent leur temps à écouter les maîtres leur lire la Bible. ;»
Mais le ministre les instruit une fois par semaine peut-être. L'impression faite sur l'esprit des enfants ne s'elïacera-t-elle pas dans l'intervalle d'un dimanche à l'autre?
On a dit aussi que si nous faisons usage de la Bible à l'école, nous devrions également l'employer dans les magasins, les boutiques, etc. Mais y a-t-il un établissement commercial qui ressemble autant à l'église (jue l'école ? Les fonctions du professeur ne se rapprochent-elles pas beaucoup de celles du ministre? N'ont-ils pas tous les deux à s'occuper de l'esprit de l'enfant, à l'instruire? (]ui osera donc dire (ju'il faut bannir la ilible des écoles ?
Disons avec les vieillards qui ont toujours eu l'habitude de
lire la Bible lorsqu'ils étaient à l'école : « Puissent nos yeux ne jamais voir le jour oii les écoles de notre pays seront devenues trop sages pour avoir besoin de chercher des conseils dans les paroles sacrées, et pour leur préférer la science ou la politique. »
Cependant on veut interdire la lecture de la Bible à la multitude, peut-être parce que quelques personnes regardent cette lecture comme dangereuse. Car, comme je l'ai dit, on craint (l'offenser les catholiques. Ne devrait-on pas craindre plutôt d'offenser le Créateur, ce Dieu qui, dans sa sagesse, a voulu ({ue toute créature l'aimât et l'adorât plus que tout ce qu'il y a sur la terre. Mais si nous vivons dans un pays libre, pourquoi ne pas faire ce qu'il nous plaît ? Et notre pays est libre : il y a cent ans qu'on l'a déclaré tel. Si les catholiques ne peuvent pas souffrir l'emploi de la Bible dans nos écoles, qu'ils fondent des écoles pour leur usage, et qu'ils nous laissent la liberté de lire tous les jours les Saintes Ecritures! De nombreux exemples nous montrent que nous devons prendre à tout moment et dans toutes les circonstances la parole de Dieu pour guide. Lorsque les Israélites quittèrent l'Egypte pour se rendre dans la terre promise, Dieu leur ordonna d'attacher ses commandements sur leur front, sur leurs mains, etc., et de les avoir toujours sous les yeux. Nous savons que les Israélites prospérèrent pendant qu'ils obéirent à ces commandements ; mais lorsqu'ils les oublièrent , ils tombèrent dans l'avilissement et furent en proie aux maux de la guerre.
Je crains bien que notre nation, qui est cependant si sage el si prospère, ne subisse le même sort si elle suit uniquement les conseils terrestres et si elle abandonne le Livre saint pour lire des romans.
Pourquoi la civilisation de la France et de l'Espagne, appuyée et soutenue par tous les avantages extérieurs, s'est-elle affaiblie et éteinte dans notre continent? Pourquoi continue-t-elle à disparaître tous les jours devant la lumière de la civilisation anglo-saxonne ? Pourquoi la Nouvelle-Angleterre a-t-elle été le centre étincelant de la littérature, de la politesse et des sciences dans ce continent ? Parce que nous avons fondé notre civilisation sur les dix commandements de la loi mosaïque, enseignés dans nos écoles pendant deux heures tous les jours. Nous les avons attachés, comme le bandeau des Pharisiens, entre nos yeux, et nous nous sommes fermement opposés à toute iimovation qui aurait pu les affaiblir. Quels sont les
lioiiiiiK's |)oliti(jiics qui facoiiiiciil ropiiiioii |iiiljli(|iie aujuiii-d'liui aux Hiats-L'nis? (,1e soul ceux (jui dans leur jininesse })assai(Mit six heures tous les jours à écouter reuseigneiiieut austère des premiers puritains.
L'éducation devrait être pour chaqvie enfant de ce pays comme l'air que nous respirons. Si nous voulons mener à bien l'excellent plan d'éducation qui a été tracé par notre fondateur, nous devons faire reposer noire enseignement moral sur le décalogue.
