LES JOURNAUX
Il n'y a peut-être rien dont on se soucie aussi peu que d'un vieux journal. Beaucoup de personnes pensent que lorsqu'on en a lu les colonnes, il est complètement inutile, et qu'il n'est plus bon qu'à jeter. D'autres, au contraire, l'estiment beaucoup plus, et le ramassent comme un avare ramasse son or. La première de ces deux classes de lecteurs est de beaucoup la plus nombreuse : ils jettent négligemment les yeux sur le journal, lisent les, décès, les mariages, les incendies et les accidents ; peut-être cherchent-ils le dernier scandale, et, à moins qu'ils ne trouvent en grande abondance cette espèce de nouvelles dont ils sont friands, ils repoussent le journal avec dégoût et le jettent au panier... et peut-être ailleurs.
Pour l'homme qui pense, le journal est un visiteur très-bien venu, il est aussi nécessaire à son esprit que la nourriture qu'il mange l'est à son corps, et il a d'autant plus de valeur pour lui qu'il y trouve moins de ces nouvelles dont nous parlons plus haut. Le journal devrait se trouver dans chaque famille, les opinions qu'il émet devraient être judicieusement pesées, et on devrait le ramasser soigneusement pour pouvoir le consulter plus tard ; car c'est un fait bien établi que l'on peut glaner dans les colonnes d'un journal bien rédigé plus de renseignements pratiques, scientifiques et généraux que ne nous en fournissent mille volumes.
Prenez n'importe quel journal de premier ordre, quelle înine de richesses s'ouvre devant vous! Ici une critique sur les beaux-arts, là le compte rendu d'un livre que nous voudrions bien posséder, mais que nous sommes trop pauvre pour acheter ; ici le canevas d'un cours public presque aussi complet que le cours lui-même ; une perle poétique, une belle pensée présentée dans un beau langage, une opinion émise avec beaucoup de soin ; tout cela mis à la portée des plus pauvres et des derniers d'entre nous afin que nous puissions y méditer et v réfléchir pour notre avantage et pour celui de nos semblables.
Une presse sans entraves est et doit être la gloire de tout peuple libre, et nos pères, en formant notre gouvernement, tirent bien de l'entourer de ses garanties constitutionnelles.
Aucun peuple n'a à craindre la perte de ses libertés tant (ju'il existe une presse indépendante. C'est un ami sur lequel jious pouvons compter. Bien qu'il puisse arriver que nous
n'adiiietlions pas toujours les opinions de la presse, (iemaiii elle peut toucher une corde populaire; alors nous oublions notre rancune et nous éprouvons pour elle ce sentiment qu'éprouvent l'un pour l'autre de vieux amis qui font la paix après une longue brouille.
Noire progrès comme nation, progrès dont nous sommes tiers de parler à l'épocjue du Centenaire, est du autant, sinon plus, à l'influence exercée par nos journaux qu'à toute autre cause. Les journaux sont des moyens d'instruction plus puissants que les livres, que les écoles ; et leur inluence est incommensurable, illimitée. Avec la Bible que tout le monde peut ouvrir, avec une presse libre, et avec notre système national d'éducation, nous n'aurons jamais à craindre une chute nationale ou un déshonneur national.
Avec la Bible qui enseigne aux hommes la grande leçon de l'amour de Dieu et de la a paix sur la terre », avec la presse pour donner l'alarme, sonner le tocsin et nous avertir de tout empiétement sur nos droits, avec les écoles publiques pour instruire la jeunesse et lui apprendre à user convenablement de ses privilèges, on ne dira jamais que notre pays a eu le sort de ces Étals qui ne sont que trop connus dans l'histoire. Leur carrière doit nous servir d'exemple et nou5 faire éviter ce gouffre dans lequel ils ont été engloutis et les écueils sur lesquels ils ont terminé leur existence.
Charles S.
Age : seize ans.
Comté d'Hudson (New Jersey). District n° 11.
ôo, — LA MALN.
