HISTOIRE D'UN PETIT MARCHAND DE JOURNAUX (i
Lundi matin je pris mes journaux comme d'habitude et j'allai dans la rue pour les vendre. J'avais le. Daily Neivs, la Tribune, le Morning Paper et beaucoup d'autres. J'en avais vendu environ six quand un grand cri me fit tressaillir; je me retournai pour voir ce que cela signifiait. Quelle fut ma surprise et mon horreur en voyant une vieille femme battre un petit garçon qui pleurait amèrement ! Je courus à elle et lui donnai un coup sur la tête, elle tomba parterre. Ensuite je pris le petit garçon par la main et nous nous en allâmes. Lorsque nous fûmes loin de la vieille femme, je lui demandai si elle était sa mère. Il me dit qu'elle n'était pas sa mère, que c'était un vieillard qui l'avait vendu à cette femme. Je lui dis qu'il n'avait plus besoin d'aller la retrouver et qu'il devait rester avec moi. J'avais dix sous dans ma poche, je les lui donnai pour acheter des journaux. Je demandai à l'enfant quel était son nom, il me dit qu'il s'appelait Henriot.
Comme il était midi, j'entrai chez un boulanger oîi j'achetai des gâteaux, puis nous nous en allâmes en mangeant ; nous eûmes bientôt fini. Nous prîmes nos journaux et nous nous mîmes à les vendre. Comme nous marchions sur la jetée, j'aperçus un enfant qui jetait des bâtons dans l'eau. Tout à coup le pied lui manque, il tombe dans l'eau. Aussitôt j'ôte ma veste et je plonge après l'enfant dont la tète avait dis-
(i) Ce sujet était donné aux élèves sans aucune indication; la manière de le traiter était entièrement laissée à leur imagination [Noie du directeur de VEcoleS
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paru sous les vagues. Bientôt il revient à la surface et je nage vigoureusement vers lui. On avait approché un bateau dans lequel il y avait trois hommes, dont l'un rtalt Je père du petit garçon. Ils s'approchent de moi en ramant, le père prend son lils qu'il met dans le bateau, oîi il m'aide à entrer. « Noble garçon, me dit-il, vous avez sauvé mon fils unique, à partir d'aujourd'hui vous ne manquerez de rien. » Oh ! comme j'étais content d'avoir sauvé le petit garçon! iNous arrivâmes bientôt à la jetée. Xous sortîmes tous du bateau et nous suivîmes l'homme chez lui. C'était une très-grande maison de pierre; il me conduisit j^lans une chambre et me donna mille dollars. Vous pouvez penser que je ine regardais comme très-riche, et, en effet, c'était vrai, car mille dollars étaient pour moi une très-grosse somme d'argent. De plus l'homme, qui s'appelait M. Rockwell, me dit qu'il me prendrait dans son magasin et qu'il me donnerait di.\ dollars par semaine.
Le lendemain matin je me rendis donc au magasin de M. Rockwell qui était situé dans Pearl Street. C'était un trèsgrand magasin d'épicerie qui avait quatre étages. M. Rockwell me présenta à ses employés, il me dit ensuite de me conformer aux instructions du premier commis. C'était un homme cà l'air très-agréable avec de longs favoris ; il avait environ six pieds de haut. M. Rockwell s'en alla, et l'homme sous les ordres duquel j'étais me dit de porter des lettres à la poste.
Ouand je revins, il me dit d'aller trouver M. Rockwell et de lui dire qu'il y avait au magasin un homme qui voulait le voir, .l'allaidonc à la maison de M. Rockwell, et un domestique me lit traverser la grande salle et moiiter un grand escalier. Au premier palier il s'arrêta, ouvrit une porte et je me trouvai en présence de M. et M™*' Rockwell qui étaient assis sur un sofa. Dès qu'il me vit, il se leva et vint au-devant de moi en me tendant la main, puis il me conduisit à une chaise. Je lui fis ma commission et nous partîmes ensemble pour aller au magasin. En nous y rendant, nous rencontrâmes Henriot qui avait beaucoup de journaux sous le bras. Je lui donnai trois dollars et nous continuâmes notre chemin.