Cependant on dit : « Supprimez la Bible, fermez-la, nous n'en avons pas besoin, nous n'avons pas le temps de nous en servir. J'emploie mon temps et mon argent pour m'instruire afin d'être utile à ceux qui m'entourent. » Mais l'àme ne vautelle pas plus que toutes ces richesses mondaines?
Songez au bon exemple que le maître donne à ses élèves lorsqu'il prend la Bible, qu'il prononce le nom de Dieu et qu'il leur lit les saintes promesses. Il n'est pas obligé de lire un chapitre entier; il peut lire quel({ues versets.
Cette question de la suppression de la Bible me rappelle l'histoire de cet honinie qui était pressé de rentrer sa récolte. Il loua plusieurs hommes de journée pour l'aider. Il avait l'habitude de faire la prière en commun avec toutes les personnes de sa maison. Mais ce matin-là il pensa qu'il n'avait })as le temps de prier, et, comme les hommes qu'il avait loués étaient là, il voulut commencer immédiatement son travail. Ils se rendirent donc au champ; mais à leur grand étonnement ils ne • purent pas travailler. Ils furent obligés de retourner à la maison où ils firent la prière en conunun. Ils se mirent ensuite à la besogne, et ils ramassèrent plus de blé ce jour-là qu'ils n'en avaient jamais ramassé.
Il en serait de même de nos écoles. Sans la Bible elles pourraient prospérer pendant quelque temps, mais il n'est pas probable que cette prospérité duiàt.
N'enlendons-nous pas souvent parler de maîtres pieux et citer les bons exemples qu'ils donnent au peuple en le conduisant dans la voie du Chi-ist.
>ous remarquons, en général, que si un maître vient à perdre son autorité sur ses élèves, il peut faire plus d'impression sur leur esprit avec la Bible que par tout autre moyen. (Il n'y a évidemment pas de règle sans exception.)
On regarde, en général, la règle d'amour comme étant beaucoup plus puissante que la règle de crainte. On pense que la
persuasion vaut mieux que la rudesse, que le raisonnement vaut mieux que les coups. Nous devrions nous attirer le respect de nos élèves, gagner leur confiance et prendre ainsi sur eux une influence qui est presque sans bornes. On peut demander comment il est possible d'obtenir ce résultat. Je dirai que c'est en prenant pour guide le nom de Dieu, en allant chercher du secours à la source de toutes les grâces.
Il y a des élèves tellement endurcis, qu'ils n'ont de respect ni pour eux-mêmes, ni pour aucun de ceux qui les entourent. Cependant, par moments, des éclairs de conviction luisent à leurs yeux et alors ils prennent la résolution de s'amender. Il faut chercher à hâter ces moments en leur parlant de Dieu et en leur lisant la Bible qui contient la parole sacrée.
Il me semble qu'il est tout à fait inutile d'envoyer des Bibles chez les païens si nous sommes assez sages pour nous en passer. Ils se diront que si nous ne voulons pas nous servir de ce livre, ils ne s'en serviront pas non plus.
Je pense donc que si nous excluons la Bible de nos écoles, il y aura plus de danger pour nous de devenir païens que pour les païens de devenir chrétiens. Car, après avoir retiré la Bible de l'école, nous penserons que nous n'en avons plus besoin ni à l'église, ni ailleurs.
Mais nous espérons ne jamais voir s'établir dans notre pays une loi assez impie pour interdire la lecture de la Bible dans nos écoles publiques.
Édie K.
Age : di.K-ueuf ans.
Bloomsburgh, comté de Columbia (Pennsylvanie) . — École normale de l'État.
ô. — LES FEMMES DOIVENT-ELLES ETRE ADMISES DANS NOS COLLÈGES?