Que la main humaine est petite, et cependant quel merveilleux et puissant organe î On ne fait que trop souvent servir ce merveilleux organe à de mauvais desseins! La première fois qu'on s'en servit, pour ainsi ilire, elle s'étendit pour commettre un acte de désobéissance en prenant le fruit défendu dans le Jardin de l'Eden ; et peu de temps après, lorsque Caïn tua son frère Abel, ce fut la main qui commit le crime ! Ce fut la main qui tressa la couronne d'épines et qui la mit sur la lèle de notre Sauveur, qui ensuite le crucifia et lui perça le coté. Tous
les vols, tous les meurtres dont nous lisons le récit chaque jour sont commis par la main, quoiqu'elle puisse avoir des instruments pour l'aider.
La main fait beaucoup plus de bien que de mal. L'aspect actuel du monde est bien différent de ce qu'il était à l'époque de la création, et c'est ce petit membre, la main, qui a été l'instrument au moyen duquel celte transformation s'est opérée. Il est vrai qu'elle est dirigée par l'esprit, mais la direction serait inutile si la main n'accomplissait pas le travail. Les grandes pyramides d'Egypte, dont l'une recouvre 11 acres (1) de terrain, la grande muraille de la Chine, les aqueducs romains et l'horloge merveilleuse de la cathédrale de Strasbourg attestent la puissance et l'habileté de la main.
Voyez les grands changements et les grands progrès qui ont été accomplis par la main dans notre pays pendant les der-niers cent ans : le canal de l'Erié, le pont suspendu sur le lleuve Niagai'a, des chemins de fer qui s'étendent de l'Atlantique au Pacifique, qui sillonnent le pays en tous sens et qui unissent beaucoup de grandes villes. Les nombreux navires qui traversent l'Océan, portant des marchandises travaillées par la main, ont été construits par la main. C'est la main qui a traduit la Ijible en différentes langues. C'est la main qui construit des écoles, des collèges et des églises pour l'éducation et pour la sanctification du peuple. C'est la main qui, après avoir écrit des livres, fait des machines pour les imprimer.
Avec de la pratique, on peut faire faire à la main tout ce qu'on veut. On peut converser au moyen de la main, et il est vraiment étonnant devoir avec quelle rapidité on peut le faire. On peut arriver, par l'exercice, à faire courir ses doigts sur les touches d'un piano de manière à ne frapper que les touches qu'on veut frapper, et alors se fait entendre la plus belle musique. Les ouvrages manufacturés sont ainsi appelés parce qu'ils furent faits d'abord avec la main, manus signifiant main; plus tard la main fit des machines pour l'aider dans son travail, et ces ouvrages furent faits par des machines, mais on les appela toujours manufacturés. Au moyen de la trigonométrie, la main, guidée par l'esprit, peut mesurer la distance d'une planète à une autre quand même il y aurait des millions de milles. Par la main nous pouvons exprimer nos pensées sur le papier et les envoyer à nos amis absents. C'est la main qui
(I) L'acre anglaise vaut un pea plus de iO ares.
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construit toutes les lignes télégraphiques au moyen desquelles elle peut envoyer un message à des milliers de milles à travers l'Océan, en quelques minutes.
Ce fut la main de Thomas .lefferson, de la Virginie, qui écrivit la déclaration d'Indépendance (1). Ce fut la main puissante de l'homme qui prit Tépée pour obtenir cette indépendance; et cette main est toujours prête à défendre notre pays et à en maintenir la glorieuse indépendance. Ce fut la main de Washington qui déroula pour la première fois notre beau drapeau rayé et semé d'étoiles.
Pendant cette année, qui est la centième de notre République, il y aura à IMiiladelphie une exposition des meilleurs produits des manufactures à laquelle prendront part toutes les nations.
Nous ne pouvons aller nulle part sans voir beaucoup de belles choses très-utiles faites par la main ; et nous sommes assurément obligés de reconnaître que la main qui a fait un si merveilleux instrument est divine.
Mary H.
Age : dix-sept ans.
Comté de Monmouth (New Jersey). District n° 4-9.