Je pris pension chez M"'« Rockwell et un jour elle m'appela dans le salon et me donna une magnifique montre d'or. Je la remerciai et je partis pour le magasin. Ce soir-là je fus invité à une soirée chez une demoiselle et je m'amusai beaucoup. Le lendemain matin après déjeuner, M. Rockwell me fit venir dans le salon pour voir le petit garçon que j'avais sauvé. J'allai donc
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au salon où élait assis un charmant petit garçon qui s'amusait. î.ors({u'il me vit, il sauta sur ses jambes et me dit qu'il voulait embrasser le garçon qui l'avait sauvé; je l'enlevai dans mes bras et je l'embrassai.
Il arriva un triste accident à M. Rockwell, pendant qu'il descendait l'escalier : il s'embarrassa le pied et tomba. Je courus à lui et je m'aperçus qu'il s'était cassé le cou. M. Rockwell avait fait un testament par lequel il me laissait le magasin. Comme j'étais un très-bon garçon, je pris Henriot dans le magasin et j'en fis un de mes commis.
Une nuit des souris prirent des allumettes dans une boîte et, en marchant, elles en enflammèrent une qui mit le fetf-à des papiers. (Juand j'arrivai au magasin le matin, il était brûlé à ras du sol. Henriot était près des ruines, il pleurait et j'avais bien envie de pleurer aussi.
Quelques jours après, j'épousai IdaMaynard, et un jour qu'elle revenait du magasin, elle fit un faux pas et tomba dans le canal. J'essayai de la saisir pour la sauver, mais je ne pus pas et ♦îlle se noya. Je pleurai beaucoup d'abord, mais je ne tardai pas à me consoler et je fus aussi heureux qu'auparavant.
George E.
Age : onze ans.
Comté de Monmouth (New Jersey). District n"" 7.
38. — HISTOIRE ET AVENTCRES D'lW VIEUX: LIVRE (1). {'"- année.)
C'est honteux de m'avoir déchiré en petits morceaux, disait tristement un vieux livre. J'avais l'air si joli quand j'étais neuf, et maintenant je suis si laid et si déguenillé ! 3Ia propriétaire -est une vieille dame qui m'estimait beaucoup, mais je vais vous raconter comment je vins en sa possession.
Jadis il y avait dans un magasin une pile de vieux chilfons parmi lesquels je faisais très-bonne figure; un jour, en parlant à un de mes compagnons, le maître du magasin me prit avec
(1) Même observation qu'au précédent devoir. — Nous rap{)roclions à dessein, ici comme plus haut (p. 48i, les devoirs d'enfants blancs et d'enfants nègres sur le même sujet.
88 GHAMMAll SCIIOOLS.
(juchiues autres; il se mit à nous peser, mais je no sais pas combien nous pesions ; il nous jeta ensuite dans un panier (^ue l'on porta à un nioulin; là on nous transforma en papier et on nous découpa en feuilles pour faire un livre. Ensuite on imprima sur nos pages tant de lettres que je ne pus pas les compter; on nous mit la plus belle reliure et on nous })laça sur une étagère dans un grand magasin. Tous mes camarades furent vendus. Un jour un vieillard entra dans le magasin et demanda à me voir. Le libraire me descendit et le vieillard m'acheta aussitôt. On m'enveloppa dans un journal et le vieillard sortit du magasin en m'emportant sous son bras. Je fus bien surpris quand je le vis entrer dans une maison élégante ;. il me fit monter un étage et frappa à une porte en disant r (( Petite fille, puis-je entrer un instant? » : « Oh oui, cher papa,, je suis si contente que vous veniez me voir, » dit-elle. — « Papa apporte un joli livre, je crois qu'il vous plaira. » — « Merci, cher papa. » 11 sortit ensuite en laissant Bertie toute seule. Elle m'embrassa en disant : « Comme mon cher papa a été bon î »• Au bout de ([uelque temps Bertie fut guérie, mais elle m'estima beaucoup jusque dans sa vieillesse : c'est une de ses filles (jui a déchiré mes pages. Adieu d.
Laura s.
Age : treize ans.
Cincinnati (Ohio). 2*= district.