Pourquoi ne procurerait-on pas aux femmes les moyens de s'instruire et de se mettre ainsi en état de rendre les services qu'elles ne pourraient pas rendre autrement ? Si cette idée était universellement admise, et si les femmes non mariées pouvaient se préparer à l'enseignement supérieur, on verrait des femmes instruites briller comme des astres au firmament de notre histoire. Il y aurait moins de mariages précipités et le célibat des femmes serait plus décent.
On est l)eauooiip trop disposiî à tourner en ridicule le célibat (les fennnes. La plupart d'entre elles sont les angles gardiens du lit des mourants. Leurs paroles ressemblent à des accents prophétiques destinés îv guider l'àme tremblante et à lui faire traverser en sùrelé le lleuve de la mort.
Ouvrez aux femmes tous les établissements d'enseignement, et vous verrez diminuer sensiblement le nombre de ces vieilles filles si redoutées-. Elles deviendront de bonnes et de nobles femmes, accomplissant joyeusement et noblement jusqu'au tombeau leur importante mission.
Lue autre raison pour laquelle les femmes devraient être admises à partager avec les hommes les avantages de l'instruction supérieure des Collèges, c'est qu'elles sont parfaitement en état d'en recueillir tous les fruits. L'ancienne objection fondée sur l'infériorité intellectuelle de la femme, qui ne lui permettait pas de suivre le cours supérieur d'études des Collèges, a deijà perdu beaucoup de sa force. Le jour n'est pas loin où l'homme, ce « roi de la création », ayant conscience du mensonge (ju'il fait, n'osera plus proférer une paniille ol)jection. Partout où on a adm^is la femme à suivre le même cours d'études que l'homme, dans nos écoles normales, et tout dernièrement dans nos Collèges, elle a tenu son rang d'une manière très-safisfaisante. Ses facultés intellectuelles ne sont pas restées au-dessous de celles de l'homme.
Ces expériences, faites dans quelques-uns de nos établissements d'enseignement, tendent à prouver que, malgré l'insuffisance de l'instruction donnée jusqu'ici aux femmes, elles ne sont pas inférieures aux hommes.
On ne saurait nier que les lois qui régissent les écoles publiques de notre pays ouvrent ces écoles aux filles aussi bien qu'aux garçons. Quoiqu'il y ait toujours eu des écoles pour l'instruction des filles, nous demandons davantage.
Le cours d'études que l'on suit dans ces dernières écoles n'est pas propre à donner aux élèves la force de penser ni à développer complètement leur intelligence. Aussi leur faudrat-il un peu de temps pour se préparer aux pensées et aux études plus sérieuses. C'est la loi de la nature humaine. Lorsque l'esprit d'un enfant a été distrait par le jeu ou par une étude superlicielle, il a besoin de (|uel([ue temps pour concentrer toute son énergie intellectuelle sur un problème difficile. Le point le plus important dans l'étude, c'est d'être maître absolu de ses facultés intellectuelles. Lorsqu'on est anùvé là.
on a parcouru la partie la plus difficile et la plus pénible de la route.
La femme ne peut pas effectuer en un seul jour cette conquête qui a coûté tant de peines à l'homme. Nous ne revendiquons pas pour la femme la supériorité intellectuelle, mais nous soutenons, en nous appuyant sur les exemples fourni.s par l'histoire, et sur les expériences qui ont été faites de nos jours dans les établissements d'enseignement, qu'elle est naturellement l'égale de l'homme.
Prenez pour exemple Hannah More (1) et M™^ Barbauld (-2), ces deux grandes institutrices, ces deux grandes femmes poètes. Le père de M""^ Barbauld, qui était principal d'un collège de jeunes gens, fit suivre à sa fille les cours de cet établissement. Elle reçut ainsi une éducation classique et elle passa ses examens avec beaucoup d'honneur.
L'Angleterre regardera toujours M'''" Barbauld comme une de ses plus grandes institutrices.
