l'exercice
L'autre jour, en cherchant des sujets de dissertation, je trouvai celui-ci, qui me parut avoir une importance considérable surtout pour nous autres écolières. Car nous prenons un vif intérêt à nos études et nous sommes portées à nous oublier nous-mêmes et à nous livrer avec excès à ce qu'on peut appeler l'exercice mental. Assurément il n'en est pas ainsi de nous toutes (je fais moi-même exception).
Nous voyons avec peine quelques-unes de nos amies qui jouissaient d'une bonne santé et qui se distinguaient par leur gaieté, prendre un air pâle et sérieux. Presque épuisées par le travail, elles attendent avec impatience l'arrivée du vendredi, afin d'avoir quelques moments pour repasser une leçon qu'elles ont négligée pendant la semaine, parce qu'elles n'avaient pas le temps de l'apprendre aussi bien qu'elles l'auraient désiré.
C'est à ces amies que nous voudrions dire : « Allons, faisons un peu d'exercice. »
Cet exercice sera-t-il mental ou physique? Et s'il est mental,
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de quelle espèce sera-t-il? Prendrons-nous le damier ou réeliiquier? Mais comment cet exercice pourra-t-il convenir à un étudiant latig'iié par l'étude ou à un honniie d'affaires qui quitte son travail à la tombée de la nuit, la tète en feu? Son corps tout brisé ressemble à un amas de cendres cbaudes. 11 est complètement épuisé par les efforls (ju'il a faits pendant tout le jour pour augmenter de dix dollars la distance qui doit séparer sa postérité de la maison des pauvres. Qu'un tel lionune, en quittant son bureau, aille de nouveau se mettre la tète en feu pour résoudre (|uelque problème d'échecs bien ardu, n'estce pas comme si un scieur de long, voulant se reposer de ses fatigues de la semaine, demandait sa scie et passait sa soirée du dimanche à scier pour s'amuser? Nous avons assez peu de récréation dans tous les cas, pernieftez-nous donc de prendre cette récréation en dehors de l'ordre intellectuel.
Assurément les échecs ont du bon, mais, pour ma part, jt; crois qu'un jeu qui nécessiterait moins l'enqjloi de l'intelligence conviendrait mieux dans celte circonstance. La nature ne demande pas que nous fassions des efforls continus. Nous devons prendre l'exercice convenable dans le temps convenable.
Nous entendons souvent demander si l'on peut considérer la danse comme un exercice salutaire. A cette question nous répondons ceci : Si la danse vous fait du bien elle vous amuse, et si elle vous amuse elle vous fait du bien. Mais il y a beaucoup d'autres divertissements qui nous amuseraient tout autant et qui nous forceraient à aller au grand air. Par exemple, nous pouvons prendre de l'exercice en faisant tous les jours une longue promenade à pied. Assurément ce genre d'exercice n'est pas parfait. Ce n'est pas un jeu qui puisse distraire l'esprit des soucis quotidiens, l'homme inquiet songe à ses ennuis tout en marchant. Chaque mille qu'il fait le fatigue au physique et au moral. On peut aussi objecter que l'état de la température ne permettra pas toujours de se livrer à cet exercice.
Nous ne pouvons ni faire des promenades sur l'eau pendant l'hiver, ni patiner pendant l'été. Pour jouer à la balle il faut avoir des camarades. Pour se promener à cheval il faut avoir de l'argent. Pour tous ces exercices il faut la lumière du jour. H semble donc qu'il nous soit impossible de nous procurer tout l'exercice dont nous avons besoin. Je crois cependant que nous pouvons remplacer avantageusement ces divertissements en fréquentant nos écoles publiques. Elles sont généralement
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sil liées dans la partie la plus élevée de la ville, el on ne peut y accéder de tous côtés que par un terrain en pente. Pour moi, lorsque je suis un peu en retard et ({ue j'entends le plus joyeux <le tous les sons, les dernières notes de la cloche qui disent aux élèves de se hâter, je cours, je cours de toutes mes forces jusqu'à ce que je sois arrivée au dernier étage. Vous savez comme moi qu'il n'y a rien île plus agréable el que nous aimons toutes beaucoup ce genre d'exercice. Mais je crois que c'est ce qu'on appelle gravir la colline de la science, genre d'exercice indispensable. Nous continuerons donc de travailler assidûment sans nous plaindre, persuadées que, dans l'avenir, nous trouverons à l'école un genre d'exercice auquel nous pourrons toutes nous livrer.
Mary M-^ V.
Ypsilaiiti (Michigaiii. — École normale de l'État.
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