Jadis j'étais un livre tout neuf sortant de l'imprimerie; on me porta chez un libraire. Un jour une petite fille vint au magasin et m'acheta pour 80 ce7its. Elle me porta à l'école, écrivit son nom sur toutes les leçons qu'elle avait à apprendre, sans prendre 1<^ moindre soin de moi. Elle avait un mauvais caractère. Lorsqu'elle se mettait en colère, elle me jetait loin d'elle et déchirait toutes mes pages. Je m'appelais l'Arithmétique de May. Elle me portait chez elle pour copier des problèmes, et lorsqu'elle ne pouvait pas les faire, elle se mettait en colère et disait : « Je voudrais qu'il n'existât pas d'Arithmétique, » puis elle me jetait à terre et me laissait mettre en^ pièces par ses petites sœurs. J'entendis un jour une petite fille
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ijLii lui cli>ait : « Pourquoi déchirez- vous vos livres comme cela? » Elle répondit : «' Cela m'ennuio, tous ces vieux livres, je voudrais bien ne plus aller à l'école. » Aussi l'année suivante elle n'alla }»lus à l'école, et elle me vendit 20 cents à un vieux marchand de livres, qui gratta son nom sur la couverture, et me vendit à une autre petite fdie. Celle-ci m'estima autant que si j'avais été neuf. Vn jour ma maîtresse me perdit en allant à l'école.
ESTHEK S.
Age : treize ans.
Cincinnati (Ohio). 2^ district.
École pour les enfants de couleur.
iO. — .VUTOBIOGHAPHIE D'UN VIEUX FUSIL. (8^ année.)
J'ai vu beaucoup plus de choses que vous n'en avez vu, vous autres enfants. Écoutez-moi, je vais vous raconter mon histoire.
Il y a environ un siècle et demi, quand ce pays formait une forêt sauvage oii la hache n'avait jamais pénétré, et qui était remplie d'Indiens, j'étais suspendu sur la cheminée d'un hardi pionnier. C'était un bon vieillard qui avait bien soin de me tenir propre et brillant. Lorsque ce vieillard allait à la chasse, il me prenait et me caressait en disant : « Allons, mon vieux, il faut bien te conduire aujourd'hui, nous verrons combien de pièces de gibier nous pourrons rapporter à la maison. » Làdessus il me chargeait et entrait dans la forêt en trottinant, me portant sur son épaule, et suivi de son chien fidèle.
Nous marchions pendant assez longtemps et enfin le chien donnait de la voix. Le pionnier le suivait, et bientôt le chien indiquait par un regard et par un glapissement que le gibier était en avant. Il ne se trompait pas, car devant nous, dans une petite plaine, paissait un troupeau de daims. Le vieillard me prenait et m'épaulait avec la rapidité de l'éclair, et pan! je partais. Aussitôt le noble daim agitait la tête et tombait mort sur sa piste, et ses compagnons décampaient.
Mon maître s'approchait du daim, tirait son couteau de chasse, enlevait le meilleur de la chair, qu'il chargeait sur ses épaules, et partait pour retourner chez lui. Il y arrivait environ une heure après.
90 GHAM.MAR SCIIOOLS.
Certain soir un voisin vint à cheval au-devant Je nous et nous dit que les Indiens avaient attaqué sa cabane et qu'ils l'avaient complètement brûlée. Les Indiens vinrent à notre cabane ce soir-là, mais nous les repoussâmes. Nous apprîmes la semaine suivante que ces mêmes Indiens avaient fait une incursion sur la frontière.
Le vieillard dit qu'il ne pouvait pas supporter leurs folies. Aussi partit-il le lendemain pour la frontière. Il y arriva le jour suivant et se joignit au détachement qu'on avait organisé pour combattre les Indiens. Il fut tué dans une bataille et je tombai entre les mains d'un Indien. 11 m'échangeaensuite pour de l'eau de feu (1). Je restai longtemps dans la boutique de mon nouvenu possesseur, où un jour un.\nglais vint m'acheter.
Il me garda longtemps et me porta avec lui pendant les guerres de la lîévolution. Il combattait bravement dans une bataille lorsqu'une balle le frappa en pleine poitrine, et je fus tout couvert de son sang.
Je pourrais en dire beaucoup plus long sur les batailles auxquelles j'ai assisté. Les fusils de 187G sont d'une plus belle <{ualité que moi, mais j'ai fait beaucoup plus de service et j'ai vu beaucoup de batailles meurtrières.
Henry S.
Age : quinze ans.
Cincinnati (Ohio). A" district.
École pour les enfants do couleur.
i[. — HISTOIRE ET AVENTURES D'UN VIEUX FUSIL. (8'^ année.)