Dans les sciences nous pouvons citer Mary Sumerville, et, chez nous. Miss Mitchell qui a pris ses diplômes à Vassar Collège et qui s'est acquis une réputation par ses connaissances en astronomie. Il y a d'autres femmes qui ont brillé comme des étoiles dans les profondeurs des sciences abstraites.
Harriet Beecher Stowe (3} occupe peut-être le premier rangparmi les romanciers. Parmi les poètes nous pouvons citer M="* Browning (4) et M™^ Hemans (5). Dans les arts nous citerons Rosa Bonheur. Quoique son goût la porte à se livrer à un genre de peinture exclusif, la supériorité qu'elle a acquise dans ce
(1) Mrs. Hannah More, 1745-1833. En 1809 elle publia Cœlebs in search of a ivife (Cœlebs à la recherche d'une épouse), roman où elle indique les conditions du bonheur domestique. Elle écrivit plusieurs autres ouvrages religieux et moraux en prose et en vers.
(2) Mrs. Anna Lœtitia Barbauld était fille du révérend J. Aikin. Elle écrivit, en collaboration avec son frère, le docteur John Aikin, le livre classique intitulé : Evenings at Jiome (les Soirées à la maison).
(3) Auteur de Uncle TorrCs cabin (la Case de l'oncle Tom).
[i] Mrs. Browning (Miss Elisabeth Barrelt), femme du poëte Robert Browning. Elle a écrit : Essay on Mind, The Séraphin, The Romaunt ofthe Page, Casa Guidi Windows, Aurora Leigh, et plusieurs autres poésies.
(5) Felicia llemans, 1793-1835.
(.Voies du Traducteur.)
genre prouve son génie. La sculpture a aussi un représentant dans le sexe féminin : c'est Ilarriel Ilosmer.
Les esprits étroits nous diront : Comparez le petit nombre des femmes supérieures au grand nombre des hommes de génie, et vous verrez que vous ne pourrez pas tirer de cette comparaison un argument en faveur de l'égalité des hommes et des femmes au point de vue intellectuel. Nous ne pouvons pas faire cette comparaison numérique, parce que les deux parties n'ont pas eu les mêmes occasions de s'instruire.
Dans l'histoire de la Grèce ancienne elle-même, nous voyons par l'exemple de Pénélope et d'Arété que les femmes, sans jouir au point de vue de l'éducation des mêmes avantages que leurs frères, pouvaient cependant charmer et fasciner par leur conversation et par leurs qualités intellectuelles ceux qui se regardaient comme leurs supérieurs. Les courtisanes de la Grèce étaient renommées pour leur science, malgré toutes les difficultés que les femmes éprouvaient à cette époque pour s'instruire.
Il est évident qu'il y a plus de savants que de savantes. Mais tout ce que nous voyons nous porle à croire que si les moyens étaient égaux, les femmes ne le céderaient en rien aux hommes pour l'étude des connaissances.
Vous entendrez dire que si l'on admettait les femmes dans les Collèges, il faudrait abaisser le niveau des études dans ces établissements.
Ceci n'est pas exact. Ouvrez-leur les portes des Collèges, recevez-les dans les salles de classe comme vous y recevez leurs frères, témoignez aux uns et aux autres la même bienveillance, donnez -leur les mêmes encouragements, mais n'abaissez pas pour elles le niveau des études. Qu'elles puissent se préparer comme leurs frères pour le cours des études classiques, qu'elles puissent acquérir par des travaux préparatoires le niveau d'instruction que vous exigez de ceux qui sont admis à suivre ce cours.
Ne craignez pas que cette innovation fasse baisser le niveau des études, ni qu'elle affaiblisse l'instruction littéraire. Les femmes qui se feront admettre dans les établissements d'enseignement ainsi ouverts, stimuleront plutôt par leur présence et par leur exemple le zèle de leurs nouveaux camarades. IjOrsqu'elles ne seront pas capables d'être admises, vous les traiterez comme vous traitez maintenant ceux qui sont dans ce cas. Tout ce que nous vous demandons, et tout ce
que nous pouvons vous demander, est d'autoriser les femmes à suivre le cours d'études des Collèges si elles le désirent.