Feu ! pan ! pan ! à la bonne heure ! je vois que je peux encore faire du bruit, quoique j'aie plus de cent ans. Oui, je suis vieux, mais j'ai été très-utile dans ma jeunesse. Pendant la paix je restais à la maison, oi!i l'on me suspendait sur des courroies de cuir à la muraille. Mais lorsque la guerre de la Révolution commença, on m'enleva précipitamment pour me conduire à la guerre. Je fus pris un jour par les Anglais, mais
(1) Eau-dc-vie. Los Anglais expriment la même idée par le mot branchj ito hraml, marquer d'un for chaud) et les Espagnols par le mot aguardiente {agua ardiente, eau ardente). {Note du traducteur.)
je ne restai pas longtemps en leur possession, et je m'échappai pendant une nuit sombre. J'ai combattu avec Washington et je lui ai sauvé la vie bien des fois. A la bataille de Brandywine Creep, je combattis ferme pour sauver nos hommes ; et lorsque Lafayetle tomba, je vis l'homme qui avait tiré sur lui et je lui eus bientôt envoyé une balle.
Une fois, j'étais de garde par une nuit très-obscure, lorsque nos troupes étaient dans une situation fort critique : je marchais près de la tente de Washington, lorsque je vis un homme à l'air très-suspect qui regardait derrière les tentes. Je pensai qu'il allait commettre quelque mauvaise action et je le surveillai de très-près. Aussitôt il épaula son fusil et visa Washington, qui était assis dans sa tente. \\i moment où il épaulait son fusil, je tirai sur lui et il tomba par terre. Il était mortellement blessé, et, avant de mourir, il avoua qu'il avait eu l'intention de tuer Washington.
Après la guerre de la Révolution, je restai longtemps à la maison. Mais lorsque la guerre civile commença, je fus conduit à la guerre par un jeune homme, et j'aidai à tuer les rebelles.
Depuis la fin de la guerre on m'a conservé précieusement comme une vieille relique. On doit m'envoyer à l'Exposition du Centenaire, et on me torturera au point de me faire mourir, je le crains bien, par les nombreuses questions que l'on m'adressera.
Mary A.
Age : quinze ans.
Cincinnati lOhio).
École pour les enfants de couleur.
V2. — HISTOIRE D UX VIEUX FUSIL RACONTEE PAR LUI-MEME. (8* année.)
Eu 1339, j'étais dans les Flandres et on m'envoya en France. En route je fus pris par un des vaisseaux de guerre du roi Edouard. L'Angleterre était en guerre avec la France et l'on m'envoya à l'armée du roi Edouard.
Cette armée battit les Français dans deux grands combats, (rétait.... attendez.... oui, c'était à Crécy et à Poitiers. Lorsque la guerre fut terminée, on m'emporta en Angleterre, et l'on me
plaça dans la Tour de Londres, parmi des armes, des machines de guerre, et des haches de bourreau.
Je fus bien tranquille, et je fus employé par lord Monteagle lorsqu'il fouilla les caves du Parlement, où je trouvai Guy Fauk avec sa lanterne.
Dans une bataille avec les Français je fus pris, et l'on m'envoya à Paris. Sous Charles P'', on me renvoya en Angleterre pour aider les iloyalistes à fouailier les Tètes Rondes.
Sous Olivier Gromwell, ou le Protecteur, comme on l'appelait, on me porta en France et l'on me mit dans une maison particulière à Paris. Je ne fus pas employé avant la Piévolution française ; alors les Jacobins se servirent de moi contre la garde suisse en donnant l'assaut à la Bastille.
Bonaparte me porta en Egypte et se servit de moi contre les Mameluks. Je fis toutes les campagnes de Bonaparte, et, à la bataille de Waterloo, je fus pris par Bliicher, qui m'emporta en Prusse.
On m'envoya aux États-Unis, et aussitôt la guerre éclata entre les États-Unis et le Mexique. On m'envoya au général Taylor, qui était à Port Brown, sur le Bio Grande.
J'étais aux batailles de Palo Alto, de Cerro Gordo et à l'assaul de Chumbusco. Mais, hélas! maintenant je suis trop vieux et trop infirme pour faire le coup de feu; c'est pourquoi je suis couvert de poussière, de rouille, et il faut que je reste dans ce musée.
William C.
Age : (iiiatorze ans.
Cincinnati (Ohio). "l'I" district.
École du degré intermédiaire pour les enfants de couleur.