Une troisième raison qui milite en faveur de l'admission des femmes dans les Collèges, c'est que l'éducation en commun des jeunes gens et des jeunes filles serait très-favorable au développement de leurs facultés intellectuelles. Dans la question scolaire telle qu'elle est posée aujourd'hui, le point le plus controversé est celui de savoir si les garçons et les tilles doivent être instruits ensemble, si l'éducation mixte est le meilleur système. Ce point est discuté dans toutes les réunions scolaires qui ont lieu dans ce pays. Ed.->'. Mogill de Swathmore Collège dit que cette question prend différentes formes selon la localité où on la traite. Si nous la traitions aujourd'hui dans quelque ville d'Orient, voici probablement la forme qu'elle prendrait : Les femmes peuvent-elles se promener dans les rues sans voile, peuvent-elles s'asseoir à table avec leurs maris sans mettre en péril la morale publique? Si nous étions à Paris, la question se poserait ainsi : Les jeunes filles honnêtes peuventelles se promener seules dans les rues ? En Palestine, on dirait : les femmes sont-elles faites pour de plus nobles emplois que Ceux de bêtes de somme? A Philadelphie nous demandons si Les jeunes gens et les jeunes filles peuvent être instruits ensemble dans le môme établissement, si les femmes peuvent développer leurs facultés intellectuelles comme les hommes? C'est toujours la même question présentée sous des formes diverses.
Mogill ajoute que la postérité apprendra avec étonnement et avec incrédulité que, dans cette ville, dans la seconde moitié du xix^ siècle, une assemblée scolaire composée de personnes intelligentes a discuté sérieusement la question de savoir si les femmes étaient, au point de vue intellectuel, les égales des hommes, et si dans nos établissements d'enseignement supérieur l'instruction devait être donnée aux deux sexes en mêm^ temps.
Nous avons déjà parlé de l'égalité qui existe au point de vue intellectuel entre les hommes et les femmes. Il nous reste à examiner s'il y aurait avantage à donner l'instruction en commun. Le principal argument des adversaires de l'instruction mixte consiste à dire que lorsque les jeunes gens et les jeunes filles sont assemblés dans le même local, leur esprit est absorbé par des préoccupations complètement étrangères à l'étude. Nous nions ce fait. Et, pour le nier, nous nous appuyons sur
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rexpérioiice qui eti démontre la fausseté. Voyez ce qui se passe dans nos écoles normales, où les jeunes gens et les jeunes filles sont réunis au réfectoire et dans les salles de récitation. Il est évident que dans une école qui comple trois ou quatre cents élèves des deux sexes, quelques-uns se laissent distraire par des préoccupations étrangères à leurs livres et à leurs études. Mais l'expérience nous montre que le nombre de ces élèves est relativement fort restreint. Ce mélange des sexes paraît plutôt agir comme un encouragement au travail, et fortilîer ainsi les études. Il y a bien peu d'élèves dont l'amourpropre ne soit pas excité par ce moyen. L'f'ducation mixte produit un autre effet très-important par son iniluence morale et sociale. On ne saurait nier que l'accomplissement en commun des devoirs de la vie d'étudiant sert de frein aux jeunes gens et aux jeunes filles, et les fait marcher d'un pas plus ferme dans la voie de la morale. Tout le monde sait quelles sont les tentations qui assiègent un jeune homme à son entrée dans la vie de collège. Quelques-uns sont assez forts pour résister à ces tentations, mais le plus grand nombre y succombe. Il faut que la présence de dames d'un caractère estimable et respectable les fortifie ou, qu'en leur faisant honte, elle les empêche de céder à leurs mauvaises pensées. Ceci s'applique également à la jeune fille. La présence de jeunes gens qui sont ses amis l'empêchera de commettre beaucoup de mauvaises actions. De cette façon ils se protégeront mutuellement, et cette bonne influence scolaire produira ses effets sur le reste de leur vie. Ainsi le mélange des deux sexes produit naturellement un effet moralisateur. L'élève ne s'en rend pas compte, il subit cette influence d'une manière inconsciente. Cette réunion des deux sexes exercera aussi son influence sur la tenue des élèves, car ils chercheront naturellement à paraître avec tous leurs avantages. Elle se fera également sentir dans leur conversation et dans leurs manières. L'étudiant n'aura pas besoin de s'écarter de son chemin ni de négliger ses études poiu- acquérir l'usage du monde. Il se trouvera placé au milieu de la société et il n'aura qu'à conformer ses pensées, ses sentiments et ses manières aux circonstances dans lesquelles il se trouvera placé.
Il ne sent pas plus cette influence qu'il ne sent l'air qu'il respire, mais elle agit sur ses pensées et sur ses sentiments, elle les fortifie et les développe comme le rayon de soleil fortifie et fait pousser le brin d'herbe.
L'éducation ainsi donnée est véritablement conforme à la nature, c'est l'éducation de famille. Le frère et la sœur deviennent compagnons inséparables : ils jouent ensemble et travaillent ensend)Ie. Les joies intellectuelles, physiques et sociales leur sont communes. En les séparant, en envoyant l'un d'un côté, l'autre d'un autre, on brise le lien qui devrait être le plus saint et le plus étroit qu'il y ait sur terre. Par cette séparation on remplit leur esprit de sottes idées sentimentales qui ont souvent une fâcheuse influence sur le reste (le leur vie.
Les jeunes gens des deux sexes devraient être instruits ensemble, élevés ensemble. Ils apprendraient ainsi à se voir sous leur véritable jour, et ils n'en seraient que plus capables de distinguer dans l'humanité les qualités nobles et vraies de la vaine apparence et du faux brillant.
Quand même il se formerait à l'école des attachements qui se termineraient plus tard par le mariage, serait-ce une objection suffisante contre la réunion des deux sexes ? Si les études et les autres devoirs scolaires n'en souffrent pas, ne vaut-il pas mieux qu'un jeune homme et une jeune fille forment un attachemeni l'un pour l'autre sous l'influence salutaire de la règle de l'école où ils s'efforcent tous les deux d'atteindre un noljle but, le développement de leurs facultés intellectuelles, la pureté de l'àme ? Préférez-vous qu'ils forment cet attachement au milieu des lumières éblouissantes et des parfums enivrants d'une salle de bal ? Nous répétons qu'il faut que les femmes soient admises dans nos Collèges.
Si l'éducation libérale perfectionne et ennoblit l'homme, si elle le rapproche des fins pour lesquelles Dieu l'a créé, elle doit avoir la même influence sur l'esprit et sur Vùme de la femme. Pour remplir les devoirs qui lui sont assignés dans cette vie, la femme a besoin de l'intelligence la plus nette et de l'àme la plus pure qui puissent animer un être humain.
Je répète que les femmes sont parfaitement capables de suivre le cours d'études des Collèges. Mais quand même l'expérience démontrerait iju'au point de vue intellectuel elles sont inférieures aux hommes, cette objection ne serait pas suffisante pour leur faire fermer les portes des Collèges. Qu'elles aient le même sort que les garçons et les jeunes gens; que les examens décident de leur degré d'instruction. On ne change rien à la question en prétendant que la plupart des jeunes filles ne se prépareront pas à suivre le cours d'études des
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Collèges. Mais j)Oun{uoi exclure les femmes de certains établissements d'enseignement, tandis que nous les admettons dans d'autres? Voudrions-nous leur imposer le cours d'études qu'elles doivent suivre ? Faites tourner sur leurs gonds rouilles les vieilles portes de tous nos établissements d'instruction alin que les hommes et les femmes puissent y recevoir en même temps les connaissances qu'ils désirent acquérir.